CHAPITRE V
Lutte entre l'Assemblée & le Président
Pendant l'été de 1849, l'Assemblée étant en vacances, le Prince Président inaugura dans l'ouest le chemin de fer de Tours à Angers, dans l'est celui de Paris à Epernay ; il visita la Normandie, passa des revues au Champ de-Mars et fut partout bien accueilli. Son attitude rêveuse, son regard terne, sa démarche lente, hardie seulement à cheval, le sourire doux et un peu triste stéréotypé sur ses lèvres, déconcertaient parfois les populations, qui s'attendaient à tout autre chose ; mais un charme étrange, celui du mystère, attirait vers lui, et un autre charme, celui de la bonté, désarmait les antipathies. Sa parole était rare ; sa voix grave, métallique, lente comme sa pensée ; elle avait des notes qui allaient au cœur, en dépit du léger accent allemand qui la déparait. On écoutait, on croyait à une pensée profonde, voilée, insondable, et l'on s'ouvrait à la confiance.
Mais ce qu'il y avait de plus remarquable, c'était l'habileté de ses allocutions, toujours calculées de façon à plaire à tous les partis. Voici, on peut le dire, un modèle du genre; c'est une réponse au maire de Nantes :
Je salue ce grand fleuve derrière lequel se sont réfugiés les derniers glorieux bataillons de notre grande armée ; ce n'est pas sans émotion que je me suis arrêté avec respect devant le tombeau de Bonchamp ; ce n'est pas sans émotion qu'aujourd'hui, assis
au milieu de vous, je me trouve en face de la statue de Cambronne.
Tous ces souvenirs, si noblement apréciés par vous me prouvent que si le sort le voulait, nous serions encore la grande nation par les armes. Mais il y a une gloire tout aussi grande aujourd'hui ; c'est de nous opposera toute guerre civile et étrangère, et de grandir par le développement progressif de notre industrie et de notre commerce. Voyez cette forêt de mâts qui languissent dans votre port ! Elle n'attend qu'un souffle pour porter au bout du monde les produits de notre civilisation.
Soyons unis, oublions toute cause de dissensions, soyons dévoués à l'ordre et aux grands intérêts de notre pays, et bientôt nous serons encore la grande nation par les arts, par l'industrie, par le commerce. La ville de Nantes qui me reçoit si bien aujourd'hui, est vivement intéressée dans cette question, car elle est destinée, par sa position, à atteindre le plus haut degré de prospérité commerciale.
Je bois donc à l'avenir de la ville de Nantes et à sa prospérité !
Son but est de flatter, de rassurer toujours. Ainsi, à Rouen :
Messieurs, plus je visite les villes principales de la France, et plus forte est ma conviction que tous les éléments de la prospérité publique sont renfermés dans ce pays.
Qui est-ce qui empêche donc aujourd'hui notre prospérité de se développer et de porter ses fruits ? Permettez-moi de vous le dire : c'est que le propre de notre époque est de nous laisser séduire par des chimères au lieu de nous attacher à la réalité.
Messieurs, je l'ai dit dans mon message, plus les maux de la société sont patents, et plus certains esprits sont enclins à se jeter dans le mysticisme des théories.
Mais, en réalité, de quoi s'agit-il ? Il ne s'agit pas de dire : Adorez ce que vous avez brûlé et brûlez ce que vous avez adoré pendant tant de siècles ; il s'agit de donner à la société plus de calme et plus de stabilité; et, comme l'a dit un homme que la France estime et que vous aimez tous ici, M. Thiers, « le véritable génie de notre époque consiste dans le simple bon sens. » (Bravos prolongés.)
C'est surtout dans cette belle ville de Rouen que règne le bon sens (vive approbation), et c'est à lui que je dois l'unanimité des suffrages du 10 décembre ; car, Messieurs, vous m'avez bien jugé en pensant que le neveu de l'homme qui a tout fait pour asseoir la société sur ses bases naturelles, ne pouvait pas avoir la pensée de jeter cette société dans le vague des théories. (Bravos.)
Ainsi, Messieurs, je suis heureux de pouvoir vous remercier des 180.000 votes que vous m'avez donnés. Je suis heureux de me
trouver au milieu de cette belle ville de Rouen, qui renferme en elle les germes de tant de richesses (mouvement prolongé d'approbation), et j'ai admiré ces collines parées des richesses de l'agriculture ; j'ai admiré cette rivière qui porte au loin les produits de notre industrie.
Enfin, je n'ai pas été moins frappé à l'aspect de la statue du grand Corneille. Savez-vous ce qu'elle me prouve? C'est que vous n'êtes pas seulement dévoués aux grands intérêts du commerce, mais que vous avez aussi de l'admiration pour tout ce qu'il y a de noble dans les lettres, les arts et les sciences. (Triple salve d'applaudissements.)
Je bois à la ville de Rouen !
