Voir les Uéinoiret militaires du maréchal Gouvion-Saint
rive droite du Danube et de surveiller les débouchés du Vorarlberg et du Tyroi, pour se conformer aux exigences du plan convenu avec le Premier Consul, avait empêché Moreau de poursuivre Kray au delà du Danube. Il se contenta donc de recueillir le corps de Sainte-Suzanne qui put enfin faire sa jonction, et marcha sur llller ayant sa gauche au Danube et sa droite vers le Vorarlberg, ne pensant pas que l'ennemi voulût tenir ferme avant Ulm.
Mais M. de Kray, ne pouvant se résoudre à abandonner sans combat ses magasins de Biberach, avait reliasse le fleuve et pris position sur le Mettenberg au delà de cette place. Notre centre commandé par Saint- Cyr, qui avait reçu ordre d'occuper la ville, n'hésita pas à attaquer les Autrichiens malgré la force de leur position et la supériorité de leur nombre. Secondé par la division Richepanse, Saint-Cyr culbuta leur avant-garde, s'empara de Biberach, puis il assaillit le gros de leur armée avec une assurance si intrépide sur les pentes du Mettenberg, que cette masse recula intimidée et battit en retraite, croyant avoir devant elle toute l'armée française. Le lendemain du jour où Saint-Cyr réparait ses torts par cette brillante revanche, Lecourbe enlevait Memmingen avec dix-huit cents prisonniers, et le maréchal Kray se retirait définitivement sur Ulm (10 mai).
Depuis que cette campagne, si injustement critiquée plus tard, était ouverte, Moreau avait en quinze jours remporté cinq victoires, il avait fait perdre à Kray 30 000 hommes; il l'avait chassé d'une position qui semblait inexpugnable, en le rejetant battu et démoralisé à quarante lieues en arrière, il avait en un mot u. 14
réalisé de point en point le programme tracé à l'avance, sans manquer à une seule de ses difficiles conditions, sans rien laisser au hasard, suivant sa méthode un peu lente, mais sûre et ménagère de la vie du soldat; il avait fait cela sans fracas, sans bulletin, sans mise en scène, se contentant d'annoncer ses succès par une lettre de quelques lignes d'une simplicité admirable * et laissant à son chef d'état-major le soin de les exposer en détail. Et maintenant qu'il lui suffisait, de l'aveu de tous les historiens et de Napoléon lui-même*, d*une marche sérieuse en avant pour faire tomber sans combat le camp retranché d'Ulm, maintenant que Vienne n'était plus couverte que par une armée livrée au découragement, maintenant qu'il n'était plus qu'à trois journées de ce Hohenlinden, qui lui eût dès lors livré la monarchie autrichienne sans défense, il lui fallait s'arrêter au milieu de ses succès, et affaiblir son armée de vingt mille hommes détachés sur le Saiut- Gothard, afin que son ancien rival pût aller en Italie recueillir tout le fruit et tout l'hoimeur de la victoire. Les contemporains ont été sévères pour les fautes de Moreau; il n'avait pas ce charlatanisme qui les aurait fait prendre pour des vertus ; ses rares qualités elles-mêmes lui ont servi de peu, n'étant pas de celles qui frappent et saisissent le vulgaire; mais nous qui ne pouvons nous laisser aveugler par les mêmes éblouissements, nous devons plus de justice au dés-