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mieux conseillée par une expérience qui lui avait coûté cher, eût préféré la médiation de la Russie. Bonaparte avait saisi avec empresseiment cette occasion de se «lévouer aux intérêts de TAllemagne. Pour accroîle la confiance des princes il s'était hâté de s'adjoindre comme coopérateur l'empereur Alexandre dont la vanité flattée par cette démarche devenait ainsi intéressée à soutenir notre politique. Son inexpérience et sa jeunesse défendaient d'ailleurs à ce souverain de prétendre aune influence prépondérante dans une aflaire de ce genre. Pouvant s'imposer désormais grâce à ce puissant concours, et grâce à la complicité de la Prusse à qui il s'était décidé à faire la plus belle part, le Premier Consul avait travaillé avec une merveilleuse habileté à accroître les divisions, à aigrir les rancunes, à envenimer les griefs, à surexciter encore les ambitions et les cupidités, tout en parlant incessamment de son déshitéressement, de son zèle pour la grandeur et la prospérité de l'Allemagne, de ses ' vœux sincères pour l'union et la concorde. Ses intentions conciliatrices avaient été couronnées d'un tel succès que vers le milieu du mois d'août 1802, en pleine paix, au début même des délibérations du corps germanique réuni en diète àRatisbonne, FAutriche exaspérée avait à moitié tiré Fépée hors du fourreau et occupé Passau de vive force.
Cet état indécis et troublé de l^Europe, la rivalité de lap ^lîBse et de FAutriche, Fannulation de l'Allemagne, la- reconnaissante dëMrence de la Rnssie, enfin le complet isolement de l'Angleterre, conséquence iraturelle de tous ces faîts^ avaient permis an Premier Consul de consommer Fannexion définitive du Piémont
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sans s'exposer aux protestations qu'un tel acte aurait soulevées dans tout autre moment. Le succès avec lequel s'opéra cette transformation, la parfaite indifférence des puissances germaniques exclusivement occupées à s'arracher les dépouilles des principautés sécularisées, le décidèrent à profiter de cette heureuse circonstance pour réaliser enfin ses projets sur la Suisse.
Après la chute de l'administration d'Aloys Reding, chute amenée principalement (27 avril 1802) par les manœuvres déloyales de notre chargé d'afifaires Verninac'y ce malheureux pays, dont les dissensions intérieures étaient systématiquement entretenues par nos agents au moyen de l'influence considérable que nous y donnait la présence de notre armée d'occupation, était resté en proie aux plus tristes déchirem^ents. Le Landamman Dolder que Bonaparte avait voulu faire triompher momentanément, non par préférence pour sa politique, mais simplement pour amener en Suisse une convulsion de plus, avait la minorité dans la nation; il était incapable de se maintenir un seul instant par ses propres forces. Même avec notre appui secret il luttait à grand'peine contre ses adversaires. Il ne fut pas plutôt installé que cet appui lui fut retiré, comme cela était d'ailleurs arrivé à tousses prédécesseurs ; mais cette fois, dîose extraordinaire, on annonça (fin de juillet 18G2) que les troupes françaises allaient évacuer la Suisse. Hue s'était-il donc passé? rien. Tous les prétextes qui
1. VMstoire de la Confédération suisse de Jean de Muller donnA 4 ce lût la clarté de révidence. T. ZVII.
avaient été mis en avant pour justiGer notre occupation avaient plus de force^ de réaliié, de vraisemblance que jamais ; la Suisse était plus que jamais divisée, et loin d'avoir désarmé^ les adversaires de Dolder soulevaient ouvertement les petits cantons contre lui. Une détermination si subite^ si imprévue^ si peu en rapport avec les précédents de la politique consulaire, aurait dû avertir les patriotes Suisses de ce qui se tramait contre leur pays. Le Premier Consul avait voulu en efifet, avant de frapper le coup décisif, pouvoir dire qu'il avait d'abord tout fait pour satisfaire et pacifier la Suisse. Gomment en douter? il était allé jusqu'à retirer ses troupes 1 Quelle preuve plus éclatante de ses bonnes intentions pouvait-on exiger? Il se hâta de notifler ce trait de modération à toute l'Europe. Hais ce qu'il ne disait pas dans ces notifications c'est qu'il se retirait au moment où les factions étaient le plus excitées les unes contre les autres, grâce à l'huile qu'il avait jetée sur le feu pour éteindre l'incendie, et qu'il laissait le pouvoir aux mains d'un parti incapable de le conserver bien qu'il fût assez fort pour créer des obstacles à ses adversaires. Le résultat était facile à prévoir. Aussitôt nos troupes retirées, le Landamman Dolder fut chassé de Berne où MuUinen fut installé à sa place; il se réfugia à Lausanne, et la Suisse eut deux gouvernements au lieu d'un. La démonstration était faite. U était désormais constaté que la Suisse ne pouvait se gouverner sans nous.
Ces événements s'accomplissaient dans le cours de ce même mois de septembre 1802 qui venait de voir la métamorphose du Piémont en six départements
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français. Il y avait deux mois à peine que nos troupes avaient reçu Tordre d'évacuer la Suisse. Aussitôt les faits prévus réalisés, le Premier Consul fait dire à M. de Mullinen accouru en toute hâte auprès de lui, « que sa présence à Paris est inutile, qu'il faut que la médiation de la France soit acceptée, que si on l'y force, Ney va entrer en Suisse avec trente mille hommes et que dans ce cas c*en est fait de la SuissCj qu'enfin il est temps qu'on en finisse et qu'il ne voit pas de milieu entre un gouvernement Suisse ami de la France ou pas de Suisse ^ >
Quelques jours après il s'adressait aux Suisses eux* mêmes dans une proclamation où il leur signifiait sa volonté de les sauver au moyen de la médiation: « il est vrai, leur disait-il, que j'avais pris le parti de ne plus me mêler de vos affaires.... mais je ne puis ni ne dois rester insensible aux malheurs auxquels vous êtes en proie, je reviens sur ma résolution. » Il ordonnait ensuite un désarmement général des rassemblements, une convocation du Sénat à Berne, une réunion à Paris à titre d'assemblée consultative des députés du Sénat et de tous les citoyens qui avaient occupé depuis trois ans des postes élevés dans l'autorité centrale, puis il ajoutait : « Habitants de l'Helvétie, renaissez à l'espérance! votre patrie est sur le bord du précipice, elle en sera immédiaten>ent tirée. .. Il n'est aucun homme 5ensé qui ne voie que la médiation dont je me charge est un bienfait de la Providence...; il est temps que vous voyiez enfin que si le patriotisme et l'union de vos ancêtres fondèrent votre république, le