CHAPITRE VIL ( i
sxpioiTiov DB SAiirr-DOMiironi.
Deux mois après la signature des préliminaire^ de la paix entre la France et rAngleterre, le parlement apprit avec une sorte d'e£Eh>i qu'une flotte immense^ française et espagnole, portant des troupes expéditionnaires et destinées pour les Indes occidentales , se préparait à appareiller du port de Brest. On sut également que sept escadres armées à Lorient, à Rocheforty à Cadix, à Toulon , à Brest, au Havre et à Flessingue, faisaient partie de ce formidable armement. Environ quatre-vingts bâtimens de guerre français, espagnols et bataves, dont trente-cinq vaisseaux et vingt-une frégates, ayant à bord une armée de vingt-un mille hommes, presque toute composée des vainqueurs de Hohenlinden, allaient mettre à la voile. Cette nouvelle si imprévue jeta une grande agitation dans le peuple anglais , et donna lieu à de vi& débats dans les deux chambres. On y soutint que le temps intermédiaire entre les préliminaires et la paix était généralement reconnu comme un intervalle de sécurité pendant lequel on devait réciproquement s'abstenir de toute démons-
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tration extérieure ; et Ton assimilait à une espèce de sacrilège politique la mystérieuse entreprise qui lançait tout à coup hors des ports de la domination firançaise des forces combinées aussi considérables. L'Angleterre demanda des explications au gouvwne* ment consulaire , qui articula le véritable motif de ces préparatifs; ib ne furent jugés contraires ni aux conditions des préliminaires, ni aux intérêts des possesseurs de la Jamaïque; mais , tandis que l'expédition française voguait vers Saint-Domingue, la prudence britannique envoyait aussi une flotte d'observation vers les Antilles.
Le a4 décembre 1801, la flotte de Brest appareilla sous les ordres de ViUaret- Joyeuse : l'aïkiiral Gravina était a la tête de la division espagnole ; l'escadre de Lorient et celle de Rochefort, destinées à former Tavant-garde sous le commandement de l'amiral Latouche-TréviUe, partirent le même jour. Cette première expédition , composée de vingt-un vaisseaux , dix-neuf frégates et corvettes, emmenait onze mille deux cents hommes de troupes. Les forces de terre obéissaient au beau-frère du premier Consul , le général Lederc, nommé capitaine-général de Saint-^ Domingue ; il avait reçu l'ordre de quitter brusquement l'armée de la Gironde, qui depuis la paix de Madrid ne portait plus le nom d'armée de Portugal. Le total de l'armée expéditionnaire^ avec les renforts qui allaient rejoiadre successivement , montait à vingt-un mille deux cents hommes; mais les onze mille qui s'embarquèrent d'abord sous la conduite du capitaine-général devaient à eux seuls achever l'entreprise de la première occupation. Cette armée
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classes ; la race blanche et la race noire respectaient également son influence suprême. Sa volonté, toujours inconnue y toujours inébranlable ou terrible , formait la loi unique devant laquelle se courbait sans efibrt toute la population ; son hypocrisie pleine d'adresse couvrait habituellement les rigueurs de son gouvernement en rejetant sur ses lieutenatis , surtout sur le féroce Dessalines , les meurtres prescrits, commandés par lui-même. Le même voile couvrait ses opérations politiques ou administratives. Toussaint avait plusieurs secrétaires qui écrivaient en français ce qu'il leur dictait en langue créole. Ils avaient défense, sous peine de mort , de se conununiquer la moindre notion des afiaires qu'il confiait à leur plume; et de plus, jamais un secrétaire ne terminait celle qu'il avait commencée. Après sa jh^ mière dictée, Toussaint l'envoyait attendre ses ordres à soixante ou à cent lieues de sa résidence , laquelle n'était jamais déterminée pour un temps connu. Les espions qu'il entretenait partout étaient aussi les muets de ce despote ombrageux , et garantissaient le silence des instnimens dont il se servait. 11 arrivait subitement au Gap quand on le croyait à Saint-Domingue. On n'avait jamais le temps de le tromper; on n'eut jamais la pensée de le trahir. Toussaint était un Mahomet à sa manière : il trouvait dans sa volonté le Koran invisible de sa mission; mais à la tête de la population brute des esclaves de Saint-Domingue, il eut le génie de ne pas faire descendre du ciel le pouvoir qu'il usurpa sur elle. La tyrannie du docteur Francia à la Conception donne l'idée du gouvernement de Toussaint-L'ou vertu re.
