‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 101 sur 124 · Napoléon à Lefebvre, 6 nov. 1808; à VJetor, môme jour · texte numérisé non relu

Napoléon à Lefebvre, 6 nov. 1808; à VJetor, môme jour

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tes les directions, et l’armée se trouva comme dissoute en un instant. On en tua un assez grand nombre, mais on fit peu de prisonniers. Blake opéra sa retraite sur Reinosa avec quelques milliers de soldats destinés à servir de noyau au ralliement d’une armée qui n’existait plus.

C’était le moment où, selon la promesse de Napoléon, Soult aurait dû s’avancer de Burgos sur Reinosa, pour y prendre ou y détruire les débris de Blake. Mais quelque bien concerté qu’eût été le plan, l’exécution ne répondit pas à la pensée, et ce maréchal ne put pas opérer son mouvement assez tôt pour lui faire produire tous les résultats que Napoléon en attendait. Pendant que Lefebvre et Victor marchaient contre Blake, Napoléon s’était avancé de Vitoria sur Burgos, pour y faire déboucher à droite et à gauche ses corps d’armée sur les derrières de Blake et de Castanos. Burgos n’avait pour toute défense que le faible détachement du marquis de Belvéder, montant à environ douze mille hommes. Le marquis ne se porta pas moins au-devant de Napoléon jusqu’à Gamonal, afin de lui barrer le passage. Ses troupes soutinrent le premier choc avec beaucoup d’intrépidité ; mais le bois qui couvrait leur droite ayant été tourné par la cavalerie de Lasalle, puis enlevé par l’infanterie du général Mouton, tout se débanda et lâcha pied encore plus promptement qu’à Espinosa. Nos cavaliers, qui pouvaient charger à leur aise dans ce pays de plaine, poursuivirent les fugitifs le sabre dans les reins et en firent un véritable massacre. Ils pénétrèrent pêlemêle avec eux dans la ville de Burgos qui fut mise à sac. (10 nov.)

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Napoléon ne lança Soult sur Reinosa que le 13 novembre au matin. Si ce maréchal était parti le il, comme il le pouvait, il y serait arrivé à temps pour achever la destruction de Blake; mais par suite de ce retard, il n’atteignit Reinosa que le 15, après avoir recueilli en chemin des canons et des prisonniers. Blake s’était échappé l’avant-veille en se dirigeant sur la ville de Léon, par les chemins affreux qui longeaient les montagnes des Asturies. Soult ayant manqué son but principal, alla battre la province de Santander et la principauté des Asturies pour y établir un semblant de soumission qui devait durer tout juste aussi longtemps que le séjour de son corps d’armée dans les localités qu’il traversait.

La présence de l’Empereur à Burgos n’adoucit en rien le sort de cette malheureuse cité, qui fut pendant plusieurs jours livrée à toutes les horreurs d’une ville prise d’assaut. Toujours fidèle à son système de faire des exemples. Napoléon voulait soumettre l’Esj3agne par la terreur encore plus que par les armes, et il laissait impunis tous ces excès que commettent si facilement des soldats affamés et dégagés de tout frein. Les villes et les bourgs situés sur notre passage, particulièrement Miranda et Briviesca, avaient été ravagés comme s’ils eussent été traversés par des hordes de sauvages. Quant à Burgos, ces abominations y furent telles, que la ville fut abandonnée par ses habitants : « triste spectacle! s’écrie Miot, qui y entra le 12 novembre, avec le roi Joseph dont il était le conseiller et l’ami. Les maisons presque toutes désertes et pillées, les meubles brisés et épars en morceaux dans la fange; un quartier situé au delà de l’Arlanzon en

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feu; une soldatesque effrénée enfonçant les portes, les fenêtres, brisant tout ce qui lui faisait obstacle, consommant peu et détruisant beaucoup; les églises dépouillées, les rues encombrées de morts et de mourants; enfin toutes les horreurs d’un assaut, quoique la ville ne se fût pas défendue! La chartreuse et les principaux couvents avaient été saccagés. Le monastère de Las Huelgas, le plus riche et le plus noble couvent de femmes de la Vieille-Castille, était converti en écurie ; les tombeaux que renfermaient l’église et le cloître avaient été ouverts pour découvrir les trésors que l’avidité y supposait cachés, et les cadavres des femmes qu’ils renfermaient traînés dans la poussière, étaient abandonnés sur le pavé couvert d’ossements et de lambeaux de linceuls.... J’ai vu sous les fenêtres mêmes de l’archevêché où l’empereur logeait, un feu de bivouac entretenu par des instruments de musique et des meubles enlevés des maisons pendant toute une nuit. Le roi Joseph essaya quelques représentations, mais elles furent mal reçues *. »

Non-seulement l’empereur était décidé à n’écouter aucune représentation, mais il voulait que le pillage administratif vînt compléter les bons effets du pillage militaire. Il fit confisquer à Burgos pour trente millions de laines indépendamment des marchandises anglaises1 2. Ce n’était là qu’un commencement. Sous prétexte d’indemniser de leurs pertes les Français résidants, il résolut de mettre la main sur les biens immenses que possédaient les grands d’Espagne,

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