‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 15 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DATER du 13 Tendémîaire jusqu'à la [ chule de l'empire , la capitale ne sera plus le théâtre d'aucune insurrection , ni populaire ni royalbte ; car la conspiration Mallet ne causa aucun tumulte , et ne fit que traverser Paris pour aller mourir à la plaine de Grenelle. Quant

à la journée du 18 brumaire, qui substitua le gouvernement consulaire k celui du Directoire de la France, la capitale tout entière était du complot, et l'opposition fut vaincue hors de ses murs par une manœuvre militaire.

Le 1 6 octobre , le général Bonaparte fut nommé général de division. Le 25 , la veille de sa dissolution, la Convention réunit solennellement la Belgique à la France; animée du même esprit qui avait créé dans cette année l'Ecole Polythecnique , elle porta le décret de formation de l'Institut des Sciences et des Arts. La patrie reçut avec reconnaissance cette dernière création de la grandeur conventionnelle. Le dernier jour de sa puissance fut signalé par de hautes résolutions. Il semblait que la Convention eût été dépouillée tout à coup de sa nature terrible , pour revêtir toute la générosité du caractère national. Le 26, elle s'amnistiait elle-même en décrétant l'amnistie pour tous les délits révolutionnaires; et, chose remarquable , l'assemblée qui avait tant abusé de la mort prononça l'abolition de cette peine à la paix générale. Ainsi, une loi sans laquelle l'Europe n'aura jamais complété sa civilisation; une loi qui est la parole du christianisme; cette loi existe parmi nous , et elle est due à la Convention ! Hélas ! à la paix de Paris , on oublia sans doute de

proclamer cette belle loi , que par pudeur on n*a jamais osé rapporter. Le même jom*, après ce noble adieu , après cette réparation à la France , après ce grand hommage à la morale et à la religion, la Convention termine son existence politique en se formant en corps électoral pour compléter par un nouveau tiers la députation nationale. Les trois tiers réunis se constituent en Corps législatif pour opérer leui' division en deux conseils. On donne le château des Tuileries aux Anciens, la salle du Manège aux Cinq- Cents. La quatrième législature proclamée nomme, sous le nom de Directoire, un conseil exécutif composé de cinq membres. Le choix tombe sur les conventionnels La Révellière-Lépaux , Letourneur delà Manche, Rewbell, Barras et Camot. Le Directoire s^établit au palais du Luxembourg. Bonaparte, qui vient de conquérir la constitution de Fan III sur la faction aristocratique de Paris , reçoit le commandement en chef de l'armée de l'intérieur , que la nomination de Barras au Directoire a laissé vacant. Peu de jours après, marié avec madame de Beauharnais , il est nommé général en chef de l'armée d'Italie. Cette armée a deux fois changé de chef depuis le départ de Bonaparte. Dumerbion avait été remplacé par Kellermann , et Kellermann par Schérer. Mais celui-

mens : mais cet ai^mîstice , demandé pai* le traître Pichegru, n'eut d'autre objet que de prépara:» le terrain sur lequel l'armée de Condé , dont il a su établir l'intelligence avec l'armée de Clairfayt et de Wurmser, doit opérer de concert avec lui pour le succès de sa criminelle félonie.

Quant à l'Italie , comme il n'y a point de trahisons k ourdir, il n'y a point d'armistice* Mais le Directoire, avant de donner le signal delà guerre italique, intime, le 1^^ mars, à la république de Venise, l'ordre de faire partir Louis XVIII de son territoire. Il ne craint point le voisinage de ce prince pour l'armée que Bonaparte doit commander , il veut seulement l'éloigner du comité royal qui agite la France. Louis XVIII , indigné de la servilité vénitienne , qui lui ôte son asile , charge le ministre de Catherine de rayer son nom du livre d'or, et de réclamer l'armure de Henri IV. Ce prince part pour l'armée de Condé, dont la cour de Vienne osera aussi lui interdire l'hospitalité ! Cependant la conquête du Piémont est ordonnée à Bonaparte , comme une entreprise préliminaire dont le but est de forcer les Autrichiens k évacuer ce pays, et a se défendre dans leurs possessions. Ainsi, l'occupation du Piémont, par la destruction de son armée et la prise de ses forteresses, doit seule ouvrir au général Bona-