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L'existence politique de Toussaint datait du ^^ août 179I9 jour où la révolte excitée parTC nègre Jean François, dont il était le confident, dévoila la vaste conjuration ourdie contre la suprématie des blancs; l'incendie des propriétés avait servi de signal au massacre des hommes de cette couleur; et, chose extraordinaire, les assassins marchaient aux cris de vice le roi! et portaient la cocarde blanche, tandis que l'Assemblée coloniale portait celle de la révolution. Toussaint s'était bientôt fait remarquer dans cette guerre d'extermination, fruit de ses trames secrètes; aussi le général Lavaux, envoyé à Saint- Domingue par la Convention, ne s'adressa•^il qu'à lui seul, et l'ambitieux esclave, abandonnant Jean François, entra comme colonel au service de la répubUque. Dès ce moment on cessa d'attaquer les blancs. Plus tard les Anglais, qu'il avait chassés de toutes leurs positions, ne voulurent aussi remettre le fort Saint-Nicolas qu'à Toussaint, et non au général I^douville, nouvel agent de la France. Non content d'avoir forcé les commissaires de la Convention à prononcer la liberté des noirs, Toussaint avait déjà r^lu l'indépendance de sa patrie adoptive; et quand il refusait de se remettre à l'autorité des délégués de la métropole, c'était, disait-il^pourne partager ai^ec personne la ^oire d'oi^oir conservé Saint- Domingue à la France. Débarrassé de la lutte étrangère et de la domination de la France, Toussaint ne comptait déjà plus pour rival que Rigaud, chef des mulâtres; il le poursuivit à toute outrance et le força de s'embarquer. Il régnait sur la colonie, lorsque la révolution du 18 brumaire appela au con-
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sulat le général Bonaparte* Confirmé par le nouveau gouvernement dans les fonctions de général en chef 9 qu'il s'était attribuées malgré les commissaires français 9 Toussaint avait réclamé la remise de la partie espagnole cédée à la France par le traité de Bâle; bientôt , à la tête d'une nombreuse armée , il fit reconnaître sa puissance sur toute l'étendue de la terre de Saint-Domingue. Mais quand Joussaint put apprécier la hauteur du pouvoir auquel le premier Consul venait de s'élever, il commença à s'inquiéter de sa propre grandeur, et conçut, pour la conserver, l'idée de se rendre nécessaire à la mèrepatrie et #u premier Consul : dans cette vue, il voulut imiter Bonaparte. £n conséquence on le vit donner à l'ile une constitution qui le nommait gouverneur à vie, avec la faculté de choisir son successeur; il fil ensuite accepter par les habitans ce pacte social, et en prescrivit l'exécution, en attendant l'approbation du gouvernement français, approbation que devait solliciter le colonel Vincent, chargé de présenter la nouvelle constitution au premier Consul : dès lors la perte de Toussaint fut jurée. Cependant il avait créé aussi des biens nationaux provisoires en mettant en fermages à bail les domaines des colons absens, s'en réservant une grande partie, et distribuant le reste à ses généraux pour se les attacher. Cette conduite conciliait les intérêts de la culture et du commerce avec ceux de la politique de Toussaint : plusieurs colons, rappelés par les heureuses conséquences de son administration, étaient rentrés dans leurs propriétés. Sans doute il n'était pas d'une médiocre capacité celui qui, après s'être
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tant de fois baigné dans le sang des blancs, leur in-^ spirait une teUe confiance. Un ascendant si singulier éveilla V bien plus encore que la constitution de Toussaint y les inquiétudes du premier Consul j qui jugea malheureusement ne devoir pas perdre de temps pour arracher la colonie à un chef aussi habile.
En effet 9 trente millions de produits coloniaux, soit emmagasinés à l'arrivée de l'expédition, soit en pleine récolte, attestaient l'excellente administration et la supériorité d'intelligence de Toussaint-Louverture. Il avait adopté pour système d'agir toujours au nom de la Uberté des Africains et de l'affranchisse* ment du pays; il affectait extérieurement le rôle de Washington , et veillait à ce qu'au^essous de lui l'égalité ne pût recevoir la moindre atteinte. Aussi il n'était pas à lui seul toute la patrie; aussi, après son arrestation et sa déportation , les droits de la race africaine ne périrent pas avec lui.
Toussaint eut promptement avis de l'arrivée de l'amiral Latouche en vue de Samana. U se transporta dans cette ville, où il resta jusqu'à la réunion de la flotte principale et des autres escadres. Jugeant que cet immense armement lui apportait les hostilités, et reprenant tout à coup les souvenirs de la première insurrection qu'il avait dirigée, il ordonna de défendre tous les lieux qui pouvaient être défendus, de brûler ce qui ne pouvait pas l'être, et se mit en route pour le Cap afin d'y proclamer la guerre à outrance. Cependant la colonie, qui eût été facilement surprise, ainsi que la fidélité de Toussaint, si l'amiral Villaret n'avait pas passé quinze jours dans le golfe
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de Gascogne 9 se voyait menacée sur plusieurs points : le général Kerverseau eut mission de s'emparer de Santo-DomingOy le général Rochambeau du fort Dauphin 9 et le général Boudet du Pon-au*Priiioe. Ces expéditions partirent pour leur destination du rendez-vous de Samana. Le général Leclerc se chargeait de l'attaque du Cap, dont la passe devait être forcée si Toussaint s'opposait à la descente. Le 3 février, un capitaine de frégate, porteur d'une lettre du premier Consul pour Toussaint, et d'une prodamation du gouvernement, se présente à la passe avec trois bàtimens; mais les balises avaient été enlevées, les signaux de reconnaissance restèrent sans réponse, et le fort Picolet envoya des boulets rouges au cutter qui pénétrait dans la passe. Ainsi donc plus d'incertitude sur les résolutions de Toussaint; cependant la flotte ayant dérivé, l'on ne pouvait songer pour ce jour à assaillir les forts. Par une imprévoyance que rien ne justifie, Villaret avait négligé d'emmener avec lui des pilotes pratiques de la baie du Cap; cependant le capitaine du port vint à bord de l'amiral lui déclarer qu'il attendait les ordres du général Toussaint pour laisser entrer la flotte. Alors le général Leclerc écrivit à Christophe, qui commandait au Cap : l'olficier chargé de cette lettre ^revint avec un refus positif. A défaut de pilotes pour nous guider, l'amiral résolut de se servir du capitaine du port du Cap, qu'il avait retenu; mais ni prières, ni argent, ni menaces, ne purent l'y déci^ der. C'était un mulâtre nommé Sangos. On lui oflrit 5o,ooo fr. ; on lui mit la corde au cou : il resta inébranlable. Une telle résistance prouva l'empire de
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Toussaint sur son armée. Bientôt après, une députation accourut supplier le général Leclerc de ne pcHint tenter le débarquement au Cap , si l'on dési-. rait de ne pas donner le signal du massacre des blancs et de Tincendie de la ville. Le projet de Christophe à cet égard était connu. Un temps précieux s'écoula en vue du Cap, où nous avions précédé de quarante-huit heures l'arrivée de Toussaint. Le cuUer ayant passé, les deux frégates auraient pu le suivre et la flotte suivre les deux frégates : le général Leclerc et l'amiral Gravina le voulaient. Une mésinteUence éclata entre l'amiral Villaret et le général en chef, qui tous deux se prétendaient maîtres d'ordonner le débarquement.
