‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 34 sur 112 · Mémoires de Napoléon : Marengo · texte numérisé non relu

Mémoires de Napoléon : Marengo

mot principe, le Premier Consul put revêtir l'uniforme du soldat sans manquer à ses devoirs de chet du gouvernement. Mais les appréhensions, qui lui avaient inspiré ces déguisements peu dignes d'un pouvoir si fort, n'étaient pas fondées. Le public n'était pas aussi dupe que Bonaparte pouvait le croire; malgré les responsabilités toutes fictives que semblait sanctionner la Constitution de Tan VIII, personne à Paris ne considéï'ait le gouvernement consulaire comme un gouvernement civil; chacun savait que la force militaire y était tout; et ce Tribunat qu'on accusait d'une opposition systématique fut le premier à émettre le vœu : « Que le Premier -Consul revienne vainqueur et pacificateur. » En cela les Tribuns agirent sous l'empire d'un bon sentiment, dans l'espoir d'apaiser et de désarmer leur ennemi ; mais ils commirent une faute, parce qu'ils n'avaient pas le droit d'abandonner une seule des garanties que leur offrait la Constitution, quelque dérisoire que fut d'ailleurs cette garantie.

Il quitta Paris le 6 mai, laissant à ses collègues des instructions qui se résumaient dans un mot qu'il leur écrivait trois jours après de Genève : « Frappez vigoureusement le premier qui s'écarterait de la ligne* » Il trouva les préparatifs de passage presque terminés. D'immenses approvisionnements avaient été transportés facilement de Genève à Villeneuve, grâce à la navigation du lac, puis de là avaient été échelonnés sur la route, à Saint-Maurice, à Martigny, à Saint- Pierre. Les munitions de l'artillerie avaient été char-

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