‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 78 sur 107 · Proclamation pour l’anniversaire du 18 brumaire · texte numérisé non relu

Proclamation pour l’anniversaire du 18 brumaire

gue se relevait de ses ruines sous la main intelligente et forte d’un noir, dans lequel, à leur grande surprise, les Européens avaient dû reconnaître un homme. En quelques années Toussaint Louverture, par un heureux mélange de sévérité et de douceur, avait rétabli tous les éléments d’une société civilisée parmi ces esclaves révoltés, devenus indisciplinables et sur le point de retourner à l’état sauvage. Il avait mis un terme à la guerre civile, fait renaître le travail et le commerce, rappelé les anciens colons sur leurs propriétés, réorganisé la justice et l’administration. Attentif à veiller sur l’indépendance de sa république, il avait chassé de l’île les troupes anglaises et espagnoles. Nos représentants dans l’île depuis Santhonax jusqu’à Hédouville n’avaient été que les spectateurs impuissants de ces discordes si heureusement terminées ; notre souveraineté sur Saint-Domingue était restée toute nominale ; Toussaint s’était empressé de la reconnaître et de lui rendre hommage, mais avec l’ambition fort légitime de la maintenir à l’état honorifique. Il venait en dernier lieu d’envoyer à Bonaparte la constitution de sa République, afin d’obtenir pour elle la ratification consulaire. Vivre indépendante sous la tutelle de la France, accueillir ses planteurs, ses commerçants et ses marins, leur accorder tous les privilèges compatibles avec la sûreté et la liberté de l’île, tel était alors le rêve de cette République que Toussaint Louverture avait en si peu de temps élevée au plus haut point de prospérité.

Voilà quelle était la situation de cette colonie au moment où, dans un simple but de domination et contre l’avis de tous les hommes compétents, Bona-

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parte se décida à déchaîner de nouveau sur elle toutes les dévastations d’une guerre impitoyable. Pour bien connaître les vues qui l’inspiraient ici, objet auprès duquel les péripéties de l’expédition ne sont que secondaires, il est nécessaire d’examiner de près toutes les pièces du procès. On s’attacha d’abord à rassurer les Anglais sur le but de l’expédition. Talleyrand reçut l’ordre de leur exposer par une note1 que dans cette entreprise le gouvernement français étaitguidé « moins par des conditions de finance et de commerce que par la nécessité d’étouffer dans toutes les parties du monde toute espèce de germe d’inquiétude et de troubles2; » on dirait aujourd’hui la nécessité de régénérer Saint-Domingue. Il ajoutaitpour les apaiser tout à fait « que dans le cas où nous aurions reconnu l’organisation de Saint- Domingue, le sceptre du nouveau monde serait tôt ou tard tombé dans les mains des noirs. » Il fallait croire le cabinet anglais tombé dans l’imbécillité pour le supposer accessible à de pareilles craintes, et elles n’entrèrent pour rien dans sa détermination. Mais sans s’exagérer à ce point les dangers de la domination des noirs, les Anglais avaient beaucoup de griefs contre Toussaint Louverture dont l’exemple pouvait tôt ou tard trouver des imitateurs; ils n’étaient pas fâchés d’ailleurs de nous voir engagés dans une lutte dont ils connaissaient mieux que nous les périls. Ils ne s’opposèrent donc nullement à l’expédition ; ils se contentèrent de

1. Ce qui n’empêche pas Napoléon de déclarer dans ses Mémoires avec sa véracité habituelle «qu'il n'y a eu ni notes, ni pourparlers , ni négociations avec l' Angleterre pour l’ expédition de Saint- Domingue. » Notes et mélanges dictés à Montholon.

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