Napoléon à Champagny, 8 oct
maître, veut que tout soit précis. Il consentirait plutôt à un délai dont le terme serait fixé : Le vague des articles de Tilsit, dit-il, nous a fait trop de mal; une armée a été perdue et tel est encore l’unique résultat de notre alliance avec vous.... le sentiment qui perçait à chaque mot était celui de la défiance , défiance des évènements, défiance aussi de nos intentions. » Telle était au fond la touchante harmonie qui régnait entre les deux amis qui étaient venus s'embrasser à Erfurt.
Pendant que leurs ministres bataillaient ensemble pour trouver un artifice de rédaction qui leur permît de masquer tant bien que mal ces dissentiments, les deux souverains continuaient à se prodiguer l’un à l’autre tous les témoignages de la plus vive affection. Ils ne pouvaient plus se passer l’un de l’autre. Ils se montraient partout ensemble au théâtre, à la promenade, à la chasse ; il fallait qu’il fût bien établi pour le monde entier qu’ils étaient devenus inséparables Quant aux choses peu flatteuses qu’ils avaient sur le cœur, c’étaient les deux ministres qui se les disaient l’un à l’autre. Grâce à ce sage expédient tout s’arrangeait pour le mieux, et les souverains pouvaient paraître en public le visage rayonnant d’une sympathie mutuelle. On sait comment à une représentation d’éffi'dipe, Alexandre fit à Napoléon l’application du vers si connu :
« L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux. »
Après tout, les Principautés valaient bien un compliment, et Alexandre finit par les obtenir sans Ja . clause restrictive que son allié voulait insérer dans le
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traité. 11 obtint de- même une remise de vingt millions pour la Prusse en échange d’une promesse de ne plus prendre aucun intérêt à l’Italie et au Hanovre. Napoléon ne fut pas plus heureux dans la négociation d’un genre tout différent qu’il avait chargé Talleyrand de poursuivre auprès du Czar. Après avoir nourri pendant quelque temps l’espérance qu’on lui offrirait spontanément ce qu’il brûlait de demander. Napoléon, presque irrité de n’être pas deviné, avait fini par confier à Talleyrand la délicate mission de pressentir le Czar au sujet d’une alliance de famille. Il lui fallut l’avouer enfin, ce secret de son ambition, ce projet tant de fois démenti d’une répudiation de la triste Joséphine ! Alexandre avait une sœur, la grande-duchesse Catherine, qui était, au dire de tous les contemporains, non-seulement une personne accomplie, mais un esprit d’une supériorité exceptionnelle. Pour citer un seul de ces témoignages, le général Moreau, qui la vit beaucoup en 1813, parle d’elle dans sa correspondance intime comme de la femme la plus remarquable qu’il ait jamais connue. G est sur elle que Napoléon avait jeté les yeux. L’ouverture fut faite avec ce tact exquis qu’on avait le droit d’attendre de Talleyrand, et Alexandre l’accueillit le plus gracieusement du monde. La communication était fort embarrassante pour lui, car d’une part il craignait de blesser un homme dont il attendait de si grands avantages, de l’autre, il ne voulait imposer ni à son peuple, ni à sa famille, ni enfin à sa sœur une alliance qu’il savait devoir leur être odieuse et qui lui inspirait à lui- même très -peu de sympathie. Il esquiva habilement ces difficultés en alléguant la nécessité de