‹ Histoire de Napoléon (volume 3)Chapitre 17 sur 31 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TEOISIBMI COALITIOir. RUPTURS AVEC l'aROLITIRRI. — XaVASiOH

DU BANOYSI.

^l'ivaessk des fêtes de la paix, à l'enthou»

siasmi^ des espérances de bonheur^ la France et l'Angleterre avaient fait succéder une attitude d'observation inquiète qui bientôt modifia la joie générale. Les accroissemens considérables de la France^ provenant soit de l'incorporation du Piémont et de la réunion de la république italienne sous le même pouvoir ^ soit de la médiation helvétique et des changemens opérés dans la Hollande et dans les républiques dltalie y soit aussi de ces immenses travaux qui ouvraient à nos armées les routes du Simplon, du mont Genèvre et du mont Cénis, soit enfin de ce Concordat qui consommait la dépendance de lltalie; et donnait au premier Consul l'ascendant

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crune nouvelle puissance morale sur les Etats cadboliqaes du coptiBeut: toutes ces prospérités inattendues, sorties du traité. de Lunéville, devinrent, aux yeux du gouvernement anglais, de véritables usurpations sur .le terrain où le traité d'Amiens venait d'être assis. Le cabinet de Londres, dont Pitt dirigeait toujours l'esprit sous le successeur qu'il s'était choisi , ne pouvait également ignorer que le premier Consul, empressé de satisfaire pour lui et ses alliés à toutes les clauses du traité, s'sdarmait justement de. la lenteur plus qu'équivoque que l'on mettait à remettre l'ile de Gk)rée à la France, à la république batave le Cap de Bonne-Espérance, enfin l'île de Malte à l'Ordre de Saint-Jean. Si la république française avait recueilli, depuis la paix d'Amiens, des avantages dès long-temps en réserve et préparés par une politique dont le traité n'avait pu nullement établir la discussion , il n'en résultait pas pour l'Angleterre le droit de crier à la violation , encore moins celui d'arguer du traité de Lunéville, auquel elle avait ofafiCinément refusé d'intervenir. Le point de départ , po|ir la Grande-Bretagne et pour la France, était la complète et fidèle exécution des stipulations convenues entre ^les : or, l'objet le plus important, celui sans lequel jamais la France ne consentirait à poser les armes, la restitution du Cap et de IHle de Malte, paraissait plus qu'ajourné au premier Consul. Son intérêt et son droit lui prescrivaient donc de hâter de tout son pouvoir l'augmentation de sa prépondérance, continentale, afin d'y trouver une sorte de balance avec la continuation d'occupation des deux possessions maritimes, que l'Angleterre r^enait contre

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h foi fécemmeat jurée. Le dbamp de ta difficulté nf« fiait un cercle vicieux « qui ne pouvait long-^tempa conlenir deux adversaires aussi forts sans se inriser sous leurs discuasions. L'Augl^erredîsait: « La France M s'est agrandie depuis notre traité; » la France disait; m VAnghtgm n'exécute pas notre traité, n Un tel prooèsy dont les parties étaient les seuls arbitres? ^ devait . se juger que par la guerre» ]>éjà) depuis les engagemeas définitif , M. Moore, Vua des secrétairea de^ légation anglaise à Amiens^ avait été envoyé ^ Suisse pour donner à la diète de Schwitz des asuv JTWçe» positives de la protection britannique contre la Fi-ance; bien plus^ lord Hawkesbury avait mèmi^ remis à l'ambassadeur Otto, à Londres 9 une note par laquelle son gouvernement blâmait l'intenrenr tiou française dans les a£Eaires de lUelvétie. Ibis comme les autres .puissances 9 près desquelles la diète de Schwits avait élément député^ s'étaient renfermées dans un si&mce pnesqueabsolu sur ses rédamations^ Fopposition de l'Angleterre ne put empér cher l'acte de médiation donné par le premier Conaiil à la Suisse, le 19 février j8o3. .

