‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 4 sur 112 · Mémorial de Las Cases · texte numérisé non relu

Mémorial de Las Cases

cette commutation avait été de sa part un hommage rendu à la puissance de ropinion publique ; affirmant dans l'autre * que le décret de déportation n'avait été lui-même qu'une feinte destinée à effrayer ses ennemis et n'avait jamais dû être exécuté. Mais ^s deux versions si dififérentes au sujet d'un même acte, et qui prenaient tour à tour le dessus dans son esprit selon qu'il avait le plus à cœur de prouver son infaillibilité ou son aptitude à tirer parti des circonstances, montrent seulement combien il se préoccupait moins d'être vrai que de frapper l'imagination de ses contemporains et de se draper en vue de l'histoire. Une des premières pensées de Bonaparte en se saisissant du pouvoir avait été pour l'armée, préoccupation bien naturelle chez un homme qui devait tout à son épée, et dont le système politique n'était au fond que le gouvernement militaire. L'armée était d'ailleurs passée du rôle d'instrument à celui de ressort principal dans l'État, et son importance allait encore grandir. Il fallait d'abord s'assurer des chefs. La plupart de ceux qui se trouvaient à Paris avaient été ses coopérateurs au 18 brumaire. Des trois généraux qui lui avaient refusé leur concours, Jourdan venait de recevoir un avertissement qui l'annihilait, Augereau s'efforçait de rentrer en grâce au prix d'une complète soumission, Bernadette gardait une attitude de réserve, protégé par sa parenté avec Joseph contre les ressentiments de Bonaparte. Parmi ceux qui commandaient à Fextérieur, Championnet envoya sur-lechamp son adhésion ; Brune, dont le premier mouve-

Page 1