HÉLIOPOLIS
put de Taveu même des historiens qui ont le plus maltraité Kléber et contesté ses chiffres, mettre en ligne dans ce péril extrême, que dix à douze mille hommes* contre les quatre-vingt mille hommes de Tarmée turque. Le choc eut lieu non loin des ruines d'Héliopolis. Inspirée et conduite par un héros, notre armée balaya comme la poussière ce ramassis de barbares dans la bataille la plus étonnante qu'aient vue ces contrées (20 mars 1800). Kléber, a-t-on dit, ne pouvait mieux réfuter lui-même ses propres assertions. C'est oublier que la victoire d'Héliopolis, précédée d*une évacuation préliminaire de toutes les provinces qui permitde masser toutes nos forces sur un seul point, et remportée dans un moment où l'exaltation de l'armée était montée à un degré extraordinaire, était une sorte de miracle, et qu'on ne doit pas compter sur un miracle, ni surtout sur un miracle opéré aujourd'hui, à recommencer demain. Que l'armée pût gagner une, deux, trois batail- .es, Kléber n'en avait jamais douté, mais ce qu'il eût voulu é\1ter, c'est de voir tant d'héroïsme inutile, de voir tant de sang répandu pour retarder seulement une échéance fatalement contraire à nos armes.
Après Héliopolis, il lui fallut entreprendre une seconde conquête de l'Egypte. Elle forma avec la première un heureux contraste parla clémence et l'humanité dont il fit usage envers les vaincus. L'homme qui lors de Tinvasion s'était montré noire ennemi le plus acharné, Mourad Bey, subjugué par les procédés géné-
1. M. Thiers dit : Dix mille soldats, ce qui ne Fempêche pas de soutenir en même temps que Tarmée en comptait alors 28000, dont vingt-deux mille combattants au moins. (Histoire du Consulat : Hdliopolis.) Où donc se trouvaient les douze mille absents? u. 20
reux de Kiéber^ vii^ à son camp, lui jura fidélité et Taida efficacement k reprendre le Caire. Kléber ne Toulut pas qu'aucun supplice accompagnât la rentrée triomphante de nos troupes dans cette capitale; il se borna à frapper une contribution sur les habitants épouTantés d'avance des représailles que semblaient leur prédire les terribles souvenirs laissés dans leur ville par le général Bonaparte. Il réorganisa la colonie, donna une nouvelle impulsion aux travaux de rinstitut, enrôla ^ disciplina à l'européenne des bataiikms de Grecs, de €k)phtes et même de nègres du Darfour. Mais sans illusion sur la portée d'un succès dent tout autre eût été enivré, il profita de sa victoire pour entamer de nouvelles négodations avec la Porte, afin d'en obtenir s'il se pouvait des conditions encore plus avantageuses. Il en était là, lorsqu'un fanatique, arn^ par cette haine religieuse qui créait un abime de plus entre l'Egypte et nous, vint mettre fin à cette noble existence. Si c'était son destin d'être sitôt brisée, elle méritait du moins de se consumer au service d'une entreprise moins injuste et moins stérile. On a souvent dit de KJéber « qu'il ne voulait ni servir ni commander. » Interprétée au point de vue militaire cette parole serait un non-sens, car il a surabondamment prouvé qu'il savait faire l'un et l'autre avec une égale supériorité; elle doit être entendue au point de vue politique, et ainsi comprise elle est un honmiage digne de lui. Kléber était le dernier survivant de cette fière génération de généraux dont Hoche est resté la plus glorieuse personnification, et à laquelle Moreau luimême n'appartenait qu'à demi. Il y avait dans ces fils de la Révolution quelque chose de plus que des miti*
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taires. Associés à toutes les idées de leur temps, ils en partageaient les grandes ambitions ; ils ne se regardaient comme étrangers à aucune des questions qui intéressaient ou passionnaient leur pays; Tenus au milieu d'une tourmente sans exemple, ils ont vu leur patrie déchirée par les factions, mais ils ne Font C(mnue que libre, et ne se sont inclinés que devant la loi. Ce n'est pas eux qu'on eût jamais vus vendre leur dignité et leur indépendance de citoyens au prix d*un bâton de maréchal, ou se courber docilement sous leur égal devenu leur maître. Il est aussi difficile de les supposer serviteurs satisfaits sous ce joug doré, que de concevoir Mirabeau, Danton ou Vergniaud dans rassemblée des muets. On sent dans tout ce qui reste d'eux une âme plus haute, une race plus forte qui dépasse de cent coudées toute cette cohue des hommes spéciaux de TËmpire qui hors du champ de bataille n'avaient plus ni cœur ni idées. Ils ne servirent la même cause, ni ne cherchèrent les mêmes honneurs, car ils vécurent et moururent pauvres ; mais puisque la Révolution devait finir par tomber dans la main des soldats, il est à jamais regrettable que ceux-là, qui étaient de grands citoyens en même temps que de grands capitaines, n'aient pas été appelés à influer plus puissanunent sur ses destinées.