Cependant ies cabinets de Paris et de Londres avaient reoomraeBcé leurs hostilités périodiques dans les journaux» 6t, malgré l'animosi^ de ces débats publics 9 ils refirent aussi des négociations supplémentaires, en exécutk>n de leur traité. On n ouÛia pas non pkas un auti^ moyen de s'entendre, «^kd d'armer à outrancef et les deux nations mardiâùent tsUement d'int^igence aveeleuic gouvernem^ns, que rentbousiasme de la guerre avait, peu de mois après la fiigBature.du traité d'Amiens, rendu aux esprits la

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même exaspération qu'avant la paix. L'arèfté des journaux, où malheureusement le premier Consul ne dédaignait pas de descendre lui*méme, offrit un échange perpétuel d'offensantes personnalités, pous* sées à un tel point de violence de la part des écrivains anglais, que, le f6 août , l'ambassadeur Otto présenta une note officielle dans laquelle il était demandé que V Angleterre défendit tout ce qui serait défendu en France par rapport aux intérêts réciproques des deux nations. Cette note réclamait aussi réloignement des émigrés de rUe de Jersey; Vexpid" sion de V Angleterre des évéques de Metz et de Saini- Pol, la déportation au Canada de Georges et de ses €uUtérens j et le rem>oi de tous les Frojvçais qui porteraient en Angleterre les décorations de raneienne monarchie, Enfin , par une autre prétention bien remarquable à une pareille époque, surtout en raison de la catastrophe qui frappa le duc d'Enghein Tannée suivante, le premier Consul exigeait encore que tous les princes de la maison de Bourbon fussent re^ quis de se rendre à Varsovie près du chef de leurfa-mille. C'était à peu de chose près proposer à la Grande-Bratagne le sacrifice de sa constitution , que de lui demander la violation des deux garanties fon- . damentales les plus chères à toute nation libre, celle de la presse et celle de Vhabeas corpûs.Xiiïe telle exi-^ gence devenait souverainement impolitique de la part du^premier Consul, en ce qu'elle devait le rendre odieux à tout le peuple anglais. Il pouvait parler ainsi aux républiques qu'il venait de reconstituer, mais avec l'Angleterre il fallait un tout autre langage; et, bien que ce langage ne fût que l'expression de la.

d^union*qui existait déjà entre les deux gouverne- • mens, la prudence défendait de la faire' connaître à la France et au reste de l'Europe. Le cabinet de TiOndres annonça qu'il répondrait à cette note par son ambassadeur. Lord Withworth partit pour Paris, et le général Andréossy vint remplacer à Londres M. Otto j appelé à la mission des États-Unis.

Le traité d'Amiens portait : « Art. 6. Le port du Cap (c de Bonne-Espérance reste à la république batave « en toute souveraineté. — « Art. 8. Les territoires, «possessions et droits de la Sublime Porte sont « maintenus dans leur intégrité, tels qu'ils étaient « avant la guerre. — Art. jo. Lesiles de Malte, de c Gozo et de Comino seront rendues à l'Ordre de c Saintp-Jean-de-Jérusalem. Les forces de S. M. Bri- « tannique évacueront l'île et ses dépendances pen- « dant les trois mois qui suivront l'échange des ratici fications.... S. M. sicilienne sera invitée à fournir « deux mille hommes nati& de ses États , pour servir c de garnison dans les différentes forteresses desdites « îles. — > Art. la. I^es évacuations, cessions et resti- «r tutions stipulées seront exécutées..., pour le conti- « nent et les mers d'Amérique et d'Afrique, dans les « trois mois »

Les ratifications avaient été échangées à Paris, le 1 8 avril , et six mois après , le 16 octobre , le général anglais Stuart, sommé, en Egypte, par le colonel Sébastiani, d'évacuer la ville d'Alexandrie, lui déclarait qu*il rias^ait aucun ordre de quitter cette place , et qu'il comptait même y passer Fhi^er. La même conduite eut lieu pour Malte , dont le gouverneur J. Bail répondit, le a mars i8o3, au commandeur

