‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 6 sur 54 · IIVSURRECTION DE TOULON. SIEGE DE CETTE VILLE. BONAPARTE CHEF · texte numérisé non relu

IIVSURRECTION DE TOULON. SIEGE DE CETTE VILLE. BONAPARTE CHEF

DE BATAILLON d' ARTILLERIE. LE PLAN D* ATTAQUE QU*tL A PROPOSE EST

ADOPTÉ, NOMMÉ CHEF DE BRIGADE, IL s'eMPARE DU FORT MULGBATE.

— Évacuation de toulon. — bonaparte commande l^rtillerie de l\rmée d'italie.

Tout cédait a l'influence de la Convention, excepté la Vendée , toujours en feu , et quelques départemens du Midi , qui avaient arboré le drapeau blanc. Lyon , assiégé par une partie de Tarmée des Alpes , avait vu mille gardes nationaux de Nimes , de Marseille, de Toulon, marcher a son secours. Us étaient dqa dans les murs d'Orange, d'où ils furent chassés par une colonne de quatre mille hommes sous les ordres du peintre Cartaux , chef de brigade, détaché de l'armée des Alpes par les représentans Ricord et Robespierre le jeune. Cartaux poursuivit l'armée insurgée , s'empara du

pont Saint-Esprit , d'Aix , d'Avignon , et entra enfin dans Marseille. Bonaparte dit lui-même qu'il faisait partie de l'expédition de Cartaux, au moins jusqu'à la prise d'Avignon. C'est un peu après cette époque qu'il eut dans un souper, à Beaucaire , avec quelques citoyens , un entretien dont il a transmis les détails dans une brochure imprimée à Avignon, chez Sabin Tournai; elle renferme des passages du plus haut intérêt comme de la plus grande énergie , sur la cause de la république , sur la supériorité des troupes réglées , sur l'art militaire, et sur l'impuissance des soulèvemens aristocratiques qui agitaient le Midi. Quant aux opinions que Bonaparte avait alors , on ne peut les méconnaître à la manière dont il s'exprime sur certains hommes de l'époque : « Dubois-Crancé et <K Albitte , dit-il , constans amis du peuple , n'ont « jamais dévié de la ligne droite ; ils sont scélérats a aux yeux des mauvais. Mais Gondorcet, Bristt sot , Barbaroux aussi étaient scélérats , lorsqu'ils a étaient purs; vous appelez Cartaux un assas- « sin ! Eh bien , etc. » Ici Bonaparte justifie Cartaux par des faits qui font le plus grand honneur à la probité et à l'équité de ce général. La religion républicaine dominait entièrement l'esprit de Bonaparte. Son écrit , publié en 1 793 , sur le théâtre de la guerre civile , ne pouvait être et n'était , comme

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on va le voir, que l'apologie du système terrible qui régnait alors. Dans un dialogue très curieux, un Marseillais dit au militaire qui accusait les fédéralistes, c'est-à-dire à Bonaparte : o Mais Bris- « sot , Barbaroux , Condorcet , Buzot , Vergniaud , « sont-ils aussi aristocrates? Qui a fondé la répu- « blique? qui a renversé les tyrans? qui a enfin < soutenu la patrie à l'époque périlleuse de la dera niére campagne? > Bonaparte répond : o Je ne a cherche pas si vraiment ces hommes , qui avaient ■ bien mérité du peuple dans tant d'occasions , « ont conspiré contre lui. Ce qu'il me suffît de sao voii', c'est que la Montagne, par esprit public a ou par esprit de parti, s'était iioitéc lorilre eux «aux dernières extrémités, les ayant décrétés, uprisonnés , je veux même vous le passer, les nt caloiP"'i''s ; les Biissotins étaient perdus, I une |[ civile qui les mil dans le cas de

irs ennemis; c'était donc pour j,iierre était utile : s'ils avalait ;ition première, ils auraient jeté ispect de la constitution; Us aulur intéièl au bien public; mais ■ de citer Décius que de l'imiter, iitd'hui rendus coupables du plus mis; ils ont par leur conduite jusil ; le sang qu'ils oui fait répandre

« a effacé les vrais services qu'ils avaient rendus. » Telle était l'opinion de la majorité républicaine; cependant quelle mort plus héroïque que celle des Girondins ! et , bien qu'ils eussent condamné le roi sous la présidence de Vergniaud , leur chef, ce fut aussi comme royalistes que ces apôtres de la république (îirent condamnés. Il n'y a sûrement pas, dans l'histoire d'aucun État populaire , d'exemple plus terrible de la fureur des divisions entre les partis. Non moins redoutable à ses membres qu'aux autres citoyens, l'ostracisme était la loi de la guerre civile de la Convention , et l'ostracisme donnait la mort.