Avant d'entrer à Elbœuf, au sommet de la ville, sur la route longée par une forêt, des Dames du Sacré-Cœur s'étaient agenouillées sous une tente avec leurs élèves. Leur présence lui ayant été signalée, le prince fait arrêter le cortège et va les remercier.
A Tours, ce sont les républicains dont il s'attache à dissiper les inquiétudes :
J'ai trop bien connu le malheur pour ne pas être à l'abri des entraînements de la prospérité. Je ne suis pas venu au milieu de vous avec une arrière-pensée, mais pour me montrer tel que je suis, et non tel que la calomnie veut me faire.
On a prétendu, on prétend encore aujourd'hui, à Paris, que le gouvernement médite quelque entreprise semblable au 18 brumaire. Mais sommes-nous donc dans les mêmes circonstances? Les armées étrangères ont-elles envahi notre territoire ? La France est-elle déchirée par la guerre civile ? Y a-t-il quatre-vingt mille familles en émigration ? Y a-t-il trois cent mille familles mises hors la loi par la loi des suspects ? Enfin, la Moi est-elle sans vigueur, et l'autorité sans force ? Non. — Nous ne sommes pas dans des conditions qui nécessitent de si héroïques remèdes. (Bravos prolongés.)
Ames yeux, la France peut être comparée à un vaisseau qui, après avoir été ballotté par les tempêtes, a trouvé enfin une rade plus ou moins bonne, mais enfin il a jeté l'ancre.
Eh bien ! dans ce cas, il faut radouber le navire, refaire son lest, rétablir ses mâts et sa voilure, avant de se hasarder encore dans la pleine mer.
Confiez-vous donc à l'avenir, sans songer aux coups d'Etat ni aux insurrections. Les coups d'Etat n'ont aucun prétexte, les insurrections n'ont aucune chance de succès ; à peine commencées, elles seraient immédiatement réprimées.
Ayez donc confiance dans l'Assemblée nationale et dans vos pre-
miers magistrats, qui sont les élus de la nation, et surtout comptez sur la protection de l'Etre Suprême, qui encore aujourd'hui protège la France.
Je termine en portant un toast à la prospérité de la ville de Tours ! (Applaudissements.,)
Les chefs du parti républicain eussent été moins faciles à rassurer s'ils avaient assisté, entre Sens et Tonnerre, à la conversation intime dont M. Haussmann nous a conservé le souvenir :
Le Prince, ayant accepté l'hospitalité de l'archevêque de Sens, descendit, la veille au soir, dans cette ville dotée, depuis le mois d'octobre, d'une administration sûre et vigilante. La réception à la gare, le trajet de la station à l'antique cité, qui s'en trouve quelque peu distante, et l'arrivée au palais archiépiscopal s'accomplirent avec toute la solennité possible, au milieu des flots pressés d'une population enthousiaste.
L'escorte se composait d'un escadron de dragons, venu de Joigny sans encombre, et le service d'honneur, d'un bataillon de chasseurs, envoyé le matin de Paris, sous les ordres du commandant Bocher. La gendarmerie, dont le Prince n'aimait pas à se voir entouré, ne reçut qu'une mission d'ordre à remplir, cette fois.
Le lendemain, 1er juin (un dimanche), après avoir assisté, dans la cathédrale, à la grand'messe célébrée par l'archevêque, et passé la revue des bataillons cantonaux de l'arrondissement qui faisaient retentir l'air de frénétiques acclamations, répétées par des niasses de campagnards accourus de toutes les communes environnantes, le Prince quitta la station de Sens, littéralement assourdi par les cris de : « Vive l'Empereur ! »
En route, à demi couché sur un divan, au fond de son wagonsalon, les yeux clos, il semblait sommeiller, tandis que les personnages oinciels qui l'accompagnaient dans ce voyage, presque tous partis, le matin même, de Paris, afin de le rejoindre à Sens, et arrivés juste à temps pour assister aux manifestations bruyantes dont je viens de rendre compte, s'entretenaient de la situation politique, de l'hostilité croissante de la réunion de la rue de Poitiers, du pétitionnement pour la prorogation des pouvoirs du Président, qui prenait de notables proportions, etc. Naturellement, je fus interpellé par eux au sujet des sentiments de mes administrés. — « Ce qu'ils veulent? répondis-je en souriant, ils vous le font entendre clairement. C'est ce qu'ils ont cru voter implicitement le 10 décembre; c'est ce que signifie pour eux la prorogation des pouvoirs. Ils s'étonnent seulement d'avoir besoin de toute cette procédure de pétitions pour arriver au but réel de leurs vœux, et c'est pour cela qu'ils profitent de
chaque circonstance favorable, afin de les proclamer bien haut, trop haut même, au gré des oreilles délicates. »