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de BusBy , chargé des pouvoirs du grand^naitre^ que du moment' où il se croirait autorisé à remettre le gouvernement j il bu en donnerait, oonnaiâsanœ* Quant à la remise du Cap de B^nnetEspéranee.aux troupes bataves, ellfe devait étM efiectuée le i'*^ janvier i8o3; mais le .3i décembre, pendant igue les Anglais s'embarquaient, l'arrivée d'un^ frégate ani> glaise changea tout à coup l)»irs dispositions; ils rentrèrent dans les forts , à la vue dp la garnison et de la flotte hollandatse, dont les chefefiir^itobli^ésy pour constater ce manque de foi, de souscrire une capitulation. Une capitulation en temps de paixl s'écnèrent avec raison les journaux fran^ûs; et cette étrange violation devint un nouveau sujet de (Mainte contre l'Angleterre. Il en avait été de même pour la nestîtution à laFrsmce de l*île de Gonée, sur la cÀte du Sénégal. Du 3o octobre au 3o janvier, le général Blanchet ne put parvenir à décider le jcolonel aur glaîs Fraser ^ évacuer ce poste important.

Voilà comment l'Angleterre* exécujiait le traité d'Amiens» il n'en fallait sans doute pas davantage poiu- déclarer 4es deux jcotés ce traité rompu par le ùât. Aussi les journaux des deux nations se livnèresit aux plus violentes hostilités. Dans ceuxde la Grandeur Bretagne, les passions miniatérieUes s'exprimèrent sans ménagement; un procès public y iut instruil: contre l'ambition du premier Consul. On n'oublia aucune récrimtnaticm ancienne, aucim grief récent; on invoqua le traité de LunéviUe en condanu^tion des «nvahissemens poétiques et territoriaux de la France. Le Moniteur répondit que l'Angleterre, Ayant refosé de reconnaître les népufaliquies helyétiii|iie^

DE KkPGLiDV. 189

italieime, et ligurienne^ et le roi d'Étrtirié, u'avail p0s te drcrit d'arguer de ce traité. Les relations de là fYance ei de fj^ngleieite , disait le Moniteur, som le traité d* Amiens y tout h traité d'Amiens, rieh qae le tmité d^Afniens..... Au resté ^ te peuple fNxn* çOis..... demeurera constamment dans cette attitude qtàe tes Athéniens ont donnée à Mi^rpe, le casqtee

eh tête et ta lance eH arrêt Les débats du parle*

tuent mirent bientôt à dècourert tette grœlde ques-* tiou y que le journal officiel de France venait de sim-^ plifier'par un défi.

La séance du ^ novembre i8o3 présente un intérêt tout-à-fiait nouveau dans les festes de la lé^la^ ture britannique. Le célèbre Fbx, qui arrivait de Pari^y où il avait reçu le plus brillant accueil du preiûier Consul , des membres du gouvernement et de la société de la capitale , prit hautement dans la diambre la défense de la l^rance. On ne pouvait rendre un plus bel hommage à cette liberté politique dont rAngletêrre s'enôligueittit à si juste titre* La franchise de Fox portait en outne un caractère de courage, par la fermeté qu'li Osa opposera Tii^tàtion de la grande majorité de rassemblée contre le pre^ mier Consul. Cette animosité y fut si pefi déguisée, que cet illustre brateiir subit ce jonr^à une sorte d'enquêté sur le motif de sùA voyage en Ft^nee. Son discours ajouta Ith tlottvél éclat à là tribune bri* tahnique; knaiis le parti Grëtinille dominait , et la guerre était presque proclamée par le Parlement.

D'ùh autre côté, le M&nttettt 9ctumit les minis» très diplomatiques Drake et Wickam, agens du dér<^ nier ministère Pitt et GrenviUe ^ de semer la dis-

igO HISTOIRE

corde. entre ious les membres de la famille occidentale. > Cette . expression toute paternelle annonçait assez, que cette famille devait bientôt obéir à un chef. Alors avait eu lieu la mission patetite du colonel Sebastiani en Egypte et en Syrie. Cet officier fiit.plus heureux auprès des pachas pour leur Êdre recon* naître la puissante bienveillance du premier Consul^ qu'auprès du général .Stuart pour obtenir l'exécution du traité d'Amiens; il trouva l'Orient encore tout rempli de la grandeur du conquérant de l'É* gypte.