Cependant , Cartaux victorieux , comme Bona» parte l'avait annoncé à ses convives de Beaucaire , avait vu les fédéralistes de Marseille s'enfuir devant lui et se réfugier dans les murs de Toulon, dont les sections ét^ent en pleine insurrection contre la Convention. On avait arrêté et enfermé au fort La Malgue les représentans du peuple Beauvais et Bayle , ce même Bayle qui avait écrit au Comité de salut public : « Cela va bien : le pain va manquer! m Barras et Fréron, également en mission à Toulon , étaient parvenus a s'échapper avec le général Lapoype , et à gagner Nice , quartier général de l'armée d'Italie. Toutes les autorités , le commandant de la flotte , et la plus grande partie

de la population de Toulon^ se trouvant compromis par cet acte d'anarchie contre-révolutionnaire qui avait enfanté Tinsurrection du Midi , redoutant également la terrible colère du Comité de salut public et celle de l'armée y incapables à la fois de la soumission et de la résistance , ne virent plus d asile que dans le plus ^and de tous les crimes politiques : Us livrèrent aux amiraux anglais et espagnols la ville, le port, l'arsenal, les forts et l'escadre de Toulon. L'Espagne avait déclai*é la guerre à la république au mois de mars. Le port contenait trente-deux bâtimens de haut-bord, parmi lesquels une escadre forte de dix - huit vaisseaux et quelques frégates. Cependant, au moment de la trahison du vice^amiral Trogoff , qu'une attaque de goutte retenait dans la ville, l'escadre, sous les ordres du contre-amiral Saint- Julien , s'était embossée de manière à fermer aux ememis l'entrée de la rade , et k foudroyer en même temps la ville insurgée et ses batteries. La rébellion sectionnaire avait séduit la garnison de la marine , et entraîné Hyères, OliouUes et cinq autres communes. Des députés de la révolte avaient osé se rendre à bord du contre-amiral Saint-Julien, qui avait voulu les faire pendre aux vergues de son vaisseau; mais d'autres émissaires parvinrent à s'introduire par les divers bâtimens de l'escadre; et enfin le vice-

amiral Trogoff s'étant fait porter à bord de la frégate la Perle y qui n'avait pas voulu obéir au mouvement de la flotte , avait arboré le pavillon du commandement , et fait le signal de ralliement. Seize vaisseaux y avaient obéi, deux seulement avaient persisté dans leur généreuse résolution, et leurs équipages n'avaient eu d'autre ressource que de débarquer et d'aller à la rencontre des troupes républicaines. Saint- Julien , placé tout à coup entre la vengeance de la Convention et la fureur de la ville , avait été réduit à se rendre à bord de l'amiral Hood , et conduit à Barcelone. Ainsi la flotte tout entière devint la proie de cet amiral , qui, le 28 août , occupa avec son escadre et deux escadres espagnole et napolitaine, portant quatorze mille hommes de troupes , la rade , la ville et les forts de Toulon. Bientôt Louis XVII est solennellement proclamé à Toulon roi de France, au milieu de la spoliation de notre marine , dont s'emparent ceux qui se disent les amis et les alliés de sa famille. La garde nationale se voit désarmer par les bandes étrangères appelées a son secours , tandis que l'amiral Hood , qui redoute encore la présence de cinq mille matelots, les renvoie à Brest, à Bordeaux, à Nantes et à Rochefort. Hood commande en chef ; il étend son système de défense depuis les hauteurs qui dominent ses batteries , jus-

qu^au delà des gorges d'Olioulles , et jusqu'aux îles d'Hyères. Cependant, Tamiral anglais , qui a traité seul arec le comité insurrectionnel de Toulon, ne livre pas la politique de son gouvernement à Tenthousiasme des royalistes , ni aux affections de famille des généraux de Naples et de Madrid. Il refuse aux espagnols de choisir parmi eux le commandant de Toulon, et aux habitans d'y laisser arriver Monsieur , alors à Véronne. Le drapeau blanc n'est point arboré sur les forts ; le drapeau tricolore y flotte aacore jusqu'au 1" octobre*

