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CHAPITRE III

COJISPlR^TCOir Dl GIOll«U. MORIAU. — PfCBIGHU. MORT DU DUC

D^isoniir.^-àrpAiiii ni drakb it di la baroitiir di rricr.

De0X aos après le i8 fructidor, qui avait amené la déportation de Pichegru, le Directoire fut renversé ,. comme on Ta vu, et le i8 brumaire plaça l'ancien élève de ce général à la tête de la république. Ce jour, Moreau , au lieu de se renfermer avec d'au** très généraux dans une neutralité honorable pour les principes qu'on lui suppo^it, s'offrit de lui* même à Bonaparie , afin de coopérer au succès de cette révolution, et accepta la mission d'aller inves^ iir le piiUi^ du gouvernement , où se trouvaient encore les directeurs Gohier et Moulins. Moreau n'avait su ni jouer le r^e de Bonaparte avant le retour d'Egypte, ni., depuis, se faire oublier; trois ans auparavaot« il n'avait pas osé, en sa qualité de général en che^ dénoncer au gouvernement Picfaegru comme traître, et ne s'était décidé à remplir ce devoir, que lorsqu'il put craindre pour lui-même. Cependant, malgré cette conduite , qui devait séparer ces deux généraux par une inimitié irréconciliable , un rootil

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alors iDCODDU , mais sans doute de la plus hante importance, avait renoué leurs relations d'amitië y quoiqu'ils habitassent, l'un l'Angleterre, et l'autre la France.

Échappé des déserts de Synamary, Pichegru vint chercher un asile à Londres, où il prétendait avoir des droits à réclamer la protection des Bourbons, de l'émigration et du ministère : on le reçut avec toute la faveur d'une victime révolutionosûre ; le parti royaliste s'aveugla même au point d'en attendre encore le succès de ses anciennes espérances; mais Pichegni, dont l'Europe entière connaissait la triahison , s'était rendu justice. Il sentit bien qu'un pareil souvenir ne pouvait être éteint dans l'armée , que le premier Consul , qu'il regardait comme son ennemi personnel, possédait les moyens de le déshonorer de nouveau auprès des citoyens et des soldats , et qu'il devait se rabaisser à un rôle secondaire , au lieu de reprendre celui de Monck , auquel l'avaient appelé, à* l'armée du Rhin, en 1796, la confiance de Louis XYIII, celle du prince de Condé que sou serment l'obligeait à combattre , et la politique corruptrice de l'Angleterre. En conséquence , il désigna auiK princes français et au cabinet de I^ndres, pour le placer à la tête de la contre-révolution, le général Moreau, le vainqueur de Hohenlinden, celui que l'on qualifiait de chef militaire de l'opposition qui s'élevait contre Bonaparte , et de représentant de la cause républicaine. Le rapprochement entre ces deux généraux avaft été habilement ménagé à Paris, en iSoa, par lahbé David, ancien curé, ami de Pichegru. L'abbé David ayant été arrêté à Calais ,

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jRich«gru envoya de Londres , à Moreau, le général Lajoiais^ fils dhin fermier de la baronne de Reich, parente des, généraux KJinglin et Wurmser, atta* chéeeo; Allemagne au parti anti-français. Il ne s'agissait plus de réconciliation , mais de confidences contre-révolutionnaires de> la part de Pichegru. Au nom des. princes français et du gouvernement britannique , on arrêta un plan de conspiration ;.Lajolais en fut porteur,, et repartit pour Londres après avoir conféré à Paris avec Moreau. Les conjurés d'outre-mer furent diyisés en trois bandes y auxquelles.on. marqua trois. lignes, partant de la&laise de Béville, pour leur voyage jusqu'à Paris. I^e tii août i8o3y. s'opéra. un premier débarquement, commandé par Geoiges Cadoudal; un second, dont Coster Saint-Yictor faisait partie , le lo décembre; et un troisième, où se trouvaient Pichegru et J^jolais, le 1 6 janvier. Un quatrième, plus important , devait encore avoir lieu^ les vents contraires Ferapêchèrent : c'était celui qui amènerait en France un jHince français. Georges et deux de ses affidés allèrent au devant de Pichegru à la ferme de la Potherie, dernière station de la route des conjurés.