Bonaparte mettait en œuvre toutes les ressources de sa politique pour démasquer ou effrayer l'Angleterre. Il chercha à renouer cette ligue maritime du nord, rompue par. la mort de Paul P'.U envoya à Beiiin.le général Duroc, à Saint-Pétersbourg le co« k>nel Auguste Colbert. Mais l'empereur Alexandre et le roi de Prusse s'étaient vus à Memel , Tannée précédente , et avaient contracté ensemble des engag^nens qui firent avorter cette démarche. Cependant cent vingt mille conscrits répondaient à l'appel du Sénat. Les troupes hâtèrent leur marche vers les rivages des deux mers : lltalie, comme la Hollande^ voyait arriver de nouveaux bataillons; les constructions se pressaient dans tous les ports; Flessingue s'élevait sur d'imposantes fortifications, comme jle grand arsenal du plus formidable. des armemens. £n France et en Angleterre tout respirait la guerre : il n'y avait de paisible que la diplomatie des deux nations. Les conférences se succédaient à Paris entre le ministre Talleyrand et lord Withworth avec une extrême sérénité de part et d'autre, mais sans rien ré-r

soudre. Malheureusement le premier Consul s'impatienta des délais britanniques ^ et crut pouvoir les terminer en appelant lui-mémç à une entreyue particulière l'ambassadeur anglais. Voici les principaux traita de cette audience diplomatique, qui dura deux

heures « La paix, dit Bonaparte, n'a uniquement

« produit qu'une jalousie et une méfiance conti- « nuelle; cette méfiance est aujourd'hui si manifes- « tée, qu'elle a amené les choses à un point où il «c faufr nécessairement en finir...... Aucune considéra-

« tion sur la terre ne pourrait me faire acquiescer à a ce que vous gardiez Alexandrie et Malte; et s'il fal- « lait opter entre^^ces deux alternatives, //zim^rai;^ « mieux vous voir en possession du faubourg Saint-

« Antoine que de Malte Chaque vent qui souiHe

« d'Angleterre n'apporte que haine et inimitié contre « moi... Une descente est le seul moyen offensif que « j'aie contre elle, et je suis déterminé à me mettre « moi-même à la tête de l'expédition. Mais comment « peut-on supposer qu'après m'étre élevé à la hauteur « où je me trouve , je voulusse risquer ma vie et ma c réputation , à moins d'y être contraint par la né- « cessité, lorsqu'il est probable que moi et la plus « grande partie de l'expédition nous irons nous perce dre au fond de la mer? Il y a mille à parier contre « un que je ne réussirai pas, mais je n'en suis pas c moins décidé à tenter cette descente , si la guerre « doit être la conséquence de la discussion actuelle, c Mes troupes y sont tellement disposées , qu'on n'auc rait pas de peine à trouver une armée pour en

tf remplacer une autre J'aurais pu m'emparer de

«d'Egypte, depuis plus d'un .mois, en envoyant

igi Huerom .

<r Titig^cifiq mille homnieB k Abouldr...; Biais je ne « le femi point, parce qae l'Egypte ne vastt pis la ce pëiâejd'une gnerre qui m'expesenûl à perdre pkid « qùë je ne pdarrais gagner, puisque tét 9U tard tf l^Égypie (q>pmrtiëndm à la Frcmce^ soit /met* la « chuté de (empire turCf soit par quelque arrange* a ment wec là Porte... Deux puissances telles qœ la <t France et l'Angleterre, en s entendant bien, pour-* « raient gottremer le monde, mais elles paarrcU^it 4c ûu^ii le boulei^ner dans leur ààie... On en est arrivé « âttjdùrd'bdi à décider la grande question de la « guerre ôu de Ka paix. Pour conserver la paix , il « fanait remjrfir le traité d*Amiens... Youlaiton la « guerre, il ne fàlldit que lé dire ou refuser Ae tf remplir le traité...* Je n'ai pas châtié tes Algériens, « pôUr ne pas exciter là jalousie; mais /espère que « r^ngleterrë, la Russie et la France ^ senUront un «f Jour quelles ont intérêt à détraire un pareil nid de <f brigands... Mais vouloir parler du Piémont et de « la Suisse, ce sont des bagatelles. D'ailleurs vouâi tc auriez dû lé prévoir loreque la négociation était & encore pendante; vous n'avez pas le dtoit d'en parler * à cette heure... » Cette conférence, dont le piiemier Consul fit à peu près tous les frais, passa la mer, le 21 février i8o3, dans la dépêche de lord Wfthtrbrth. c

