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Napoléon au roi de "Wurtemberg, 17 mars

Romanzoff, l’ambassadeur d’Alexandre et le défenseur de l’alliance française, système dont il se considérait comme l’inventeur, n’avait pas encore quitté Paris lorsque l’Empereur y revint. Napoléon le vit, il s’attacha à lui plaire; il le combla d’attentions, de présents , de prévenances ; il s’efforça surtout de le pénétrer de ses idées politiques avant de le renvoyer à Pétersbourg : Alexandre avait eu jusqu’ici tous les avantages de l’alliance, le temps était venu maintenant d’en payer le prix et de s’en montrer reconnaissant. Allait-on lui demander des sacrifices bien pénibles ? Non, ce qu’on voulait de lui c’était avant tout une démonstration énergique. Faite un peu plus tôt cette démonstration aurait suffi pour ôter à la cour de Vienne toute idée de faire la guerre. Aujourd’hui encore on pouvait l’en détourner si on savait lui parler un langage qui ne laissât aucune place à l’équivoque, car un cabinet si connu par ses traditions de prudence n’oserait jamais entreprendre de lutter contre les armées réunies de la France et de la Russie. Il fallait donc appuyer les paroles par un déploiement imposant de force militaire, et si l’Autriche refusait de céder, elle serait écrasée par le simple rapprochement des deux colosses.

Rien de plus évident que ces propositions, et il était difficile de les contester ouvertement. On ne pouvait nier ni les engagements ni leur efficacité, et on n’avait que de très-faibles arguments à invoquer pour en éluder l’exécution. En revanche, les objections qu’on ne pouvait pas dire étaient aussi fortes que nombreuses. Alexandre avait eu mille preuves que Napoléon ne s’était décidé à tenir les promesses

de Tilsit que la main forcée par les embarras qui étaient venus compliquer sa situation; il était donc dispensé de toute reconnaissance et n'avait à envisager que son propre intérêt. En quoi son intérêt lui conseillait-il d'intervenir pour mettre fin à des embarras qui lui avaient été si profitables?

Il avait au contraire tout avantage à les voir augmenter. En adoptant cette conduite il ne faisait que mettre en pratique les maximes que Napoléon lui avait si souvent prôchées; il sacrifiait « la politique de fantaisie» à la seule grande, à la seule vraie, à « la politique des intérêts. » Il était élémentaire de prévoir qu'un grand triomphe de Napoléon sur l'Autriche lui suggérerait immédiatement la pensée de reprendre ce qu’il avait donné. Mais ce n’était pas tout, l’empereur des Français montrait maintenant l’intention de porter un coup mortel à cette monarchie. Au profit de qui la détruirait-il? Ce ne serait pas à coup sûr au profit de la Russie. A qui retourneraient ces possessions polonaises de l’Autriche qui dans les mains de Napoléon pouvaient devenir une arme si dangereuse contre la domination russe?

Des préoccupations si naturelles dans la position d’Alexandre n’étaient pas faites pour lui inspirer des vœux bien ardents en faveur de notre cause ; mais il ne pouvait désirer non plus nous voir vaincus sans s exposer à perdre le fruit de ses complaisances passées. Il ne s était encore établi solidement ni en Finlande ou ses troupes mal commandées avaient été plusieurs fois battues par les Suédois, ni dans les principautés que la Turquie, réconciliée maintenant avec l’Angleterre, s’apprêtait à lui disputer énergique-

ment, et si Napoléon venait à essuyer quelque grand désastre, Alexandre se verrait contraint de renoncer à ces provinces tant convoitées.