Plusieurs étaient déjà arrêtés; on apprit parleurs dépositions, et par celle de son propre frère, que Pichegru était descendu à Chaillot, chez Georges, sous le nom de Charles , et qu'il avait occupé divers logemens à Paris. Ceux qui ne connaissaient pas ce général, déclarèrent que, qqand un certain personnage arrivait chez Georges, chacun se levait et le traitait avec un respect particulier. Ces récits des sousordres de la conspiration donnèrent à la police la

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crarinie qu un prince de la maison de Bourbon ne fût déjà à Paris. Le gouvernement sut bientôt que Mo* renu avait vu Pichegru chez lui; et qu'à une antre conférence du soir , sur le bcMilevart cfe la Made^ laine, Pichegru lui a\air présenté Georges Cadoudal; deux fois encore y Pichegru et Moreau avaient eu des entretiens particuliers, d'où il était résulté, malgré quelque dissidence dans les moyens d'exécution , le projet de changer totalement la forme du gouvernement. Cependant rien de plus hétérogène que l'union de ces trois personnages, de souvenirs, de conditions , de vœux essentiellement différeins , et obligés, de fraucbir , pour se trouver, pour parlel* , pour s'unir ensemble , les plus puissante» considérations. Moreau , le dénonciateur de Pichegru > était l'auteur de sa perte. Pichegru avait, jusqu'au dernier moment , tenté de faire battre Moreau par les Autrichiens, et Georges, le plus fougueux chef de la chouannerie , se voyait à regret associé à deux généraux républicains qui pouvaient se trahir encore et ruiner la conspiration. Pichegru cependant , entièrement voué à son succès, nourrissait eh outre une haine ancienne contre le premier Consul, k qui, il reprochait le t 3- vendémiaire et l'appui donné par l'armée d'Italie au i8 fructidor. Pichegru oubliait que , depuis 1 795, le droit d'accuser ne lui appartenait plus. Un de se6 amis, Rolland, ancien entrepreneur des subsistances militaires, assez coniiageuit pour lui donner asile diez lui, l'engagea vainement, diNon , à renoncer à sa criminelle entreprise. On assure que Pichegru lui répondit qu'il agissait en vertu des plus hauts pouvoirs, qu'il avait à sa dispo-

Bition les ressources de T Angleterre, ec qu'il pov^tait. deux pistolets^ dont l'un serait pour celui qui voudrait Tarréter^ et l'autre pour lui-même. Il jura qu'il ne périrmi jamais de la main des bourreaux de Bo* naparte.

Les prisons renfermaient déjà presque tous les complices, au nombre de quarante-cinq, fi ne restait encore de libres que Moreau, Pichegru et Georges, les triumvirs de la conjuration. Les conjures ^e nommaient: Bouvet de I^zier^ Rusiiion , Rochelle, Armand et Jules de Polignac, d'Hosier, de Rivière^ liéridant^ Picot, Gouchery, Rolland^ Lajoiais, Danrid, Gaîlliard, Roger, Hervé, LenoMe, Coster, Lagrimandière, Joyau t^ Ix)uis et Noël Ducorps, Darty , Burban , Lemercier ^ Pierre Cadouddl , T.*eian, Even, Merille, Gaston et Pieire Troche; Monnîer, sa femme; Denaud, sa femme; Yerdet, sa femme; ^in, la fille Hézay ; Dubuisson , sa femme ; Caron , Gallais et sa femme.

Le i5 février, les informations ayant paru satis* feisantes, Moreau fut art^lé. Le 17, Tordre général de la garnison de Paris portait : «r Cinquante bri- « gands«... ont pénétré dans la capitale; Georges et « le gënérakPiehegru étaient à leur tête. Leur ar- « rivée avait été jM-ovoquée par un homme qui « compte encore dans nos rangs, par le général Motf reau, qui fut remis hier aux mains de la justice « nationale. Leur projet, après avoir assassiné le pre-^ « mier Consul, était de livrer la France aux horreui*s « de la guerre civile et aux terribles convulsions de « la contre-révoiution. »

