Las Cases, Mémorial
cessamment, c'est : « plus de divisions, plus de factions, plus de haines I nous formons une nouvelle époque. Il n'y a plus ni jacobins, ni modérés, ni terroristes, il n'y a plus que des Français. Le 18 brumaire n'est point une journée de parti, il a été fait pour la République et pour les républicains. » Ces assurances ne se trouvaient pas seulement à chaque instant sur les lèvres de Bonaparte, elles étaient chaque jour reproduites par ses principaux représentants, par Fouché à Paris, par Lannes à Toulouse, où l'on avait craint un soulèvement.
En même temps, plusieurs de ses mesures s'inspiraient de ces sentiments; elles étaient marquées d'un caractère incontestable de réparation et d'impartialité. Il abrogea la loi des étages, mesure à la lois cruelle et spoliatrice, votée par le Directoire aux abois, et qui avait rempli les prisons de l'État de milliers d'innocents rendus responsables dans leurs biens et leur liberté d'une insurrection dont ils étaient présumés devoir profiter ou se réjouir. Bonaparte se rendit lui-même au Temple, annonça aux détenus leur mise en liberté et leur fit ouvrir les portes de la prison. Il fit rapporter le décret sur l'emprunt forcé et progressif, disposition non-seulement injuste mais contraire à tous les principes de l'économie politique, qui était le complément de la loi des otages^ qui était née de la même inspiration, et permettait au gouvernement de frapper arbitrairement au moyen de l'impôt les classes ou les individus dont les dispositions lui étaient suspectes.
Gaudin, qui contribua puissamment à l'abrogation de cette dernière mesure, s'occupa aussitôt d'une
nouvelle organisation des finances. Un autre arrêté^ autorisa à rentrer dans leur patrie la plupart des proscrits de cette funeste journée du 18 fructidor dont Bonaparte avait été le principal promoteur; réparation toutefois insuffisante ettardive,carelle ne pouvait faire sortir de leur tombe tant d'honnêtes citoyens dont le cliftiat de la Guyane avait dévoré la vie. Il se mêla d'ailleurs à cet acte de justice, des exceptions qui en ternirent la pureté ; si le maintien de la peine pouvait se justifier à Fégard de Pichegru, il ne pouvait s'expliquer à l'égard d'Aubry que par des sentiments d'animosîté personnelle dont la persistance après tant d'années d'un supplice immérité d'une part, et de succès merveilleux de l'autre, dénotait à elle seule une âme mesquine et cruelle. Enfin, sans toucher à la législation draconiemie sur les émigrés pendant ces premiers essais de l'autorité encore mal assise du consulat provisoire, Bonaparte leur montra les dispositions les plus clémentes; il donna pour instruction à ses agents de fermer les yeux sur le retour en France de ceux qui seraient décidés à se tenir tranquilles ; il retrancha formellement de la liste ceux qui avaient fait partie de l'Assemblée constituante, et déclara hors de cause ceux qui n'avaient reparu sur le territoire français qu'à leur corps défendant, par le fait d'un cas de force majeure, comme ces naufragé» de Calais, dont la pitié publique disputait depuis si longtemps la vie aux rigueurs d'une loi implacable. A l'égard du clergé , Bonaparte avait des vues qui étaient très-arrêtées dès son séjour en Italie et qui