Ma réponse fut suivie d'un silence, rompu bientôt par M. Frémy, représentant de l'Yonne, invité du voyage. — « Et leur préfet ». me dit-il sur le ton de la plaisanterie, connaît-il un moyen plus expédient ? » — •< Oh ! répliquai-je sur le même ton, leur préfet n'est pas un homme politique; c'est un homme d'action qui a pour système d'aller droit aux obstacles, au lieu de les tourner en saluant, et de prendre les taureaux par les cornes. Or, cela n'est pas un procédé parlementaire!... » — « En effet, observa mon compère; mais il a du bon. » — « Tenez, continuai-je en affectant de restreindre la conversation entre nous deux, comme aussi d'être de moins en moins sérieux, je rêvais dernièrement que j'assistais à la représentation d'un intéressant spectacle. — Premier acte : le gouvernement prescrivant à ses préfets de dresser une liste discrète, mais bien comprise, des hommes dangereux de leurs départements respectifs : fauteurs habituels de désordre ; correspondants et agents principaux des comités-directeurs de Paris, et de les expédier rapidement, le jour dit, vers des ports d'où quelques vaisseaux, mis sous vapeur d'avance, devaient les transporter à Nouka-Hiva, pour y fonder une République modèle, démocratique, sociale, et le reste, selon leur cœur. — Deuxième acte : le gouvernement, après entier accomplissement du premier, annonçait à l'Assemblée législative la grande mesure de salut public dont il venait de prendre l'initiative courageuse. L'Assemblée se divisait, comme toujours, en deux groupes : celui de l'approbation chaleureuse, et celui du blâme indigné. Mais, cette fois, à l'issue de la séance, on faisait prendre aux membres du second, non pas la même route, mais le chemin de séjours propices aux réflexions salutaires. — Troisième acte : appel à la nation qui répondait, sur la question posée, ce que nous venons d'entendre à Sens ; ce que nous allons entendre encore davantage, si possible, à Tonnerre. »
Le Deux-Décembre vit s'accomplir le deuxième et le troisième actes de mon prétendu rêve. Le premier ne se réalisa que clans les premiers mois de 1 852, sous le contrôle modérateur des Commissions mixtes.
M. Dupin, le président de l'Assemblée, à côté duquel j'étais assis dans le wagon-salon du Prince, comme je le fus, bien plus tard, dans le Sénat de l'Empire, au banc des Grands-Croix, grommela tout à coup de son air bourru : « Mais il y a loin du rêve à la réalité ! » — « Monsieur le président, dis-je en me tournant vers lui, j'ai vu des réalités qui dépassaient tous les rêves : témoin le Dix- Décembre ! »
Les yeux du Prince, qui s'étaient ouverts pour se fixer sur moi dès le début de cet entretien, dont aucune circonstance ne s'est effacée de ma mémoire, eurent un fugitif sourire quand je parlai de
la direction à donner aux gêneurs de l'Assemblée législative : puis, une lueur, subitement réprimée, au mot d'appel à la nation : ils se refermèrent aussitôt après pour rentrer dans leur apparente somnolence. Je feignis de n'en rien voir ; mais, dès cet instant, je savais, à n'en plus douter, quelle devait être la solution du conflit qui préoccupait tout le monde ' . . .
Les ministres, laissés de côté, n'étaient point sans inquiétude, ï Je crains quelque folle entreprise, écrivait M. de Tocqueville le 26 octobre, et je ne puis vous dire quelles mauvaises nuits nous passons. » Il ne se trompait guères. Le 31 octobre, dès que l'Assemblée nationale eut repris ses séances, le Prince demanda à ses ministres leur démission, et le soir il annonça à l'Assemblée « qu'il se séparait » d'hommes dont il reconnaissait, disait-il, les services éminents et auxquels il avait voué amitié et reconnaissance, « mais il lui fallait » des hommes comprenant la nécessité d'une volonté unique et ferme et ne compromettant le pouvoir par aucune irrrésolution. » Il continuait comme suit :
Depuis bientôt un an j'ai donné assez de preuves d'abnégation pour qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions véritables. Sans rancune contre aucune individualité comme contre aucun parti, j'ai laissé arriver aux affaires les hommes d'opinions les plus diverses, mais sans obtenir les heureux résultats que j'attendais de ce rapprochement. Au lieu d'opérer une fusion de nuances, je n'ai obtenu qu'une neutralisation de forces.
L'unité de vues et d'intentions a été entravée, l'esprit de conciliation a été pris pour de la faiblesse. A peine les dangers de la rue étaient-ils passés, qu'on a vu les anciens partis relever leur drapeau, réveiller leurs rivalités et alarmer le pays en semant l'inquiétude. Au milieu de cette confusion, la France, inquiète parce qu'elle ne voit pas de direction, cherche la main, la volonté de l'élu du 10 Décembre. Or, cette volonté ne peut être sentie que s'il y a communauté entière d'idées, de vues, de convictions entre le Président et ses ministres, et si l'Assemblée elle-même s'associe à la pensée nationale dont l'élection du pouvoir exécutif a été l'expression.
