‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 32 sur 107 · Mémoires de Rovigo · texte numérisé non relu

Mémoires de Rovigo

obtenir cet effet théâtral, il ne craignait pas d’exploiter la mort elle-même.

Pendant son régne il revint jusqu’à trois fois sur ce bulletin pour le modifier en vue de l’histoire. Dans ces trois relations qui nous ont été conservées par le Mémorial cle la Guerre on le voit à chaque instant se contredire et se démentir lui-même. Une fois son thème fait il ordonne de détruire tous les rapports originaux afin qu’on soit forcé de s’en rapporter à lui; mais ce n’est que dans ses mémoires qu’il parvient à donner à son récit une forme raisonnée et définitive. Chose singulière et qui juge la moralité de ces jeux sanglants de la guerre, ce fut la bataille où il déploya le moins de génie et se montra le plus au-dessous de lui-même qui lui donna les plus grands résultats au moins au point de vue de sa gloire et de son pouvoir. Les combinaisons qui avaient préparé Marengo étaient une conception admirable, mais elles étaient extrêmement hasardeuses , aléatoires 1 , hors de proportion avec les moyens dont nous pouvions disposer; elles étaient en un mot d’un incomparable virtuose de la guerre et non d’un général patriote. Quant à ia bataille elle-même, elle fut donnée dans les conditions les plus défavorables, et la victoire ne tint qu’au hasard heureux d’une charge de cavalerie faite à propos. Napoléon a écrit lui-même que « toutes les chances pour

1. C’est ce que reconnaît implicitement Jomini lorsqu’il dit, après avoir signalé le danger de ces dispositions, que Bonaparte voulait tout ou rien , et nomme la bataille de Marengo une écliau ffourée. Tel est également l’avis de Mathieu Dumas lorsqu’il dit que « Marengo était un champ clos où l’une ou l’autre des deux armCes devait périr. »

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