Combattu par des sentiments si divers, le czar ne pouvait adopter qu’une conduite équivoque et indécise, et cependant jamais l’occasion d’un plus beau rôle ne s’était encore offerte à lui. Aujourd’hui, et aujourd’hui seulement, il touchait enfin à ce moment qu’il avait toujours rêvé, il était en toute vérité « l’arbitre de l’Europe. » Napoléon semblait vouloir le proclamer lui-même par le bruit qu’il faisait du concours et des armées d’Alexandre. Il semblait plus compter sur l’effet de cette menace que sur l’effroi qu’il inspirait lui-même. Nous ne pouvions plus rien en effet sans la permission du czar. Obligés de porter la guerre sur le Danube pendant que la moitié de nos forces était occupée sur le Tage, la folie de notre politique nous avait mis à sa discrétion. Il dépendait de lui de soulever le continent tout entier contre nous. L’Allemagne frémissants, travaillée sans relâche par ses mille sociétés secrètes, n’attendait qu’un signal pour s’insurger du Hanovre au Tyrol. Le roi de Prusse était venu à Pétersbourg avec la reine (en décembre) ; il avait épuisé les protestations de dévouement ; il eût saisi avec une ardeur désespérée l’occasion d’une nouvelle lutte. L’empereur d’Autriche venait d’envoyer au czar (en février) le prince de Schwarzemberg pour tenter de le ramener à cette cause européenne qu’il avait désertée après l’avoir servie avec honneur. L’Angleterre ne demandait qu’à lui ouvrir les bras. La Turquie ellemême, qui venait de rompre bruyamment avec Napoléon après avoir enfin découvert toutes les trahisons

HISTOIRE DE NAPOLÉON I*r.

qu’il avait tramées contre elle à Tilsit et à Erfurt, eût été facilement entraînée à combattre contre nous. Si l’on considère que tous les autres pays soumis à notre domination, la Hollande, la Suisse, l’Italie en étaient profondément dégoûtés, que nous avions alors deux cent cinquante mille hommes en Espagne, on est obligé de reconnaître qu’il y avait là tous les éléments d’une coalition de force à prévenir ou à briser toute résistance.

Ces éléments, Alexandre les tenait dans sa main et il pouvait d’un mot les déchaîner; mais il le pouvait à une seule condition, à la condition de se montrer désintéressé! En répudiant les bienfaits, il pouvait être ingrat non-seulement sans remords, mais avec la certitude d’être béni comme un libérateur et de laisser un grand nom dans l’histoire. Si sous la cendre refroidie de ses illusions de jeunesse, Alexandre avait gardé au fond du cœur quelque étincelle de ses ambitions premières, il dut sentir avec un amer regret qu’en négligeant cette chance inestimable pour s’assurer des possessions mal acquises, il se reniait une seconde fois lui-même et manquait à sa destinée. Par le plus juste des mécomptes il eut bien des sujets de se repentir de sa faiblesse, et lors de la guerre de 1812, et plus tard en se voyant frustré de la plus grande partie des dépouilles qui avaient tenté sa cupidité. Peutêtre ce souvenir ne fut-il pas étranger à la mélancolie de ses dernières années. Mais lorsqu’un homme a eu l’occasion si belle et n’a pas su la saisir, il a pour toujours perdu le droit de se plaindre de la fortune.

Alexandre adopta un parti plus conforme à sa nature indolente et artificieuse. Ne voulant ni renoncer

aux avantages que lui valait l’alliance de Napoléon, ni contribuer à la défaite de l’Autriche, il se décida à rester autant que possible simple spectateur du combat. Lorsque Caulaincourt lui fit part des désirs de son maître, il écarta habilement comme inopportune et dangereuse l’idée d’un manifeste collectif adressé à la cour de Vienne, mais il s’engagea à faire tous ses efforts pour la détourner de la guerre. Quant à sa coopération militaire , il n’en contesta ni le caractère obligatoire ni la convenance , mais il ne cacha point qu’elle devait se réduire à peu de chose par suite des embarras et des périls que lui avaient créés les présents incommodes qu’il avait reçus de son auguste allié. Il avait une guerre au nord avec la Suède, il allait avoir affaire au midi aux forces réunies de la Turquie et de l’Angleterre, c’était beaucoup pour un empire épuisé , dont l’opinion était d’ailleurs trèspeu favorable à l’alliance française. Tout ce qu’il pourrait faire en notre faveur, ce serait de concentrer un corps d’armée sur les frontières de la Gallicie. Ces promesses furent réalisées au moins en partie avec un zèle plein d’ostentation. La Prusse fut avertie qu’il fallait se résigner à se tenir en repos et qu’elle ne pouvait rompre avec la France sans rompre avec la Russie. Le prince Schwarzemberg reçut des déclarations qui n’étaient pas moins décourageantes. Il avait été chargé par sa cour de demander la main d’une sœur du czar pour l’un des archiducs; on la lui refusa et on assaisonna ce refus des plus graves remontrances sur la conduite imprudente du cabinet de Vienne. Mais en lui prodiguant ces conseils et ces avertissements, Alexandre s’abstint de prendre envers

l’Autriche l’attitude menaçante et résolue qui seule eûtpu la faire reculer devant la guerre.

