Jo.seph à Napoléon, 18 juillet
il a pris sur lui d’ordonner une concentration générale sur Madrid, et d’écrire à Bayonne que tout est encore à faire en Espagne. Napoléon lui fait aussitôt intimer par Berthier l’ordre de contremander ce mouvement rétrograde qui exécuté à temps eût sauvé le corps de Dupont, et il inflige un blâme formel à l’appréciation si sensée de Savary : « L’Empereur trouve, écrit Berthier, que vous avez tort de dire qu’il n’a rien été fait depuis six semaines Tous les hommes sen-
sés en Espagne ont changé le fond de leur opinion et voient avec la plus grande peine l’insurrection. Les affaires sont dans la situation la plus prospère depuis la bataille de Rio-Seco 4. » En conséquence de cette opinion, Napoléon veut qu’on reprenne l’offensive sur tous les points; il consent enfin, mais le 18 juillet seulement, à ce qu’on envoie à Dupont la division Gobert. Savary l’avait fait partir depuis plusieurs jours déjà, mais ce secours meme ne devait pas nous préserver de Baylen. Napoléon n’avait jamais été plus tranquille et plus confiant dans le succès de son entreprise. Le 21 juillet il juge le moment venu de quitter Bayonne pour faire un voyage dans les provinces du midi de la France, et avant de partir il dicte une longue note dans laquelle il examine à fond toutes les éventualités de notre situation militaire en indiquant à chaque général la conduite qu’il doit tenir. 11 étudie particulièrement la position de Dupont, « sur lequel, dit-il, doivent se tourner toutes les sollicitudes. » Il le loue de « s’être maintenu au delà
1. Berthier à Savary, 18 iuillet. Lettre insérée dans la Correspondance du roi Joseph.
des montagnes dans les bassins de l'Andalousie, » ce qui achève de démontrer qu'il approuvait sa halte à Andujar; il lui prescrit de reprendre l’offensive avec ses vingt-cinq mille hommes, car, ajoute-t-il, « il n’y a pas de doute que même avec vingt mille hommes le général Dupont ne culbute tout ce qu’il a devant lui ; » puis après avoir prescrit à Moncey de réoccuper San- Clemente et de continuer à menacer Valence, à Verdier de presser Saragosse, à Reille de faire jonction avec Duhesme en Catalogne, il résume ainsi la situation :
« Il n’y a rien a craindre du côté du maréchal Bessières, ni dans le nord de la Castille ni dans le royaume de Léon ; il n’y a rien à craindre en Aragon, Saragosse tombera un jour plus tôt un jour plus tard; il n’y arien à craindre en Catalogne; il n’y a rien à craindre pour les communications de Burgos à
Bayonne Le seul point qui menace, c’est du côté
du général Dupont; mais avec vingt-cinq mille hommes, il a beaucoup plus qu’il ne faut pour avoir de grands résultats .... A la rigueur avec vingt et un mille hommes seulement il aura pour lui plus de quatre-vingts chances sur cent1. »
Cette note était dictée à Bayonne le 21 juillet 1808, et ce jour-là môme Dupont, vaincu et cerné àBaylen, signait la capitulation en vertu de laquelle tout son corps d’armée était prisonnier de guerre. Il nous faut reprendre les choses d’un peu plus haut pour bien faire comprendre les causes de ce mémorable désastre.
I . Notes sur la position actuelLe de l’armée d’Espagne, 21 juillet
Retranché à Andujar depuis le 18 juin, après son évacuation de Cordoue, Dupont occupait sur le Guadalquivir des positions peu sûres. Presqu’à sec en été, ce fleuve était guéable sur plusieurs points et ne lui offrait qu’une ligne de défense en quelque sorte idéale. Le front de son armée était donc presque à découvert; ses derrières n’étaient pas mieux protégés. La position d’Andujar était censée fermer l’entrée de ce long défilé de la Sierra-Morena qui s’étend de Baylen à Valdepenas en passant par Guarraman , la Caroline, Sainte-Hélène et Despena-Perros; mais elle ne remplissait pas du tout ce but, car il existait indépendamment de la grande route qui traversait ces localités, trois ou quatre autres petits chemins praticables pour l’infanterie et qui partant de Mengibar, de Linarès, de Baëza et d’Ubeda, allaient aboutir non-seulement à Baylen, mais à la Caroline et même à Despena-Perros, c’est-à-dire sur les points les plus essentiels de nos communications avec Madrid. Si l’on voulait garder efficacement ce passage de la Sierra- Morena, il eût fallu rétrograder jusqu’à la Caroline qui en est la clef, car la position même de Baylen pouvait être tournée facilement. Tout étant préférable à la défensive dans de mauvaises positions, il eût encore mieux valu pour Dupont qu’il pût attaquer en choisissant son heure, surtout lorsqu’il eut reçu le renfort de six mille hommes que lui amena Yedel à la fin de juin; mais il avait l’ordre précis de tenir à Andujar. Savary, qui avait des dangers de Dupont une idée plus juste que Napoléon lui-même, voulait le rappeler en deçà des montagnes lorsqu il conçut
son plan si vivement critiqué par l’Empereur de tout