A la date du 6 mai de KIo3terwald
*i. Remarques sur les manœuvres autour d*Ulm, Il lui reproche, dvec sa mauvaise foi ordinaire, de n'avoir pas marché sur Augsbourg et Munich, oubliant que ses propres instructions avaient for« mellement prescrit à Moreau de nt vas dépasser Ulm.
intéressement modeste et à la vraie grandeur dont il fit preuve dans ces circonstances difficiles.
Le Premier Consul sentait si bien l'étendue du sacrifice qu'il demandait à Moreau dans la situation décisive où ce général se trouvait que, craignant de sa part un refus d'obéir qui n'aurait été qu'une imitation de sa propre conduite envers le Directoire, il lui fit donner l'ordre exprès d'effectuer sur-le-champ le détachement convenu par un arrêté signé des trois consuls, en date du 5 mai, qui lui fut porté par Carnot en personne. Moreau n'avait jamais eu la pensée d'éluder cet engagement, mais il sentait avec une amertume bien naturelle tout le prix des succès qu'il allait abandonner par la diminution de forces qui lui était imposée, diminution d'autant plus sensible que son armée avait fait des pertes considérables. Cependant il insista pour garder Lecourbe, hommage délicat et digne du rare mérite de cet excellent officier. Le quart de cette armée n'était plus aujourd'hui de vingt-cinq mille hommes^ mais d'environ vingt naîlle, et tel fut à peu près le chiffre des troupes qui, sous les ordres de Moncey , s'acheminèrent vers le Saint-Gothard.
Cette route n'était plus que secondaire dans le plan du Premier Consul; il y avait renoncé en ce qui concernait Tarmée de réserve. Il avait également renoncé au Simplon, trouvant plus d'avantages à passer au grand Saint-Bernard qui Téloignait un peu plus de Milan, mais lui permettait de se porter plus rapidement vers Tortone,si cette marche devenait nécessaire pour dégager Masséna*. Par un hasard heureux cette.
1< Correspondance : à Bertbier, 27 ayril. Ce fut là son motif dé-
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route du grand Saint-Bernard se trouvait être, au rapport du général Marescot chargé un peu tard d'étudier ces passages, la plus praticable de celles qui débouchent des Alpes en Italie, à Texception du Mont- Cenis dont la situation n'était pas favorable à Topération projetée, et du petit Saint-Bernard, route dès lors accessible aux voitures, ainsi que le prouva bien tôt le passage de 46 pièces d'artillerie sur leurs affûts, mais mal étudiée grâce à la précipitation de cette reconnaissance pour laquelle Marescot n'avait eu que quatre ou cinq jours.
Ce projet de passage justement admiré à tant d'égards, n'offrait pas, dans toutes ses parties le caractère de circonspection et de prévoyance dont la première campagne d'Italie avait présenté un modèle si achevé au milieu de ses hardiesses. Non-seulement il mettait le succès à la merci d'une indiscrétion, et moins encore, d'un renseignement exact, parvenu à temps, mais les détails d'exécution avaient été mal calculés, suite inévitable de la disproportion de l'entreprise avec les moyens dont on pouvait disposer. Il fallut modifier en chemin la plupart des mesures prises pour le transport du matériel. On soupçonnait à peine l'existence, et à coup sûr on ne connaissait pas l'importance, du fort de Bard qui faillit tout arrêter. Le général de l'armée d'Italie en 1796 avait plus de sagesse et de vigilance. Mais la campagne d'Egypte, les hasards extraordinaires qui avaient accompagné et suivi cette expédition avaient démesu*
terminant, ainsi qu'il Texpose lui-même dans ce document. Quant aux considérations stratégiques que développent à cette occasion quelques historiens, on ne doit y voir qu'une pure rêverie.
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rément développé le goût naturel qui portait cet esprit vers le merveilleux, le grandiose et le gigantesque. Aussi, tout son nouveau plan de campagne était-il conçu comme un magnifique coup de tliéâtre destiné à accroître encore Tétonnement produit par tant de prodiges ; c'était là aux yeux de Bonaparte le but principal. La paix à obtenir n'était que Taccessoire. Indépendamment des dangers que présentait ce long défilé dans des gorges étroites, où quelques milliers d'hommes pouvaient tenir en échec toute une armée, la tentative de cerner Mêlas sur une ligne qui devait s'étendre du lac Majeur à l'Apennin, avec une armée inférieure en force, en offrait de non moins redoutables , et cette seconde opération était aussi aventurée que la première: mais la possibilité d'un revers pouvait-elle balancer l'éclat d'un tel succès aux yeux d'un homme qui croyait à son étoile et qui trouva jusqu'au bout une sorte de volupté de joueur à en éprouver la fidélité? Quant à se demander s'il avait le droit de jouer la destinée d'une nation comme il aimait à jouer la sienne propre, c'est là une idée à laquelle il ne s'éleva jamais. On estime d'ordinaire que le succès a répondu à tout ; mais, lorsqu'un succès, si prodigieux qu'il soit, prouve par la façon dont il a été obtenu et par les instincts dont il témoigne qu'il porte en lui-même le germe d'un revers inévitable, il n'y a qu'un manque d'intelligence à l'admirer sans réserve.
On ignora longtemps à Paris que le Premier Consul dût prendre un commandement dans la nouvelle campagne. Il avait soigneusement dissimulé son intention à cet égard, et c'est pour mieux masquer ses
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desseins qu'il avait mis une certaine ostentation à confier Tarraée de réserve à Berthier. « Je ne veux pas faire le général, disait-il dans ses conversations privées; si je pars ce sera pour une simple revue*. » Il craignait d'indisposer l'opinion, de laisser paraître une ambition impatiente de s'emparer de tout dans l'État, de mécontenter ses compagnons d'armes en leur disputant un rôle auquel ils pouvaient suffire et des honneurs qu'ils se flattaient peut-être de garder désormais sans partage, enfin de fournir une arme à ses adversaires. La Constitution de l'an VIII, en effet, en établissant des ministres responsables, et en attribuant au Premier Consul la nomination de tous les officiers de terre et de mer, l'excluait naturellement de toutes ces fonctions secondaires auprès de la sienne qui était de gouverner. « Les principes de cette Constitution, a-t-il dit lui-môme*, ne permettaient pas au Pre^ mier Consul de prendre ce commandement. Là magistrature consulaireétant essentiellement civile, le principe de la division des pouvoirs et de la responsabilité des ministres ne voulait pas que le premier magistrat de la République commandât immédiatement en chef une armée; mais aucune disposition comme aucun principe ne s'opposait à ce qu'il y fût présent.^ Dans le fait, le Premier Consul commanda l'armée de réserve, et Berthier, son chef d*état-major, eut le titre de général en chef.»
Grâce à cette singulière distinction qui montre avec une clarté parfaite ce que Napoléon entendait par le