L'opinion, quoique éclairée depuis long-temps

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sur l'eloigneiaent inspiré par une obsession domeS' tique à.Moreau pour le premier Consul, se refusa à croire de telles accusations. La gloire des armes jetait alors de profondes racines; le public, à qui l'avilissement de ses grandes renommées et le sacrifice de sa longue admiration sont paiement insupportables , se mit à soutenir une sorte de guerre contre Bonaparte. Cette opposition déclarée gagna plus rapidement encore les vétérans des armées du Nord, que Moreau avait commandées avec tant de succès. La France militaire,, alors réunie tout entière sous le premier Consul , se divisa de nouveau , et reprit ses anciennes rivalités entre Tarmée dltalie et d'Egypte, et Tarméedu Rhin. La cause de celle-ci était demeurée intacte, ainsi que sa vénération pour son dernier chef. Le genre de yie adopté par: JMloreau paraissait à beaucoup de gens, et* à ses anciens officiers , une retraite au moins contre rinjustice , si ce n'était contre la persécution ; aussi cet ordre du jour du gouverneur de Paris reçut-il un accueil peu favorable , tant il choquait les opinions et celte faveur républicaine dont Moceau aimait à s'envelopper. Ia raison publique se révolta à l'idée d'une connivence avec Georges , et à celle de l'assassinat du premier Consul. Ainsi le but de prouver la culpabilité de Moreau, qui, le lendemain, devint la matière du rapport du grand-juge au gouvernemenr ,. fut dépassé, et par conséquent manqué. La justice eut afiGsiire à une singulière difficulté, à l'incrédulité du public; il jugea le forfait imjfbssible, à cause de son énormité. L'opposition qui régna pendant tout ce procès alla presque jusqu'à l'attitude séditieuse:

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erreur honorable pour le caractère national, qui demeura indécis entre le culte quUI portait si justement au premier magistrat de la république et la cause d'un illustre accusé !

Le a8 février, un sénatus-consulte suspendit pour deux ans la procédure par jury, et investit les tribunaux criminds de la connaissance des crimes de haute trahison , d'attentats contre la personne du premier Consul, et contre la sûreté intérieure et extérieure de la répubbque. Le même jour une loi spéciale appliqua la peine capitale aux receleurs des conjurés, comme complices; le même jour encore, aussitôt la proclanliation de cette loi , Pichegru fut livré, dans la rue de Ghabanais, pour une somme de 100,000 francs, par un homme chez lequel il s'était réfugié. A deux heures du matin , des agens de police, munis de la clef que cet hôte perfide et à jamais infâme leur avait donné^ entrèrent dans la chambre où dormait Pichegru ^^ se saisirent de ses pistolets et se jetèrent sur lui. Ce général, quoique surpris et sans armes, se défendit long-temps et ne céda qu'au nomlire. Il fallut le lier et le conduire en chemise à la Préfecture de Police , où il subit un premier interrogatoire; de là il fut transféré au Temple, et confronté avec ses complices; on le reconnut pour être le Charles à qui l'on téoiotgnait chez Georges tant de respect. Le signalement de Georges Cadoudal avait été communiqué à toutes les barrières, à tous les gendarmes, à tous les délégués de la police, et affiché partout. Enfin, le 9 mars, Georges fut arrêté, en cabriolet, non loin du carrefour de Bussy, par deux agens, dont il tua l'un et blessa lautre, de deux

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coups de pi^olet. U portait encore un poignard; mais la foule l'entoura et l'empéclia de se sauver; Conduit à la police, il avoua sans hésiter: Qu'il était venu à Paris pour attaquer le premier Consul par des moyens de vive force ^ et avec des moyens pareils à ceux de son escorte et de sa garde ^ mais qu'il attendait pour cela qu^ un prince français fût artivé à Paris. Pichegru, au contraire, se renferma constamment dans un système de dénégation absolue, soit par rapport à Georges, soit par n^port à Moreau, malgré les déclarations &ite&en sa présence par Bouvet de Lozier, Rollaïid, Coucfaery, Lajolais. Moreau débuta aussi par le même système, auquel il dut bientôt renoncer. La nature lui avait donné le courage deachan^ de bataille, en lui refusant cette force morale qui ennoblit toujours l'adversité et quelquefois le crime lui-même.