£nfin, ce moment étant manqué, le général Lederc se décida à opérer sa descente plus à l'ouest; il cMumanda d'embarquer six mil}e hommes , malgré la violence de la mer. La tempête fîit si forte, que le vaisseau le Pairiole perdit une partie de sa mâture. A l'entrée de la nuit, les troupes montèrent les canots, et le lendemain matin , au jour, le général en chef prit terre à leur tête auprès de Limbe; il força tous les postes et arriva le soir au bourg du Haut-du- Cap, qu'il trouva incendié et d'où il chassa Christophe. Peu d'instans après le départ du général Leclerc > la flotte avait vu une* épaisse fumée sillonnée d'étincelles s'^ver au-dessus des rochers qui couvrent les rivages de l'ouest. Elle entendit d'affreuses détonations; et le ciel enfln chargé de flammes ne laissa plus douter que Christophe n'eut exécuté son fatal arrêt contre la malheureuse ville^ du Cap. La nouvelle de la prise du fort Dauphin par le général n. 1 1
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Rochambean, et sa marche sur le Cap , poussèrent Christophe à effectuer ses menaces ; ou plutôt^ poul* donner un récit véritable^ au trcHsième ordre de Toussaint, son lieutenant avait dû obéir sous peine de mort. Le lendemain matin , le vent étant devenu fatvorable y la flotte avait suivi les vaisseaux le Sdpion et le Patriote y de 74^ qui se présentèrent à la passe et répondirent au feu des forts. On franchit la passe , et le débarquement des équipages de la marine eut lieu, sous la conduite du général Humbert, sur le sol embrasé du Cap. La jonction se fit au Haut-du^ Cap avec le général Leclerc. De huit cents maisons, à peine soixante échappèrent à l'incendie. Tous les magasins ayant été brûlée, on se vit obligé de tirer des vaisseaux les provisions de la marine pour nourrir Tarmée. Ainsi fut inaugurée cette fatale expédition.
Le gouvernement français eut beau proclamer à Saint-Domingue le principe de la liberté, le formidable armement de l'expédition annonçait par luimême plutôt une conquête qu'une simple occup»^ tion nationale. Il semblait que les noirs eussent découvert les instructions données au capitaine-général: Leurs dernières dispositions prescrivaient au général Leclerc le rétablissement de l'esclavage k Saint-Domingue; mais cette opération devenait difficile à exécuter, non-seulement en raison de la résistance qu'elle produirait nécessairement parmi les noirs, mais aussi eh raison des opinions de Tarmée expéditionnaire elle-même. En effet, jamais armée plus républicaine He mourut pour une cause plus antipathique à ses idées.
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Cependant le général Kerverseau prit sans peine possession de la partie espagnole et de la viUe de Santo-Domingo; Pwl Louverture, frère de Toussaint, qui y commandait y offrit sa soumission après un simulacre de défense Le général Oaparède ocr cupa aussi Sant-Yago, évacué par le mulâtre' Clervaux. Le fort Dauphin opposa une vigoureuse résistance : il £siUut un assaut pour que la forteresse . se rendît au général Rochambeau* On y trouva cent cinquante pièces de canon. Le général Brunet commandant Tavant^arde , dut aussi enlever de vive force les forts de TAnse et de la Bouque. Le généi^al Humbert attaqua le Port-de-Paix; le général noir Maurepasy ne pouvant a'y maintenir, y mit le feu ; retnmdxé dans une position très forte, ce chef rbpoussa Humbert^ qui ne put opérer sa jonction aux Gonaives avec la division Boudet ; c'était un vér^ table échec. Le mole Slunjt-Nicolas icéda à l'apparition d'une frégate. Le 4 février, l'amiral Latoudbte , dent l'escadre portait la division Boudet, parut en vue du Poft-au*Prinoe. Le commandant était un blanc nommé le général Agé. Il reçut bien l'officier qui lui apportait une lejktre du général Boudet et la proclamation du gouvernement consulaire» mais sa garni» son se révolta. Elle retint l'aide-d&rcamp de Boudet, destitua tous les fonctionnaires français, fit ailréter tous fes blancs y et expédia, pour le consulter , utt officier âu noir Dessalines, chef militaire de lia partie de l'Ouest, k Saint-Marc. Gelui«ct se faâfta de dé* darer que^ si l'esoidre française entrait dans le poft, la ville du Port*au-Prince itérait brûlée et ks bkun»
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massacrés. En conséquence , le 6 , le général Bmidet débarqua y tandis que Tamiral Latouche menaçait avec ses vaisseaux là plage et le foft Bizoton, qui couvrait la ville. Mais , par une faveur de la fortune bien inattendue 9 ce fort important, qui obéissait au mulâtre Bardet , se soumit sans résistance avec sa garnison. Alors le général Boudet s'était rapidement porté sur la ville , afin d'en prévenir Tembrasement. L'escadre aussi pénétra brusquement dans le port. Sommée de se rendre , la garnison répondit par un feu très vif 9 et l'escadre foudroya la ville j où se précipitèrent les grenadiers français. On se battit avec acharnement daùs les rues. Enfin la valeur de nos soldats enleva le fort Saint- Joseph , et à sept heures du soir nous étions montres du Port-au-Prince. Dessalines se disposait à marcher de Saint-Marc avec tous -les blancs pour défendre le Port-au-Prince ; quand il apprit la victoire de Boudet , il fit livrer Saint-Marc aux flammes, égorger les blancs, et se retira sur le bourg de La-Petite-Rivière, par les Verrettes et l'Artibontte , semant partout le massacre et l'ihcencUe.