Tout un système a triomphé au 10 Décembre, car le nom de Napoléon est à lui seul un programme : il veut dire à l'intérieur, ordre, autorité, religion, bien-être du peuple ; à l'extérieur, dignité nationale. C'est cette politique, inaugurée par mon élection, que je
1 Mémoires de M. le baron Haussmann.
veux faire triompher avec l'appui de l'Assemblée et celui du peuple. Je veux être digne de la confiance de la nation en maintenant la Constitution que j'ai jurée. Je veux inspirer au pays par ma loyauté, ma persévérance et ma fermeté, une confiance telle que les affaires reprennent et qu'on ait foi dans l'avenir. La lettre d'une Constitution a sans doute une grande influence sur les destinées du pays, mais la manière dont elle est exécutée en exerce peut-être une plus grande encore. Le plus ou moins de durée du pouvoir contribue puissamment à la stabilité des choses, mais c'est aussi par les idées et les principes que le Gouvernement sait faire prévaloir que la société se rassure.
Relevons donc l'autorité sans inquiéter la vraie liberté. Calmons les craintes en domptant hardiment les mauvaises passions et en donnant à tous les nobles instincts une direction utile. Affermissons le principe religieux sans rien abandonner des conquêtes de la Révolution, et nous sauverons le pays malgré les partis, les ambitions, et même les imperfections que nos institutions pourraient renfermer.
Les nouveaux ministres étaient : le général d'Hautpoul, à la guerre, MM. de la Hitte aux affaires étrangères (portefeuille que M. de Rayneval , nommé d'abord, ne crut pas pouvoir accepter), Achille Fould aux finances, de Parieu à l'instruction publique et aux cultes, Rouher à la justice, Bineau aux travaux publics, Dumas au commerce et à l'agriculture, le contre-amiral Romain-Desfossés à la marine : tous disposés, mais surtout Rouher et Fould, à secouer, au besoin, le joug du Parlement.
Nous ne saurions prendre congé de M. de Tocqueville, qui ne revint plus aux affaires, sans faire un dernier emprunt à ses intéressants Mémoires, car il fut de ceux qui observèrent Louis-Napoléon avec le plus d'impartialité et s'appliquèrent le plus utilement à le former.
Lorsque je songais, écrit-il, à la situation de cet homme extraordinaire (extraordinaire non par son génie mais par les circonstances qui élevèrent sa médiocrité si haut), ce qui me frappait, c'était l'impossibilité qu'un pareil homme, après avoir gouverné la France pendant quatre ans, pût consentir à rentrer dans la vie privée. Aussi, pour l'empêcher de se jeter dans quelque entreprise dangereuse, je tâchais de trouver à son ambition des satisfactions capables de la contenir... Je lui représentais que l'article 45 de la Constitution, qui s'opposait à sa réélection, pouvait être modifié, et je lui laissais entrevoir que, s'il gouvernait sagement, tranquillement, modeste-
ment, la République serait trop heureuse de le garder à sa tête... Il m'écoutait volontiers, sans laisser apercevoir l'impression que produisait sur lui mon langage; c'était son habitude. Les paroles qu'on lui adressait étaient comme les pierres qu'on jette dans un puits ; on en entend le bruit, mais on ne sait pas ce qu'elles deviennent. Je crois pourtant que les miennes n'étaient pas entièrement perdues, car il y avait en lui deux hommes, je ne tardai pas à m'en apercevoir. Le premier était l'ancien conspirateur, le rêveur fataliste qui se croyait appelé à être maître de la France et, par elle, à dominer l'Europe. Le second était l'épicurien qui jouissait mollement du bien-être nouveau et des plaisirs que lui donnait sa situation présente, et ne se souciait guères de la hasarder pour monter plus haut... Dans tout ce qui était compatible avec le bien du pays, je faisais de grands efforts pour lui plaire. Quand, par hasard, il me recommandait, pour un poste diplomatique, un homme capable et honnête, je mettais un grand empressement à obtempérer. Lors même que son protégé était peu capable, si le poste avait peu d importance, il m'arrivait, d'ordinaire, de le lui donner. Mais le plus souvent le Président honorait de sa recommandation des gens de sac et de corde, qui s'étaient jetés autrefois en désespérés dans son parti, ne sachant plus où aller, et dont il se croyait l'obligé ; ou bien il s'avisait de vouloir placer dans les grandes ambassades ce qu'il appelait des gens à lui, c'est-à-dire, le plus souvent des intrigants ou des fripons.
