ÉDIT. I
:îyU HISTOIRE
l..^ ^:yfiêral en chef a campe ses troupes; il est à lu (èee «le cinquante-cinq mille hommes ; il compte ;MtCioior de lui trente-huit mille combattans, qui (foraient les divisions Masséna, Bemadotte, Sermrier et Âugereau : celle-ci est commandée par le général Guyeux. Dix-sept mille hommes sont aux ordres de Joubert , c'est-à-dire , sa division , celle de Delmas et celle de Baraguay-d'Hilliers. Vingt autres mille hommes, et entre autres la division Victor, occupent les places et observent le midi de la péninsule italique, où la foi des traités récens avec la cour de Naples et celle de Rome ne paraît pas suffire pour rassurer la prudence du gàiéral Bonaparte. Les troupes de Victor, destinées à garder PAdige , sont encore sur FApennin : elles ne pourront se trouver en position que dans le courant d'avril; ce général doit rallier les bataillons lombards, cispadans , polonais et peut-être rinsurrection démocratique de la terre-ferme vénitienne. Le total des forces françaises en Italie est de soixante-quinze mille hommes , dont cinquantecinq mille forment l'armée active que Bonaparte va mettre en mouvement. L'archiduc lui oppose , dans les premiers jours de mars , trente-cinq mille hommes qui couvrent le Frioul et qui occupent le Tyrol; dix miUe Tyroliens, excelleiis soldats de montagnes, sont accourus au drapeau autrichien.
Bonaparte doit se hâter de profiter de la supériorité numérique de son armée. C'est la première fois qu'il peut l'admettre dans ses calculs stratégiques. Et en effet il doit se presser d'opérer avant l'arrivée des renforts de l'armée autrichienne du Rhin : car alors il aurait quatre-vingt-dix mille hommes à combattre, et, sur ses derrières, Venise à redouter.
Le 9 mars , Bonaparte a son quartier général à Bassano. L'ordre du jour suivant rappelle à l'armée ses triomphes : « Soldats ! la prise de Man- « toue vient de finir une campagne qui vous a donné « des titres éternels à la reconnaissance de la pa- « trie. Vous avez été victorieux dans quatorze baii tailles rangées et dans soixante -dix combats : « vous avez fait cent mille prisonniers, pris cinq « cents pièces de canon de campagne , deux mille « de gros calibre , quatre équipages de pont. Les <c contributions mises sur le pays que vous avez « conquis ont nOurri, entretenu, soldé l'armée « pendant toute la campagne. Vous avez en outre a envoyé trente millions au ministre des finances, a pour le soulagement du trésor public. Vous a avez enrichi le Muséum dé Paris de trois cents (c chefs-d'œuvrfe de l'ancienne et nouvelle Italie, a et qu'il a fallu trente siècles pour produire, a Vous avez conquis à la république les plus belles
u contrées de l'Europe. Les républiques transpaa dane et cispadane vous doivent leur liberté. Les « couleurs françaises flottent pour la première fois o sur les bords de l'Adriatique , en face et à vingt- « quatre heures de l'ancienne Macédoine, (foà « Alexandre s'élança sur V Orient. Une grande « destinée vous est aussi réservée ; vous n'avez a pas tout achevé. Vous châtiei*ez ces insulaires « perfides , qui , étrangers aux malheurs de la « guerre, sourient avec plaisir aux maux du conte tinent. Les rois de Sardaigne , de Naples , le « pape , le duc de Parme , se sont détachés de la a coalition de vos ennemis , et ont brigué votre a amitié. Vous avez chassé les Anglais de Livourne, « de Gênes , de la Corse. C'est en vous que la « patrie met ses plus chères espérances : vous « continuerez à en être dignes. De tant d'ennea mis qui se coalisèrent pour étouffer la répu- « blique à sa naissance , l'empereur seul reste a devant vous : se dégradant lui-même du rang a d'une grande puissance, ce prince s'est mis à a la solde des marchands de Londres. Il n'a plus o de politique , de volonté , que celles de ce caa binet perfide, qui, étranger aux malheurs de a la guerre , sourit avec plaisir aux maux du cona tinent. Le Directoire exécutif n'a rien épargné « pour donner la paix à l'Europe. La modéra-
1 tion de ses propositions ne se ressentait pas de •c la force de ses armées : il n'avait pas consulté 1 votre courage , mais l'humanité et l'envie de vous « faire rentrer dans vos familles. Il n'a pas été « écouté à Vienne ; il n'est donc plus d'espérance '• pour la pais , qu'en allant la chercher dans le « cœur des Etats héréditaires de la maison d'Au- » triche. Vous y trouverez un brave peuple, acca-