Ainsi échoua, comme il était facile de le prévoir, une intervention qui ne pouvait être efficace puisqu’elle ne pouvait être complètement sincère. Il est difficile de croire qu’un esprit aussi pénétrant que Napoléon ait beaucoup compté sur ce moyen de prévenir une rupture, alors qu’il semblait faire lui-même à Paris tout ce qu’il pouvait pour froisser et exaspérer l’Autriche. Depuis longtemps il affectait de ne plus adresser la parole à l’ambassadeur Metternich; il faisait insulter la cour de Vienne dans ses journaux, provocations sur l’origine desquelles il était impossible de se méprendre depuis qu’on savait qu’ils étaient tous rédigés par sa police ; il ordonnait aux princes de la confédération du Rhin de mettre le séquestre sur les biens de tous les individus absents qui ne seraient pas rentrés dans le délai de trente jours (15 février) ; il leur prescrivait de faire prendre à leurs troupes des positions de guerre sur la limite de leurs territoires respectifs (21 février). Il ne songeait donc plus à la paix, ou si de faibles velléités de la maintenir traversaient par instants son esprit, c’était seulement lorsqu’il éprouvait quelques doutes au sujet de l’issue de la nouvelle aventure où il allait s’engager. Mais il se flattait d’entraîner Alexandre plus loin qu’il ne voulait aller, et se disait qu’après s’être compromis personnellement dans les négociations, leGzar n’aurait plus aucun prétexte pour lui refuser l’appui de ses armées.

Mais, trop habitué à se tenir en garde contre toute surprise pour comp ter sur un autre que lui même, Na-

poléon avait fait tous ses préparatifs de guerre comme si ses troupes seules avaient dû entrer en ligne contre l’Autriche, et leur nombre égalait au moins, s’il ne le dépassait pas, celui des soldats que cette puissance avait mis sur pied. Il avait tout d’abord évalué à quatre cent mille hommes le nombre de soldats qui lui serait nécessaire pour la soumettre ; et dès le jour où il s’était décidé à cette brusque évolution, il avait pris à Vailadolid même ses premières dispositions militaires. La garde avait reçu sur-le-champ l’ordre de rétrograder vers la France. Il avait également rappelé d’Espagne de nombreux régiments de cavalerie, plus utiles dans les larges plaines du Danube que dans ces régions montagneuses où ils n’étaient le plus souvent qu’un embarras. Il redemanda en même tempjs à Joseph quelques-uns des chefs les plus brillants de l’armée d’Espagne, entre autres Montbrun général de cavalerie incomparable ; Lasalle, une des jeunes illustrations de l’armée; les maréchaux Bessières et Lefebvre , hommes d’exécution d’une bravoure éprouvée , mais plus utiles dans le combat que dans le conseil, et par conséquent mieux à leur place sous les ordres directs de Napoléon qu’en Espagne où les chefs, livrés désormais le plus souvent à eux-mêmes, allaient avoir à se diriger d’après leurs propres inspirations.

Un événement depuis longtemps attendu venai enfin de rendre disponible celui de tous ces généraux que Napoléon tenait le plus à rappeler auprès de lui. Le 20 février 1809, les habitants de Sara gosse, à demi ensevelis sous leurs murs en poussière, vaincus par une horrible épidémie encore plus que par nos armes.