Il n'était encore au courant de rien. Ce fut moi qui lui proposai de faire faire chaque jour pour lui une analyse de toutes les dépêches. Auparavant i! ne connaissait que par ouï-dire ce qui se passait dans le monde. Le terrain solide des faits manquait donc toujours aux opérations de son esprit, et il était facile de s'en apercevoir à toutes les rêveries dont il était plein. J'étais quelquefois effrayé de ce qu'il y avait de vaste, de peu scrupuleux et de confus dans ses desseins; il est vrai qu'en lui expliquant l'état vrai des choses, je le faisais facilement convenir de leurs difficultés. Le débat n'était pas son fort. Il se taisait, mais ne se rendait pas. Une de ses chimères était une alliance contractée avec une des deux grandes puissances de l'Allemagne pour refaire avec son aide la carte de l'Europe... Comme je lui représentais que ni l'une ni l'autre ne s'y prêterait, il prit le parti de sonder lui-même leurs ambassadeurs à Paris. L'un vint un jour, tout ému, me dire que le Président de la République lui avait demandé si, moyennant quelques équivalents, sa cour ne consentirait pas à ce que la France s'emparât de la Savoie. Une autre fois, il conçut l'idée d'envoyer un agent particulier, un homme à lui, comme il l'appelait, pour s'entendre directement avec les princes d'Allemagne. Il choisit Persigny, en me priant de l'accréditer ; ce que je fis sachant fort bien qu'il ne pouvait rien résulter d'une négociation semblable... Persigny se rendit d'abord à Berlin,
ensuite à Vienne. Comme je m'y attendais, il fut bien reçu, fêté et éconduit.
M. de Radowitz a consigné ce même fait dans ses Mémoires, bien qu'il lui assigne une date un peu différente ; mais peut-être y eut-il deux tentatives de cette nature et par le mêma intermédiaire. En tout cas, on a là une preuve certaine que Louis-Napoléon n'eut pas besoin, plus tard, d'être converti par M. de Cavour à l'idée d'une guerre contre l'Autriche ; cette idée était déjà sienne avant que M. de Cavour eût fait son entrée sur la scène politique.
Dans les derniers mois de 1851 , raconte M. de Radowitz. M. de Persigny fut chargé par le Prince Président d'une mission confidentielle à Berlin. Il s'agissait d'obtenir l'assurance que la cour de Prusse reconnaîtrait le coup d'Etat, à la veille de s'accomplir, et l'Empire lui-même si l'Empire venait à être rétabli. Dans ses conférences avec M. de Radowitz, le ministre prussien, l'envoyé de Louis- Napoléon déclara que le Prince était résolu à chasser les Autrichiens delà Lombardie et de la Vénétie, et il ajouta : « Pendant que nous chasserons l'Autriche de l'Italie, vous aurez le champ libre. Pourquoi n'en profiteriez-vous pas alors pour chasser l'Autriche de l'Allemagne ? »
Ces démarches inconsidérées du Prince Président s'accordent bien avec les futures intrigues où trébuchera l'empereur Napoléon ; elles ne donnent que trop à prévoir l'accueil empressé que recevront un jour les Cavour et les Bismarck; c'est pour cela qu'elles nous ont paru d'un haut intérêt. Elles démontrent l'unité, dans toute sa carrière, de cet esprit chimérique, de cet incorrigible conspirateur, prédestiné à jouer, en politique, tous ceux qui se fieront à ses protestations, jusqu'à ce que lui-même rencontre des conspirateurs plus habiles ou plus heureux que lui.
Vers la même époque, à un autre conseiller encore plus intime que M. de Tocqueville, il demanda ce qu'il pensait d'un projet consistant à attaquer à la fois l'Autriche et la Prusse pour reconquérir la rive gauche du Pthin. — « Si vous faisiez cela, lui répondit le comte de Morny — car c'est de lui
que nous parlons — les Anglais se tourneraient contre vous et les Allemands vous jetteraient dans le Rhin ! ' »
M. de Morny et Louis-Napoléon étaient dès lors constamment ensemble. Il ne paraît pas qu'ils se soient rencontrés avant l'élection du 10 décembre. L'intérêt les rapprocha avant l'amitié. Le comte, qui avait suivi jusques-là la fortune des d'Orléans, comprit ce qu'il, pouvait attendre du Prince, et le Prince, qui trouvait plus- d'obstacles que d'appui dans ses cousins portant son nom] et siégeant tous sur la Montagne, bénit la fortune qui lui envoyait un aide et un guide dans la personne d'un homme séduisant, hardi, sans préjugés, auquel l'unissaient des liens mystérieux 2.
Morny, à l'Elysée, tempérait par son flegme aristocratique les violences de Persigny. Celui-ci s'étant emporté à dire, en
1 Mémoires de lord Malmesbury. — « Morny, ajoute le diplomate anglais, était le fils naturel reconnu de la reine Hortense et du comte de Flahaut ; donc frère utérin de l'Empereur. Il était son bras droit et lui donnait en général de bons conseils, car c'était un bomme intelligent et un homme du monde, doué de beaucoup de tact. »
Les Mémoires de Malmesbury parlent aussi de la puissante influence de miss Howard.
