Général Koch, Mémoires de Masséna
régime consulaire sous la présidence d'un ministre extraordinaire français. Une commission nommée par lui était provisoirement chargée du gouvernement. Quant au Piémont, il laissa dès lors percer l’intention d’en faire purement et simplement un département français, et en confia l’administration au général Jourdan.
Le Premier Consul revenait en France avec une volonté plus absolue, une âme plus que jamais impatiente et altérée de pouvoir, affectant de repousser comme au-dessous de lui tous les hommages qu’on voulait lui rendre. « J’ai trop bonne opinion de moi, écrivait-il à Lucien pour estimer de pareils colifiche ts >»(29 juin 1800). On vit bientôt combien ce dédain pour le vieil appareil des triomphateurs était peu sincère chez lui. Il revenait appartenant tout entier à des projets qu’il n’avait pas osé dévoiler jusque-là, et ayant en main toutes la force nécessaire pour les réaliser. La bataille de Marengo, malgré ses résultats si surprenants, avait été gagnée trop loin de Vienne pour assurer la paix, mais elle donnait à son auteur une prépondérance sans rivale en Europe, une puissance écrasante en France. Il allait s’en servir pour faire un pas de plus dans son système favori, le seul qui ait jamais été compris par ce génie à la fois si prodigieux et si borné, le despotisme au dedans et la conquête au dehors. Jamais apparences plus éblouissantes ne cachèrent des dispositions plus menaçantes pour l’avenir.