rendirent au maréchal Lannes les débris fumants de leur cité, après une défense dont le souvenir vivra encore dans la mémoire des hommes lorsque depuis des siècles le nom des victoires les plus retentissantes de ce temps-là aura disparu dans l'oubli. Plus de cinquante mille hommes avaient péri pendant les deux sièges. Comme nous avions employé le plus souvent dans nos attaques la force mathématique de la mine et de la grosse artillerie, nos pertes étaient infiniment moins sensibles. C'était une raison de plus d’user d'indulgence envers les survivants. Le monde entier avait les yeux fixés sur eux et semblait comme interdit d’admiration. Ils avaient poussé le courage jusqu’à la frénésie, et quelques-uns la vengeance jusqu'à l’atrocité ; ils avaient montré tous les fanatismes confondus en un seul ; mais jamais ruines arrosées d’autant de sang ne furent plus resplendissantes d’héroïsme. Jamais soldats trahis par le sort des armes ne furent plus dignes du respect des vainqueurs. On regrette que Lannes n’ait pas su honorer son succès par une générosité égale au malheur de ces glorieux vaincus. Il traita les défenseurs de Saragosse comme une bande de brigands forcés dans leur repaire. En dépit d’une capitulation, très-sommaire il est vrai, mais formelle et signée de sa main, qui garantissait expressément « la sûreté des personnes et des propriétés » (art. vi) , il fit exécuter deux des chefs qui avaient le plus contribué à la résistance, et abandonna aux excès de la soldatesque ce cadavre d'une ville morte.

Les historiens français ont toujours nié la réalité de cette capitulation dont l’existence est affirmée avec

plus d’énergie encore par les historiens anglais et espagnols 4. Ce qui est certain, c'est que le texte en fut imprimé intégralement dans la Gazette cle Madrid , du 11 mars 1809, à la suite des représentations de la junte de Saragosse; et on peut lire dans la correspondance du roi Joseph, à la date du 27 février 1809, un mot qui nous paraît trancher le débat : « Sire, écritil à son frère, j’ai reçu Yacte de reddition de Saragosse. » Cet acte de reddition ne pouvait être que la pièce à laquelle nous faisons allusion, car on ne dresse pas d’acte pour une ville qui se rend à discrétion.

Quoi qu’il en soit, les défenseurs de Saragosse n’avaient pas besoin de capitulation. Ils devaient être à jamais sacrés pour quiconque portait un cœur de patriote ou de soldat. Cela est si vrai que le roi Joseph lui-même, dans le compte rendu officiel qu’il publia du siège, ne put s’empêcher de rendre hommage à leur courage, ce qui lui attira une dure réprimande : a Mon frère, lui écrivait Napoléon, le 11 mars, j’ai lu un article de la Gazette de Madrid qui rend compte de la prise de Saragosse. On y fait l’éloge de ceux qui ont défendu cette ville. Voilà en vérité une singulière politique! Certainement , il n’y a pas unFrançais qui n’ait le plus grand mépris pour ceux qui ont défendu Saragosse. » C’est du moins là ce qu’il eut voulu, car ce grand exploiteur de la gloire en était venu à croire que l’honneur ou l’infamie n’existaient plus que par

1. Voir entre autres sur ce point l 'Histoire du siège de Saragosse du général Rogniat. — La Défense de Saragosse , de Manuel Cavalière. — Robert Soulliey : History of the Peninsular War. — Toreno, — Enfin le Mémoire sur le second siège de Saragosse, par Pedro Maria Rie, le négociateur lui-même (dans la Coll, suppl. des Mém. relatifs à la Rev. française).

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rapport à lui, et qu’on était voué à l’un ou à l’autre, selon les sentiments qu’on lui témoignait. Pour rétablir la balance, l’Empereur fit flétrir de l’épithète de lâche, en plein Moniteur , l’intrépide jeune homme qui avait été l’âme de cette immortelle défense : a Cet homme, disait le Moniteur du 2 mars 1809 en parlant de Palafox , est 1 "objet du mépris de toute l’armée ennemie qui l’accuse de présomption et de lâcheté. On ne l’a jamais vu dans les postes où il y avait du danger. » Et quelques jours plus tard : « on désespère de la vie de Palafbx. Cet homme est en horreur a la ville1. » Trouvé mourant à Saragosse, Joseph Palafox fut, par son ordre , amené en France , puis enfermé au fort de Vincennes, où il resta prisonnier jusqu’à la chute de l’Empire, traité comme un malfaiteur pour avoir défendu la plus juste des causes. Ces ignobles représailles contre des vaincus qui étaient l’honneur de leur temps ont pour la plupart passé inaperçues, et ce serait commettre une étrange méprise que de supposer Napoléon capable d’avoir jamais éprouvé un regret quelconque au sujet de pareils actes; mais lorsque, captif lui-même à Sainte-Hélène, l’auteur de tant de crimes faisait si grand étalage de son martyre et fatiguait l’Europe de ses lamentations à propos d’une bouteille de vin qu’on refusait à sa table, ne vit-il jamais passer dans ses souvenirs la stoïque figure du jeune défenseur de Saragosse?