• blé par la guerre qu'il a eue «outre les Turcs et
• par la guerre actuelle. Les habitans de Vienne et « des États d'Autriche gémissent sur l'aveuglement « et l'arbitraire de leur gouvernement; il n'en est B pas un qui ne soit convaincu que l'or de l'Angle- " terre a corrompu les ministres de l'empereur. « Vous respecterez leurs propriétés. C'est la li- « berté que vous apporterez à la brave nation bonci groise. La maison d'Autriche, qui, depuis trois « siècles , va perdant à chaque guerre une partie « de sa puissance, qui mécontente ses peuples en " les dépouillant de leurs privilèges , se trouvera B réduite , à la fin de cette sixième campagne ( puis- « qu'elle nous contraint h la faire) , à accepter la " paix que nous lui accorderons , et à descendre en » réalité au rang des puissances secondaires , où H elle s'est déjà placée en se mettant aux gages et ■ à la disposition de rAnHlL'ti.']rt'. '< Celle pnirliiuialion «levait produin' d';iiiMii)< |iliisd'cnet,<iu'ellc
était vraie dans toutes ses parties. Elle renfermait aussi quelque chose de prophétique , que le moderne Alexandre deyait réaliser sur les bords du Nil. Peut-être cette grande expédition , qui avait occupé autrefois la politique de Versailles , étaitelle aussi déjà dans la pensée du triomphateur de ritalie. Quoi qu^il en soit, nos armées et leurs chefs ne se battaient alors que pour donner non seulement ri&dépendance , mais encore la liberté politique et civile aux nations. Quand nos étendards changèrent de légende , le style des proclamations françaises ne fut plus populaire pour ces nations ; mais il continua de l'être pour les soldats de Napoléon.
Les premiers coups de Masséna soumettent au drapeau républicain des villes dont le nom doit anoblir un jour des ministres et des généraux qui n'ont peut-être jamais vu leurs murailles. De Bassano il se précipite sur la division Lusignan , et s'empare de Feltrej de Bellune et de C adore. L'armée a passé la Piave : Serrurier occupe Cônegliano j où s'établit le quartier général. Le 16 mars , Bonaparte force le passage du Tagliamento , défendu par une forte arrière-garde ; bientôt la ligne des Autrichiens est enfoncée , et l'ennemi bat en retraite sur Palma-Nova, où le vainqueur entre à sa suite. Masséna avait, de son côté , forcé tous
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les passages , s'était emparé des gorges de Ponteba , fermait la route de la Carinthie à Tarchiduc , et marchait sur Tarvis. Ce prince , qui déjà s'était replié sur Goritz, courut à Klagenfurth, d'où il tira une belle division de grenadiers , et prit position en avant de Tarvis pour arrêter Masséna. Le 24 , l'affaire s'engagea vigoureusement. L'archiduc paya de sa personne , mais il ne put résister à l'impétuosité de Masséna et de Brune. Il perdit Tarvis , dont la possession nous livra les débouchés par lesquels trois divisions autrichiennes étaient revenues de l'affaire du Tagliamento. La marche de l'armée française sur Tarvis avait été décidée par un avantage important , qui avait suivi le passage du Tagliamento. Le 17, Bernadette s'était pdrté sur Gradisca , ville forte qu'il voulut enlever d'assaut. L'arrivée de la division Serrurier, qui prit cette place à revers , avait décidé le gouverneur à capituler et à se rendre prisonnier avec trois mille hommes. Cette division avait passé l'Isonzo, à la suite du colonel Andréossy, qui s'y était jeté pour sonder la rivière. Après la prise de Gradisca, le général Bonaparte avait transporté son quartier général à Goritz et lancé Bemadolte sur Laybacb , à la poursuite de l'ennemi. Le jour même où Masséna prenait Tarvis, Dugua entra à Trieste. Les Autrichiens vbiilmenlleii ira la Cil iusii,
OÙ ils étaient suivis par le général Guyeux ; mais ils se virent tout à coup attaqués en tête par Ma&séna qu'ils ne savaient pas dans Tarvis. La 4« de ligne , que le général Bonaparte avait nommée V Impétueuse , soutint sa gloire ; elle enleva la position de la Chiusa. L'ennemi perdit cinq miUe prisonniers , trente -deux pièces de canon , quatre cents voitures d'artillerie et de bagages , et quatre généraux. Ces combats de Tarvis et de la Chiusa- Veneta , faibles trophées d'une guerre où la France venait de conquérir les plus beaux triomphes peutêtre de l'histoire , devaient avoir d'immenses résultats pour sa politique et pour la grandeur de son général.
