LA LIGUE DES NEUTRES
avec eux la Turquie qui n’était guère moins impuissante. Murat marchait sur Naples; Gouvion Saint- Cyr se préparait à entrer en Espagne avec vingt-cinq mille hommes pour opérer sa jonction avec les troupes du Prince de la Paix et soumettre le Portugal. Le traité de Lunéville, en décidant l’érection du trône de
Toscane en faveur de l’infant de Parme, avait fait con-
naître les conditions du marché qui nous assurait la coopération de l’Espagne; mais ce nu’il n’avait pas révélé c’est que Bonaparte avait encore stimulé le zèle de cette puissance en lui laissant entrevoir que le trône de Toscane pourrait bien se transformer plus tard en un trône de Naples1, promesse qu’il savait pourtant bien ne pas pouvoir tenir en raison des engagements qu’il avait pris envers la Russie.
Il suffit à Murat de se montrer sur les frontières pour faire tomber toute résistance. Le roi de Naples subit la loi, s’engagea à fermer ses ports aux Anglais, à nous céder sa part de Plie de l’Elbe dont nous possédions déjà une moitié comme conquérants de la Toscane, enfin à recevoir et à nourrir dans le golfe de Tarente une division de quinze mille Français destinée à secourir l’Égypte. En même temps qu’elle perdait cet auxiliaire précieux par les ressources qu’il offrait à sa marine, l’Angleterre se voyait menacée au nord de l’agression imminente de la ligue desNeutrescomposée des forces navales réunies de la Russie, du Danemark, de la Suède et de la Prusse ; elle se voyait repoussée au midi de presque tous les ports de la Méditerranée, enfin elle était harcelée incessamment sur les côtes