• La soumission du Sud suivit la conquête de l'Ouest. Le noir Laplume, qui commandait aux Cayes, se mit avec ses troupes sous les ordres du général Boudet. Sa conduite fot imitée à Jérémie par le noir Domage. En dix jours , l'armée expéditionnaire , qui occupait dans le Nord la ville du Gap , le fort Dauphin ^ le môle Saint-Nicolas, occupa aussi la partie espagnole, le sud et l'ouest de Saint-Domingue. Il ne resta plûft à atteindre que Toussaint Louverture,
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Dessalines , Christophe et Maurepas, qui tenaient les positions de Fintérieur et empêchaient les commu* nications du Nord avec TOuest.
Le général Iieclero, avant de marcher contre Toussaint , hii envoya ses deux fils avec une lettre du premier Consul, qui le nomipait lieutenant du capitaine-général 9 et accompagnés de M. Couanon, principal' du collège où le gouvernement les avait fait élever à Paris. Toussaint vit ses enfans, les embrassa^ et les chargea dédire au général en chef qu'il lui demandait un délai pour se déterminer. Les eur fans revinrent porter à leur père la réponse du général Leclerc, qui accordait quatre jours. : ce terme s'étant écoulé sans explication nouvelle, et le^ fils de Toussaint n'étant pas revenus, le général Leclerc proclama la rébellion de cet ennemi caché , qui n'attendait que le moment d'éclater. Peu de jours après, du la au i5 février, les escadres de Toulon et de Cadix débarquèrent au Cap trois miUe huits cents hommes, et le 27, à la tête de treize mille hommes, le général Leclerc ouvrit les hostilités. Toutes les divisions se mirent en mouvement. Le général en chef partit du Cap avec la division Hardy; le général Rochambeau, du fort Dauphin; le général Desfoumeaux, du Limbe; le général Debelle, du Port-de-Paix. Les positions réputées inexpugnables du Dondon et de la Marmelade, de la Ravine-à-CouIeuvres et du canton d'Ennery , résidence habituellede Toussaint, furent emportées pour ainsi dire à la course par les troupes françaises,. et la guerre se transporta dans l'Ouest. Pressé de toutes parts, Maurepas, après avoir réclamé et obtenu le
bénéfice de la prodamation, avait réuni ses forces à la division Debelle. Le a49 le quartier-général était aux Gonaïves , d'où le général en chef s'embarqua pour le Port-au-Prince, dans Tintention d'y régler avec Boudet des affaires d'ordre public restées en suspens depuis la prise de cette ville par ce
Dans les premiers jours de mars, comme dans toute cette terrible campagne, l'armée fut édftirée pendant sa marche par des incendies, et arrêtée par les massacres dont la férocité de Dessalines surtout avait marqué sa fîiite. Sur le théâtre même de ses barbaries , ce monstre se vit poursuivre par le géné-r rai Debelle , qui le poussa jusque dans le fort et dans les bois de la Créte^à-Pierrot. D'après cette nouvdle, le général en chef, quittant le Pprt-au-Prince avec la &ible escorte qui l'avait suivi des Gonaïves, alla re^ joindre la division Boudet, qu'il avait dirigée du Port-au-Prince sur le Mirebalais. Le 3 mars, cette division enleva avec une rare valeur le poste retranché de Trianon , et arriva aux bourgs du Mirebalais et des Yerrettes, incendiés par Dessalines, qui venait de faire égoi^er li population blanche, au nombre de douze cents individus. Aux Yerrettes, le général en chef ordonna une seconde attaque sur la Créte-à-Pierrot. Dessalines y avait rallié les débris et les réserves de l'armée noire. Le mulâtre Lamartinière y commandait. L'assaut eut lieu, malgré U feu terrible de la place, et sans artillerie, par les divisions Boudet et Dugtia, sous les ordres du général en chef. Les deux généraux y furent blessés, l'armée perdit six cents hommes, et l'on parvint encore k
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rejeter les noirs dans leurs retraochemens; mais on reoonniit que ce fort ne pourrait être emporté qu'avec le secours de Tartillerie» La prise de la Crèteà-Pierrot, véritable palladium de cette guerre, était de la plus haute importance.