Le 8 mars , il écrivit au premier Consul une lettre justificative; on y retrouve l'embarras qui caractérise celles qu'il adressa de Strasbourg au directeur Barthélémy. Après avoir établi ses premières relations avec Pichegru » à qui il devait , disait-il , le grade de général de division , le commandement de l'armée de Hollande et celui dé larmée du Haut-Rhin, et, enfin, qu'il avait également remplacé à l'armée du Rhin , il disait: « .... Dans la courte campagne dé Tan v « (celle du %o au a3 mars T797), nous prîmes les « bureaux de i'état-major de l'armée ennemie : on « m'apporta une grande quantité de papiers, que le tf général Desaix , alors blessé , s'amusa à parcourir, c II nous parut, par cette correspondance, que le c général Pichegru avait eu des relations avec tes

« princes français. Cette découverte nous fit beau» « coup de peine , el à moi particulièrement ; nous a convînmes de la laisser en oubli. Pichegru, aa (c Gorps-Législatify pcmvait d'autant moins nuîre à la « chose publique, que la paix était assurée. Je pris « néaDmoins des précautions pour la sûreté de 1 ar^^ « mée^ relatives à un e^onnage qui pouvait lui « nixii».... Les événemens du f 8 fructidor s'annon* « çdient; l'inquiétude était assez grande : en consé* « quence, deux officiers qui avaient connaissance « de cette correspondance m'engagèrent à en don^

« ner connaissance au gouvernement J'étais

« fonctioiinaire pnblic , et je ne pouvais garder un c plus long silence.... Pendant ces deux dernières « campagnes d^ Allemagne et depuis la paix ^ il m'a « été quelqurfoisJaU des ouvertures assez éloignées^ « pour savoir sHl serait possible de me jaire entrer c en relations avec les princes français. Je trouvai c tout cela ai ridicule, que je n'y fis pas même de <c réponse. » Moreau nie ensuite avoir la moindre part à la conspiration actuelle, et il ajoute : a Je vous « le répète, général, quelque proposition qui m* ait « étéfaite^ je Vai repoussée par opinion,.. De pa- « reilles omfertures^ faites à moi, particulier isolé, « n'ayant vouln conserver aucune relation, mi dans c l'armée, dont les neuf dilièmes ont servi sous c mes ordres, ni aucune autorité constituée, ne poa- « vaient exiger de ma part qu un refus. Une délation

« répugnait trop à mon caractère Voilà, général,

« ce que j'avais à vous dire sur mes relations avec « Pichegru : elles vous convaincront sûrement qu'on « a tiré des inductions bien dusses et bien hasar-

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« dées de démarches et d'actions qui^ peut-être a imprudentes, étaient loin d'être criminelles. » Moreau oubliait qu'il était obligé comme citoyen, après l'avoir été comme général en chef, de révëter les complots tendant à renverser le gouvernement de son pays; il oubliait aussi qu'il avait dénoncé Pichegru au Dii^ectoire, et il savait très*bien, par Georges et Pichegru, que de nouvelles machinations menaçaient et la vie du premier Consul et le salut de la république. Enfin c'était encore à lui que l'on s'adressait, même depuis la paix, pour donner un chef à une conspiration. Moreau avait mieux défendu la France qu'il ne se défendait luimême; sa lettre fut jointe aux pièces du procès qui commença. Il occupa tout Paris : le Palais de Justice et ses avenues étaient, 'dès la pointe du jour, assiégés par une foule délibérante que la présence des troupes parvenait difficilement à contenir. La hardiesse et la publicité des opinions imprimaient à cette affaire le caractère d'un grand intérêt national. Frappé de cette étonnante expression de la pensée, qui partageait la capitale entre le chef du gouvernement et un accusé, le premier Consul chargea le colonel Sébastiani d'aller confidentiellement s'informer auprès de l'un des juges, M. de la Guillaumye^ ancien intendant de Corse, de l'issue que pourraient avoir les débats. Ce magistrat lui dit que Moreau était coupable, mais que les preuves l^ales manquaient pour une conviction pleine et entière ; que d'ailleurs la force de l'opinion publique combattait leur autorité, et, enfin, qu'il ne prévoyait pas que Moreau pût être condamné à une autre peine qu'à