D’après tous ces faits, il est permis de supposer qu’en traitant les vaincus avec cette impitoyable rigueur, Lannes n’obéissait pas à ses sentiments per-

l. Moniteur du 8 mars.

sonnels, mais à des instructions qui devaient répugner à un homme d’un si vrai courage. Cet épisode n’en reste pas moins comme une tache sur sa mémoire. En se rendant à l’appel de l’Empereur, Lannes ne lui apportait plus qu’une gloire ternie, et une vie dont les jours étaient déjà comptés.

Ces renforts, tirés de l’armée d’Espagne, n’étaient qu’une faible partie de ceux que Napoléon se proposait d’envoyer aux troupes qu’il avait conservées en Allemagne sous les ordres des maréchaux Davout et Bernadotte. Les deux conscriptions qu’il avait levées en septembre 1808, l’une sur l’année 1810, l’autre sur les hommes qui avaient échappé aux conscriptions des années précédentes, montant ensemble à cent soixante mille hommes, étaient encore presque intactes. Il les organisa sur-le-champ au moyen de ses cadres et de ses dépôts, espèce de gouffre toujours ouvert et susceptible de s’élargir indéfiniment.

Il porta ses régiments d’infanterie à trois mille hommes présents sous les armes, ce qui supposait un effectif de près de quatre mille ; ses régiments de cavalerie à mille hommes, ce qui en supposait douze cents. Les officiers lui faisant défaut pour commander à ces troupes de formation nouvelle, il eut recours à des mesures expéditives qui n’ont pas peu contribué à son renom de grand organisateur, mais que, selon toute apparence, la postérité citera avec moins d’admiration que la génération présente.

Il fit prélever, sur les jeunes gens de 17 à 18 ans qui étudiaient dans les écoles militaires, une sorte de conscription de faveur, en vertu de laquelle ces enfants purent anticiper sur les grades , mais en lais-

sant anticiper sur leur sang. Il en prit cent soixantehuit à Saint-Cyr, autant à la Flèche, cinquante à l'École polytechnique, cinquante à celle de Gompiègne. Ce résultat ne lui paraissant pas suffisant, il étendit l’opération à tous les lycées de l’Empire. Ces établissements étaient alors au nombre de quarante : à dix élèves par lycée, cela lui faisait « quatre cents caporaux-fourriers à envoyer dans les régiments1. » Il fallait songer à combler les vides produits dans les écoles militaires par cette ingénieuse exploitation. Il y avait peu à attendre, sous ce rapport, du zèle spontané des familles, car de semblables mesures n’étaient pas de nature à encourager les pères à y envoyer leurs enfants. Le génie organisateur de Napoléon trouva promptement le moyen d’y pourvoir. A l’époque de la campagne de 1806, il avait eu l’idée de former des compagnies de gardes d’honneur, spécialement destinées à l’enrôlement des fils de famille qu’on espérait entraîner par la perspective des faveurs impériales. Cette création , qui était surtout à l’adresse de l’ancienne noblesse , avait eu peu de succès. Napoléon la reprit sous une autre forme en substituant l’enrôlement forcé à l’enrôlement volontaire. Il ordonna, en conséquence, à Fouché « de lui dresser une liste de dix familles par département et de cinquante pour Paris, » en ayant soin de la composer des familles anciennes et riches qui n'étaient pas dans le système. Leurs enfants, âgés de plus de seize ans et de moins de dix-huit, seraient envoyés de force à l’École de Saint-Cyr : « Si l’on fait quelque objec-

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