dont le résultat aurait dû être provoqué par Tempereur, au moins après la mort de la Reine. On attribua la demande de rechange à l'intention que TAutriche pouvait avoir de marier Madame royale a un archiduc, et de faire revivre par cette union les droits qu'elle croit peut-être avoir encore sur l'Alsace , la Lorraine , la Bourgogne et la Franche- Comté. Mais, quelque projet qu'eût cette puissance. Madame, aujourd'hui Dauphine, fut échangée, le 26 décembre, à Richen près Baie, contre les conventionnels Camus , Lamarque , Quinette , Bancal, et l'ex-ministre de la guerre Beumonville, livrés aux Autrichiens par Dumourier. On comprit aussi dans l'échange les plénipotentiaires Maret , Sémonville , arrêtés en Italie par les Autrichiens , au mépris du droit des gens , en 1 793, quand peut-être ils étaient chargés par le Comité de salut public de traiter avec la reine Caroline de Naples de la délivrance de sa sœur Marie- Antoinette! Enfin, l'ex - conventionnel Drouet, maître de poste de Sainte-Menehould , qui avait causé l'arrestation de Louis XVI à Varennes, ^compléta cet échange , où les différens partis de la révolution se trouvaient représentés. Un armistice sur le Rhin , conclu le 3 1 du même mois , parut être la conséquence de cette négociation , dont la justice honora si tardivement les deux gouverne-

avoir dissipé comme guerrier les eimemis de sa patrie.

Cependant il lui faut d^abord tenter une conquête difficile : c'est celle des hommes de guerre déjà connus de Parmée avant lui par de grands succès, et qui vont se trouver sous ses ordres. Il n'a que vingt-sept ans , et il sait qu'il n'y a point d*intérêts plus jaloux que ceux de la carrière militaire. Il remplace Schérer, connu d'abord par la prise de Yalenciennes, Schérer qui a commandé en chef l'armée des Pyrénées Orientales , et qui vient de livrer le beau combat de Vado. Il compte, à Nice, parmi les généraux sous ses ordres , Masséna encore tout couvert des lauriers de Loano, Masséna qu'il a vu toujours vaincre et qu'il a jugé invincible; Augereau, qui a pris la forte ville de Figuières; Victor, qui commanda si brillamment une division d'infanterie au siège de Toulon; Laharpe, Serrurier, Joubert , Cervoni , illustres dans les armées de la république : il aura pour juge le vieux Kellermann , qui, en 1 792, a gagné la grande victoire de Valmy , et qui, naguère général en chef de l'armée d'Italie, commande maintenant à celle des Alpes. Le génie seul pouvait faire pardonner à Bonaparte les faveurs de la fortune.

En arrivant à Nice, le général en chef trouva encore d'autres obstacles qui , à eux seuls , pou-*

vaient détruire ses espérances. Le ministre de la guerre lui avait donné un état de plus de cent mille hommes , et nous n'avions réellement sous les armes que trente mille soldats avec trente pièces de canon , pour combattre quatre-vingt mille Austro- Sardes et une artillerie de deux cents pièces. L'armée , k la vérité , était jeune , enthousiaste , intrépide; victorieuse naguère avec Bonaparte, elle venait de l'être encore avec Masséna ; elle avait de l'affection pour son nouveau chef; mais sans argent, sans vivres, sans habits, presque sans armes, dépourvue de munitions , prompte au pillage , à l'indiscipline, au découragement, aux excès que devait produire l'abandon de toute administration dans un pays ruiné par une guerre de quatre années, que pouvait-elle faire? qu'attendre de ses efforts en face d'un ennemi nombreux , bien approvisionné , ayant toutes les ressources et toutes les jouissances d'une terre amie et féconde , d'une organisation régulière, opposant, en un mot, tous les avantages de la patrie , de Tabondance et du nombre à une invasion étrangère et peu redoutable? Si le mécontentement du soldat , sa misère , celle de l'officier, l'anarchie dans le commandement , rendaient cette armée faible, d'un autre côté, oubliée depuis quatre années dans les rochers de la Ligurie , ses divisions adossées à la mer, son centre et sa droite aven-