A qudques jouts ^e là, Bonaparte reçut une* réponse à une démarche tentée auprès de Louis XYIII, à Varsovie. Il paraît qu'il avait offert à ce prince une indemnité considérable, soit en propriétés, soit . en argent , s'il voulait renoncer à ses droits sur la couronne de France. Quoi qu'il en soit, on publia

DE NAPOLléON. ig3

cet extrait de la réponse de Louis XVHI : « Je ne « confonds point M. Bonaparte avec ceux qui Font «précédé: f estime sa valeur, ses talens militaires, « je lui sais gré de quelques actes d'administration... « Mais il se trompe, s'il croit m'engager à renoncer « k mes droits ; loin de là , il les établirait lui-même , « s'ils pouvaient être litigieux, par les démarches <c qu'il fait en ce moment.... »

' Cependant , le 8 mars , le roi d'Angleterre annonça , par un message à la chambre des Communes : <c Qu'en « raison des préparatifs considérables qui se faisaient « dans les ports de France et de Hollande , il jugeait « convenable d'adopter de nouvelles mesures de (c précaution pour la sûreté de l'État ; et que , bien «t que ces préparatife eussent été présentés comme « ayant pour but de^ expéditions coloniales ( entre « autres celle de la Louisiane par le général Victor\ « comme il existait actuellement avec le gouverne- « ment français des discussions d'une grande impor- « tance dont le résultat demeurait incertain^ S. M. a faisait cette communication à ses fidèles Commuff nés..., et comptait qu'elles la mettraient en état « d'employer toutes les mesures que les circonstances « paraîtraient exiger pour l'honneur de sa couronne ff et les intérêts essentiels de son peuple. »

Tel fiit le résultat de la conférence du premier Consul avec lord Withworth. Les paroles royales eurent une influence" magique sur l'Angleterre : le lendemain la presse commença à Londres ; les amiraux partirent pour les ports miilitaires; Nelson prit le commandement général des forces de la Méditerranée ; trois escadres mirent eil mer sous les ordres II. i3

des amiraux Sidney Smith, Saumarez et PelleW. Un autre message succéda rapidement au premier, et ordonnait une augmentation dans les troupes de terre et de mer. Jamais l'axiome si vis pacem^ para bellum , n'avait été suivi des deux cotés avec plus d'ardeur. Mais on jugeait facilement, parla fid^té à exécuter le traité , lequel des deux adversaires préparait réellement la guerre.

C'était l'aliment de position du premier Consul, qui, ainsi que ses alliés, avait rempli toutes les obligations stipulées à Amiens. Le même fond d'idées composait une note très-péremptoire de l'ambassadeur Andréossy, en réponse à celle du i5 mars de lord Hawkesbury. Cette note, arrivée de Paris , ne laissait aucun doute sur son auteur... « Le a premier Consul sait, et par ses propres sentimens, ff et en jugeant des autres peuples par le peuple a français , qu'une grande nation ne peut jamais être (c effrayée... On peut tuer un grand peuple, mais non <( l'intimider... Ici l'appel a éclaté avant qu'on put « savoir qu'il y avait lieu à mésintelligenee; on a si- « gnalé la fin des discussions avant qu'elles fussent « commencées ; on a déclaré l'issue d'une discussion a difficile avant qu'elle eût été élevée... Aussi le pre- « mier Consul , quels qu'aient été l'éclat , l'activité , « les provocations de guerre qui ont eu lieu depuis <c ce message en Angleterre, n'a donné aucun ordre, «( n'a fait aucune disposition, aucun préparatif. U ce met toute sa gloire, dans une affaire de cette na- « ture , à être pris au dépourvu... Quant aux plaintes « portées relativement aux publications qui peuvent «•avoir eu lieu en France, elles sont d un ordre trop