2 Un homme qui dévisagea Louis-Napoléon, dès 1849, avec une clarté qu'on ne peut comparer qu'à un don de seconde vue, c'est le grand orateur espagnol, mort à Paris en 1853, à quarante-trois ans. Après avoir prédit la décadence de la France, l'unification de l'Allemagne par la Prusse, le triomphe universel du socialisme en Europe et l'écrasement de celui-ci et de la Prusse par la Russie, Donoso Cortès jette ses regards sur la France en particulier. Il annonce la défaite du parlementarisme par le Président et ajoute :
« Le Président triomphera, mais le succès ne sera pas plus pour lui que pour l'Assemblée, il sera pour la Révolution... En France, la proclamation de l'Empire sera bien accueillie, elle sera mal vue en Europe ; néanmoins la guerre n'éclatera pas, hormi le cas où cet homme franchirait ses propres frontières. Je crois qu'il ne les franchira point ; mais il est dans sa destinée de les franchir un jour, de faire appel à la Révolution et de succomber misérablement dans un autre Waterloo, ou, pour mieux rendre ma pensée, dans une autre bataille de Novare. Je vous ai déjà dit ce qui suivra sa chute : le triomphe définitif de la Révolution, à moins que Dieu, qui nous a habitués aux miracles, n'y mette fin d'une manière ou d'une autre, mais miraculeusement. »
Nous répétons que ceci fut écrit en 1849, à Berlin, le 26 avril.
Cet horoscope de Louis-Napoléon fit hausser les épaules aux contemporains de Donoso Cortès. Maintenant que l'avenir est devenu le passé, on est confondu de l'extraordinaire faculté de divination qui se rencontre parfois chez les hommes de génie, quand ils sont en même temps des hommes de foi.
présence de MM. Thiers et Mole : « Après tout, je n'ai rien à perdre, moi, ni hôtel à Paris, ni château en province ! » le propos fut répété au Prince, qui n'hésita pas à admonester son imprudent ami. Morny se trouvait présent ; il appuya la réprimande : « Je crois, dit-il, que nous en viendrons aux coups, nous pouvons nous avouer cela à nous trois ; mais nous serons forcés d'agir par surprise, et il n'y a que les naïfs qui tirent le poignard de sa gaine avant de frapper ! »
On commença dès lors à sentir l'action personnelle du chef de l'Etat. Son autorité croissait d'une manière insensible, mais croissait toujours. D'abord qualifié sous l'appellation modeste de « Monsieur Louis Bonaparte », on s'habituait à le désigner sous le titre de Prince et dans ses voyages en province, « Monsieur » était peu à peu éliminé par« Monseigneur» et même par « Son Altesse ».
L'Assemblée, quoique secrètement irritée de se voir rejetée peu à peu au second plan, aborda paisiblement diverses questions graves ou politiques, que sa devancière n'avait qu'effleurées, ou qu'elle avait mal résolues. Les gardes nationales étaient, pour le maintien de l'ordre, un danger plutôt qu'un appui. « Avec la force prétendue civique il me faut 20.000 hommes pour garder Lyon, disait le général de Castellane, mais 10.000 me suffiraient si les citoyens consentaient à ne pas m'aider. » La garde nationale de Lyon fut donc dissoute.
L'impôt des boissons fut rétabli, le déficit du budget ayant prouvé qu'on ne pouvait pas s'en passer. Les instituteurs, devenus des courtiers de propagande socialiste, et parfois de petits tyranneaux de village, furent placés sous la main des préfets, auxquels fut transféré le droit de les nommer et de les déplacer. La minorité radicale combattit bruyamment ces mesures de défiance; elle n'a cessé de protester que lorsque, vingt-cinq ans plus tard, devenue majorité à son tour, elle fut mise en demeure de rendre à l'instruction primaire son autonomie. La loi d'exception du 11 janvier 1850 subsiste toujours. Chaque parti la déplore lorsqu'il est dans
l'opposition, mais en use et en abuse lorsqu'il est au pouvoir. Telle est la justice des partis.
La loi générale sur l'enseignement public occupa de longues séances, souvent admirablement remplies, du 14 janvier au 15 mars 1850. Victor Hugo qu'avait saisi tout d'un coup» aux approches de la vieillesse, une sorte de rage contre tout ce qu'avaient aimé sa jeunesse et son âge mur1, évoqua les spectres du Jésuitisme et de l'Inquisition et prôna « un immense enseignement donné par l'Etat, partant du village pour arriver au Collège de France, un vaste réseau d'ateliers intellectuels, le cœur du peuple mis en communication avec le cœur de la France. » Sous ce pathos à peine intelligible se dissimulait honteusement la négation de la liberté intellectuelle, dont la liberté d'enseigner est la condition inaliénable. Mais la liberté se trouvait formellement inscrite dans la Constitution de 1848; M. Beugnot, rapporteur, Mgr Parisis et MM. Thiers, de Montalembert, de Falloux, obtinrent pour elle ce qu'on jugea possible vu les circonstances, et s'appliquèrent à concilier les droits de l'Etat avec ceux d'une légitime et féconde concurrence. Le vote final eut lieu par 399 voix contre 237. Le Prince Président s'abstint d'intervenir dans cette importante discussion, mais on le savait favorable à la liberté. Partout, sur le terrain religieux comme sur le terrain commercial ou industriel — il l'a bien montré par les traités de commerce — la liberté avait ses sympathies, tellement qu'il n'eût pas fallu beaucoup le pousser pour l'amener à la suppression pure et simple non seulement du monopole de l'Université, mais de l'Université elle-même en tant qu'administration inféodée à l'Etat ; on aurait, à sa place, laissé éclore spontanément, comme en Belgique, en Allemagne et ailleurs, plusieurs universités autonomes, égales en droits, sous la surveillance générale de l'Etat ; ainsi la concurrence lut devenue féconde et la liberté vraie eût remplacé cette liberté fallacieuse et stérile qui, en France, consiste dans l'autorisa-