A cette époque les militaires avançaient rapidement. Le comité de la guerre désirait si ardemment des succès dans le Midi , que , dans l'espace de trois mois , Cartaux , pour son occupation de Marseille , avait été successivement nommé général de brigade, général de division , et enfin général en chef. Il se trouvait à la tête de douze mille hommes , quand Toulon fut livré. Il en laissa quatre mille à Marseille , et avec les huit mille autres , il observa les gorges d'Olioulles. Arrivés à Nice, Barras et Fréron, après leur fuite de Toulon, ordonnèrent à Brunet , général en chef de l'armée d'Italie , d'envoyer six mille hommes contre cette ville ; on chargea Lapoype de les commander. Ainsi Toulon se trouvait menacé par une force égale k celle qui le défendait, avec cette différence, à l'avantage des

assiégés, que ceux-ci avaient leurs troupes réunies, au lieu que Foccupation des montagnes du Farôn par Pennemi séparait et isolait absolument le corps de Cartaux de celui de Lapoype : cependant les deux corps se soutenaient en attaquant chacun de son côté. Cartaux marcha, le 8 septembre, sur les gorges d'OliouUes , et s'en empara ; de son côté, Lapoype parvenait à réarmer les batteries de la rade d'Hyères.

Alors le chef de bataillon Bonaparte fut envoyé à l'armée de Toulon par le Comité de salut public , pour diriger l'artillerie du siège , en qualité de commandant en second. Le général Dammartin, qui commandait l'artillerie en chef à cette armée, était malade. Bonaparte arriva le 12 septembre au Bausset , où résidait le quartier général de Cartaux. Il trouva l'armée absolument dépourvue de matériel et de personnel d'artillerie pour un siège aussi important. En moins de six semaines, sa prodigieuse activité créa toutes les ressources qui manquaient, et cent pièces de gros calibre lurent réunies. Il fit placer le chef de bataillon Gassendi à la tête de l'arsenal de Marseille ; le chef de brigade Marescot commandait l'arme du génie. Bonaparte appela encore auprès de lui de bons officiers, parmi lesquels étaient Victor et Miiiron. Mais il eut bientôt h combattre l'incapa-

cité du général en chef, qui voulait faire exécuter à la lettre l'ordre arrivé de Paris , de brûler la flotte ennemie et de prendre Toulon en trois jours. En effet , Cartaux ordonne au commandant d'artillerie de commencer le feu. Bonaparte lui répond que les batteries sont à deux ou trois portées de la rade et des ouvrages ; mais Cartaux insiste : le coup d'épreuve est tiré , et le boulet tombe à cent cin» quante toises de la place. Les représentans du peuple aux armées du midi étaient : Barras et Fréron à celle d'Italie; Ricord et Robespierre jeune à celle des Alpes ; Salicetti , Albitte et Gasparin a celle de Toulon ; celui-ci avait été capitaine de dragons : il entendait la gueiTc ; il avait deviné la supériorité du commandant d'artillerie. Cette disposition favorable de Gasparin fut la véritable cause de la prise de Toulon , par l'accord qui régna constamment entre lui et Bonaparte qui se louait moins d'Albitte et de Salicetti. Il avait établi deux batteries sur le bord de la mer; l'une appelée batterie de la Montagne ^ l'autre batterie des Sans-Culottes : c'était la couleur du temps. Le 14 octobre, deux colonnes ennemies débouchèrent pour s'en saisir. Bonaparte accourut , accompagné d'Almeyras , aide de camp de Cai*taux, enleva les troupes, et sauva les batteries. Le lendemain, Lapoype s'empara du cap Brun.

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