Par une suite toute naturelle de ces événements, l'Angleterre connaissait beaucoup mieux que le premier Consul notre véritable situation en Egypte; la plupart de nos convois tombaient en ses mains depuis deux ans, et avec eux les confidences les plus intimes des soldats et des chefs de l'armée. La mort de Kléber, son remplacement par un homme dont le titre prin-
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232 HISTOIRE DE NAPOLÉON l^'-
cipal consistait dans les flatteries qu'il avait toujours prodiguées à Bonaparte , la situation désespérée oti se trouvait Malte, alors sur le point de se rendre, n'étaient pas des faits de nature à décourager le cabinet anglais, et son insistance pour se faire admettre dans un congrès avec l'Autriche, provenait uniquement du désir de faire gagner du temps à son alliée. Le Premier Consul, en subordonnant cette admission à l'acceptation d'un armistice maritime, proposait une chose impossible, car un tel armistice ne pouvait avoir qu'un sens, le ravitaillement de Malte et de l'armée d'Egypte. C'était proposer à l'Angleterre de sacrifier tout le fruit de ses longs efforts au moment même de le recueillir, et c'était préjuger le résultat du congrès , puisque c'était consolider d'avance nos deux possessions les plus contestées. Une telle offre était trop évidemment dérisoire pour être acceptée; cependant la diplomatie britannique qui avait un intérêt pressant à prolonger le débat, y répondit par un contre-projet fort ingénieux. On voulait assimiler Malte et Alexandrie aux places d'Allemagne, soit : mais celles-ci ne pouvaient s'approvisionner qu'au jour le jour, et seulement dans la proportion de leurs besoins pendant la durée de l'armistice. On y consentait en ce qui concernait Malte et Alexandrie. Cette contre- proposition qui abordait de front la vraie difficulté, força le premier Consul à démasquer son but. Son représentant, M. Otto, se montra disposé à accepter la transaction à l'égard de Malte, mais en stipulant que six frégates pouvant porter environ six mille hommes pourraient entrer dans le port d'Alexandrie sans être visitées, ce qui mit fin à la négociation. Elle avait duré tout Je mois de septembre,
et avant même qu'elle fût terminée, Malte avait succombé à la suite d'une défense de deux ans qui fit le plus grand hoiineur au général Vaubois.
Tout n'était pas rompu avec l'Autriche, malgré la déception causée par le désaveu de M. de Saint-Julien ; de part et d'autre on avait résolu de reprendre les pourparlers à Lunéville, et le Premier Consul consentit à une prolongation de l'armistice pour quarantednq jours, mais à la condition qu'on lui remettrait les places d'Ulm, de Philipsbourg et d'Ingolstadt.
Cette convention fut signée par Moreau à Hohenlinden, dans le village dont il allait bientôt immortaliser le nom par son plus beau fait d'armes. La chute de M. de Thugut, qui survint vers le même moment, et la nomination de M. de Cobentzel comme plénipotentiaire à Lunéville, semblèrent d'un heureux augure pour la conclusion de la paix. M. de Cobentzel était le négociateur de Campo Pormio; il avait su se rendre agréable au général Bonaparte» La France devait être représentée à Lunéville par Joseph Bonaparte, diplomate des plus médiocres auquel on n'eûtjamais songé, si le Premier Consul ne se fût considéré dès lors comme le chef d'une dynastie dont les membres étaient appelés à posséder tous les privilèges du droit de naissance. M. de Cobentzel, qui était le personnage le plus propre à seconder la politique nécessairement dilatoire du cabinet de Vienne, n'arriva à Lunéville qu'à la fin d'octobre; il n'y trouva pas Joseph et se rendit directement à Paris. Là, bien que ses pouvoirs fussent très-réguliers, Talleyrand ne tarda pas à s'apercevoir que le diplomate autrichien ne consentirait à traiter qu'autant que l'Angleterre serait admise au congrès.
2'àk HISTOIRE DE NAPOLÉON !•*.
