‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 7 sur 54 · ÉDIT · texte numérisé non relu

ÉDIT

Le mane jour ,15 octobre , un plan d'attaque rédigé par le général Darcon , homme d'une réputation européenne, arrira de Paris, et Ait l'objet d'un consd de guerre extraordinaire. Ce plan supposait l'investissement de Toulon par soixante mille hommes , tandis qu'avec les renforts venus de l'armée de Lyon , l'armée de Toulon ne se montait tout au plus qu'à trente mille. Le Comité prescrivait, en conséquence de cette supposition de forces , des opérations inexécutables d'attaque sur tous les points occupés par rennemi du coté de la terre. Bonaparte ouvrit au conseil un avis tout opposé : il prouva que si Ton pouvait bloquer Toulon par mer comme par terre, la place tomberait. Pour effectuer ce blocus, il proposa d'établir sur les promontoires de Balaguier et de l'Eguillette deux batteries destinées à foudroyer la grande et la petite rade. Les Anglais, qui, de même que Bonaparte , regardaient cette position comme très importante, avaient fait des travaux prodigieux au fort Mulgrave , qui lui était opposé. Trois mille hommes de leurs meilleures troupes et quarantequatre pièces de gros calibre défendaient le fort, auquel ils avaient aussi donné le nom de petit Gibraltar; ils le jugeaient tellement imprenable , que le commandant avait dit : Si les Français emportent cette batterie^ je me fais jacobin.

Ils avaient travaillé pendant un mois à fortifier cette grande redoute, située sur le promontoire du Cairo; et c'était cette même position que, le surlendemain de son arrivée k l'armée , Bonaparte avait proposé au général en chef Cartaux de faire occuper par une force suffisante , lui assurant que huit jours après il serait maître de Toulon. Cartaux , qui ne comprit pas cette belle opération , se contenta de quatre cents hommes pour son exécution. Les Anglais avaient envoyé, peu de jours après , quatre mille hommes qui avaient chassé les quatre cents Français , et ils avaient élevé le petit Gibraltar. Bonaparte dit avec raison que Toulon était là , et que le fort Mulgrave était le point d'attaque. Il ajouta que soixante et douze heures après la prise de ce fort , l'armée de siège aurait recouvré Toulon. Tout le conseil se rangea de son opinion.

Malgré l'autorité du conseil et le succès des nouvelles batteries, Bonaparte eut encore à lutter contre l'impéritie du général en chef et de son état-major. Fatigué de ces contrariétés, il pria Cartaux de lui transmettre par écrit ses vues et son plan, afin que l'artillerie pût se préparer à concourir à la réussite de l'entreprise.

Cartaux , dont l'ignorance égalait la présomption , eut la simplicité de répondre que son plan définitif était de faire chauffer Toulon pendant

trois jours, et de Tattaquer ensuite en trois colonnes. Bonaparte joi^it ses observations à cette lettre singulière , et les remit au représentant Gasparin , qui les envoya à Paris par un courrier extraordinaire. Par le retour du courrier envoyé à Tannée des Alpes , Cartaux perdit son commandement , et fut remplacé à celle de Toulon par le médecin Doppet , qui commandait les troupes qu'on avait employées à la prise de Lyon. Dans l'intervalle, le général Lapoype eut le commandement en chef, et porta le quartier général à OliouUes. Au même moment, l'armée d'Italie perdit son général en chef d'une manière plus tragique. Dénoncé par Barras et Fréron pour avoir eu des intelligences avec Toulon , Brunet périt sur l'échafaud le 6 novembre. Doppet arriva le 10 à l'armée de siège, et fit presque regretter Cartaux.

Cependant , peu de jours après , il aurait pu s'emparer du fort Mulgrave. Les Espagnols maltraitèrent tellement les volontaires français qu'ils emmenaient prisonniers, que le bataillon de la Côte-d'Or , qui était de tranchée , courut aux armes , ainsi que toute la division. Cette affaire, improvisée par l'indignation du soldat, devint tellement chaude , que Bonaparte alla dire au général en chef qu'il en coûterait moins pour l'attaque que pour la retraite. Il fut alors autorisé à se por-

ter à la têle des troupes et k diriger l'opération. Déjà le promontoire du Cairo était couvert de nos voltigeurs , et nos grenadiers , en colonnes, allaient pénétrer par la gorge du fort , lorsque le général Doppet , quoique loin du feu , voyant tomber près de lui un de ses aides de camp , eut la lâcheté de faii*e sonner la retraite. Bonaparte, blessé à la tête, revint et lui dit militairement : Z^y... /.'.... qui fait sonner la retraite nous a fait manquer Toulon. Chacun avait alors son franc-parler sur le champ de bataille : les soldats demandaient hautement quand on se lasserait de leur envoyer des peintres et des médecins pour les commander. Doppet l'eçut bientôt ordre de se rendre aux Pyrénées. Enfin, le brave Dugommier, l'un des vétérans de la gloire française, fut nommé au commandement général.

Dugommier jugea promptement, ainsi que Gasparin , toute la portée du génie militaire du jeune commandant de l'artillerie , et dès ce moment commencèrent les véritables travaux du siège. Ce fut à la construction d'une nouvelle batterie , qu'ayant besoin de dicter un ordre, Bonaparte demanda un homme qui sût écrire. Un sergent d'un bataillon de la Côte-d'Or se présenta , et comme il écrivait sur l'épaulement de la batterie , un boulet le couvrit de terre, lui et son papier. Bon , dit le

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