une déteDtion limitée m La Guillaumjre a raison, « dit le premier Consul, les Parisiens sont toujours ff pour les accusés. Quand Biron fut condamné à « nmrt par le parlement y bien justement^ comme tf trattrey on fut obligé de doubler la garde, et de « le faire exécuter à huis clos à V Arsenal. » Uil général, présent à cet entretien , représenta au premier G>nsul qu'il aurait été bien plus simple de traduire Moreau devant une commission militaire : fuJene Vai p€isfait, répondit Bonaparte, /^our sau- « ver votre tête et la mienne. » Quelque temps après, comme l'affaire approchait de sa conclusion , le ccmseiller Clavier, ardent républicain, qui figurait également au nombre des juges de Moreau, fut aussi pressenti sur le jugement. On lui assura que l'intention du premier Consul, si le tribunal prononçait la peine de mort, était de faire grâce à Moreau : « Qiù me la fera, à moi ? » répliqua-t-il brusquement. £t en effet, la France ne l'eût absous que dix ans plus tard, quand en i8i3 Moreau apparut dans les conseils et dans les armées de la sixième coalition, qui tua sa patrie et son ennemi. Les réponses des deux magistrats et les paroles du premier Consul expriment fidèlement la situation des choses et des esprits, à cette grande époque où la liberté n'avait encore ni tout pardonné, ni tout donné à la gloire et au génie. Ce qui complète aussi le tableau de cette situation, c'est l'affluence journalière de cette multitude d'adresses qui , expédiées de toutes les parties de la France par chaque tribunal, chaque administration , chaque régiment, chaque corporation ecclésiastique, enfin par les moindres comme

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par les plu$ éinmentes fofictions de la répuUique, rempliraient loute$ les pages du Moniteur. Le be^ soi^.du sali^t du pre9iî6r Consul était umverse); s^ussi [^ senlim^fil de ce besoio éçl^a unaoûpeninit <]uand on connitt le danger. Moréau fut condamnéy dans ces adresi»es, par tout oe qui r^préseotait la Fra|ce politique, admiuistralive, judiciaire et relU gieuse^ mai^ une foule de citoyens voulurent interyemir euiL-mémes dans le jugement de celle cause extraordinaire, où ils prenaient part», autant pour Tionocence de Moreau que pour la conservatioa de Bonaparte.

Pendant que cette machination intérieure occu* pait le premier Consul, une autre machination ourdie à TeiLtérieur, et qui par sa marche, ainsi que son but, lui parut identique avec la première, attirait ses regards sur les bords du Rhin. Toutes les deux étaient des conceptions enfantées à Loodres. Le mi^ aistre anglais à Munich, M. Drake, avait été choisi^ ainsi que son collègue de Stuttgard, Spencer Smith , pour fomenter les conspirations contre la vie du premier Consul, et contre la France les insurrections civiles et les trahisons. Cet infâmes moyens, repoussés par le droit des gens et même par le droit de la guerre, furent employés avec une telle impudeur, que Bonaparte résolut de les faire connaître à l'Europe, pour l'éclairer enfin sur le machiavélisme du cabinet de Saint-James. La conduite de ce cabinet n était pas nouvelle ; elle datait de TadministratioB de M. Pitt, aux premiers temps de la révolution. Au dedans, la corruption britannique assiégeait la France dans les conseils républicains et dans ses ar-

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mées royales; au dehors, elle Tattaquait dans ses conquêtes, et dressait rembûche de l'assassinat sous les pas de ses soldats. En 1799» M. Wyndham, mi* nistre près la cour de Toscane, se fit en Italie un nom fameux; après la perte de la bataille de la Trebiapar les Français, il entra dans Florence k la tête de Tinsurrection sanguinaire d'Areszo, ayant à ses côtés, avec le titre de commandant en second, AiessandraMari, sa maîtresse. Aidé de cette troupe de moines et de sicaires, sous les bannières de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, il dirigea l'atroce réaction dont les Français et leurs partisans tombèrent les victimes dans toute la Toscane. Antérieurement à cette époque, en 1793, lorsque le moindre soupçon d'intelligence avec l'étranger ou la possession innocente d'un faux assignat envoyait à la mort, M. Wickam, ministre britannique en Helvétie, avait ouvert le premier une détestable carrière; ses émissaires parcouraient les départemens voisins de la frontière, et achetaient la trahison avec des assignats de fabrique anglaise : combinaison inévitable et fatale comme celle de Quiberon! Elles furent également meurtrières aux Français des deux partis! C'était la mort qui soldait aveuglément la haine de l'Angleterre et la justice française. Le génie du mal ne pouvait inventer rien de plus atrocement perfide. En 1 8o3 et 1804, M. Wickam se trouvait encore en Suisse ministre de la Grande-Bretagne , chargé des mêmes pratiques contre la France; MM. Drake et Spencer Smith formaient avec lui un triumvirat de proscription contre le premier Consul , et de complots contre la république. Voilà le contingent que le ministéi*e II. ï5

anglais avait tnis en ligne avec Tarmée de Tempereur d'Autriche, dont faisait partie le corps de Condé.