Bonaparte, auquel il fit part de ce nouveau mécompte, s'emporta contre M. de Gobentzel; il se livra à son égard à une de ces scènes de violence» qui devinrent de plus en plus brutales et fréquentes à mesure que sa puissance grandit : cSi M. de Gobentzel n'avait rien de mieux à nous dire» il n'avait qu'à repartir au plus vite l » Cependant il ne s'opposa pas à ce que le3 conférences fussent entamées à Lunéville, où se rendirent les deux négociateurs. M. de Gobentzel laissa alors entrevoir à Joseph que ses instructions ne lui faisaient pas une nécessité absolue de ne traiter que conjointement avec TAngleterre, mais il allégua celle de consulter sa cour à ce sujet. Son courrier éprouva de grands obstacles pour arriver à Vienne, et la réponse se fit attendre ^
Ce moyen de gagner du temps une fois suffisamment exploité > M. de Gobentzel en fit surgir un autre plus fondé : ce fut l'occupation de la Toscane par les troupes françaises. La convention d'Alexandrie avait décidé que la Toscane continuerait à être occupée par l'armée impériale'. Ce droit comprenait évidemment celui de lever des milices , car c'est ainsi que pour notre compte nous Tinterprétions relativement au Piémont et à la Lombardie; ce furent pourtant ces levées et le prétendu projet d'un débarquement des Angiais en Toscane*» qui servirent de prétexte i cette nouvelle
U Jx)seph à Talleyrand, 15 novembre 1800.
2. Napoléon a écrit que « dans la convention d'Alexandrie U n^cBvait pas été question de la Toscane y», or llarticle 3 de cette conv^ation était ainsi conçu : « L'armée de S. M. I. occupera égalemem la Toscane et Ancône. »
3. M. Thiei*s parle de ce projet comme s'il y croyait. Napoléon qui Fa allégué le premier comme gouvernant^ n*^ croyait pas comme
HOHENI.INDEN ET LUNÉVILtE. 235
inyasion, non moins inique que la première. Livoume se vît une seconde fois mise au pillage, et les bâtiments de commerce anglais n'échappèrent pas cette fois au guet-apens dont notre armée se fit l'instrument. Il est presque inutile d'ajouter qu'aucun des motifs allégués alors et depuis n^était sincère ni fondé. Le Premier Consul n'en avait qu'un qu'il n'a jamais avoué : il s'empara de la Toscane parce qu'il Toulait l'avoir dans les mains au moment de la paix, afin d'en disposer en faveur du gendre do roi d'Espagne, auquel il l'avait déjà fait offrir.
De tels procédés n'étaient guères propres à accroître la confiance et à faciliter la parx. M. de Cobentzel en tira parti avec les ressources habituelles du verbiage diplomatique, et l'on gagna ainsi la fin de l'armistice (28 novembre 1800). Comme palgréles flots de paroles dépensés de part et d'autre, îl n'en restait pas moins établi que l'Autriche ne voulait pas négocier séparément, il fut convenu qu'on en appellerait de nouveau au sort des armes, les négociations restant pendantes à Lunévîlle, et Moreau reçut l'ordre de recommencer les hostilités.
L'armée de Moreau, depuis trois mois immobile sur rinn, avait reçu des renforts qui la portaient à un peu plus de cent mille hommes. Le Premier Consul lui avait en outre donné pour point d'appui un corps d'armée franeo-batave, ccanmandépar Augercau, et placé sur le Mein pour contenir les corps francs levés par rAutriche en Souabe et en Praaconie. Cette petite ar-
iûstorien : « L'armistice, dH-il, ne permit pasaùx ÂDgiads d'opérer leur débarquement puisque cela serait devenu une cause certain© de mpture. » (Mémoires.^
mée d*environ vingt mille hommes, placée trop loin de Moreau pour lui prêter un appui efficace, eût gagné à être réunie à la sienne, car elle pouvait arrêter et arrêta en effet sa marche en avant, et contribua peu à sa.sécurité. En Italie, Brune substittiè brusquement à Masséna, qu'on priva de son commandement pour des torts d'administration, qui n'étaient alors ni plus ni moins grands qu'ils n'ont été avant et après cette disgrâce singulière, eut sous ses ordres une armée à peu près égale à celle de Moreau. Il était également couvert par une sorte d'arrière-garde excentrique, commandée par Murât, et faisant face à l'Italie centrale et aux Napolitains. Enfin un cinquième corps était placé dans une situation intermédiaire sous les ordres de Macdonald. Ce général occupait le canton des Grisons avec 15 000 hommes, et de là pouvait descendre à volonté en Italie ou en Allemagne par l'un ou l'autre Tyrol. Les Autrichiens avaient à nous opposer des armées en nombre égal, sinon d'égale force. En présence de Moreau, c'était l'archiduc Jean, grand théoricien militaire et admirateur passionné du général Bonaparte, dont il se proposait d'imiter la tactique; il avait sous ses ordres 80000 hommes, soutenus d'un côté par un corps de 20 000 soldats, sous Klenau, appuyés de l'autre par Hier, cantonné avec 30000 hommes dans le Tyrol. Sur le Mincio c'était le maréchal de Bellegarde, avec 90000 hommes dans de belles positions défensives.
