‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 70 sur 107 · Consalvi : Mémoires · texte numérisé non relu

Consalvi : Mémoires

HISTOIRE DE NAPOLÉON I'r.

disposition, par la latitude qu’elle laissait aux interprétations, équivalait à l’esclavage de l’Église ; et de fait quand on avait rêvé le rétablissement d’une religion d’État avec toutes ses conséquences, la chute était un peu rude. L’esclavage de l’Église ne se trouvait pas dans telle ou telle formule particulière mais dans l’ensemble de l’acte. Il crut avoir remporté une grande victoire en faisant ajouter à cette clause les mots suivants : « que le gouvernement jugera nécessaire pour la tranquillité publique ; » restriction plus apparente que réelle et dont ses perplexités lui grandirent démesurément l'importance. Moyennant cette insignifiante concession, Consalvi se résigna enfin , et signa le 15 juillet 1801 l’acte qui consacrait la dépendance de 1 église en lui rendant, il est vrai, de grands avantages matériels. Bonaparte le signa de son côté avec la conviction qu il avait lortifié son propre pouvoir en rendant une si grande part d’influence politique à une puissance qui possédait à un bien plus haut degré que lui l’esprit de domination; car lui n’était qu’un tyran de circonstance et elle était l’incarnation même du principe théocratique. Ce pouvoir qu’il lui rendait, alors qu’il lui eût été si facile de la maintenir sous la règle du droit commun, il se flattait follement qu’elle ne s’en servirait que pour lui-même. Déjà tout entier à son rêve d’Epiménide politique, il citait à tout propos Charlemagne ; et il tomba de son haut lorsqu’il s’aperçut que la cour de Rome commençait a citer Grégoire VII, comme si l’anachronisme avait été plus insensé d’un côté que de l’autre.

Ainsi s’accomplit cette restauration artificielle qui rendit à des idées mortes un empire d’abord peu re-

LE CONCORDAT

doutable et bientôt envahissant. A l'époque où fut conclu le Concordat, le catholicisme n’existait plus comme influence politique; grâce à la position qu’il reconquit alors, il put s'emparer de nouveau des jeunes générations et nous préparer ces longs et stériles déchirements durant lesquels on a vu l’absolutisme ultramontain mettre en péril toutes les conquêtes de l’esprit moderne. L’abbé de Pradt assure avoir souvent entendu répéter à Bonaparte « que le concordat avait été la plus grande faute de son règne1 » Dans ses dictées de Ste -Hélène où il s’étudie principalement à démontrer qu’il n’a jamais commis de fautes2, Napoléon se défend d’avoir tenu ce propos avec une vivacité qui donne une grande vraisemblance à l’assertion de l’abbé. Mais que le propos soit exact ou non, on est forcé de convenir que Bonaparte en signant le Concordat avait bien mal atteint son but, quel qu’il fût. Il avait en effet également échoué, soit qu’il n’eût cherché qu’à régulariser les rapports entre l’Église et l’État, soit qu’il eût avant tout désiré avoir, dans l’Eglise un auxiliaire et un instrument. En dépit des protestations d’amitié, en dépit de ce serment d’obéissance qui selon la naïve expression d’un panégyriste du Concordat3 « faisait du clergé une sorte de gendarmerie sacrée, » ce traité de paix, dans lequel les deux parties n’avaient cherché qu’à se tromper l’une l’autre, c’était la guerre qui commençait. À Rome, le moment de la ratification venu, le Pape éprouva des troubles mortels, presque des remords. On avait mis sous ses

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