‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 62 sur 112 · Au citoyen Gaillard, 29 juillet 180h · texte numérisé non relu

Au citoyen Gaillard, 29 juillet 180h

rédigea lui-même pour Otto et à l'adresse de lord Hawkesbury une note qui contenait, outre cette concession, tous les sacrifices qu'il considérait comme compatibles avec l'honneur de la France. Il avait exigé jusque-là qu'on rendît Malte à la France, et Ceylan aux Hollandais ; ces deux restitutions avaient été avec celle de l'Egypte à la Turquie le plus grand obstacle à la paix; il consentit à ce que l'Angleterre conservât Ceylan qui avait une importance capitale pour ses possessions dans l'Inde, et à ce que Malte fût rendu à l'Ordre. Il insistait en revanche pour qu'en Amérique, au cap de Bonne-Espérance et dans la Méditerranée, tout fûtres titué aux anciens possesseurs. Il s'engageait de son côté à évacuer le Portugal et tous les ports qu'il occupait, soit dans les États du roi de Naplessoit dans ceux du pape*. Il prescrivait à Otto d'ajouter que si l'Angleterre renouvelait une coalition < cela n'aurait d'avr tre résultat que de renouveler f histoire de la graiideur de Rome, »

Ces concessions amenèrent le cabinet anglais à se départir de sa propre inflexibilité; il donna son consentement à la plupart de ces arrangements, mais il refusa d'admettre le principe d'une complète restitution des colonies d'Amérique à la France et à ses alliés; car si ses sacrifices dans les autres parties du monde étaient jusqu'à un certain point balancéspar ses acquisitions, l'avantage qu'on lui demandait en Amérique restait selon lui sans compensation. Il offrit de rendre les Antilles en gardant la Guyane hollandaise, ou réciproquement de restituer celle-ci en conservant celle-là.

i. Notedu23juiUet 1801.

LePreiwier Consul ne voulait pas entendre parier de {semblables conditions ; il fit grand étalage de son indignation de ce qu'on eût osé les lui proposer; ii (& insérer au Moniteur les articles les plus menaçants, prescrivit à son négociateur un langage impérieuXi annonça que si on le poussait à bout il allait faire du Hanovre lui-même uçi objet d'échauge et de compensation, et enfin donna un éclat extraordinaire >iut pré paratifs que depuis quelque temps il faisait fkire contre l'Angleterre sur les côtes de Boulogne. Latouche-Tréville avait organisé par ses ordres une flottille de canonnières, qui dans la pensée même du Premier Con* suly était plus propre à agir comme épouvantall que comme un armement vraiment redoutable. Ce n'est que plus tard qu'il prit tout à fait au sérieux l'idée d'une descente en Angleterre. Dans le pays même contre lequel cette menace était dirigée, les hommes spéciaux s'en émurent fort peu , les journalistes en firent un texte de plaisanteries, mais les classes moins éclairées en ressentirent quelques alarmes. « Même en partant des ports de la Flandre, écrivait Nelson à Pamirauté, la descente est inexécutable, quand il n'y aurait que les obstacles provenant des contre-courants de la marée. Quant au projet de traverser à la rame, il est impraticable humainement parlant. Vous avez raison de vous mettre en garde contre la folie de cet homme, mais avec des forces dont je puis disposer, je le défie d'exécuter son absurde projet* » Cependant, pour dissiper les craintes populaires, on prit quelques mesures de défense, et Nelson reçut de l'amirauté l'ordre

1 R Southey : Life ot KeU(m,

LES PKÉLIfiiINAIRES DE LONDRES. 3îl7

de détruire la flottille. Mais réduit à employer le bombardement faute de pouvoir aborder la flottille, il ne lui causa qu'un dommage insigniGant dans sa première tentative ; et la seconde, entreprise dans de meilleures conditions» mais contrariée par le vent et la marée qui séparèrent ses quatre divisions de cbft* loupes, et ne leur permirent d'attaquer que succeêsî^ v^nent au lieu d'opérer ensemble, échoua également devant la résistance intrépide de nos canonnières ^

Le ré»iltat heureux de ces deux petits combats, l'obstination de l'Espagne à ne pas vouloir revenir sur le traité de Badajoz amenèrent enfin l'entente désirée entre les deux Cabinets, On n'insista plus à Londres que pour conserver en Amérique l'île de la Trinité, possession espagnole que Bonaparte n'avait voulu jusque^à céder à aucun [Mrix, et que d'après les conseils de Talleyrand il se résigna à abandonner pour punir l'Espagne de ce qu'il nommait sa trahison. Toutes les difficultés se trouvant ainsi aplanies, un dernier obstacle soulevé par le Premier Consul faillit faire tout échouer. Couvrant les susceptibilités de son curgueil de l'apparence d'un beau dévouement pour les intérêts de ses alliés, il insista d'abord pour que la cessicm de Ceyian et de k Trinité ne fût stipulée que dans des artides secrets incompatibles avec la publicité imposée au cabinet anglais par la constitution britannique, et ensuite pour qi:^ la formule de cette cession fût que la France ne s^opposerait pas. Si cette formule n'était pas acceptée, Otto avait ordre de rompre, car disait Bonaparte, il ne s'en départirait pas « quand les flottes

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