Le général en chef transféra son quartier-général à Saint-Marc, en attendant l'arrivée de ractillerie et les divisions Hardy et Rochambeau. Lie a t mars , ces g^iéraux étaient sur F Artibonite , devant la Crete-à- Pierrot. Dessalines l'avait quittée la nuit même et se YOjsàl coupé du fort par le général Hardy; il se retira sur les Hauts-Mornes. Quant àRocbambeau, après avoir battu Toussaint à la Ravine-à-Gouleuvres, il venait de le mettre encore dans une déroute complète sur la chaîne des Cahos,. qu'il avait franchie pour déboucher aussi sur le Mirebalais. Le même jour 9 ai mars, l'artillerie se trouva réunie. Le a3, l'attaque ftit opérée par les divisions Rodbambeau, Boudet et Hardy. Le chef de bataillon Bourke, aide-de-camp du général en chef, commandait la réserve; cet officier avait sous ses ordres le chef de brigade Pétion , ipis à la tête de la 1 3® demibrigade coloniale : ce même Pétion , porté depuis par ses services et ses talens à la présidence de Saint- Domingue, eut l'honneur de fonder la république d'Haïti. Mais les noirs, assiégés de toutes parts, évacuèrent silencieusement le fort dans la nuit du a4 au a5. On y trouva quinze pièces de canon, deux mille fusils et une foule de cadavres. Le jour même , ce fort fut rasé et désarmé.
Il ne restait plus aux noirs aucune position pour continuer la guerre dans la partie de l'Ouest. Le gé-
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néral en chef retourna, pour organiser Tadmintstra* tion, au Port-au-Prince, où il se fit précéder par la division Boudet , qui battit , chemin faisant , le noir Belair. Rocbambeau marcha sur les Gonaïves pour établir les communications avec Plaisance , et Hardy sie porta sur le Cap, dont la faible garnison pouvait à peine résister aux attaques continuelles de Chris* tophe. Hardy dut forcer encore les position^ formidables du Dondon et de la Marmelade , et n'arriva qu'en combattant sans cesse jusqu'au Cap , où la division batave de notre flotte débarqua , le 5 avril y deux mille cinq cents hommes. Hardy voulut avec ce renfort reprendre le Dondon sur Christophe , qui y avait concentré ses forces ; mais il dut renoncer à son entreprise, afin de ne pas répandre inutilement le sang européen, qui devenait de jour en jour phis précieux. Vers le milieu d'avril, le général Lecl^c revint au Cap. Le général Rochambeau remplaçait dans l'Ouest le général Boudet, parti pour les Iles-du-Vent. Enfin décidés, soit par l'exemple des généraux" Paul Louverture, dervaux, Maurepas, Laplume, qui jouissaient de leur grade' et de leur traitement, soit par la terreur des armes françaises , soit aussi peut-être par les instructions cachées de Toussaint , Christophe et Dessalines présentèrent également leur soumission. Elle devança, commeune sorte de manœuvre politique , la soumission de leur chef, qui , conformément à la volonté, du général Leclerc, vint se rendre au Cap avec son état-major et sa compagnie des Guides, hommes choisis et éprouvés, dont le dévouement lui resta fidèle jusqu'au dernier moment
Après une longue conversation secrète , où Toussaint n'opposa aux reproches du général Lederc, sur sa rébellion, que le silence ou la dénégation , ce der*nier lui offrit de servir dans nos rangs comme un de ses lieutenanSy avec le grade de général de division. Mais Toussaint refusa, plutôt par calcul que par fierté ; il demanda à se retirer dans le domaine d'Ennery , dont il avait fait son apanage. Sa demande lui fii|; accordée. Toutefois, les généraux Brunet et Thouvenot eurent ordre de surveiller le repos de Toussaint- Louverture.
Ainsi, en cinquante jours, Leclerc avait terminé par une campagne générale une guerre d'extermination dont il sut borner la durée; il avait triomphé de la force et de la ruse de ses ennemis , ainsi que des obstacles de la nature : mais il allait avoir à combattre d'autres fléaux plus redoutables, et les trahisons qui marchèrent à leur suite. Un des grands désastres de l'histoire moderne, aussi meurtrier dans ses proportions que la retraite de Moskou , est réservé à cette glorieuse armée, l'unedesplusbraves qui aient jamais illustré le nom français.
Après la pacification , le général Leclerc s'étudia et parvint à en assurer les résultats , en inspirant de la confiance aux généraux noirs; il sentait bien qu'il ne pouvait réussir sans eux, et que sa position le contraignait à se servir de leur entremise pour rappeler les noirs à la culture et les désarmer. En adoptant ce parti indispensable, le général devait mettre de l'abandon dans ses relations avec ces hommes dangereux , de peur de réveiller cette méfiance inhé rente à leur race. Cependant le succès passa ses es*^
pérances. Christophe, Qenraux , Dessaliaes, Maurepas , rivalisèrent de zèle pour remplir les intentions du général en chef; par leurs soins une armée noire se rassembla; trente miUe fusils furent recueillis dans le département du Nord et emmagasinés au Cap. Le général en chef ^ vit même obligé de réprimer Fardeur de ces généraux, qui, fidèles aux habitudes d'une ancienne férocité , tuaient ou faisaient tuer le& ^ noirs encore munis de leurs arpies. Si cette cruauté envers leur espèce provint d'un calcul de leur dissimulation, comme il y eut bien lieu de le croire, on peut se faire l'idée de la déplorable position où se trouvait le capitaine-général Leclerc.