Bonaparte passa la Drave a Yillach , et établit son quartier général à Klagenfurth , d'où il chassa deux divisions autrichiennes arrivées de l'armée du Rhin. L'archiduc n'avait pas osé l'y attendre, et s'était précipitamment retiré sur Neumarck, quoiqu'il eût rallié une bonne partie de ses renforts. Ce fut a Klagenfurth que le vainqueur adressa aux peuples de la Carinthîe, de la Camiole et de l'Istrie, une proclamation à la fois glorieuse et phîlantropique , dont la garantie reposait déjà sur la discipline du soldat et sur la sagesse de l'administration militaire , et devait être de plus assurée par le régime paternel qu'elle confiait aux habitans.
Cette proclamation renfermait les paroles suivantes : « Malgré l'Angleterre et les ministres de la B cour de Vienne, soyons amis. La république « française a sur vous des droits de conquête ; u qu'ils disparaissent devant un contrat qui nous B lie réciproquement ! Vous ne vous mêlerez pas " d'une guerre qui n'a pas votre aveu. Vous four- « nirez aux besoins de mon armée. De mon côté, » je protégwai les propriétés. Je ne tirerai de vous « aucune contribution. » Le contrat fut observé fidèlement de part et d'autre. Le général en chef appela les plus riches propriétaires à la composition des quatre gouverriemens qui furent organisés. La justice, la modération, marchaient sous le drapeau de Bonaparte , et après la victoire elles assuraient la conquête.
Cependant les armées du Tyrol étaient encore en présence, et Joubert, opposé aux généraux Kerpen et Laudon , attendait l'ordre d'attaquer. Cet ordre lui parvint du quartier général de Goritz. Le 20 mars , il commença son mouvement sur le camp de Kerpen, assis derrière le Lavisio, à Cambra, couvrant Saint-Michel. 11 passa la rivière à Segonzano , et les divisions Delmas et Baraguayd'Hilliers à Lavis même. Kerpen , culbuté de toutes ses positions, perdît trois mille prisonniers et deux raille hommes tués : c'était la moitié de s*M
« clame de toutes parts. L'Europe, qui avait pris « les armes contre la république française , les a
■ posées : votre nation reste seule , et cependant c le sang va couler plus que jamais. Cette sixième « campagne s'annonce par des présages sinistres. « Quelle qu'en soit l'issue, nous aurons perdu de
■ part et d'autre quelques milliers d'hommes de « plus. 11 faudra bien tinir par s'entendre , puisque « tout a un terme, même les passions haineuses. « Le Directoire de la république française avait « fait connaître à S. M. l'empereur le désir de f nMttre fin à la guerre qui désole les deux peuu pies. L'intervention de la cour de Londres s'y « est opposée. P^'y a-t-il donc aucun espoir de nous « entendre? et faut-il , pour les intérêts ou les pas- « sions d'une ^tion étrangère aux maux de la H guerre, que nous continuions à nous entr'égor- " ger? Vous , monsieur le général en chef, qui par « votre naissance approchez du trône, et qui êtes B au-dessus des petites passions qui agitent les « ministres et les gouvernemens , ètes-vous décidé X à mériter le titre de bienfaiteur de l'humanité « entière, et de vrai sauveur de l'Allemagne? " Ne croyez pas que j'entende par là, monsieur le •c général en chef, qu'il ne vous soit pas ( r< de la sauver par la l'urcc des ;irniuf u la supposition que lus rliimccs di' 1
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vénitienne , dont Bonaparte a prévu la complicité. Cependant le général de l'armée républicaine n'est plus qu'à soixante lieues de Vienne. L'archiduc a perdu vingt mille prisonniers et cinquante pièces de canon. Vaincu dans toutes les rencontres qui avaient eu lieu depuis le passage du Tagliamento, il lusse les Français maîtres de quatre capitales , Goritz , Klagenfurth, Laybach etTiieste. L'alarme se répand ii Vienne, et le Danube transporte au fond de la Hongrie les enfans de la Êunille impériale ainsi que les trésors de la cour et de la ville. Le besoin de suspendre la lutte doit parler plus haut à l'Autriche que son orgueil et sa politique. Bonaparte veut prévenir cette puissance et l'attaquer aussi sur te terrain de la paix : suivant le système de modération et de géiurosité qui avait signalé toutes ses victoires, il croit avec raison qu'il est de sa gloire d'aller au devant de la cour de Vienne. En conséquence, il écrit de Klagenfui'th, le 31 mars, à l'archiduc Charles :
