‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 90 sur 107 · Protocole du 21 février · texte numérisé non relu

Protocole du 21 février

de l'exécution même de la clause du traité d’Amiens qui était relative à l’évacuation de Malte. Cette évacuation était subordonnée à l’acceptation parles grandes puissances de la garantie que le traité leur avait déférée, et le cabinet anglais avait mis le plus loyal empressement à leur demander cet acquiescement, pendant que notre diplomatie montrait à cet égard une tiédeur et une négligence difficiles à expliquer ; mais l’on ne tarda pas à apprendre que la Russie était peu disposée à accorder sa garantie et qu’elle y mettait des conditions peu acceptables1. De là un retard inévitable dans l’exécution de la clause relative à l’ile de Malte, et par suite, de nouvelles causes de dissentiments et de discordes.

Tels étaient les germes du malentendu existant entre la France et l’Angleterre au moment où fut conclue la paix d’Amiens. Quelque formidables qu’ils soient devenus en très-peu de temps, il était facile au début de ne pas les laisser grandir. Le ministère Addington tenait à la paix, elle était sa seule raison d’être; il mettait sa gloire à la rendre durable ; il l’opposait avec orgueil à ses nombreux adversaires comme son œuvre propre et comme son titre à la reconnaissance du pays ; ce fait résulte avec une telle évidence de toutes les discussions du temps, et surtout des débats parlementaires britanniques, qu’il n’a pu être méconnu que par la plus obtuse ignorance. La France n’était pas moins intéressée à la paix que l’Angleterre, on peut même dire que son peuple la voulait malgré

I. Dépêches de lord Saint-Helens à lord Hawkçsbury, avril et ma!

le goût qu’il avait contracté depuis peu pour les conquêtes et les aventures. Il en avait besoin pour son commerce, pour ses manufactures à peine renaissantes, pour la sécurité de ses récentes entreprises coloniales, pour la réparation de tous les maux que lui avaient fait dix ans de guerre. Il était rassasié de .gloire militaire, satisfait des avantages obtenus, avide des bienfaits si longtemps différés de la prospérité intérieure. Le Premier Consul lui -même, quelque incompatibles que fussent ses secrètes visées avec le maintien de la paix, parut d’abord la désirer sincèrement. Il s’occupa des moyens de relever notre industrie; il donna une plus vive impulsion aux travaux de l’intérieur; il prépara une expédition destinée à prendre possession de la Louisiane que lui avait cédée l’Espagne en échange du royaume d’Étrurie ; il consentit même sur les instances du cabinet anglais à envoyer en Angleterre un agent chargé de négocier un traité de commerce; mais la transaction proposée par cet agent était si follement conçue, que sa mission ne pouvait pas être considérée comme sérieuse. Ce traité de commerce, Bonaparte espéra jusqu’au bout se le faire acheter au prix d’une adhésion de l’Angleterre à sa politique.

On vivait en plein dans ces illusions, lorsqu’au commencement de juin 1802, un peu plus de deux mois après la signature du traité d’Amiens, Merry, le chargé d’affaires de l’Angleterre à Paris, fit part à son gouvernement des plaintes que le Premier Consul élevait de nouveau au sujet des altaques dont il était l’objet de la part de la presse anglaise et au sujet des menées des émigrés. La presse britannique critiquait

RUPTURE DU TRAITÉ DAMIENS. til7

en effet sa politique avec une vivacité d’autant plus marquante, qu’elle seule osait parler au milieu du silence du reste de l’Europe. Sa violence était d’ailleurs de beaucoup surpassée par celle de quelques feuilles que rédigeaient à Londres des Français réfugiés, el parmi lesquelles on remarquait surtout V Ambigu de Peltier, l’ancien rédacteur des Actes des apôtres. Mais ces critiques, tantôt justes, tantôt outrées, étaient de celles qui de tout temps ont été inséparables de la liberté d’écrire. Merry fut chargé de répondre en ce qui concernait la presse, qu’elle jouissait en Angleterre d’une entière liberté garantie parla constitution; et en ce qui concernait les émigrés qu’on réprimerait leurs actes , mais qu’aller plus loin, et prendre contre eux des mesures préventives serait incompatible avec l’honneur et avec les lois de l’hospitalité 4. Le gouvernement français ne se tint pas pour battu ; il revint à la charge en insistant sur ses demandes et en réclamant cette fois l’expulsion ou le châtiment de Peltier, de Gobbett et consorts au nom du droit des gens*.

Cette ingérence dans les affaires intérieures d’une nation libre, avait quelque chose de singulièrement provocateur ; de la part de Bonaparte elle avait un ca ractère plus significatif et plus inquiétant encore quand on se rappelait ce qu’il en avait déjà coûté à Venise, à la Hollande, à la Suisse, à l’Espagne pour lui avoir permis une semblable intervention ; avec tout autre ministère elle eût été dès le début repoussée de façon à ne pouvoir pas être reproduite. Mais le faible Ad-

1. Dépêche de lord Hawkesbury, 10 juin 1802. Papers laid be'ore both llouses. Hansard’s Parliamcntary history, yol. XXXVI.

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