Thibaudeau
sous de leur véritable montant qui s’élevait en réalité à 780 millions; mais aucun des exercices des cinq années antérieures n’était encore liquidé définitivement, et l’on poursuivait des recouvrements de contributions arriérées jusqu’à l’année 180 2. Tous les états de dépense présentés par le gouvernement reposaient sur des chiffres hypothétiques. Sept cents millions étaient censés avoir suffi aux besoins de l’année 1806; on ne les fixait même approximativement qu'au chiffre de 689 millions, elle en avait absorbé 770, et personne ne le savait encore. Les recettes avaient heureusement subi une augmentation inespérée, grâce aux centimes de guerre, et à l’établissement des droits réunis, mais le Corps législatif n’en connaissait pas mieux le chiffre que celui des dépenses. On le fixait, toujours par à peu près, à 720 millions. Tout était maintenu dans l’incertitude, afin que tout pût être réglé par le bon plaisir. L’insuffisance évidente des ressources du budget pour faire face à ces divers déficits n’empêcha pas Napoléon de dégrever les contributions directes des dix centimes de guerre dont il les avait chargées lors de la rupture avec l’Angleterre. Il ne demanda qu'un crédit de six cents millions seulement pour les dépenses de l’année de 1808. Il avait en effet dans les mains, grâce aux 60 millions levés sur l’Autriche en 1806 , aux 600 millions levés sur la Prusse en 1807, un moyen facile de se libérer de tous ces arriérés, et il en usa largement. Tout compte fait des prélèvements qu’il dût consacrer à ces excédants de dépense, à la solde et aux récompenses de l’armée, aux avances nécessaires au Trésor et à la caisse de service, il devait lui rester
une réserve d’environ trois cents millions, levier formidable dans ses mains actives, et qui, sous le nom de trésor de l’armée, était à la fois un en cas et un enjeu destiné à parer aux éventualités imprévues. Ces troiscents millions qu’il serraitavecun soin jaloux, qu’il couvait avec des regards d’avare, c’était à la fois le superflu et le nécessaire , c’était la fantaisie et la ressource suprême des mauvais jours, c’était la sauvegarde contre une trahison possible de la fortune, c’était l’appoint du dernier coup de partie à jouer contre l’Europe.
Lorsque le Corps législatif eut achevé de voter docilement tous les projets de loi qu’on daigna soumettre à son approbation, on notifia à cette assemblée le jour môme de la clôture de sa session, le sénatusconsulte qui supprimait le Tribunat. Il est vrai de dire qu’en mettant fin à la carrière du Tribunat , on ne supprimait plus qu’un mot. D’épuration en épuration, et de perfectionnement en perfectionnement, on avait depuis longtemps réduit ce corps à n’être plus que l’ombre d’une assemblée délibérante, ou, comme le disait Boulay de la Meurtlie dans son rapport, « un vice qui impliquait contradiction1. » Ajoutons qu’on aurait pu, sans plus d’inconvénients, supprimer le Corps législatif lui-même, tant il avait peu d’influence sur les actes du gouvernement et la marche des affaires. Avec ses décrets, ses sénatusconsultes ou simplement avec des décisions du conseil d’État, Napoléon réglait souverainement la plupart des questions dont la compétence a été de tout temps