Cette fois encore notre armée d'Allemagne n'avait pas été plus favorisée que celle d'Italie, bien qu'il fût plus évident que jamais qu'elle seule pouvait frapper le coup décisif. Mais aujourd'hui Moreau était maître de ses mouvements, aucun traité ne subordonnait plus
son action à celle de l'armée d'Italie, et personne ne pouvait plus le devancer, grâce au pas immense qu'il avait fait en avant dans sa première campagne, Tlnn se trouvant inflniment plus rapproché que le Mincio du cœur de la monarchie autrichienne.
Les deux armées se mirent en mouvement le 28 novembre. La saison était froide et pluvieuse, mais cette circonstance, qu'à l'époque du traité de Campo Pormio Bonaparte avait alléguée comme une raison impérieuse de faire la paix, n'était plus rien aujourd'hui à ses yeux; et lui qui avait reculé devant le col de Tarvis au mois d'octobre, il exigeait que Macdonald franchît le Spliigen en plein décembre. Moreau, jusque-là cantonné sur le plateau qui domine Munich, au delà de risar, se porta en trois colonnes sur l'Inn, tout à la fois pour éclairer les abords de ce fleuve, d'un accès très-difficile, et pour rejeter sur la rive opposée les avant-ppstes autrichiens. Fidèle à sa méthode prudente et sûre, il avait détaché le corps de Sainte-Suzanne vers Ingolstadt, pour protéger ses derrières contre Klénau et pour soutenir en cas de besoin l'armée d'Augereau. A son extrême droite le corps de Lecourbe remplissait, quoique plus rapproché, un rôle analogue en le mettant à l'abri de toute attaque de la part de l'armée autrichienne qui occupait le Tyrol. L'armée de Moreau faisait ainsi face à l'Inn sur un parcours d'une quinzaine de lieues ; la droite sous Lecourbe était à Rosenheim, le centre sous Moreau à Wasserbourg, la gauche sous Grenier à Mùhldorf.
Selon toutes les probabilités, l'archiduc Jean allait se borner à défendre le passage de l'Inn. Retranché derrière un obstacle naturel d'une aussi grande force,
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il était presque inexpugnable. Il était difficile de supposer qu'il s'en priverait volontairement pour s'attaquer à un ennemi tel que Moreau ; de là l'étendue que celui-ci avait cru pouvoir donner à son front. Cependant l'invraisemblable était le vrai. L'archiduc, la tête montée par la témérité de la jeunesse et par le succès inouï des audaces du général Bonaparte, avait conçu un plan de campagne des plus hardis qui ne tendait à ri^ moins qu'à couper l'armée de Moreau. Pour réussir dans un tel plan il ne lui manquait qu'une seule chose^ la force de le réaliser, car à vouloir couper un ennemi plus fort que soi, on ne fait que se couper soi-même. L'archiduc avait. résolu de passer l'Inn à. firaunau au-dessus de nos positions, de franchir ensuite l'Isar lui-même à Landshut et de venir de là se placer à Munich sur notre ligne de retraite. Il aurait pu aller jusqu'au bout de ce plan tant vanté sans compromettre le salut d'une armée si supérieure à la sienne : il n'eût atteint d'autre résultat que de perdre ses propres communications. Au reste il en sentit bientôt lui-même le côté faible, car il y renonça en chemin. Rencontrant notre gauche un peu aventurée aux environs d'Âmpfîngen, il l'assaillit avec presque toute son armée dans la journée du 1*' décembre. Mais le corps de Grenier, bien que surpris par un ennemi plus que double, fut secouru à temps par une divison du centre et se rabattit sans avoir été entamé dans la forêt de Hohenlinden qui était placée sur nos derrières. Au centre de cette forêt s'étendait une petite plaine déboisée au milieu de laquelle on voyait le village de Hohenlinden. C'est dans cette position denuis longtemps étudiée par lui, que Moreau fit arrêter
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le corps de Grenier pour attendre Tarchiduc. Il lui adjoignit pour le soutenir de fortes réserves avec une division du centre, et celui-ci, réduit aux divisions Decaên et Hichepanse, fut placé à Ebersbefg, à peu de distance de Hohenlinden. Dans cette position centrale, Moreau était maître de toutes les avenues de la forêt; il occupait toutes les chaussées qui conduisaisit à Munich, les Autrichiens ne pouvaient marché sur cette ville sans venir déboucher sur son .front
La principale de ces chaussées était celle qui va de Mulhdorf à Munich en passant à travers la forêt d'abord par Mattenpoet, puis par Hohenlinden. G*est dans ce long et sombre défilé que le 3 décembre au matin, par une véritable tempête de neige qui aveuglait les soldats, vint s'engouffrer l'archiduc, avec la plus grande partie de son armée, ses cent pièces d'artillerie et tous ses bagages. Ses autres corps durent prendre des chemins de traverse beaucoup moins praticables, ce qui était fait pour nuire à l'exactitude et à l'ensemble de l'opération : Riesch à sa gauche avec douze mille hommes, i sa droite Kienmayer et Baillet- Latourqui devaient s'avancer parLendorfetHartofen. Avant même que ces mouvements fussent complètement dessinés, Moreau avait donné l'ordre aux divisions Decaen et Richepanse, qui se trouvaient à Ebersberg, de remonter la forêt à mesure que les Autrichiens la descendraient, et une fois parvenus à Mattenpoet par Saint-Christophe, de se rabattre vers Hohenlinden sur les derrières de la colonne principale de l'archi* duc. G^te manœuvre simple et hardie comme une ins* piration de génie, Ait confiée à un homn^ qui était
digne de la comprendre et de l'exécuter; elle devait décider du succès de la journée.
