T^ HISTOIRE
si^'t'vkv aux ofliciers du génie français. Les Tou- Kmii^ n'eurent plus d'espoir que dans les Ëspa- ^ihUh ei les Napolitains.
t'ependant il fallait à tout prix s'emparer du liM^ Mulgrave, du Petit-Gibraltar. Une batterie |iaraUêl6 à la redoute anglaise fut éleyée à la dis- Innoe de cent vingt toises seulement. On la construisit à la faveur d'un rideau d'oliviers , qui en déiH)ba les travaux k l'ennemi. Mais à peine démasquée, elle fut foudroyée. Les canonniers, effrayés, refusaient de tenir cette batterie : alors Oonapaite, pénétré plus que jamais, et surtout d*après les affaires qui avaient eu lieu , que.la prise de Toulon dépendait de celle an P etit-Gibraltar ; pressé , d'ailleurs , ainsi que le général en chef, par de nouveaux ordres de prendre Toulon , s'avisa d'une de ces ressources que le génie et la connaissance profonde qu'il avait déjà du caractère de ses soldats pouvaient seuls lui inspirer. •Voilà son premier essai dans cet art que l'on peut appeler la tactique morale, et que depuis il a poussé si loin. Le brave sergent du bataillon de la (^ôte-d'Or, Junot, était resté d'ordonnance auprès de son chef; Bonaparte lui ordonne d'écrire en gros caractères sur un écriteau qu'il fait placer en avant de la batterie : Batterie des hommes sans PEUR. Il avait bien jugé nos soldats : dès ce me-
ment tous les canonniers de l'armée voulurent y servir. Lui-même, debout sur le parapet, donna l'exemple aux hommes sans peur^ et commanda le feu, qui, commencé le 14 décembre, dura jusque dans la nuit du 17, et fut terrible. Dugommier n'avait résolu l'attaque que pour le lendemain ; mais Bonaparte estime que le moment est favorable pour répandre plus de désordre parmi les assiégés , et en outre les représentans insistent avec opiniâtreté sur l'attaque. Dans la nuit du 1 6 au 1 7 , l'armée , réunie dans le village de la Seine, marche sur quatre colonnes, dont deux sont destinées à observer les forts de Malbousquet, de Balaguier et de l'Eguillette ; une autre reste en réserve ; et la quatrième , composée d'hommes d'élite commandés par Laborde, et à la tête desquels s'avance généreusement le brave Dugommier, va droit sur le Petit- Gibraltar. Pendant ce temps , le commandant d'artillerie fait jeter sept h huit mille bombes dans le fort; mais cette colonne est repoussée , et le général en chef allait chercher sa réserve, quand il la voit venir a lui avec Bonaparte. Un bataillon , sous les ordres du capitaine d artillerie Muiron, qui connaissait les localités, marchait en avant-garde. A trois heures du matin , Muiron pénètre dans le fort par une embrasure , avec le général en chef et Bona--
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parte, k qui il sauva la vie dans la mêlée. Le colonel Laborde entre par un autre côté ; l'ennemi se rallie à sa réserve, se reforme , et se présente trois fois pour reprendre le Petit-Gibraltar. A cinq heures , le combat allait i*ecommencer par l'arrivée de quelques pièces de campagne que l'ennemi avait fait venir ; mais nos canonniers parvinrent à se servir de six pièces du fort , et les Anglais se mirent en retraite. La prise du fort Mulgrave coûta mille hommes aux Français et deux mille cinq cents aux ennemis. Il restait à prendre un fort très important , celui de Malbousquet. Bonaparte se présente à la batterie de la Convention , et dit aux généraux : Demain ou après demain y au plus tard y vous soaperez dans Toulon ; mais on lui épargna la peine de cette nouvelle attaque. Il avait tourné contre la rade les batteries du Petit- Gibraltar : cette disposition décida les alliés à évacuer Toulon et à se rembarquer. Les Anglais se trouvant seuls n'étaient plus en état d'attendre les renforts qu'ils avaient demandés , et Toulon , qui Ignorait la prise du Petit-Gibraltar y fut plongé dans la consternation , quand il vit ordonner 1 evacuation de tous les forts extérieurs. Ceux de Saint- Antoine , d'Artigues , de Faron , de Malbousquet furent occupés , dès le 1 8 , par les Français ; il n'y avait que le fort La Malgue , nécessaire pour
protéger révacuation, qui restât encore au pouvoir des Anglais. Ils annoncèrent leur retraite par la destruction du magasin général et de celui de la grande mâture. L'incendie de Tarsenal et celui de neuf vaisseaux de haut-bord et de quatre frégates firent reconnaître au loin sur la terre et sur la mer les vengeances britaimiques. Sydney Smith fut chargé de cette terrible exécution. L'amiral Hood n'avait pas reçu d'autres instructions de son gouvernement ; il n'eut pas le temps de faire sauter les bassins de construction , ni le fort la Malgue , qu'il dut évacuer précipitamment. Les Espagnols refusèrent de brûler les vaisseaux qui leur avaient été désignés. Le régiment de la marine de Toulon fut obligé de les défendre contre Sydney Smith, qui accourut pour réparer le tort que la loyauté espagnole venait de faille à la haine de l'Angleterre. Le même jour , à dix heures du soir, le colcmel Cervoni brisa une porte de Toulon et y entra avec deux cents hommes. La ville avait été bombardée par Dugommier depuis midi. Vingt mille Toulonnais environ trouvèrent asile sur les escadres combinées.