Mais la sagesse même des mesures qui venaient de faire succéder tout à coup les bi^fifaits de la concorde à la guerre et à la destruction , devait creuser un abime plus profond sous les pas de l'armée expéditionnaire; déjà affaiblie de moitié, il lui £sdlut recevoir dans ses cadres des noirs portés au désordre et à l'indiscipline : ce recrutement offrait un péril auquel l'existence de l'armée ne pouvait se soustraire. Cependant l'organisation coloniale marchait du même pas avec l'organisation militaire. Par la plus heureuse inspiration, le général en chef, parti de France avec trois cent mille francs seulement, dont ime partie appartenait à la marine, reconnut les avantages des réglemeus que Toussaint avait établis ; ilconfirma les baux à ferme de toutes les propriétés vacantes, qui jamais ne furent aliénées; il consacra le servage de la glèbe pour les cultivateurs , à qui on allouait le quart des produits ; il ouvrit les ports de la colonie à tous les pavillons sans préférence : aussi,
en peu de temps , le Cap se. reJeva de ses cendres j ainsi que la plupart des villes incendiées; beaucoup de colons revinrent; les ports se remplirent de bàtimens de commerce français et étrangers; la perception des fermages et des droits à l'importation et à l'exportation assura le service de radministration et de l'armée; des traites, dont avant le départ de l'expédition le gouvernement français avait prescrit et garanti l'émission y passèrent en paiement au commerce , pour les subsistances , pour l'entretien des hôpitaux y pour tous les besoins de la colonie. Les Américains se distinguèrent par l'activité de leurs transports en tout genre et par le plus honorable désintéressement. Aucun d'entre eux, ni le gouvernement colonial lui-même, ne soupçonnaient que les traites données et reçues pour le salut de Saint-Domingue et du soldat seraient rejetées par le gouvernement français, et qu'une odieuse banqueroute deviendrait le prix d'une confiance aussi généreuse. Le général Leclerc, qui ne pouvait prévoir un tel manque de foi , obtint par tous ces moyens, après la plus brillante campagne, les plus beaux r^ultats d'une grande pacification civile : l'abondance et la sécurité. Dans la vue d'assurer de tels bienfsiits, il forma un conseil de notables pris dans les trois races d'habitans ; attentif à intéresser ainsi les trois couleurs au maintieti de l'ordre établi, il consacra, par de nouvelles nominations aux fonctions judiciaires et municipales, et à celles d'inspecteurs des cultures, les choix faits par Toussaint , avec une merveilleuse sagacité, parmi les hommes les plus recommandables de la colonie.
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comme il Ta fait. Du moment où Toussaint refusait sa coopération à nos troupes, il devenait redoutable; et nul doute que si on lui donnait le temps de sortir du rôle d'inertie cpi'il avait adopté, c'en était fait de la race blanche et de l'autorité de la France à Saint» Domingue. Jamais plus terrible fatalité ne pesa sur un homme investi du pouvoir militaire et civiL D'ailleurs le général en chef se conformait à ses instructions. Au reste, l'effet que la détermination de Xieclerc produisit sur les noirs, à qui Toussaint, comme un maître invisible, commandait ou de se révolter ou de fléchir , justifia bientôt le moyen de salut imposé par la poUtique et la nécessité.
Charles Delair, neveu de Toussaint , avait relevé l'étendard de l'insurrection ; elle prit bientôt un caractère plus grave , quoique revêtue enccm de cette prudence impénétrable qui voile les complots des nègres. Les généraux noirs, qui marchaient avec les généraux français contre les insurgés dont ils fomentaient la rébellion, poussèrent la perfidie au point de tuer ces malheureux de leurs propres mains. Par ime atroce application de cet infernal système, De8t> salines ayant arrêté Belair , le fit juger et condamna à mort par une commission militaire que présidait le mulâtre Clervaux, qui peu de jour^ après s'insurgea lui-même. Ainsi , non-seulement la soumis^ sion des noirs , mais leur obéissance et jusqu'à leur fidélité, offraient quelque chose d'autant plus e(« frayant que la durée n'en pouvait pas être calculée. Cette extraordinaire inquiétude assiégeait toujours la pensée du général en chef. Il s'en vit bientôt délivré par une circonstance qu'il avait prévue, mais
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contre laquelle toute préparation était inutile^ A la fin de juin y les lettres de la Guadeloupe arri* Tèrent. On apprit le débarquement du général RichepMise, la dé&ite des noirs 9 l'expulsion des nègres et des mulâtres des rangs de l'armée française, le retour du capitaine-général Lacrosse, et le rétablissement, de l'esclavage : cette nouvelle, subitement répandue parmi les noirs du Cap, les frappa d'une convulsion électrique. La race noire et la race mêlée de Saint- Domingue eurent le droit de manifester une méfiance publique; ce qui venait d'avoir lien à la Guadeloupe légitimait l'insurrection des Mornes. Le gouvernement avait, au mois de novembre 1801 , publié cette déclaration: « A Saint-Domingue et à la Guadeloupe il ft%$t plus d'esclaves. Tout y est libre , tout y restera libre. » A peine on connut le cruel démenti donné par la contre-révolution de la Guadeloupe à un engagement si solennel , qu'une conspiration s'étendit sur toute la colonie. C'était bien assez sans doute pour le gouvernement ccdonial de voir chaque jour décimer, depuis trois mois, par la maladie, ce qui restait de larmée blanche ; la révolte des Mornes ^ la trahison prochaine des troupes noires présentaient au capitaine^général une combinaison de périls contre lesquels le courage français ne pouvait lutter long-temps. L'invasion de tant de fléaux et leur profonde impression sur l'armée formaient un terrible contn^te avec le booheur dont la signature de la paix d'Amiens, si tristement accueillie par les mourans de Saint-Domingue, comblait Paris et la France. Enfin, le capitaine-général, pressé par tant d'adversités , devait à son honneur et à l'espoir de conserver
un peu de sécurité , de déchirer le premier pacte de confiance qu'il avait fait avec les noirs.