DE NAPOLioir. igS

c secondaire pour pouvoir influer sur une telle déci- « sion. Serions-nous donc revenus au siècle des tour^* « nois ? Desmotifis» de cette nature pouvaient autoriser^ « il y a quatre cents ans y le combat des trente ; mais c ils ne sauraient être aujourd'hui une raison de <c guerre entre les deux pays...' Peu de jours après la « ratification de la paix, un des ministres de S. M. B. « déclara que 1 état de paix devait, être considérable. » Ija note dénonce ensuite les outrages commis par les journalistes, « et la toléranee, plus inexcusable , <K éprouvée par des brigands couverts de crimes , et « méditant sans cesse des assassinats, tels que « Georgess, qui continue encore de demeurer à Lon- « dresy protégé et jouissant d'un état considérable. » La note demandait aussi réciprocité pour la répression de la presse ; ce qui était inadmissible, parce qu'en Angleterre , la liberté de la presse est un droit national et tout-à-fait indépendant, tandis qu'alors, en France, cette liberté captive était entièrement entre les mains du gouvernement. « En résumé , le « soussigné est chargé de déclarer que le premier « Consul ne veut point relever le défi de la guerre «c que l'Angleterre a jeté à la France; que quant à « Malte, il ne voit aucune matière de discussion, le « traité ayant tout prévu. »

Peu de temps après, le premier Consul interpella vivement l'and^assadqyr d'Angleterre à une audience diplomatique : <c Vous êtes décidés à la guerre...., « vous voulez la guerre. Kous l'avons faite pendant « quinze ans; vous voulez la faire encore quinze « années et vous m'y forcez. » Puis se tournant vers le comte de Markoff , ambassadeur de Russie : a Les

1^6 HISTOrRE

« Anglais veulent la guerre, dit-il; mais s'ils sont les ce premiers à tirer l'épée, je serai le dernier à la rei€ mettre dans le fourreau; ils ne respectent pas les « traités, il faut dorénavant les couvrir d'un crêpe « noir... Si vous voulez armer, j'armerai aussi; si vous « voulez vous battre, je me battrai aussi. Vous pour- <f rez peut'étre tuer la France y mais jamais l'intinii- <c der. Malheur à ceux qui ne respectent pas les « traités! ils en seront^ responsables devant toute « l'Europe. » Cette allocution motiva^ le 14 mars, une dépêche de lord Withworth à son gouvernement.

Bientôt une conférence eut lieu entre M. de Tal* leyrand et lord Withworth , qui reçut de sa cour l'ordre de demander : 1^ Que S. M. B. conservât ses troupes à Malte pendant dix ans; a^ que l'île de Lampedouze ( qui appartenait au roi de Naples ) lui fut cédée en toute propriété; 3* que les troupes

françaises évacuassent la Hollande En d'autres

termes , la Grande-Bretagne nous déclarait la guerre. On donnait sept jours pour admettre cet ultinuUwn ; fisiute de quoi l'ambassadeur était rappelé. En réponse à ces propositions inexécutables, M. de Talleyrand déclara que le premier Consul consentait que Malte fut remise aux mains d'une des trois puissantes garantes , la Russie , l'Autriche ou la Prusse ; que si l'on rejetait cette modification, il ferait un manifeste qui prouverait que l'Angleterre n'avait jamais voulu exécuter le traité. La réponse du cabinet de Londres : fut i*" que le gouvernement français ne s'opposerait point à la cession de l'île de Lampedouze par le roi de Naples; 2'' que S. M. B.

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resterait en possession de Malte, jusqu'à ce querllle de Lampedouze pût être établie comme port militaire; 3** que la Hollande serait , ainsi que la. Suisse, évacuée par les Français; que FAngleterre reconnaîtrait le roi d'Étrurie , et le^. républiques italienne et ligurienne. Un article secret portait que S. M. B. ne serait requise par le gouvernement français d'évacuer Malte qu'au bout de dix ans. Dan$. celte circonstance, ce n'était plus sept jours que l'on accordait pour accepter ces violentes conditions., c'étaient Ti^ifXE-<$ix heures.! Jamais il n'y eut de défi plus injurieux, plus directement contraire à l'honneur d'une nation. Mais une aiitre iniquité entachait encore cette dernière communication : le ministère anglais disait, dans sa note, que l'empereur de Russie refusait de se prêter à l'arrangement proposé par le cabinet de France,, de remettre Malte aux mains d'une des puissances garantes, tandis qu'à Paris le comte de Markoff venait de renouveler , à cet égard, les intentions de sa cour. Le 12 mai^ lord Withworth reçut ses passeports qu'il avait demandés trois fois, tant l'Angleterre redoutait de laisser échapper le fléau de la guerre. Le général Andréossy s'embarqua à Douvres le 18. Le 16, un message du monarque avait osé dire aux deux chambres : « C'est une consolation pour S. M. de « réfléchir qu'il n'a manqué aucun effort de sa « part pour conserver à ses sujets les bienfaits de la « paix... j>