turés , sa position fausse , purement défensive , de forte et de menaçante que Bonaparte Tavait laissée en octobre 1 795, la mettaient dans un grand péril ; et cependant , pour conquérir le terrain seul de la campagne préliminaire, qu'elle devait enlever avant d'entamer la guerre véritable a laquelle on les destinait, nos soldats étaient forcés d'emporter d'assaut des glaciers inexpugnable^ défendus par deux grandes armées. En outre, le gouvernement n'ayant pu verser dans le trésor de l'armée que deux mille louis en qr et un million en traites qui furent presque toutes protestées , on ne pouvait améliorer son sort *, il fallait donc étonner cette armée, l'enlever, la surprendre, pour obtenir des victoires. Bonaparte sait juger les soldats de Toulon , du Cairo , de Saorgio , de Loano ; il commence par briser la vieille habitude du quartier général de Nice , qu'il porte à Alberga , et avant de partir, il leur dit :

<K Soldats !

« Vous êtes nus , mal noums ; le gouvernement « vous doit beaucoup, il ne peut rien vous don- * ner. Votre patience , le courage que vous mon- « trez au milieu de ces rochers , sont admirables ; « mais ils ne vous procurent aucune gloire , aucun

« éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous con- « duire dans les plus fertiles plaines du monde : « de riches provinces , de grandes villes seront en a votre pouvoir; vous y trouverez honneur, gloire « et richesses. Soldats d'Italie ! manqueriez- vous a de courage ou de constance? »

Ces paroles, prononcées d'une voix ferme par le jeime général , sqnt électriques pour la jeune aimée , à laquelle on n'avait pas su parler encore : elle lui répondit par une acclamation unanime. Dès ce moment , s'établit entre Bonaparte et ses soldats une sorte de fraternité d'araies, d'union de famille , de confiance mutuelle , véritables sources de ces hauts faits , de ces grandes actions triomphales qui étonnent encore le monde. Mais la tactique qui sortira des combinaisons de Bonaparte sera propre uniquement à la guerre d'Italie , dont la conformation physique entre dans ses moyens de conquête , ainsi que les mœurs de ses habitans , la nature des armées qu'il a combattues , et le caractère propre de celle qu'il commande. Cette tactique forme un chapitre entièrement neuf dans l'histoire de la guerre , et elle n'est applicable qu'à Bonaparte , aux circonstances et aux élémens de sa campagne. C'est une école. spéciale qui finit à son fondateur. Lui seul aussi pourra la rouvrir, quand,

vingt ans plus tard, au sein de la France enyahie par FEurope , il saura se défendre contre elle pendant trois mois , à la tête de quarante mille Français !

Telles sont les forces en présence. L^armée austro-sarde obéit au général en chef Beaulieu; quarante-cinq mille Autrichia[is sont commandés par les généraux Argenteau, Mêlas, Wukassowich , Liptay et Sebottendorf ; et vingt-cinq mille Sardes par les généraux Provera et Latour, sous les ordres du général autrichien Golli : le premier corps a cent quarante pièces de canon , et le second soixante. Dix mille Napolitains doivent porter ces forces à quatre-vingt mille honmies. L'armée française compte trente mille soldats , en cinq divisions d mfanterie conmiandées par Masséna, Augereau, Laharpe, Maquart et Serrurier ; deux mille cinq cents honmies de cavalerie , par les généraux Stengel et Kilmaine ; deux mille cinq cents hommes d'artillerie et du génie , avec trente pièces de canon, par le général Dujard. Parmi les généraux de brigade, on distingue Rusca, Cervoni, Miollis, etc.; les aides de camp du général en chef sont : Murât, Junot, Duroc, Muiron, Marmont, etc. Le général de division Berthier est chef d'état-major ; le général Vignolles, sous-chef.

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