Il était sept heures et demie du matin lorsque la tête de colonne des Autrichiens parut devant Hohenlinden. Moreau, secondé par Grenier, Ney et Grouchy, se borna à contenir avec vigueur les troupes qui le débordaient afin de donner à Richepanse le temps d'opérer son mouvement sur Mattenpoet, et aux Autrichiens celui de s'engager de plus en plus dans la forêt. Il avait déjà repoussé deux attaques successives lorsqu'il vit se produire un mouvement d'hésitation, une sorte de flottement dans la ligne ennemie, signe certain de la présence de Richepanse sur les derrières des Autrichiens. 11 forme aussitôt en une masse les divisions de Ney et de Grouchy, puis il les lance dans le défilé où elles pénètrent avec une force et un élan irrésistibles. Ney culbute sur son passage les Autrichiens qui se dispersent dans la forêt au milieu d'un affreux désordre; il s'enfonce en courant dans le défilé dont on ne cherche plus à lui disputer l'accès, et parvenus à moitié chemin entre Hohenlinden et Mattenpoet, ses soldats poussent un grand cri de joie en reconnaissant ceux de Richepanse. On se rejoint à travers l'armée ennemie déjà en fuite sur tous les points, on s'embrasse avec ivresse sur ce champ de bataille si glorieusement conquis. Dans son mouvement d'Ebersberg sur Mattenpoet, Richepanse, parti avant Decaen, avait rencontré à michemin le corps de Riesch, mais comprenant la nécessité d'exécuter à tout prix l'opération qui lui était confiée, il avait poursuivi sa route, ne laissant qu'une seule brigade pour tenir tête à Riescb, mais avec la certitude qu'elle serait dégagée par Decaen qui le sui-
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vait. Arrivé à Mattenpoet, il rencontra de nouvelles troupes, et sacriQant tout au but principal, il laissa encore là la moitié de la brigade qui lui restait. C'est donc avec quelques bataillons seulement qu'il put s'avancer dans le défilé où s'était enfoncée la colonne autrichienne, mais il s'y lança tête baissée avec tant d'impétuosité qu'un trouble extrême se répandit aussitôt parmi les troupes surprises par une attaque si imprévue. C'est alors que Moreau en avait aperçu le contre-coup, et que Ney s'était élancé au-devant de Richepanse. Se voyant abordés à la fois en tête et en queue dans cet étroit passage, les Autrichieils sont pris d'une effroyable panique ; ils abandonnent canons et bagages pour se jeter à droite et à gauche dans la forêt où nos soldats recueillent les prisonniers par milliers. A trois heures, toute cette formidable colonne qui formait le centre et le pivot de Tarmée autrichienne était anéantie. C'était le moment où sa droite, formée des corps de Latour et de Kienmayér, ignorant encore le désastre, débouchait bien tardivement sur le champ de bataille, par Burkrain. Elle y fut reçue par deux divisions de Grenier qui attendaient avec impatience le moment d'entrer en action. Ces divisions commandées par Legrand et Bastoul soutinrent intrépidement cette attaque, puis ayant reçu quelques renforts, elles prirent à leur tour Tofifensive et culbutèrent l'ennemi en s'emparant d'une partie de son artillerie. Sur notre droite les prévisions de Richepanse s'étaient pleinement réalisées :1a brigade qu'il avait laissée aux prises avec le corps de Riesch avait été dégagée par Decaen et ce général avait rejeté les Autrichiens sur llno. Nous étions vainqueurs sur tous les points, n. 21
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Vingt mille hommes tués ou pris, quatre-vingMix pièces de canon et d'immenses bagages enlevés à Tennemi, tels étaient les résultats de c^te foudroyante bataille, une des plus belles qui aient été gagnées dans tous les temps, et où nous avions combattu moins de soixante mille hommes contre plus de soixante-dix. Les combinaisons de McHreau avaient été pleines de simplicité et de grandeur^ il avait tout prévu, paré d'avance à toutes les surprises possibles; son calme, son tact, sa fermeté dans l'action avai^ montré en lui un génie militaire qui grandissait tous les jours; Ney avait été admirable d'ardeur, Riehepanse avait déployé dans l'exécution de la ma- ^nœuvre qui lui avait été ccmûée un élan, une intelligence incomparables ; chefs et soldats, en un mot, s'étaient montrés à la hauteur d'une des plus grandes journées de notre histoire militaire ; mais plus belle que tous ces résultats et que tous ces faits d'armes était la noble flamme qui brilla ce jour-là dans notre vieille armée du Rhin 1 Ces effusions patriotiques, ces embrassements fraternels sur le champ de bataille, cette modestie du chef s'oubliant lui-mteM pom* partager sa gloire à ses camarades, cette célébration de la victoire au nom de la paix et de la liberté, c'étaient déjà des mœurs d'une autre époque, et on ne lés revit plus dans nos armées. Hobenlinden est la dernière de nos victoires républicaines.