Gomment supporter davantage Tanxiété de voir au milieu de ses bataillons , édaircis par la fièvre.jaune, les bataillons intacts des ennemis qu'il fallait crain* dre encore une fois? Leclerc hâta le désarmement de tous les noirs casernes au Cap^ et prévint ainsi un des dangers qui le menaçaient; car 9 le la septem-* hre, Clervaux et Pétion , qui commandaient au Haut* du-Cap, passèrent aux rebelles avec trois régimens; le 16, ils attaquèrent le Cap-Français. Un avant*paste fiit forcé par cet assaut imprévu autant qu'impétueux; mais le général en chef, accouru avec cinq cents soldats et mille hommes de couleur^ repoussa les révoltés , auxquels Christophe et Paul Jx>uverture se réunirent le lendemain. Ainsi reparut la guerre à mort entre les deux races; mais quelle disproportion effrayante offraient les forces opposées! La popu* lation noire était de quatre à cinq cent mille individus , et l'armée ne comptait pas dans toutes les places de la colonie plus de huit mille hommes au drapeau. La garde nationale du Cap servit et se battit comme la troupe de ligne: elle mérita des annes d'honneur que lui donna le général en chef La concentration des troupes qui survivaient à la fièvre jaune devint indispensable. Le capitaine-général fit évacuer sur le Cap la garnison du fort Dauphin et du Port-de-Paix; celle des Gonaïves se retira sur le Port-au-Prince j après s'être défendue contre Dessalines qui dirigeait l'insurlrection dans l'Ouest.
Un autre malheur attendait l'armée expéditionnaire et les habitans de Saint-Domingue: dans la
DE hapolAoit. tj'}
nait du i^ au a novembre , le général Leclerc mou^ rat de la fièrre jaune; nouveait sujet de deuH i^oaté à toute» WAndeun* La perte du gto^ral Lerieitc 6it Bièine , dans la situation àéBe&péfée de la cobnrie, un désastre politique. Aucun sdu^emr, aucm engi^ gement ne tiaîft pkis à la cause de la métropole un seul des indfvîdua de la raee africaine : que ne éc* vattHXt pas- craindre d'une telle désunion » qui nous natttait à la neiNn de la puissance du nombre , et des passions les plus exaltées?
M* Baure, ordonnateur en ebef de la ccrfonie, qui^ depuis la mort de M. Benezech ^ remplissait aussi les fonctions de préfet oolcmtal ^ exerça diotB l'inlérin» du capitaine-général jusqu'à l'arrivée dé Rocliam* benn ^.alors au Port-a»-Prinee. Le seul notr Laphnne^. eommandsmt de la partie du Sud , ne trabit pas* son serment} ce périlleux dévouement doit honorera jaasais la mémoii^ de oe général Le mulâtre Lamàrtinière, qui avait si vaillamment défendu la Grete-à-' Pierrot , demeura également fidèle au drapeau fran-* çais, et périt par les mains de ses soldais , qu'il voulut empêcher de se joindre aux révoltés.
L'armée avait perdu en neuf mdis 9 c'est ^à-»dire de Sérier à novembre ^ le générsA en chef et douze officiers supérieurs , parmi lesquels les généraux de division DugiUt Hardy y DebeHe^ les généraux dé brigade Pambour^ Tholosé^ Sasut^Martin, Ledoyen, Datt^nerre i Desplatiques , Mej^er , Wonderweit ^ Ja^ blonowski; mille cinq cents officiers, sept eent cinquante officieifs de santé, vingt-^nq mille soldatii ; huit mtUe de la marine du commerce; deux mille employés cÂvib ; trois mille blancs venus de France. it. la
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Sur cette masse effrayante , cinq mille hôàimes envi-* ron succombèrent dans la guerre; la fièvre jaune dévora tous les autres. A k mort du général Leclerc, il restait neuf mille cinq cents hommes , dont sept mille aux hôpitaux. Le total des forces débarquées à Saint-Domingue y jusqu'à cette époque, montait à trente-quatre mille hommes. Les états de l'armée rapportés eu France furent des registres mortuaires. Ainsi y sur cinquante mille individus de la race blanche importée , il survivait deux mille éînq cents valides et sept mille malades , dont les deux tiers mouinirent Les neuf dixièmes de la population française périrent, à Saint-Domingue. Il n'y a pas d'exemple dans l'histoire moderne d'une destruction aussi grande en raison du temps et du nombre. Qu^t au massacre des colons par les noirs , il tie peut*étre calculé !
Aussitôt que Rochambeau eut pris le commandement général , il lui fallut soutenir la vive attaque des insurgés y qui s'emparèrent des montagnes autour du:Cap'; mais xme batterie qu'il fit placer sur une habitation plus élevée les força à la retraite. Ce succès lui inspira la mauvaise pensée de suivre une marche différente de celle de son prédécesseur; au lieu de continuer à se concentrer dans l'enceinte du Cap 9 la ville la plus au vent de la France , et la véritable position militaire de la colonie révoltée, le capitaine-général voulut reprendre le fort Dauphin et le Port-de-Paix ; le général Ciauzel se chargea de cette entreprise, qui réussit. Leclerc avait ^ par une raison éclairée, traité constamment avec une dis* tinction particulière la race mulâtre, dont la parenté
DE NAPOJLSON. I^g
française, rintelligence , la bravoure, et ]a haine pour la race noire , lui £siisaient une alliée naturelle ; Ro« chambeau la persécuta : plusieurs braves officiers de cette couleur , qui dominait dans la partie du Sud, et entre autres le commandant Bardet, qui, en remettant le fort Bizoton au général Boudet , avait sauvé le Port-au-Prince de l'incendie , et les blancs de Tassassinat, furent proscrits. Dès ce moment, la vengeance la plus acharnée réunit les noirs et les mulâtres; ces derniers exercèrent dans le Sud d'horribles représailles pour satisfaire aux. mânes de leurs che& si barbarement immolés.
