‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 45 sur 112 · HÉLIOPOLIS. S2S · texte numérisé non relu

HÉLIOPOLIS. S2S

ne croyait plus à la possibilité de garder l'Egypte; tout ce qui s'était passé depuis lors, la révolte dq Caire, ce témoignage si éclatant de la haine farouche des populations et deTincompatibilité des deux civilisatic»is, l'échec de l'expédition de Syrie qui nous livrait à des invasions sans cesse renouvelées de la part des Turcs, Timportanee croissante que l'Angkterre attachait à la destruction de notre établissement, l'impopularité excessive et bien connue en Egypte d'une expédition qui était devenue en France un texte d'ac^ cusations contre le Directoire, parce que l'opinion persistait à la lui attribuer; enfin, l'épuisement continu de nos forces que rien ne venait réparer, tandis que celles de Tennemi suivaient une progression in- Terse» tous ces faits l'avaient de plus en plus confirmé dans son opinion. Il n'y avait là ni découragement, ni faiblesse; il y avait la clairvoyance d'une haute raison et d'un jugement droit. L'indignation que causa dans l'arma la désertion de Bonaparte, les inquiétudes patriotiques qu'excita l'annonce des victoires de la coalition, la réapparition de la peste qui nous enlevait déjà plusieurs hommes par semaine, le dégoût que montraient les soldats pour cette terre d'exil, dégoût manifesté par de fréquents suicides et par des révoltes partielles k Rosette, à Alexandrie, à El Àrysch, la formation d'une nouvelle armée turque qui montait déjà à soixante mille hommes^ massés dam^ les environs de JaflEa, niais plus que tous ces motifs le désir d'accourir au secours de la répuWique mienacée et de conserver à la France en péril les restes de cette armée autrefois si brillante, décidèrent Kléber à reprendre les négo- <Âations que Boimparte avait lui-même commencées

avec le Grand ^izir au sujet de révacuation de l'Egypte.

Telle fut la détermination trop bien motivée qui a valu tant de reproches immérités à cette pure et noble mémoire. On trouve naturel et légitime que Bonaparte, emporté par Tambition, ait abandonné ses frères d'armes et déserté l'entreprise dont il était le seul véritable auteur, et Ton fait un crime à Kléber d'avoir cédé aux perplexités du patriotisme le plus désintéressé, après cinq mois d'abandon, d'incertitudes et d'épreuves de tout genre; on lui fait un crime d'y avoir cédé, non en abandonnant à son tour ses compagnons, comme il eût pu s'y croire autorisé, mais en s'efforçant de les dérober au sort qui les attendait. Bonaparte, il est vrai, lui avait prescrit de ne traiter que dans le cas où il aurait perdu 1500 hommes de la peste ; mais il lui avait aussi promis des secours, et ces secours* n'étaient point venus. Et, d'ailleurs, de quel droit lui prescrire une loi qu'il n'avait point respectée lui-même? Kléber n'était plus responsable envers le général Bonaparte, il ne l'était qu'envers la France.

La lettre dans laquelle Kléber exposait les motifs qui l'avaient déterminé était du 10 pluviôse (30 janvier 1800). Elle était encore adressée au Directoire. D y évaluait son armée à quinze mille combattants disponibles; ce chiffre qui était loin, comme on voit, d'indiquer un total absolu, puisqu'il ne comprenait ni les administrateurs, ni les employés, ni les malades, ni les marins, ni les soldats démontés, ni enfin le nombreux personnel employé à la colonisation, est pourfant celui qui a servi de base aux récriminations en-

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