Napoléon a écrit sur cette bataille des appréciations auxquelles on ne sait quel nom donner. Si le mot de jalousie, que les contemporains n'ont pas hésité à pro^ noncer à cette occasion, doit être retiré s(mis prétexte qu'il avait le droit de n'être jaloux de personne, on ne
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peut nier du moins que ses critiques n'aient été dictées par la haine la plus misérable et la plus mesquine. L'homme que l'Europe luiavaitsi longtemps donné pour lÎTaly et que sa double campagne de 1800 met au rang des plus illustres aquitaines, est traité par lui comme le dernier des écoliers ; sa victoire est un pur effet du hasard, et ses combinaisons sont bien inférieures à celles de l'archiduc Jean. Il a eu tort de laisser en arrière le corps de Sainte-Suzanne, qui surveillait Klénau, tort de laisser sur sa droite le corps de Lecourbe, qui sur-* -veillait les débouchés du Tyrol où se trouvait une armée de trente ou quarante mille hommes ; mais il a eu tort surtout de vaincre avec tant d'éclat, c'est là ce que son antagoniste ne lui pardonne pas. Que parle-t-on de la manœuvre ordonnée à Richepanse? Cela n'est pas, et d'ailleurs, cela eût été contraire à toutes les règles ! Richepanse avait pour but d'empêcher les Autrichiens d'entrer dans la forêt, nullement de tomber sur leurs derrières ; son désespoir et son im^ prudence ont fait le reste! Ainsi le modeste et consciencieux Moreau aurait menti à la face de toute l'armée en s'attribuant dans son rapport au ministre de la guerre (en date du 3 décembre) l'ordre donné à Richepanse et à Decaen de < déboucher par Saint-Christophe sur Mattenpoet et de tomber avec vigueur sur les derrières de l'attaque autrichienne. » Lui si attentif à faire valoir ses frères d'arjnes» il aurait volé sa part de gloire à Richepanse qui n'a jamais songé à s'en plaindre. L'accusation est sans doute d'un homme de génie, mais elle est d'une âme singulièrement petite, et, du haut de son dédaigneux silence, Moreau dépasse ici de toute la tête celui dont la haine eût voulu etfacer
jusqu'au souvenir de ses grandes actions. Au reste, Tordre existe ; ceux mêmes qui ne font que répéter en Tamplifiant la leçon de l'éci^ivain de Sainte-Hélène sont forcés d'en convenir. L'ordre adressé à Richepanse lui prescrivait de se porter d'Ebersberg à Mattenpoet par Saint-Christophe , et de « combattre V ennemi après son débouché décidé sur Uohenlinden^ ». On se rabat sur ce que cette instruction était « pas assez précise et trop peu détaillée, » comme si un ordre pour une marche de deux lieues avait besoin de si grands détails, comme si tout Tordre ne consistait pas à indiquer la direction à prendre et le but de la manœuvre, comme si enfin une indication plus minutieuse n'eût pas précisément compromis le succès de la manœuvre en gênant la marche de Richepanse par des prescriptions trop étroites, en Texposant à sacrifier le principal à l'accessoire et à arriver trop tard à Mattenpoet. A ces atténuations puériles des copistes, on préfère encore les attaques envenimées du maître, sur les sentiments duquel il est du moins impossible de se méprendre. En vain dira-ton que ces appréciations ont été écrites sous l'impression des démêlés ultérieurs de Bonaparte avec Moreau; un homme dont le témoignage n'est pas suspect -à Tégard de Bonaparte, Savary, atteste que dès Marengo, il attaquait avec une extrême vivacité tous les actes de Moreau et l'accusait bien étrangement d*avoir fait manquer la paix. Bonaparte, haïssait Moreau depuis Topposition qu'il avait rencontrée en lui au sujet de son plan de campagne et depuis la désapprobation que Moreau avait laissé percer au sujet des mesures
». lîimortal au dépôt de ta guerre, tome IV.