* Monsieur le général en chef ,
o Les braves militaires font la guerre , et désio rent la paix. Cette guerre ne dure-t-elle pas de- • puis six années? Avons-nous assez tué de monde, ■ fait assez de mal à la ti'isle humanité? Elle ré-
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clame de toutes parts. LlËurope , qui avait pns les armes contre la république irançaise, les a posées : votre nation reste seule , et cependant le sang va coular plus que jamais. Cette sixiraie campagne s'annonce par des présages sinistres. Quelle qu'en soit llssue, nous aurons perdu de part et d'autre quelques milliers d'honunes de plus. Il faudra bien finir par s'^itoidre, puisque tout a un terme, même les passions haineuses. Le Directoire de la république firançaise avait fait connaître à S. M. l'empereur le désir de «^ mettre fin à la guerre qui désole les deux peu- « pies. L'intervention de la cour de Londres s'y « est opposée. N'y a-t-il donc aucun espoir de nous « entendre? et faut-il, pour les intérêts ouïes pas- « sions d'une nation étrangère aux maux de la « guerre, que nous continuions à nous entr'égor- « ger? Vous , monsieur le général en chef, qui par « votre naissance approchez du trône , et qui êtes « au-dessus des petites passions qui agitent les « ministres et les gouvememens , êtes- vous décidé « à mériter le titre de bienfaiteur de l'humanité a entière, et de vrai sauveur de l'Allemagne? « Ne croyez pas que j'entende par là, monsieur le « général en chef, qu'il ne vous soit pas possible a de la sauver par la force des armes. Mais dans « la supposition que les chances de la guerre vous
« deviennent favorables, PAUemagne n'en sera « pas moins ravagée. Quant à moi, monsiem* le « général en chef, si l'ouverture que j'ai l'honneur « de vous faire peut sauver la vie à un seul « homme , je m'estimerai plus heureux de la cou- « ronne civique que je me trouverais avoir méritée , « que de la triste gloire qui peut revenir des succès « militaires. »
L'archiduc répondit :
« Monsieur le général ,
a Assurément , tout en faisant la guerre et en « suivant la vocation de l'honneur et du devoir , je « désire autant que vous la paix pour le bonheur « des peuples et de l'humanité. Comme néanmoins, a dans le poste qui m'est confié, il ne m'appar- « tient pas de scruter ou de terminer la querelle « des nations belligérantes , et que je ne suis muni « de la part de S. M. l'empereur d'aucuns pleins- *« pouvoirs pour traiter , vous trouverez naturel , « monsieur le général, que je n'entre point avec « vous là-dessus dans aucune négociation , et que « j'attende des ordres supérieurs pour cet objet de « si haute importance, et qui n'est pas précisément « de mon ressort. Qdllles que soient au reste les
a chances futures de la guerre ou les espérances « de la paix , je vous prie , monsieur le général , o d'être bien persuadé de mon estime et de ma « considération distinguées. »
Ainsi, l'orgueil du cabinet autrichien refusait la paix à Bonaparte aux portes de Vienne : Bonaparte fut encore condamné à vaincre. Cependant le traité d'alliance offensive et défensive venait enfin d'être signé entre la république et le roi de Saî'daigne , et une partie des forces piémontaises allait entrer en ligne avec nos bataillons. Le 2 avril,. à la pointe du jom' , M asséna se porta en avant de Klagenfurth sur Friesach, où il entra avec l'ennemi qu'il poursuivit jusqu'à Neumarck. Là il trouva l'archiduc à la tête des débris de sa première armée et de quatre nouvelles divisions arrivées des bords du Rhin. Digne rival de Bonaparte, l'archiduc voulut encore tenter le sort des armes , et présenter noblement le combat. Bonaparte fit promptement ses dispositions. Masséna commença l'attaque : elle se ressentit de cette énergie qui enlevait toute cette armée depuis qu'elle était en campagne. En peu demomens la ligne autrichienne fut brisée. Les Français s'emparèrent des positions , de trois mille prisonniers, et pénétrèrent pêle-mêle avec les Impériaux dans Neumarck, a#l'on prit encore douze
