‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 99 sur 107 · Jean de Muller · texte numérisé non relu

Jean de Muller

ieurs forces respectives. » Il annonçait en conséquence la nécessité d’adopter des mesures de sûreté dans l’intérêt même de la paix. Ce langage, quoique ferme dans sa modération, était loin de répondre à la véhémence et à l’animosité des sentiments de la nation tout entière qui avait senti le déü et qui commençait à porter dans ce débat la passion concentrée, mais forte, profonde et persistante du caractère anglais. A la Chambre des lords, l’homme qui était alors le bras droit et le glorieux bouclier de l’Angleterre, Nelson, parla le premier, comme celui qui avait acquis le plus de droits à relever le défi. Il parla avec la dignité simple qui va si bien à l’homme d’action et se borna à exposer dans une allocution brève et énergique, la nécessité de soutenir les alliés de l’Angleterre et le devoir de maintenir intact l’honneur national. « Je suis un homme de paix, dit-il, et j’ai horreur des maux de la guerre ; mais notre honneur est le plus précieux de nos intérêts; c’est à lui que nous devons le respect des nations du continent; et ce serait acheter la paix trop cher que de la payer d’une seule parcelle de l’honneur anglais1. » Tous les anciens adversaires du cabinet Addington se levèrent après lui , dans les deux Chambres , pour triompher des embarras du ministère et l’accabler de sa déconvenue. Voilà donc ce qu’elle avait duré, cette paix dont il était si fier, cette paix signée au mépris de leurs prévisions! Il venait aujourd’hui, après tant de belles promesses leur déclarer lui-même qu’il fallait de nouveau se préparer à la guerre. Mais sur quoi

î. Hansard’s : Parliamentary history.

avait-il pu fonder ses illusions ? Les ministres avaientils pu se flatter que le Premier Consul allait du jour au lendemain changer de système et de nature? Les avertissements leur avaient-ils fait défaut ? Ne l’avaientils pas vu pendant la négociation même des préliminaires de Londres et du traité d'Amiens, s'établir en Hollande,s’emparer de la république Cisalpine, vendre à beaux deniers la Toscane, étendre la main sur le Piémont? Avaient-ils pu croire que la réunion du Piémont ne deviendrait pas définitive? Mais l’encre avec laquelle on avait écrit le traité était encore humide, la cire qui l’avait scellé était à peine refroidie1, que Bonaparte se hâtait d’achever ce qu’on lui avait si patiemment laissé commencer, il saisissait le Piémont et l'ile d’Elbe, il mettait la Suisse sous le joug, il consolidait sa domination en Hollande, il bouleversait de fond en comble la vieille confédération germanique ; tout récemment encore il venait de confisquer le duché de Parme pour en disposer selon sa convenance. N’y avait-il rien là de menaçant pour l'indépendance de l’Angleterre? Voulait-on attendre qu’il se fût emparé de tout le continent pour agir contre lui? Bonaparte, s’écria Shéridan, a fait un pacte avec les Français; ils consentent à lui obéir, mais à la condition qu’il les rendra les maîtres du monde!

Laconclusion naturelle de toutes ces récriminations, c’est que le ministère était incapable et qu’il devait se retirer pour faire place au seul homme qui pût sauver l’Angleterre dans cette situation difficile. Cet homme était Pitt. Comme tous les cara tères vrairr ent grands,

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