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qui avaient suivi le 18 brumaire. Mais il croyait devoir encore dissimuler ces sentiments, et lorsqu'il eut à annoncer la victoire de Hohenlinden au Corps législatif, il s'exprima en des termes bien différents de ceux de ses conversations privées et de ses mémoires. « Cette victoire, dit-il, â retenti dans toute l'Europe ; elle sera comptée par l'histoire au nombre des plus belles journées qui aient illustré la valeur française » (2 janvier 1800). Et à Moreau lui-même, il écrivait au sujet de ces mêmes manœuvres qui lui semblaient si ineptes, « je ne vous dis pas tout l'intérêt que j'ai pris à vos belles et savantes manœuvres, vous vous êtes encore surpassé dans cette campagne. » On peut être rassuré sur sa propre gloire quand on force ses ennemis à se donner à eux-mêmes de pareils démentis.
Après le coup qui venait de la frapper, l'armée autrichienne était hors d'état d'arrêter Moreau. Il franchit sous ses yeux l'Inn, l'Alza, la Salza, l'Ens, la battit en détail dans plusieurs rencontres successives, lui prit son artillerie et plusieurs milliers de prisonniers, et quinze jours après la bataille de Hohenlinden il était à près de quatre-vingts lieues de là et presqu'aux portes de Vienne. L'archidùc Charles qui avait reprisa son frère le commandement des troupes de l'empire, demanda un armistice. Les lieutenants de Moreau le pressaient d'entrer à Vienne et tout semblait l'y convier; c'était le couronnement naturel de sa victoire; l'éclat en eût été centuplé aux yeux du vulgaire qu'on ne prend que par ces grossières apparences, et il y avait quelqu'un à Paris qu'un tel triomphe eût fait mourir de dépit. Mais Moreau savait le corps d'Augereau compromis, il n'avait plus de nouvelles de l'armée d'Ita-
lie, enfin ses soldats étaient exténués par ces marcbea rapides dans une saison si rigoureuse, et il niettaitsa gloire à ce que Ton .ne pût pas lui reprocher d'avoir versé inutilement même le sang d'un ^ul soldat Peut-être est-il regrettable pour la cause qu'il n'avait pas cessé de servir, malgré l'erreur d'un moment^ qu'il n'ait pas eu un peu de ce charlatanisme qui était devenu nécessaire à quiconque voulait agir fortement sur ses contemporains ; mais à coup sûr cela est regrettable pour sa renommée , car personne ni alors ni depuis ne lui tint compte d'une abnégatimi si rare et si supérieure à la vanité d^ triomi^iateqrs.
L'armistice ftit signé à Steyer le â& décembre et Augereau se trouva ainsi dégagé de la fâcheuse situation dans laquelle il se trouvait. Pendant ce temps, l'armée dltalie avait à son tour commencé ses opéra* tions sur le Mincio ; mais dirigée avec mollesse par un chef peu fait pour un si grand commandement^ elle ne remporta que des avantages peu décisifs et unique^ ment dus à l'assurance des soldats et des lieutenants de Brune. U ne tint pas à lui que le combat de Pozzolo ne fût un véritable désastre pour son armée. Gepen* dant il réussit à traverser le Mincio et l'Adige : il était arrivé à la hauteur de Trente, où il devait opérer sa jonction avec Macdonald, lorsque la nouvelle de l'armistice vint le dispenser de donner de plus grandes preuves d'incapacité. Macdonald se trouvait au rendez- vous avec l'armée des Grisons : il avait livré peu de combats, mais il avait fait un miracle auprès duquel le passage du Saint-Bernard n'était qu'un jeu d'enfant; il avait franchi le Spliigen au cœâr duHK»s
HOHENLINDEN ET LUNÉVItLE. i4T
de décembre. Ayant reçu du Premier Consul une injonctioD péremptoire de marcher fondée sur cet aphorisme très-risqué « que partout où deux hommes pouvaient mettre le pied une armée pouvait passer; » il avait conduit ses quinze mille hommes à travers des montagnes de glace où l'avalanche lui avait enlevé des escadrons entiers. Après de grandes souffrances^ il était parvenu à les amener dans le Tyrol à travers la Valtrfine ; mais ces exploits obscurs n'attirèrent pas les regards de l'Europe, et personne ne songea cette fois à citer AnnibaL
