En date du ?3 décembre
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allaient prendre avant peu un développement fort imprévu. Il y préluda par Télargissement immédiat d'un grand nombre de prêtres non- assermentés qui étaient encore détenus dans les îles de Ré et d'Oléron Ces actes, dont on ne saurait méconnaître ni Téquité ni la sagesse, semblaient promettre un gouvernement supérieur aux passions de l'esprit de parti, et d'autant plus fort qu'en subordonnant son propre intérêt à celui de la chose publique, il s'identifiait en quelque sorte avec elle ; mais cette illusion ne fut bientôt plus permise qu'à ceux qui voulaient à tout prix la conserver. Lorsqu'il parlait à tout propos de réconciliation, d'apaisement, d'oubli, lorsqu'il prêchait le sacrifice des haines et des orthodoxies de parti à la patrie, c'était à lui-même que Bonaparte prétendait qu'on les sacrifiât; et cette pensée toute personnelle se trahissait dès lors non-seulement dans des mesures dont le caractère ne laissait aucune place à l'équivoque, mais jusque dans les actes en apparence si désintéressés qui viennent d'être exposés. Il n'était pas difficile d'y découvrir l'invariable calcul d'un pouvoir qui rapportait tout à lui-même. Ils étaient revêtus de formes discrétionnaires incompatibles avec ces conditions de largeur et de généralité qui donnent seules à la loi son caractère auguste. En décrétant le rappel des proscrits de fructidor, Bonaparte se réserva la faculté de les désigner, ce qui changea le droit en faveur, et lui permit de ne l'accorder qu'à ceux qui offriraient des gages suffisants ae leur docilité; en encourageant la rentrée des émigrés, il prit à leur égard des sûretés du même genre ; en délivrant les prêtres détenus, il exigea d'eux, noD
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pas comme on avait fait jusque-là, une adhésion à certains principes abstraits consacrée par le serment à la constitution civile du clergé, mais une simple promesse de fidélité. Peu lui importait quels principes on gardait au fond du cœur, pourvu qu'on s'inclinât sans discussion devant sa personne et son autorité.
Les classes auxquelles s'adressaient particulièrement ces mesures, étaient celles qui avaient le plus souffert dans les tourmentes de la Révolution, et qu'en raison même de leurs souffrances Bonaparte croyait les plus disposées à s'acéommoder de son gouvernement. Mais le coup dont il frappa le parti républicain dans le moment même où il faisait ces avances aux vaincus de la Révolution, vint prouver combien il était loin de cet esprit de modération et d'impartialité dont il disait s'inspirer, et combien il se souciait peu d'être juste envers ceux qu'il n'espérait pas gagner. Trois jours après le rapport de la loi des otages, le 25 brumaire (16 novembre 1799), parut un décret de proscription. Que s'était-il passé? Rien. Il n'y avait eu à Paris pas l'ombre d'un mouvement. On n'y entendait pas même le murmure de l'opinion. Sous prétexte de maintenir la tranquillité publique, qui depuis le coup d'État n'avait pas été un seul instant troublée,les consuls provisoires frappaient trente-sept individus d'un arrêt de déportation en Guyane; vingtdeux autres étaient condamnés à la détention dans nie de Ré. Parmi ces hommes, quelques-uns avaient marqué dans la révolution par l'exaltation de leurs opinions, quelques autres s'étaient fait connaître par d'affreux exploits, mais le plus grand nombre n'avait commis d'autre crime que de laisser voir son opposi-
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tien aux projets de Bonaparte dans les deux journées de brumaire. Contre certains d'entre eux on ne pouvait alléguer même des prétextes, car ils étaient ou absents ou employés dans différents services, comme Tadjudant-général Jorry ou le magistrat Audoin, que des haines privées s'étaient empressées de désigner à la vengeance publique. Pour perdre et déconsidérer plus sûrement les courageux députés qui au Conseil des Cinq-Cents avaient invoqué contre lui la loi violée, Bonaparte avait mêlé à leurs noms irréprochables des noms choisis dans la plus basse démagogie et qui excitaient à la fois l'horreur et le dégoût. Des hommes couverts d'un juste opprobre comme Fournier l'Américain, Jourdeuil, Maignet étaient perfidement associés à Grandmaison, à Destrem, à Pouîlain- Grandprey, àDelbrel, àTalot, citoyens honorables dont on redoutait l'attachement à la liberté et le ferme caractère. Mais quel que fut leur passé, innocent ou coupable, si tous n'étaient pas absous devant l'histoire, tous étaient également amnistiés devant la justice. Une longue prescription les plaçait sous la sauvegarde delà bonne foi publique. On n'avait aucun fait à leur reprocher depuis Tétablissementdu nouveau gouvernement. Ce qu'on incriminait c'était leurs intentions présumées, et personne ici-bas n'a le droit de punir pour une intention.
Sur cette liste se trouvait un nom, dont l'éclat effaçait tous les autres, et dont la réputation de vertu civique et militaire donnait la mesure des scrupules de ceux qui essayèrent de le flétrir; c'était celui du général Jourdan, le vainqueur de Fleurus et le compagnon de Moreau, le vétéran illustre qui depuis le
commencement de la Révolution portait le poids de la guerre sur la Meuse et le Ahin. Le seul tort de Jourdan était d'avoir refusé d'accueillir les ouvertures de Bonaparte lors de son retour d'Egypte ; et ce tort avait paru suffisant à ce dernier pour proscrire un de ses plus glorieux frère d'armes. Mais cette iniquité souleva im tel cri de réprobation parmi ceux mêmes qui appuyaient le décret, que le nom de Jourdan fut rayé dès le lendemain. Bonaparte lui écrivit pour c le prier de ne pas douter de son amitié et lui exprimer son désir de voir constamment le vainqueur de Fleurus sur le chemin qui conduit à l'organisation, à la vraie liberté et au bonheur; » mais cette protestation hypocrite n'effaçait pas la perfidie préméditée qui avait accouplé le nom du général Jourdan à celui de Fournier l'Américain. La mesure elle-même fut accueillie par le public avec une froideur significative, sans toutefois qu'il osât la critiquer ouvertement, car il n'avait déjà plus assez d'énergie pour manifester hautement son blâme. Cependant sa réprobation quoique muette donna du poids aux réclamations individuelles : le général Bonaparte avait encore assez besoin de sa popularité pour ménager avec soin l'opinion publique et en étudier attentivement les impressions. Il fut frappé de la leçon que contenait la stupeur ou la timide censure des uns et le silence désapprobataur des autres : il commua la peine en une mise en surveillance sous la haute police. Il a laissé plus tard, au sujet du retrait de cette mesure, comme sur d'autres circonstances de sa vie, deux témoignages absolument contradictoires; assurant dans l'un^ que