‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 57 sur 112 · Lord StanhDpe : William Pitt et son temps · texte numérisé non relu

Lord StanhDpe : William Pitt et son temps

dre * et il était tout naturel que Pitt se retirât devant le refus qui mutilait et déshonorait son ouvrage.

Il est si peu exact que Pitt ait reculé devant une situation plus forte que son courage * que, moins d'un mois après l'offre de sa démission, se considérant comme dégagé pour un temps envers les catholiques et par les efforts qu'il venait de faire en leur faveur, et par l'aggravation de difticultés que le nouvel accès de folie du roi apportait au gouvernement et au pays, il autorisait de secrètes démarches auprès d'Addington qu'il avait lui-même désigné comme son successeur, afin de le décider à résigner le ministère. Mais Addington fit la sourde oreille et garda ses fonctions avec rimperturbable confiance que lui donnait sa médiocrité. En réalité, la situation était beaucoup moins alarmante qu'elle ne le semblait au premier abord, parce que jamais la nation n'avait montré plus de confiance dans ses propres forces. Elle portait avec aisance les charges écrasantes que lui imposait la guerre, et, chose presque sans exemple, Pitt avait trouvé l'unanimité dans Ife Parlement pour son dernier budget. C'est que l'immense accroissement de la prospérité industrielle de l'Angleterre réfutait victorieusement les prédictions de ses ennemis comme les plaintei^ des alarmistes. Chaque déclaration de guerre des puissances continentales n'ayant en définitive d'autre résultat que de la délivrer d'une concurrence

I. Voici en quels termes Macaulay parle du projet de Pitt : « C'est être seulement juste envers sa mémoire, que de dire que ce projet était si grand et si simple, si équitable et si humain, qu'il suffirait à lui seul pour lui assurer un haut rang parmi les hommes d'État. » Biographical essays,

1 Thi^rs : IJistoire du Consulat et de l'Empire.

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sur le grand marché du monde et de faire tomber dans ses mains la marine et les colonies de ses adversaireSy elle en était venue à ne considérer les milliards de ses emprunts et des subsides que comme autant de primes payées pour le développement de ses propres ressources. < Le ministère sortant, disait Pitt quelque temps après, dans un discours du 18 mai, a trouvé moyen, au milieu de ses constants échecs de dépouiller nos ennemis de presque toutes leurs possessions coloniales, d'annihiler presque toutes leurs forces maritimes, de leur enlever leur commerce et de nous l'approprier, tout en maintenant la sécurité de nos possessions sur les divers points du globe.» Cette justification était strictement conforme à la vérité des faits. La marine anglaise était alors en état de lutter avec succès contre les forces navales réunies du monde entier. Aussi l'Angleterre, loin de ressentir l'épouvante qu'on lui attribue en présence de la ligue des Neutres, prit-elle avec une sorte d'empressement l'initiative des hostilités. C'est le cœur joyeux, et sans aucun doute sur l'issue de la lutte, que Nelson s'élança vers la Baltique pour aller se placer au centre même des flottes ennemies, et frapper au cœur la coalition maritime en l'empêchant de réunir ses forces. Dès la fin de mars (1801) cet incomparable marin, le héros déjà légendaire de la nouvelle génération des fils de la mer, était sur les côtes du Danemark, traînant à la remorque le vieux Parker que Tamirauté lui avait donné pour modérateur, et se moquant de l'impression que causaient à l'amiral < les sombres nuits et les champs de glace de la Baltique. > La flotte russe était encore emprisonnée par les gla(îes dans le port de Ra-

vel, et ni la Suède ni le Danemark n'avaient terminé leurs préparatifs. Le 30 mars, Nelson franchit les passes du Sund, en se rapprochant de la côte Suédoise qui n'était pas gardée; le 2 avril il parut devant Copenhague. Le gouvernement Danois entraîné , un peu h son corps défendant, dans la ligue, par la crainte que lui inspirait le voisinage de la Russie, et abandonné à ses propres forces par suite de la rapidité des opérations de Nelson, avait concentré à Copenhague tous les moyens de défepse dont il pouvait disposer, en sorte que les difficultés naturelles que présente rentrée de ce port, combinées avec des travaux d'art d'une grande solidité, en rendaient les abords formidables. La ville n'était accessible et vulnérable que par un seul point, le côté sud de la passe Royale^; encore ce point était-il protégé par une ligne d'embossage formée avec de vieux vaisseaux et hérissée de plus de six cents canons. Nelson n'en voulait ni au Danemark ni à sa marine trop peu importante pour porter ombrage à l'Angleterre; mais il tenait à le détacher de la coalition afin de ne pas laisser les passages du Sund aux mains de l'ennemi dans l'éventualité possible d'une retraite forcée. S' étant fait confier douze vaisseaux de la flotte de Parker, il s'engagea avec son audace ordinaire dans la passe Royale, et vint s'aligner presque bord à bord en face des vaisseaux Danois, au milieu d'un feu effroyable, ne comptant selon son habitude ni sur les stratagèmes, ni sur une supériorité de force, mais sur une volonté que rien ne pouvait ébranler

1. Jurien de la Gravière. — Guerres maritimes sous le Consulat et VEmpire,

et sur le génie merveilleux dont il était comme illuminé au milieu du danger. L'échouage de trois de ses vaisseaux l'empêcha de développer toute sa ligne et d'obtenir tous les résultats qu'il espérait*. La résistance fut telle qu'on devait l'attendre du petit peuple qui avait tenu une si grande place dans l'histoire guerrière de l'Europe. Un instant Parker, qui assistait de 'oin à l'action, crut tout perdu et arbora le signal qui ordonnait de cesser le combat. Alors Nelson prenante témoin un de ses officiers, et appliquant son œil crevé sur la lunette : « Que je sois damné si j'obéis à un pareil ordre ! Sur mon âme, je ne vois pas le signal! Clouez le mien au mât pour qu'on se batte encore de plus près *. » Après quatre heures et demie d'un combat acharné les vaisseaux de Nelson étaient pour la plupart dématés et criblés de boulets, mais la ligne d'embosssage danoise était presque entièrement détruite et la ville était découverte. On parlementa, et Nelson qui avait ses raisons pour ne pas abuser de la victoire, se contenta d'imposer aux Danois une suspension d'armes de quatorze semaines, qui équivalait à ses yeux à un abandon effectif de la ligue des Neutres (9 avril 1801.) Le gouvernement danois avait de non moins bonnes raisons pour se soumettre. Il venait d'apprendre la mort de Paul I*', assasiné dans la nuit du 23 au 24 mars, et se hâta de conclure l'armistice avant que la nouvelle ne fût connue des Anglais.

Cet événement tragique surprit l'Europe et, plus qu'aucune autre puissance l'Angleterre, qui était cen-

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