JANVIER
Nous avons laissé Junot et son armée pénétrant en Espagne avec la mission d’envahir le Portugal, et de s en emparer pour Napoléon, contrairement aux stiulations du traité de Fontainebleau violé aussitôt que conclu. Nous l’avons vu traverser ces provinces amies en faisant partout lever des plans sur son passage pour des opérations inconnues, pendant qu’une seconde armée de quarante mille hommes se concentrait sur la frontière d’Espagne. Ces indices menaçants, mais encore ignorés, des dispositions de Napoléon à l’égard de la cour de Madrid, recevaient, au même instant, des démarches de notre ambassadeur Beauharnais, un complément de signification qui est un nouveau trait de lumière pour l’histoire. Ancien membre de la Constituante, ancien soldat de l’armée de Condé, Beauharnais était le frère du premier mari de Joséphine; il avait remplacé à Madrid le" général Beurnonville. Ame simple et loyale, pleine d’illusion
HISTOIRE DE NAPOLÉON 1er.
et de bonne volonté, très-capable de céder à un mouvement généreux, cet ambassadeur était l’homme le moins fait pour pénétrer les calculs de la politique qu'il allait servir. C'est pour cette raison même qu'on l’avait choisi, car sa droiture devait inspirer confiance, et Napoléon, qui aimait toujours le zèle dans ses serviteurs, n’aimait pas, en beaucoup d’occasions, qu'ils fussent trop clairvoyants. Il lui fallait à Madrid un agent d’un dévouement sûr, d’une honorabilité reconnue, dont la perspicacité ne pût dans aucun cas devenir gênante, et qui tromperait d’autant plus facilement les autres, qu’il serait lui-même le premier trompé. Qu’il ait eu en vue dans Beauharnais l’homme qui réunissait le mieux ces conditions, lorsqu’il le nomma ambassadeur au mois de mars 1807, ce n’est guère supposable; mais ce qui est certain, c’est que, hasard ou préméditation, il avait là le personnage qu’il lui fallait, qu’il lui fit jouer ce rôle, et qu’il eût difficilement trouvé un homme en état de le mieux remplir par ses qualités comme par ses défauts. L’esprit le plus fertile est nécessairement borné dans ses combinaisons; à la guerre comme dans la politique, Napoléon s’est souvent répété et copié lui-même, à tel point qu’on pourrait réduire sa méthode en toute chose à un certain nombre de procédés invariables ; il était en cette occasion son propre plagiaire. La mise en œuvre de l’afTaire d’Espagne offre avec celle de Venise des analogies frappantes, et Beauharnais allait remplir auprès de la cour de Madrid la mission que Villetard avait remplie en 1797 auprès de la république vénitienne avec non moins d’aveuglement et de bonne foi. Certaines beso-