‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 25 sur 112 · Rapport d'Araoult de la Seine. Arch. pari · texte numérisé non relu

Rapport d'Araoult de la Seine. Arch. pari

qu'il montrait pour rançonner des alliés, quelles ressources ne trouverait-il pas dans les vaincus ! En même temps il se dérobait à Tobllgation de présenter on budget un an d'avance comme la Constitution de l'an VIII lui en faisait un devoir. Il n'élevait pas le montant des recettes, mais c'était pour rester libre de fixer celui des dépenses, qu'il ne voulait faire connaître que longtemps après qu'elles seraient effectuées^ Ce double mobile qu'il ne pouvait avouer 4e poussiwt. à rendre illusoire le contrôle du Corps législatif sur les finances, garantie que les monarchies les plus despotiques ont souvent respectée comme une consolation de la servitude. Les objections de la Commission contre ce budget en trompe-l'œil, qui avait pour but de dérober au Corps législatif la connaissance exacte des intérêts de la nation, furent reconnues justes et fondées, mais l'assemblée n'ayant pas le droit d'amendement, comment rejeter une mesure si importante et si indispensable? Comment s'exposer au reproche d'avoir fait manquer tous les services? « Le gouvernement demande quatre cent vingt-sept millions, dit Bailleul, dans la séance du 12 mars, sera-ce parce que vous prétendez qu'il en faut six cents, que vous lui refuserez les quatre cents qu'il demande?... Ce serait là certes une révolution non pas dans l'État mais dans la nature. C'est la première fois depuis qu'il existe des autorités populaires que celles-ci se soient fâchées contre un gouvernement parce qu'il ne demandait p9s assez.»

Ce sophisme déplaçait la question, car il s'agissait du contrôle, et non de la quotité des sommes demandées; mais l'esprit de conciliation l'emporta sur

le respect dû aux principes, et le budget fut voté tel que le ministre des finances l'avait réclamé. Cette loi fut une des dernières mesures d'intérêt général votées dans le cours de cette laborieuse session qui fut close le P' avril 1800. Le Tribunat n'ayant plus de projets de lois à discuter décida, sur la motion de Chénier, qu'il continuerait toutefois à se réunir pendant les vacances du Corps législatif, mais seulement le 1*' et le 16 de chaque mois. Ainsi qu'on Ta vu, la majorité de cette assemblée avait prêté son concours à tous les plans du Premier Consul, sauf à deux ou trois d'entre eux d'un intérêt tout à fait secondaire. Il était difficile d'exiger plus de condescendance à moins de déclarer que le Tribunat n'était qu'une chambre d'enregistrement. Tout son crime était de contenir dans son sein une opposition généreuse et éclairée, quoique peu bruyante et peu portée à se distinguer par de grands éclats oratoires, car elle parlait devant un peuple qui ne Técoutait plus que d'une oreille distraite, et qui la raillait volontiers de son impuissance. N'ayant pour elle ni l'appui de l'opinion, ni le prestige d'un mandat populaire, ni la sympathie d'un public follement épris de la gloire des succès militaires, cette opposition avait maintenu avec fermeté, bon sens et droiture, les vrais principes de la Révolution contre les entraînements d'une ambition sans frein.

Odieuse au mattre par une inaltérable modération qui ne fournissait contre elle aucune prise, importune aux sujets à qui elle rappelait le néant de leurs convictions républicaines, attaquée sans relâche par une meute d'écrivains serviles, dénigrée par le gouvernement lui-même qui la dénonçait ouvertement dans

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le Moniteurj publiait ses discussions en les tronquant, parfois même lessupprimaittout à fait, elle resta inébranlablement fidèle à la liberté avec la certitude de ne rien changer à l'état désespéré de cette cause.

Elle accepta sans illusion ce rôle modeste et sacrifié ; elle remplit sa tâche avec conscience et courage, elle y apporta cette simplicité qui rehausse Taccomplissement d'un devoir, et plusieurs de ses travaux, bien loin d'avoir péché par défaut de lumières, pourraient être encore consultés avec fruit par une génération qui se flatte de les avoir beaucoup surpassés.

Les généreux efforts de cette minorité furent inutiles; et les historiens ont été jusqu'ici plus injustes envers elle que ne le furent les contemporains euxmêmes, mais Tavenir lui rendra plus de justice. Lorsque la sévère histoire aura à raconter l'origine et les développements de ce despotisme administratif qui prit sitôt la place de nos institutions libres, lorsqu'elle dira la formation de ce colosse aux pieds d'argile qui devait dévorer tant de biens et d'existences, elle aura un souvenir pour tous ces hommes honnêtes et oubliés dont un peuple fasciné par le succès méprisa les sages avertissements.

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