La police de Paris fut tout àcoup saisie du secfet de ces manœuvres infernales par l'arrestation, à Kehl, de Méhée de Latouche, déporté à Oléron à l'occasion de l'attentat du 3 nivôse, auquel il était complètement étranger. Mais le premier Consul Ta* vait frappé comme Fun des auteurs présumés du a septembre. Échappé de l'île, Méhée se réfugia en Angleterre, où il s'attacha aux trames que la reprise des hostilités renouvelait contre la France et Bonaparte. Accrédité bientôt, en qualité de victime de la tyrannie consulaire, auprès des principaux instigateurs de ces for&its, il fut envoyé à M. Drake pour l'aider à en assurer le succès. Le ministre l'accueillit, agréa ses services, et le fit partir pour Paris, avec des instructions relatives au bouleversement de la France par la perte du premier Consul , enfin par la contre-révolution* Arrêté à Kehl avec ses papiers , vers la fin de septembre i8o3, Méhée se vit dans l'alternative de subir la peine capitale , qu'il méritait, ou de devenir l'agent du gouvernement pour déjouer là conjuration étrangère; il n'hésita pas à préférer le dernier parti. On prétendit même alors qu'il appartenait à la police française dès sou départ d'Oléron pour Londres, et qu'il ne courait aucun danger en rentrant dans sa patrie.

La conspiration formée au milieu de la France par les délégués de M. Drake avait acquis une sorte de maturité, et le plan en était fort étendu. Il existait, dans diverses communes, des comités perma-

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nens et chargés d'exciter , de mettre en mouvement^ de fisdre exécuter une contre-révolution désastreuse, en désorganisant l'armée , en ordonnant le pillage et l'incendie des arsenaux, cehii des magasins à poudre; en livrant soit Strasbourg, soit Huningue, soit Be*sançon; enfin, en opérant, n'importé par quels moyens , la destruction de Bonaparte.... Il ne s'agis* sait plus, depuis l'emprisonnement de Pichegru et de Moreau, que de trouver un chef militaire qui pût jouer le rôle de Mônck. Telles furent sommaire-^ ment les preuves qui réstdtaient des instructions et des pouvoirs donnés par Drake et Méhée. Chose remarquable! les manceuvres des affîdés de ce ministre, antérieures à la mission de Méhée, avait déjà produit une association de la part de (quelques Jacobins, qui préféraient, dit-on, le retour de la famille royale à la continuation de ce qu'ils appelaient la tyrannie de Bonaparte.

Cependant M. Drake ignorait complètement le passage de Méhée sous les drapeaitx de la police de Paris, ainsi que son arrestation. Sous la dictée de cette police et sous les yeux du citoyen Shée, préfet du Bas-Rhin à Strasbourg, Méhée commença sa cor* respondance avec le ministre anglais, comme si, parvenu à sa destination , il s'occupait d'accomplir les projets dont il était chargé. Drake , dans ses réponses, se livra avec le plus grand abandon , tant < il se croyait certain du succès , d'après les lettres qu'il recevait. Méhée lui écrivit enfin qu'il avait découvert un général français capable de se mettre à la tête de Vinsurrection ; on envoyait en même temps à M. Drake un officier intelligent, et qualifié d'aide-

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de-camp du général conspirateur. Cet officier, appelé Rosey , se présenta <;hez M. Drake y qui raccueUlit par&itement; on lui parla avec la plus grande confiance : il revint même rapportant des bases arrêtées pour l'exécution du complot , ainsi que des lettres pour le soi-disant général, lequel, par prudence, n'avait pas voulu être nommé. Il résulta de cette mission, si heureusement remplie, une nouvelle correspondance très-active entre M. Drake et le préteùdu général. Le capitaine Rosey fit deux voyages à Munich et k Stuttgard; M. Drake l'adressa à son collègue Spencer Smith, qui devait lui fournir un complément de fonds destinés à solder les troubles intérieurs. De retour de ce dernier voyage avec une somme d'environ i3o,ooo francs en or, l'officier la déposa entre les mains du préfet du Haut-Rhin.

