‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 33 sur 107 · IG · texte numérisé non relu

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186 HISTOIRE DE NAPOLÉON 1er.

le succès de la bataille étaient en faveur de l'armée autrichienne. » Au rebours de tant de batailles dont on a pu dire avec justice qu’elles devaient être gagnées bien qu’elles aient été perdues, celle de Marengo devait être perdue sans une faveur exceptionnelle de la fortune; et ce n’est pas la peine d’être un capitaine sans pareil pour se mettre dans la nécessité de compter sur un miracle, lorsqu’on peut arriver au but par des voies moins éclatantes mais sûres et efficaces. Dès Marengo l’aventurier commence à faire tort au chef d’État.

Un général moins démoralisé que Mêlas eût voulu tenter de nouveau le sort des armes, soit en recommençant une attaque qui n’avait échoué que par suite d’un hasard malheureux, soit en se jetant avec toutes ses forces sur le corps de Suchet pour gagner Gênes. A ces partis énergiques il préféra une suspension d’armes en vertu de laquelle il évacuait toute l’Italie du Nord jusqu’au Mincio et au Pô inférieur, suivant une ligne qui allait de Peschiera à» Ferrare, mais en conservant la Toscane et Ancône. Cette convention signée à Alexandrie fut envoyée à l’empereur d’Autriche avec une longue lettre du Premier Consul, qui s’efforçait cle démontrer par une discussion en règle et par toute sorte de considérations philanthropiques à S. M. l’Empereur et Roi, que son intérêt le plus cher était de rompre enfin avec l’Angleterre pour s’allier au gouvernement français. Cette lettre « sortant du style et de la forme ordinaires, » comme le disait quelques jours après Bonaparte, étonné lui-même de l’avoir écrite, dans une communication à Tallevrand, était ^emplie de conseils et de protestations amicales. Il ne

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laissait paraître aucun ressentiment de ce que ses lettres précédentes étaient restées sans réponse, et sa persévérance à s’adresser à lui malgré cette espèce d’affront, témoignait assez du désir secret dont il était dévoré de traiter d’égal à égal avec les souverains par la grâce de Dieu.

En attendant la réponse de l’Empereur, il fit mettre sur-le-champ à éxécution les articles de la convention d’Alexandrie, en pressant surtout la remise des places fortes, puis il retourna à Milan le 17 juin. Là il reçut en grande pompe les acclamations du peuple et les Te Deum du clergé. Il décrivait lui -même cette scène alors si nouvelle pour les Parisiens, dans un de ces bulletins qu’il continuait à rédiger presque chaque jour à leur adresse, et qui étaient devenus en quelque sorte la seule publication qui parût en France grâce aux coups dont il avait frappé la presse. L’opinion n’ayant plus que cet aliment unique il s’ensuivait que le public ne pouvait plus s’occuper que de lui. « Le Premier Consul, disait-il, a été reçu à la porte de la métropole par tout le clergé ; il a été conduit dans le chœur sur une estrade préparée à cet effet, et sur laquelle on avait coutume de recevoir les consuls et premiers magistrats de V empire cT Occident. » Pour qui connait cette pensée sans mesure et cette ambition sans frein, ce mot d’empire d'occident n’avait pas été placé là par hasard. Il trahissait des préoccupations peut-être encore confuses mais déjà nées dans son esprit. Un peu plus loin il ajoutait comme pour flatter le public français en le mettant dans le secret de ses ménagements peur l’Église : « Ce respect pour l’autel est une époque mémorable qui fera impression sur les peuples d'Italie et

plus d’amis à la république. L'allégresse était partout à soli comble. Si l’on fait ainsi, disaient les Italiens, nous sommes tous républicains et prêts à nous armer pour la défense du peuple dont les mœurs, la langue et les habitudes ont le plus d’analogie avec les nôtres. »

Ce langage plein de sous-entendus ressemblait beaucoup à celui qu’il avait tenu à ses soldats en débarquant en Égypte, mais ceux qu’il semblait ainsi associer à sa politique par cette espèce de demi-confidence, et qui y applaudissaient avec un profond dédain pour l’infériorité intellectuelle et morale de ces peuples déshérités, ne se doutaient guère des concessions plus fortes encore qu’il était à la veille de faire en France à des superstitions qu’ils n’éprouvaient pas. Le cardinal Chiaramonti, connu par sa conciliante et pacilique homélie publiée à Imola peu de temps après le traité de Campo-Formio, venait d’être élu pape à Venise sous le nom de Pie VII, et déjà Bonaparte faisait briller à ses yeux les plus séduisantes promesses en négociant sous main la conclusion d’un concordat entre la France et Rome.

