Mémoires : Ulm-Moreau
3. Lettres de Moreau au Premier Consul, 8 avril, à Berüiier, '24 avril. — Memorial du dépôt de la guerre, t. V.
porter lui-même, or les frapper en Allemagne, c’eût été en laisser tout l’honneur à Moreau, car d’une part Moreau avait nettement manifesté le refus de servir sous ses ordres *, de l’autre la situation intérieure de la République ne semblait pas permettre encore à Bonaparte de quitter Paris pour prendre ce commandement. Le rôle qu’il réserva à Moreau dans son plan de campagne n’était, donc qu’une sorte de pr ologue destiné à préparer sa propre entrée en scène. Au lieu de faire des opérations en Allemagne l’objet principal de la campagne, il les subordonna complètement au plan qu’il se proposait de réaliser lui-même en Italie à la tête de l’armée de réserve. D’après cette conception fameuse et, à certains égards, si justement célébrée, Moreau, après avoir concentré son armée de de Strasbourg à Baie et surtout de Bâle à Constance, devait tromper l’ennemi par de fausses démonstrations de passage, puis franchir le Rhin sur trois ponts entre Schaffouse et Constance, c’est-à-dire à l’extrême gauche de Kray. La Forêt-Noire se trouverait ainsi tournée et l’ennemi serait alors rejeté en Bavière.
Napoléon a écrit plus tard, et tout le monde a répété après lui, qu’il offrait à Moreau par cette ouverture de campagne un moyen facile de couperet de détruire les cent vingt mille hommes de Kray, en les écrasant dans l’angle que le Rhin forme de Strasbourg à Constance; à cette époque, il en admettait beaucoup moins la possibilité, car il ne lui en suggéra pas même l’idée dans les diverses instructions qu’il lui adressa; et l’on n’en trouve pas trace dans les exposés qu’il