Au miUeu du désordre affreux qui régnait sur le port et sur la rade , les galériens , au nombre de neuf cents , au%es de reprendre leur liberté et de se livrer au pillage et aux excès qui appartien-
nent a cette classe d'hommes dégradés , donnaient im exemple singulier d'héroïsme : ils parvinrent à éteindre le feu de quatre (régates , de Tarsenal de la mai'ine , a sauver la corderie , les magasins à blé , à poudre , à sauver leur prison , leur bagne , et ils reprirent leurs fers. Ils étaient glorieux de s'être aussi vengés des Anglais , en conservant a larépublique ces grands établissemens ; une action si belle et si neuve dans Thistoire, caractérise cette époque extraordinaire , qui enivrait aussi de la gloii*e de la liberté les criminels que la justice avait retranchés du nombre des citoyens ! C'est sans doute à l'affreuse conduite des Anglais à Toulon, que Ton doit attribuer la juste haine que Bonaparte ne cessa de leur porter pendant tout le temps de son règne, et qu'il oublia malheureusement , le jour où il devait le plus s'en souvenir.
L'Angleterre avait satisfait k sa haine en détruisant le port et la flotte de Toulon. L'armée française avait satisfait à la gloire en rendant Toulon à la république ; mais les représentans en mission surpassèrent les fureurs de la Grande-Bretagne et souillèrent l'honneur de nos armes. Il leur fallait des victimes, bien que tous les rebelles se fussent embarqués sur les escadres ennemies. Les premières turent les deux cftils soldats , officiers et ouvriers de la marine , qui avaient défendu les
vaisseaux restans contre Sydney Smith. « Tons les « jours depuis notre entrée , écrivait Frcron , nous « faisons tomber deux cents têtes. » En efîet, huit cents Toulonnais furent fusillés. «Nous n'avons a qu'une manière de célébrer la victoire (la prise « de Toulon ) , écrivait Fouché à Lyon , nous en- « voyons ce soir deux cent treize rebelles sous le « feu de la foudre. » Barras écrivait encore, douze jours après la prise de Toulon , à la Convention
nationale : « Les fusillades sont ici à l'ordre
« du jour Fusillades , jusqu'à ce qu'il n'y ait
« plus de traîtres. »
Le général Dugommier, appelé au commandement en chef de l'armée des Pyrénées, où il trouva bientôt une mort glorieuse , voulait emmener avec lui son jeune commandant de l'artillerie ; mais le comité de la guerre s'y opposa. Il chargea Bonaparte de réarmer la côte de la Méditerranée et celle de Toulon , et lui donna le commandement de l'artillerie à l'armée d'Italie, dont le général Dumerbion venait d'être nommé général en chef. Dugommier demanda pour Bonaparte le grade de général de brigade ; il écrivit au Comité de salut public : a Récompensez et avancez ce jeune hom- « me ; car , si on était ingrat envers lui , il s'avance cerait tout seul. » Cependant le ministre de la guerre , de qui il devait attendre de prompts té-
moighages de la reconnaissance publique pour de tels services , ne lui donna que six semaines après le grade de général de brigade. L'attachement et l'estime de Dugommier suivirent Bonaparte à l'ar* mée d'Italie , où il exerça bientôt le même empire sur le général en chef Dumerbion. Cette époque, qui vit commencer la gloire militaire de Bonaparte , lui laissa de profonds souvenirs ; et à Sainte- Hélène , dans un codicille de son testament , il les consacra par des dispositions en faveur des héritiers de Dugommier et de Gasparin , auxquels il se plaisait à attribuer le brillant début de sa carrière militaire : depuis long-temps ces deux hommes avaient cessé de vivre. Cette manière d'éterniser son attachement pour eux dans la personne de leurs héritiers , qui tous lui étaient inconnus , donne aux dernières intentions de Napoléon un caractère de grandeur bien remarquable. Le captif de Sainte-Hélène veut qu'on sache à jamais que sa gloire date de Gasparin et de Dugommier , au siège de Toulon