Bonaparte à Talleyrand, 15 iuin
résister au besoin par la force des armes à la contrainte qu’on voulait exercer sur sa cour, et Lucien enfermé dans une impasse offrit sa démission. Ces nouvelles portèrent au paroxysme la colère du Premier Consul : « Que Lucien fasse connaître au roi, écrivit-il, que si le Prince de la Paix, acheté par l’Angleterre, entraînait le roi et la reine dans des mesures contraires h l’intérêt et à l’honneur de la République, la dernière heure de la monarchie espagnole aurait sonné1. » Mais celte menace était impossible à réaliser dans un tel moment, car la France, négociant et faisant étalage de ses intentions pacifiques, ne pouvait rompre avec le seul allié qu’elle eût gardé en Europe, et les remontrances de Talleyrand et plus encore la nécessité contraignirent bientôt le Premier Consul à changer de langage. La convention relative à l’occupation des provinces portugaises n’avait d’ailleurs jamais eu le caractère obligatoire et absolu qu’il se plaisait à lui attribuer dejmis l’ouverture des négociations avec l’Angleterre ; sa propre correspondance en fournit une preuve trèsconcluante : * Si le Roi d’Espagne, écrivait-il à Talleyrand, le 2 mars 1801, veut se relâcher à ne pas occuper une des provinces du Portugal, Lucien pourra consentir à condition que le roi de Portugal nous remettra les trois vaisseaux qui m’ont bloqué à Alexandrie. »
Une autre présomption non moins probante résulte de l’attitude de Lucien lui-même, qui le prit de très-haut avec son frère et affirma toujours avoir en sa possession une lettre de lui qui l’autorisait « à en finir , à la
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