Voilà où en était cette seconde machination britannique , lorsqu'un rapport de gendarmerie , remis directement au premier Consul à la Malmaison , lui apprit que le duc d'Enghien, résidant à Ettenheim, dans le grand-duché de Bade, y avait réuni beaucoup d'émigrés, et entres autre le général Dumouriez. Aussitôt Bonaparte, déterminé, non -seulement par les trames qu'à la même époque Drake et Spencer Smith ourdissaient contre lui, mais encore, et plus fortement sans doute, par la déclaration si positive de Georges Cadoudal , qu'il attendaU Var^ rivée d un prince français pour attaquer le premier Consul y saisi en outre de l'idée dont , depuis plusieurs jours , l'obsédaient des rapports de police , que le duc d'Enghien devait pénétrer en France du côté de Test au moment de l'explosion de la conspi-

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ration , el le duc de Berri du côté de Touest; se rappelant aussi les papiers trouvés dans les fourgons du général autrichien Klinglin , en 1797 , et les deux lettres de Moreau au Directoire qui faisaient mention du duc d'Enghien, Bonaparte prit à l'instant la résolution, comme il le dit depuis à Sainte-Hélène , de renvoyer la terreur à ses ennemis jusque dans Londres. Il convoqua le conseil des ministres , et Tordre suivant fat donné à celui de la guerre :

' Fur», 19 ventôse an xii ( 10 mars xSo4^).

«Vous voudrez bien, citoyen général , donner <K ordre au général Ordener^que je mets à cet effet à a votre disposition , de se rendre dans la nuit en « poste à Strasbourg : il voyagera sous un autre « nom que le sien ; il verra le général de division. « Le but de sa mission est de se porter sur Etten- « heim, de cerner la ville, d'y enlever le duc d'En- «ghien, Dumouriez, un colonel anglais, et tout « autre individu qui serait à leur suite. Le général « de la division, le maréchal-des-logis de gendarme- « rie qui a été reconnaître Ettenheim , ainsi que le « commissaire de police , lui donneront tous les ren « seignemens nécessaires. Vous ordonnerez au géné- « rai Ordener de faire partir de Schelestat trois a cents hommes du a6^ de dragons, qui se rendront « k Rheinau , où ils arriveront à huit heures du soir. « Le commandant de la division enverra quinze « pontonniers à Bheinau, qui arriveront également à « huit heures du soir et qui, à cet effet, partiront en « poste ou sur les chevaux de l'artillerie légère. In-

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^ dépeudamment du hac , il se sera déjà assuré qu'il « y a quatre à cinq grands bateaux j de manière à « faire passer d'un seul voyage trois cents chevaux. t( Les troupes prendront du pain pour quatre jours «( et se muniront de cartouches. Le général de divi* tf sion y joindra un capitaine ou officier, et un « lieutenant de gendarmerie, et trois ou quatre ( tren- « taines ) brigades de gendarmerie. Dès cpie le gêné- (c rai Ordener aura passé le Rhin , il se dirigera droit « à Ettenheim, marchera droit à la maison du duc « et à celle de Dumoiu^iez. Après cette expédition a terminée, il fera son retour sur Strasbourg. En pas- « sant à Lunéville^ le général Ordener donnera orm dre que l'officier de carabiniers qui a commandé le « dépôt à Ettenheim se rende à Strasbourg en poste, « pour y attendre ses ordres. Le général Ordener, « arrivé à Strasbourg, fera partir secrètement deux <i agens, soit civils, soit militaires, et s'entendra « avec eux pour qu'ils viennent à sa rencontre.

« Vous donnerez ordre pour que le même jour, à « la même heure, deux cents hommes du a6^ de «• dragons, sous les ordres du général Caulaincourt « auquel vous donnerez des ordres en conséquence , « se rendent à Offembourg pour y cerner la ville et « arrêter la baronne de Reich , si elle n'a pas été <c prise à Strasbourg , et autres ag^is du gouverne- <c ment anglais, dont le préfet et le citoyen Méhée, « actuellement à Strasbourg, lai donneront des ren* « seignemens. D'OflFembourg, le général Caulain- « court dirigera des patrouilles sur Ettenheim jus- « qu'à ce qu'il ait appris que le général Ordener a « réussi. Ils se prêteront des secours mutuels.