1 Vbtor Hugo.en 1850, avait 48 ans.
tion donnée à ceux qui ne font pas partie du corps privilégié, d'enseigner les programmes et méthodes de ce corps, et sous son contrôle. Tel était du moins le projet sur lequel fut consulté, confidentiellement, en 1850, l'épiscopat français. Quelques évêques le trouvèrent prématuré, inopportun : renseignement libre n'était pas prêt ; d'autres, façonnés aux habitudes concordataires, avaient une peur instinctive de la liberté ; bref, il ne fut donné aucune suite à la consultation.
Pendant que ces graves discussions occupaient l'Assemblée, la haute cour de Versailles avait déclaré déchus de leur mandat trente représentants qui avaient pris part à la tentative d'insurrection du 13 juin. Il fallut les remplacer. Les succès électoraux, en province, se partagèrent entre la majorité et l'opposition, mais à Paris l'extrême-gauche fit passer trois démocrates exaltés : un transporté de juin 1848, M. de Flotte ; un ex-collaborateur de Louis Blanc, M. Vidal, et un ancien membre du gouvernement provisoire, M. Carnot. Le second, nommé deux fois, ayant opté pour le Haut-Rhin, les électeurs parisiens firent un choix encore plus socialiste dans la personne du romancier Eugène Sue. L'Assemblée s'effraya et crut nécessaire de restreindre le suffrage universel.
Le Prince ne fit aucune objection, quoi qu'on en ait dit; tout au contraire, le ministère du 31 octobre, ce ministère formé, selon le message présidentiel, pour affirmer plus spécialement la volonté du Président et sa responsabilité personnelle dans les affaires, revendiqua l'honneur de l'initiative. D'accord avec lui, une commission fut formée des chefs de la majorité ; elle proposa de n'accorder le droit de vote qu'aux citoyens résidant depuis trois années dans le canton et inscrits sur le rôle de la contribution personnelle ou de la prestation en nature. M. Thiers prononça, à cette occasion, une juste mais violente diatribe qu'on lui a bien souvent reprochée, contre la multitude « la vile multitude qui a perdu toutes les Républiques... cette multitude qui, après avoir égorgé Bailly et applaudi au supplice des Girondins, a applaudi au supplice mérité de Robespierre ; cette multitude qui applaudirait au
nôtre, au vôtre ; qui a accepté le despotisme du grand homme, lequel la connaissait et savait la soumettre ; qui a ensuite applaudi à sa chute et qui, en 1815, a mis une corde à sa statue pour la faire tomber dans la boue. »
La loi fut votée par 433 voix contre 241. Elle est restée célèbre sous le nom de loi du 31 mai.
Tout en bannissant des salles de vote les vagabonds et les inconnus, ce qui était une amélioration, elle frappa de dégradation civile trois millions de paysans ou d'ouvriers, dont beaucoup très honnêtes, et ceci fut une injustice. Elle fournit donc à plus du quart du corps électoral un motif de récriminations amères, et aux ambitieux qui promettaient de rétablir le suffrage universel pur et simple, un sujet oratoire ou, comme on dirait aujourd'hui, une plate-forme électorale trop facile. Sur cette plate-forme, Louis-Napoléon en personne sera le premier à prendre place, bien que ce soit lui qui ait présenté la loi, et que ses partisans, à l'Assemblée, n'aient pas tousété des derniers à la voter.
L'Assemblée investit ensuite le gouvernement du droit d'interdire les réunions électorales (G juin), rétablit l'impôt du timbre sur les journaux, éleva le chiffre des cautionnements et imposa aux journalistes l'obligation de signer leurs articles (16 juillet). Cette dernière mesure fit que l'on n'attribua désormais aux écrits qui sollicitaient chaque jour l'attention que l'autorité due aux écrivains ; elle était sage, si bien qu'elle a passé dans les mœurs et que l'usage de signer s'est conservé lorsque l'obligation a disparu. Mais l'ensemble de ces lois de réaction ne contribua pas peu à dépopulariser le parlementarisme et à raffermir le Président, maintenant que l'état de conflit habituel entre les deux pouvoirs n'était plus un mystère.