cents hommes et du canon. L'archiduc essaya de retarder la poursuite en proposant une suspension d'armes, afin, disait-il, de pouvoir prendre en considération la lettre du Zl mars. Mais Bonaparte répondit qu on pouvait négocier et se battre, et qu'il n'y aurait point d'armistice jifsqu'à Vienne, à moins que ce ne fût pour la paix définitive. On poussa jusqu'à Scheifling, à quatre lieues du champ de bataille ; le quartier général français séjourna deux jours dans cette place. Le mouvement continua sur Knittelfeld , dont la route était défendue par des positions formidables. Une affaire très chaude eut lieu dans les défilés de Hundsmarck; l'ennemi en fut chassé avec une perte considérable. Nos troupes occupèrent Knittelfeld, et le 7 notre avant-garde entra à Léoben.
A Judenbourg, a vingt lieues de Vienne, le général Bonaparte reçut , le 8 avril (19 germinal ), la véritable réponse à la lettre du 31 mars. Elle lui fut remise sous la forme d'une note diplomatique par le feld-maréchal Bellegarde, chef d'étatmajor du prince , et par le comte de Meerweldt , général-major, qui s'annoncèrent comme parlementaires.
« S. M. l'empereur et roi n ayant rien plus à « cœur que de concourir au repos de l'Europe et « de terminer une guerre qui désole les deux na-
« lions ; en conséquence de l'ouverture que vous « avez faite à S. A. R. par votre lettre de Klagen- « furth, S. M. l'empereur nous a envoyés vers « vous, pour s'entendi*e sur cet objet d'une si « grande importance. Après la conversation que « nous venons d'avoir avec vous , et persuadés de « la bonne volonté comme de l'intention des deux « puissances de finir le plus promptement possible « cette guerre désastreuse , S. A. R. désire une a suspension d'armes de dix jours , afin de pouvoir a avec plus de célérité parvenir à ce but , et afin « que toutes les longueurs et les obstacles que la « contiimation des hostilités apporterait aux né- « gociations soient levés , et que tout concoure à « rétablir la paix entre les deux grandes nations. « Signés : Bellegahde , Meerveldt. »
Bonaparte répondit : « Dans la position milite taire des deux armées , une suspension d'armes « est toute contraire à l'armée française ; mais , si « elle doit être un acheminement à la paix tant « désirée et si utile aux peuples , je consens sans « peine à vos désirs. La république française a « manifesté souvent à S. M. le désir de mettre fin « à cette lutte cruelle : elle persiste dans les mêmes « sentimens. Je ne doute pas , après la conférence « que je viens d'avoir l'honneur d avoir avec vous ,
0 que sous peu de jours la paix ne soit enfin réuio blie entre la république française et Sa Majesté. » Le soir, la suspension d'armes fut signée pour cinq jours. Dans cette conférence préliminaire avec les plénipotentiaires autrichiens , Bonaparte leur dit : « Vote'e gouvernement a envoyé contre 0 moi quatre armées sans généraux , et cette fois a un général sans armée. > Bel éloge de l'archiduc Charles !
Cet armistice, qui s'étendit aux armées du Tyrol , donna une nouvelle ligne k l'armée française. Serrurier occupa la grande et forte ville de Gratz. Bonaparte transféra lui-même son quartier général à Léoben, et son arant- garde jusqu'à Bruck , où s'établit Masséna , dont les avant-postes couronnaient les hauteurs et couvraient les pentes du Simmering. Bonaparte avait annoncé au Directoire qu'avant le 10 avril il aurait atteint les sommets de cette montagne. L'adjudant général Leclerc , depuis beau-frère du premier consul , reçut l'ordre de porter au Directoire la nouvelle de cet armistice. C'était un officier distingué, dit Napoléon , intrépide sur le champ de bataille.