C’est le chiffre indiqué par Cornet lui-même
jure le premier « fidélité inviolable à la légalité, à la liberté, au système représentatif! » Puis Lucien prend la parole pour féliciter ses collègues de l’œuvre qu’ils viennent d’accomplir; il ne craint pas de comparer ce conciliabule nocturne à la pure et glorieuse aurore de la Révolution! ((Représentants du peuple, leur dit-il, la liberté française est née dans le jeu de Paume de Versailles. Depuis l’immortelle scène du jeu de Paume elle s’est traînée jusqu’à vous, en proie tour à tour à l’inconséquence, à la faiblesse, aux maladies convulsives de l’enfance. Elle vient aujourd’hui de prendre la robe virile! A peine venez-vous de l’asseoir sur la confiance et l’a mour des Français, et déjà le sourire de la paix et de l’abondance brille sur ses lèvres ! Représentants du peuple, entendez le cri sublime de la postérité : (( Si (i la liberté naquit dans le jeu de Paume de Versai lies, elle « fut consolidée dans V orangerie de Saint-Cloud ^ ! »
L’histoire a conservé le souvenir de plus d’un solennel mensonge, mais on citerait difficilement une circonstance où la vérité ait été outragée avec plus de cynisme et d’impudeur. Lorsqu’une cause est réduite au milieu même de son triomphe à employer de si audacieuses falsifications pour se faire accepter, on peut dire qu’elle a renié jusqu’à son propre principe, et il n’y a rien à ajouter à l’arrêt qu’elle a ainsi porté <^ur elle-même.
Le lendemain, Bonaparte publiait une proclamation adressée aux Français. Il y revenait sur les propositions qu’il disait lui avoir été faites par tous les partis
L MoniCeur.
LE DIX-HUIT BRUMAIRE
et avoir repoussées. Il s’y représentait comme l’instrument docile et dévoué des Anciens, comme l’exécuteur du plan de restauration générale qu’ils avaient conçu.
« Il avait cru devoir à ses concitoyens, aux soldats périssant dans nos armées, à la gloire nationale acquise au prix de leur sang, d’accepter le commandement. » Passant ensuite aux récits des événements de Saint- Cloud, il disait : « Je porte mon indignation et ma douleur au conseil des Anciens ; je lui demande d’assurer l’exécution de ses généreux desseins; je lui représente les maux de la patrie qui les lui ont fait concevoir; il s’pnit à moi par de nouveaux témoignages de sa constante volonté. Je me présente au conseil des Cinq-Cents, seul, sans armes, la tête découverte, tel que les Anciens m’avaient reçu et applaudi; je venais rappeler à la majorité ses volontés, et V assurer de son pouvoir. Les stylets qui menaçaient les députés sont aussitôt levés sur leur libérateur ; vingt assassins se précipitent sur moi, et cherchent ma poitrine. Les grenadiers du Corps législatif que j’avais laissés à la porte de la salle accourent et se mettent entre les assassins et moi. L’un de ces braves grenadiers (Thomé) est frappé d’un coup de stylet, dont ses habits sont percés. Ils m’enlèvent... Français, ajoutait-il en finissant, vous reconnaîtrez sans doute à cette conduite le zèle d’un soldat de la liberté et d’un citoyen dévoué de la République! »
Et le 23 brumaire, on lisait dans le Moniteur:
« Thomas Thomé, grenadier du Corps législatif, qui a eu la manche de son habit déchirée en garantissant Bonaparte du coup de stylet qui lui était
HISTOIRE x7Ei inaPüLEON.
destiné, a dîne le 20 et déjeuné le 21 avec lui. La citoyenne Benaparte a embrassé Thomas Thomè , et lui a remis au doigt un diamant de la valeur de 2,000 écus. »
Ce n’était là qu’un trait de plus emprunté à Thistoire des prétoriens. Pendant que ces choses s’accomplissaient, Paris se montra curieux, mais resta neutre; le peuple parut comme étranger aux événements, l’armée applaudit , l’opinion se tut.
Tel fut le début du pouvoir nouveau ; et tel était l'homme auquel on venait de sacriiier les libertés publiques.