Pendant ce temps l’armée du Rhin sortait de son inaction forcée. Une fois sûr que l’armée de réserve était entrée heureusement en Italie, Moreau, si longtemps enchaîné devant Uim, put reprendre ses opérations avec des troupes, il est vrai, diminuées de près du quart de leur effectif par le départ du corps de Moncey.Plus tard elles avaient été affaiblies encore par l’éloignement d’une partie considérable du corps de Sainte-Suzanne détaché vers le Rhin contre les corps francs allemands. Dès qu’il put agir librement, trois jours suffirent à Moreau pour faire tomber ce camp re-

tranché devant lequel son immobilité volontaire avait donné lieu à tant de suppositions absurdes. Renonçant à sa première idée de marcher sur Augsbourg et Munich, plan qui eût pu être efficace mais qui avait l’inconvénient de laisser à Kray ses communications par la rive gauche du Danube, il répondit à ses détracteurs par une opération beaucoup plus belle et plus hardie : il franchit ce fleuve au-dessus d’Ulm à Bleindheim non loin de Donauwerth où se trouvaient les magasins des Autrichiens. M. de Kray comprenant l’importance de cette manœuvre qui allait nous établir sur ses derrières, et menaçait sérieusement sa ligne de retraite, s’efforça vainement de nous disputer le passage du Danube dans une série de petits combats qui se terminèrent presque tous à son désavantage. Il fut moins heureux encore dans la tentative qu’il fit avec le plus gros de ses forces pour nous reieter sur la rive droite. La rencontre entre les deux

armées eut lieu dans la plaine de Hocbstett, localité restée célèbre par une défaite qui avait été pour nous un désastre national. La cavalerie autrichienne jusque-là si confiante en sa supériorité fut culbutée par la nôtre après une brillante résistance; mais malgré cet échec, des secours étant arrivés de chaque côté, les Autrichiens se maintinrent avec acharnement dans leurs positions. Cependant il fallut céder. La nuit étant venue, une charge générale des troupes françaises fit plier sur tous les points la ligne ennemie, et les Autrichiens se retirèrent laissant dans nos mains cinq mille prisonniers, vingt canons, douze cents chevaux et d’immenses magasino. Ainsi fut lavée la tache laissée sur notre honneur militaire (19 iuin 1890). M. de

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Kray se retira précipitamment sur Nordlingen, abandonnant sa position d’Ulm, et favorisé dans sa retraite par un temps affreux qui rendait la poursuite presque impossible par suite du dégât des routes. Moreau, satisfait de l’avoir repoussé dans la direction de la Bohême où il n’avait aucun intérêt à le poursuivre, se retira sur le Danube puis sur Munich qu’il occupa le 28 juin. Depuis plusieurs jours déjà, il connaissait la victoire de Marengo et l’armistice qui l’avait suivie. Arrivé sur Tlsar et jugeant sa position un peu avancée, eu égard à la situation des principaux corps d’armée et au secours que l’Autriche pouvait clandestinement tirer d’Italie, il accorda à son adversaire une suspension d’armes qui nous garantissait provisoirement tout le terrain que nous avions conquis jusque-là en Allemagne.

Bonaparte était reparti pour Paris en laissant le commandement de l’armée d’Italie àMasséna. Loin de songer alors à se plaindre de l’illustre défenseur de Gênes, il l’avait comblé d’éloges et de témoignages de reconnaissance 4. Si les patriotes italiens avaient eu un instant l’espoir de voir se relever l’indépendance de leur pays , ils durent bien vite renoncer à cette illusion en lisant le décret par lequel Bonaparte fît ses adieux à la république Cisalpine. * Considérant que cette république avait été reconnue libre et indépendante par la plus grande partie des puissances de l’Europe, » il ordonnait la réunion d’une consulte de 50 membres chargés de réorganiser les institutions de la république, c’est-à dire de les mettre en harmonie avec le

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