L'amirauté expédia des lettres de marque et de représailles , fit sortir de Torbay lord Comwalli&avec dix vaisseaux et trois frégates, et envoya le c.ommo-^.

igS HISTOIRE

dore Saumarez stationner à Jersey et Guemesey. Le. cabinet de Londres publia les pièces de la négociation^ ainsi qu'un manifeste jésuitique, en apologie de sa conduite. Ce manifeste avançait : a Qu'il jr a <r une loi générale des nations qui est antérieure à la « loi conditionnelle , et que c'est à cette loi, ou règle « de conduite , que les souverains ont coutume ce d'appeler , lorsqu'il est reconnu que la loi oorwen-tf iionnelle se fait. » Cependant cette loi parlait assez haut et assez clairement dans le traité d'Amiens, quand elle disait : « L^ile de Malte sera rendue à «c € Ordre de Saint-Jean , elle sera évacuée par tes c troupes anglaises trois mois après Rechange des i ratifications. » La doctrine sophistique du cabinet de Londres formait depuis long-temps le langage naturel de la violence qu'il exerçait sur cette autre loi générale , également antérieure à la loi conventionnelle, sur le droit des nations qui ont des rivages, droit antérieur à l'injuste prétention du droit de visite, élevée par le peuple qui possède le plus de vaisseaux. Le cabinet des Tuileries donna aussi son manifeste , sous la forme d'une note que M. de Tallejrand adressa à lord Withwortb : cette note est un chef-d'œuvre de dialectique, de clarté, de raison, d'honneur politique.

«.... Jamais , dit-elle, la France ne reconnaîtra « dans aucun gouvernement le droit d'annider, par tf un seul acte de sa volonté , les stipulations d'un a engagement réciproque. Si elle a souffert que , ce sons des formes qui annonçaient la menace, on lui « présentât tin ultimatum verbal de sept jours , un tf ultimatum de trente-six heures, et des traîf^s ron-

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c dus avant detre négociés , elle n'a pu avoir d'autre « objet que de ramener le gouvernement britan- «c nique par l'exemple de la modération... »

Cependant la rupture n'était pas officiellement déclarée; mais l'agression eut lieu de la part de l'Angleterre: deux bâtimens français furent capturés dans la baie d'Audieme. Alors les représailles de la . France éclatèrent , et le premier Consul déclara prisonniers de guerre tous les Anglais âgés de dix-huit à soixante ans alors en France, pour répondre des Français qui auraient été pris avant la déclaration de guerre. Le parlement avait reçu le message royal; le Sénat reçut le message consulaire ; il se terminait ainsi: «... Le gouvernement s'est arrêté à la ligne « que lui ont tracée ses principes et ses devoirs: les a négociations sont interrompues , et nous sommes « attaqués. Du moins nous combattrons pour main- . « tenir la foi des traités et pour l'honneur du nom ' «français.»

La France répondit aux hostilités maritimes de l'Angleterre par des attaques territoriales. Le ^4 ï^iai commença la promenade militaire du général Mortier, qui , avec une armée de quinze mille hommes qu'il commandait en Hollande, entra dans l'Électorat de Hanovre. Une proclamation du roi d'Angleterre, du i6, ordonnait la levée en. masse de ses sujets aUemands, sons peine de perdre leurs biens et le droit (T hériter^ et annonçait le duc de Cambridge, qui venait 'se mettre à leur tête. Cette proclamation servit plus tard de modèle aiut Russes pour soulever, en i8i3, toute l'Allemagne contre Napoléon. On eut tort de reprocher aux barbares du nord leur-

