‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 70 sur 124 · Napoléon à Murat, 28 mai ; à Mollien, 3 juin · texte numérisé non relu

Napoléon à Murat, 28 mai ; à Mollien, 3 juin

320 HISTOIRE DE NAPOLÉON 1er.

châteaux en Espagne, qui allaient s’écrouler au premier souffle des vents contraires ; mais celui qui les construisait en était venu, à force d’infatuation et de succès, à considérer toute entreprise, bonne ou mauvaise, comme infaillible, par cela seul qu’il y avait mis la main. La facilité sans exemple avec laquelle s’était réalisée sa nouvelle conquête, avait exalté jusqu’à l’ivresse cette puissance d’imagination qui avait été de tout temps la force et la faiblesse de son génie, mais qu’il avait mieux réussi à maîtriser aux débuts de sa carrière. Il ne doutait plus de rien : il était bien à tout jamais le maître légitime et définitif de cette magnifique monarchie de Charles-Quint, sur laquelle le soleil ne se couchait jamais. Il était comme le certifiait le Moniteur, « revêtu de tous les droits de la maison d'Espagne' . » L’héritier de tant de rois existait bien encore quelque part, mais réduit à une sorte de mendicité, et dans une condition si misérable que Napoléon détourne ses regards avec dégoût. Le croirait-on? ce pauvre hère se souvient encore qu’il y a un mois il s’appelait le roi des Espagnes ! De tous ses titres il n’a retenu qu’une formule inoffensive, seul reste de tant de splendeurs, et il ose s’en servir dans les suppliques tremblantes qu’il adresse au tout-puissant empereur. Napoléon est outré de l’audace et de l’inconvenance de ce Lazare de la royauté : « Mon cousin, écrit-il à Talleyrand, le prince Ferdinand, en m’écrivant, m'appelle son cousin. Tâchez de faire comprendre à M. de San Carlos que cela est ridicule , et qu’il doit m’ appeler simplement sire. » (24 mai.) Cela ne vaut-il pas

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