Rochambeau ajouta une faute bien grave à ces cruautés : il transporta au Pot1>au-Prince le siège du gouvernement y et laissa le général Clauzel, avec une isûble garnison, chaîné de la dé&nse du Cap. Bientôt un nouvel ennemi se joignit à ceux que le général en chef venait de susciter contre son armée; > cet ennemi, le redoutable appui des noirs, était la Grande-Bretagne. Le traité d'Amiens .allait être rompu. ^Âlors l'insurrection générale, fortifiée parles secours quelle reçut des Anglais, en armes et en munitions, pressa plus vivement ses opérations offensives, de sorte qu'en peu de jours toutes les posir lions de l'Ouest et du Sud tombèrent au pouvoir des insurgés. Le général Laplume tint jusqu'au dernier moment; mais depuis la proscription des mulâtres, les hommes de cette couleur s'étaient rassemr blés dans le Sud, sous les ordres d'un nouveau chef nommé Ferou, qui combina avec les généraux noirs l'expulftion des Français. Ne pouvant- résister à tant de forces conjurées , le général Laplume dut se réfh-
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gier au Pôrt-au-tViiicéy et de là il s'embarqua pour l'Esjpagnê) où il mourut. Le Sud une fois occupé par Tetinemi, les" subsistances manquèl*ent totalement au Port-slU'*t^rince ; la famine à son tour jeta le désespoir dans cette malheureuse viDe de FOuest, la seule où les Français se maintinssent encore / à la ireillé d*étre assiégés pafe* les armées noire et mulâtre réuiiies, quand Rochanibi^u reçût l'ordre ilnpéi'atif de Ffâhcé de rèvetiif* au Cap, et d'y établie le siège du gouvernement. H arriva le a4 juin i8o3 dans cette place, où il se trouva bloqué par une croisière des Anglais qui cemèretlt également les villes de PoVt-au-Prlnce et des Cayes. Les garnisons françaises, éparses sur le littoral du Sud et deTOuèst, traitèrent ou avec les Anglais, ou avec les noirs, et de jpréfèreuce avec ceUx-ci , qui, à là honte delà politique britalanique , imposaient toujours dés eonditiotts iboins duk^es. Le général LaValettè, resté au Port-au-Prince pour l'évacuation, capitula avec Dessaltnes^ mais tous les navires sûr lesquels sen« tassa la population blanche dé cette idlle, fiiréut piUés en mer par les Anglais , qui violèrent ainsi la convention émanée de leurs nouveaux alliés. Le général Bruhet remit les Cajrés aux Anglais; Saint- Marc s'était rendu ; Jérémie avait été abandonné par le général Fresëinet. La métropole ne pondait plus que lé Cap et le Môle , quand, le i8 septenib^, Une armée de quinze mflle homtnes, soutenue par le blocus d'une escadte anglaise , assiéga te Cap. Les notables engagèrent lé général en chrf à s'entendre avM l'escadre; maiA les propositions du commodore furent si exagérées, que Rochambeau aima mieux
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avoir affidre au barbare Dessalioes. Celui-ci lui donna dix jours pour ^ retirer. Cependant Tespoir qu'avait Rochambeau de pouvoir tromper la pour* suite des Anglais à la faveur du gros temps s'évanouit, et il se vit forcé, à l'expiration des dix jours, en raison de l'état de la mer, de se mettre à la discrétion de la flotte anglaise, ainsi que l'immense quantité de bâtimens qui portaient tout ce qui survivait de l'armée expéditionnaire et de la population blanche.
Toutefois une action brillante honora la retraite de la malheureuse armée française. Le général Noailles, ancien membre de l'Assemblée constituante, commandait le môle Saint-Nicolas; voulant partir sans capitulation et éviter de négocier avec les Anglais qu'il connaissait bien , il fit embarquer sa garnison , et au passage de l'immense convoi du Cap, il se mit à sa suite., sans être observé par la croisière ennemie : arrivé à une certaine distance , il quitta la flotte avec les sept voiles qui l'accompagnaient , et les conduisit dans un port de l'ile de Cuba. De là il se rendait , sur une brick armé et monté par des troupes, à la Havane, où il espérait rejoindre le général Lavalette , qui venait de périr dans la tra* vereée de la Havane à Saint-Domingue , lorsqu'il fut rencontré par une corvette anglaise qu'il prit à l'abordage avec ses grenadiers. Dans le combat terrible qui s'engagea , ce brave général reçut plusieurs blessures , dont il mourut à la Havane le 9 janvier 1804? après toutefois y avoir fait entrer le bâtiment anglais sur lequel flottait le pavillon de la France. La gloire nationale s'empressa de recueillir le deniier exploit
ifta HISTOIRE DE VAPOhÉOU.
échappé à cegriuid naufrage dune des plus valeureuses armées que la république eût réunies sous ses drapeaux.
Fllt DU LIVRE SIXIÈME^