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proclamation; elle était, comme leur confédération , de fabrique anglaise. Mais, malgré la pressante invitation de Georges III à ses fidèles sujets du Hanovre, elle n'empêcha pas Mortier d'être le a juin à Sûhlingen, après avoir culbuté l'ennemi près de Borstel, et de menacer la tête de pont de Nienbsurg sur le Weser. Le général avait aussi répondu par une proclamation à celle du roi d'Angleterre, et déclaré aux Hanovriens , qui ne comprirent rien à cette compensation , que les Français s'emparaient de leur pays parce que l'Angleterre gardait Malte contre la foi des traités. Le 3, le général Dulauloy se mit en marche avec ses dix-huit pièces d'artillerie pour aller canonner la tête de pont, qui en comptait soixante. La régence avait déjà fait une démarche inutile pour éviter l'armée française; elle envoya une seconde députation aux avant-postes, et sollicita une suspension d'armes, annonçant en même temps des propositioqs avantageuses. Mortier répliqua qu'il n'accepterait que l'occupatioq immédiate de l'f^ectorat et la remise des places fortes. Pour obéir à cette demande, pn livra tout le pays aux Français, ainsi que les magasins mihtaires et les revenus de l'État. Le 5, Mortier entra à Hanovre, où il recueillit, ainsi qu'à Nienbourg, Hameln et Zell, d'immenses approvisionnemensi de guerre. Cinq cents bouches à feu, quarante mille fusils, et les fonds pour la solde de l'armée, furent les fruits de cette campagne de dix jours. Deux divisions eurent l'ordre de s'emparer des bâtimens anglais qui pouvaient se trouver sur l'Elbe et sur le Weser. Le duc de Cambridge s'eml>arqua en toute hâte, avant que le général Frère se

rendît maître des bouches de l'Elbe. Le général Walmoden^ ayant remplacé le duc de Cambridge au commandement en chef , était allé attendre audelà de FElbe, à Lawembourg, avec la régence, la ratification de la convention deSùhlingen.

Cependant l'invasion du Hanovre donna lieu à une lettre par laquelle M. de Talleyrand ouvrait encore à l'Angleterre une facilité de rétablir la bonne harmonie ; il y était dit : que le premier Consid ri avait eu en vue que d^ obtenir des gages pour V évacuation de Malte ^ et de travailler à accomplir t exécution du traité d^j4 miens j et qu'il attendait la ratification du roi d'Angleterre pour ratifier la convention de Sûhlingen. Lord Hawkesbury déclara avec hauteur que le roi) en sa qualité d'Électeur de Hanovre , en appelait à l'Empire y qui avait garanti sa neutralité. Ainsi c'était encore par la guerre que répondait le cabinet britannique. Alors le général Mortier écrivit au feldmaréchal Walmoden que le 3o juin l'armistice serait rompu, à moins que l'armée hanovrienne ne mit bas les armes, et ne consentît à être envoyée en France comme prisonnière de guerre. Walmoden refusa ces humiliantes propositions , et les hostilités recommencèrent. L'Elbe, qu'il fallait franchir, était maintenant le champ de bataille. Les Hanovriens se fortifièrent sur la rive droite, et Mortier fit rassembler un grand nombre de bateaux pour effectuer le passage du fleuve. Le 4 juillet, au moment pu nous allions le tenter, une nouvelle négociation vint prévenir l'efiBusion du sang. La modération du général français honora son caractère ; il respecta l'honneur de l'armée hanovrienne: la dissollition de ce corps

aO!l HISTOIRE

eut lieu; mais ses armes furent remises par les officiers aux autorités civiles; les soldats devaient toucher leur solde pendant un an ^ sous la condition de ne point servir durant toute la guerre; ce qu'ils désiraient par-dessus tout. Cette capitulation fuf arrêtée, et signée dans un bac, au milieu du fleuve , par les généraux en chef, a L'armée hanovrienne «c était réduite au désespoir , écrivit le général Mor« « tier au premier Consul; elle implorait votre dé- « menée : j'ai pensé qu'abandonnée par son roi, vous « voudriez la traiter avec bonté... »

Ainsi finit la campagne de Hanovre ; elle dura du a6 mai au 5 juillet i8o3; mais l'Angleterre avait repris les armes, qu'elle ne devait plus déposer qu'après la ruine de son ennemi , dut leur lutte bouleuerser le monde ! ,

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