Avant de prendre ses vacances, l'Assemblée se chargea d'accuser elle-même cette lutte sourde, en désignant vingtcinq de ses membres pour la représenter dans l'intervalle des deux sessions et convoquer immédiatement leurs collègues, si quelque danger imprévu leur paraissait de nature à
menacer le pays ou les institutions. Les membres de cette commission de permanence étaient MM. Odilon Barrot, Jules de Lasteyrie, Changarnier, Nettement, Lamoricière, Beugnot, Rulhières , Casimir-Périer, Mole, Berryer, Chambolle, et d'autres moins connus.
Les vacances parlementaires furent diversement utilisées. Les légitimistes se rendirent à Wiesbaden, auprès du comte de Chambord. Les orléanistes assistèrent à Claremont à une triste cérémonie, les obsèques du roi Louis-Philippe. Les républicains s'attachèrent à entretenir par des discours l'agitation et la vigilance parmi leurs électeurs. Mais aucun n'employa mieux son temps que Louis-Napoléon. Il reprit, en les étendant, ses excursions en province, provoquant les ovations et laissant çà et là d'adroites paroles dont aucune n'était perdue.
Il dit à Saint-Quentin aux ouvriers 9 juin 1850) :
Je suis heureux de jne trouver parmi vous et je cherche avec plaisir les occasions de me mettre en contact avec le grand et généreux peuple qui m'a élu. Car, voyez-vous, mes amis les plus sin cères et les plus dévoués ne sont pas dans les palais; ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas sous les lambris dorés ; ils sont dans les ateliers, sur les places publiques, dans les campagnes.
A Dijon (13 août), où un officier de l'empire lui demanda publiquement peut-être après s'être concerté avec lui), l'amnistie en faveur de M. Guinard, un des compagnons de Ledru- Rollin dans l'équipée du 13 juin, il montra qu'il avait les bras liés, tout en affirmant sa résolution de tenir son serment à la Constitution :
On me demande un acte qui m'est interdit. On ne le sait donc pas? Les prisonniers que la Haute-Cour a envoyés à Doullens n'en pourraient sortir que par une décision de 1 Assemblée. Et moi, à leur égard, comme à l'égard de tous, petits ou grands, innocents ou coupables, je n'ai qu'un rôle à remplir : c'est d'assurer, dans l'intérêt de la société, l'exécution de la loi envers ceux qu'elle condamne, comme j'ai juré d'assurer sa protection à tous les membres delà nation. N'ai-je pas tenu fidèlement mon serment? La loi n'est-elle pas souveraine et respectée ? Ne venez donc pas me demander pourquoi je ne fais pas ce que je ne pourrais faire sans la violer. Que l'Assemblée prononce, et je saurai faire exécuter sa décision.
A Lyon (15 août), il laissa entendre que s'il respectait les décisions de l'Assemblée, le vœu national lui paraissait néanmoins supérieur à tout le reste :
Je suis non pas le représentant d'un parti, mais celui des deux grandes manifestations nationales qui, en 1804 comme en 1848, ont voulu sauver par l'ordre les grands principes de la Révolution française. Fier de mon origine et de mon drapeau, je leur demeurerai fidèle; je serai tout entier au pays, quelque chose qu'il exige de moi, abnégation ou persévérance.
Des bruits de coups d'Etat sont peut-être venus jusqu'à vous, Messieurs; mais vous n'y avez pas ajouté foi, je vous en remercie. Le patriotisme, je le répète, peut consister dans l'abnégation comme dans la persévérance... Le patriotisme se reconnaît comme on reconnut la maternité dans un jugement célèbre. Vous vous souvenez de ces deux femmes réclamant le même enfant : à quel signe reconnuton les entrailles de la véritable mère ? Au renoncement à ses droits que lui arracha le péril d'une tête chérie. Que les partis qui aiment la France n'oublient pas cette sublime leçon !
Moi-même, s'il le faut, je m'en souviendrai. Mais, d'un autre côté, si des prétentions coupables se ranimaient et menaçaient de compromettre le repos de la France, je saurais les réduire à l'impuissance en invoquant encore la souveraineté du peuple, car je ne reconnais à personne le droit de se dire son représentant plus que moi.
Ces sentiments, vous devez les comprendre : car tout ce qui est noble, généreux, sincère, trouve de l'écho parmi les Lyonnais. Votre histoire en offre d'immortels exemples. Considérez donc mes paroles comme une preuve de ma confiance et de mon estime.
Mêmes protestations de fidélité constitutionnelle, mais de fidélité subordonnée au vœu national, à Bourg, à Lons-le- Saunier, à Dijon.
Ses amis le détournaient de passer par l'Alsace, pays qu'on lui représentait comme inféodé au socialisme. Strasbourg, en particulier, lui était très hostile, tellement que le Conseil municipal avait refusé de voter aucun frais de réception. Mais ce fut pour le Prince l'occasion d'un trait d'esprit dont on ne le croyait pas capable. Lorsque le Conseil municipal lui fut présenté, il le félicita de ne s'être pas mis en frais pour le recevoir : il ne voyageait pas par amour de la parade, ni pour imposer aux villes des dépenses extraordinaires, mais pour s'informer des vœux et des besoins des populations. La