Pendant que la guerre, ce négociateur souverain^ faisait son œuvre^ Joseph et M. de Cobentzel étaient restés en tête à tête à Lunéville, attendant que k force des choses eût prononcé. Après l'armistice de Steyer ils reprirent les pourparlers pour la paix. Mais le Premier Consul, voulant dès le début leur imprimer une marche rapide, intervint dans le débat par une mani* festation qui engageait sa politique et ne lui permettait pas de revenir en arrière. Daiiks sou message du 2 janvier 1801 au Corps législatif, après avoir proposé à l'assemblée de décréter que les arméea avaient bien mérité de la patrie, il déclara que la paix ne pouvait être conclue qu'à la condition que k France eût le Rhin et que l'Autriche se contentât de l'Adige. Cet ultimatum signifié d'uae façon si choquante préjugeait la question discutée en ce moment à Lunéville : M. de Cobentzel s'en plaignit avee raison^ mais il n'en défendit pas moins pied à pied et successivement TOglio, la Chiesa, le Mincio et enfin l'Adige avec toutes les ressources du plus habile capitaine. Cependant il fallut . se soumettre à la nécessité, et le U janvier il accepta
la limite de l'Âdige ^ à condition que la Toscane serait rendue au grand-duc ou qu'on lui céderait les légations comme équivalent, ce que Talleyrand avait formellement accepté dès le 9 janvier *. Il ne restait plus qu'i se mettre d'accord relativement aux indemnités à donner aux princes dépossédés sur le Rhin ; Gobentzel insistait pour qu*on en finit immédiatement, et l'on était sur le point de signer, lorsque Joseph reçut Tordre de ralentir les négociations. Un revirement aussi complet que brusque s'était opéré dans les exigences du Premier Consul. Ce nouveau coup de -urprise vint prouver à M. de Gobentzel que ses s^i^Tètes appréhensions n'étaient que trop justifiées et^m'il connaissait bien son ancien antagoniste de CanipoFormio. Une lettre de Talleyrand (à la date du 24 janvier) venait de prescrire à Joseph un programme tout nouveau et beaucoup plus défavorable à TAutriche que tout ce qui avait précédé. Cette puissance devait maintenant renoncer pour toujours à la Toscane et sans aucune indemnité ; elle devait en outre indemniser les princes dépossédés sur la rive gauche du Rhin aux dépens des princes ecclésiastiques, en stipulant au nom de l'Empire germanique.
Ces exigences n'étaient fondées sur aucun grief nouveau imputable à l'Autriche : elles n'avaient d'autre cause que la reconstitution de l'ancienne ligue des Neutres sous les auspices de la Russie, et la rupture de Paul !•' avec l'Angleterre qui lui refusait l'île de Malte, siège indispensable de sa grande maîtrise. La
1. Joseph à Talleyrand, 15 janvier 1801. î. Talleyrand à Joseph, 9 janvier.
Prusse étant entrée dans la ligue, et Paul étant de plus en plus irrité contre la Gourde Vienne, TAutriche se trouvait maintenant isolée sur le continent et à la merci du vainqueur. Talleyrand ne crut pas nécessaire de prendre la peine de dissimuler la cause du revirement; il alléguait dans sa lettre du 24 janvier l'état «< de nos nouvelles relations avec la Russie et les sentiments connus de la Prusse, ces deux puissances manifestant un intérêt égal à ce que l'Empereur ne soit pas trop puissant en Italie; » mais Joseph, qui, en sa qualité de diplomate novice, avait la faiblesse de tenir à la parole donnée éprouva vis-à-vis de son collègue de mortels embarras ; il s'efforça de convaincre le Premier Consul de la nécessité d'indemniser le grand-duc, il lui rappela les promesses solennelles qu'il avait faites à cet égard et « vous savez, lui écrivait- il naïvement, que je ne l'ai pas fait de ma téte^ j'en avais Tordre précis » (29 janvier 1801). Tout fut inutile, il reçut l'intimation de ne pas céder. Et M. de Cobentzel faisant attendre sa soumission à un tel abus de la force, Talleyrand le menaça de nouveau de la Russie encore çlus que de nos armées : « Telle est Tanimosité de l'Empereur de Russie, écrivait-il, qu'il pourrait bien entrer dans ses vues de rendre à VÈtat vénitien son ancienne organisation » (6féivrierl80l).
Ces arguments furent enfin les plus forts et la paix fut signée. Le^traité de Lunéville n'était guère qu'une seconde édition de celui de Campo-Formio, sauf en ce qui concernait la Toscane, érigée en royaum - en faveur du jeune infant de Parme. Il consacrait la servitude de Venise sous rAutricbe et la conquête de la haute Italie pour laFr^»»^e, conquête déguisée encore, mais non pour
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longtemps, sous le nom de république Cisalpine. Enfin il laissait entre les deux parties contractantes quelque chose de plus que le regret de ce que Tune d'elles avait perdu : il laissait le souvenir d'une sorte de guet-apens diplomatique. Malgré la grandeur et l'éclat de nos succès, il n'y avait donc là en réalité qu'une paix sur k papier.