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« Dans le même temps , le général de la division « fera passer trois cents hommes de cavalerie à Kehl , a avec quatre pièces d'artillerie légère, et enverra un K poste de cavalerie légère à Wilstadt, point intermétf diaire entre les deux routes.

u Les deux généraux auront soin que la plus^ «c grande discipline règne, que les troupes n exigent li rien des habitans. Vous leur ferez donner, à cet (c effet, ia,ooo fr. S'il arrivait qu'ils ne pussent remet plir leur mission et qu'ils eussent l'espoir, en sea journant trois ou quatre jours, et en faisant des « patrouilles, de réussir, ils seront autorisés à le faire. <c Ils feront connaître aux baillis des deux villes que, a s'ils continuent à donner asile aux ennemis de la <K France , ils s'attireront de grands malheurs.

«c Vous ordonnerez que le commandant de Neuftf Brisach fasse passer cent hommes sur la rive droite tf avec deux pièces de canon. Les postes de Kehl , a ainsi que ceux de la rive droite, seront évacués « dès l'instant que les deux détachemens auront fait tt leur retour.

« Le général Caulaincourt aura avec lui une trena taine de gendarmes. Du reste le général Caulaiua court , le général Ordener et le général de la divi- « sion, tiendront un conseil et feront les changemens tt qu'ils croiront convenables aux présentes dispoa sitons. S'il arrivait qu'il n'y eût plus à Ettenheim <c ni Dumouriez ni le duc d'Enghien , on rendrait « compte par un courrier extraordinaire de l'état des « choses. Vous ordonnerez de faire arrêter le maître tt de poste de Kehl et autres individus qui pourraient tt donner des renseignemens sur cela. Bonaparte. »

23a HISTOIRE

U est difficile de ne pas reconnaître dans une pareille instruction ^ où tout est si diligemment prévu, si minutieusement prescrit, le caractère d'une de ces résolutions dont l'exécution est inexorable. Plus d'une fatalité concourut à tromper le premier Consul et à perdre le duc d'Enghien. D'abord les gendarmes alsaciens, en raison de leur prononciation, avaient fait le général Dumouriez du général Thumery, attaché au prince, erreur qui accréditait, touchant le séjour du duc d'Enghien à Ettenheim, le bruit d'un rassemblement hostile, coïncidant avec les complots et les lettres de Drake , avec les tentatives et les déclarations de Georges. En second lieu, il ne faut pas oublier l'empressement extra-légal de la gendarmerie à remettre directement au premier Consul le rapport de son espionnage à Ettenheim, au lieu de l'adresser au conseiller d'État Real, exclusivement et spécialement chargé par Bonaparte de tous les renseignemens et de toutes les recherches relatives aux conspirations.

Caulaincourt et Ordener reçurent leurs ordres du ministre de la guerre , en vertu de ceux du premier Consul.

Cependant, comme les opérations confiées aux généraux Caulaincourt et Ordener devaient s'accomplir en pays étranger et ami, M. de Talleyrand, Ininistre des relations extérieures, accrédita leur mission par une lettre au ministre de l'Électeur de Bade , et laissa à Caulaincourt le soin de la lui £Edre parvenir. La lettre de Tallejrrand au baron d'Edelsheim achève de découvrir la conduite suivie par le gouvernement français à Ettenheim et Offembourg.

DE irAPOLdON« l33

«Monsieur le baron , je vous avais envoyé une «c note dont le contenu tendait à requérir l'arrestation « du comité d'émigrés français siégeant à Offemtf bourg, lorscpie le premier Consul , par l'arrestation « successive des brigands envoyés en France par le « gouvernement anglais, comme parla marche et le a résultat des procès qui sont instruits ici, reçut « connaissance de toute la part que les agens ana glais à Offembourg avaient aux terribles complots « tramés contre sa personne et contre la sûreté de « la France. Il a appris de même (pie le duc d'En- « ghien et le général Dumouriez se trouvaient à Ettf tenheim; et comme il est impossible qu'ils se « trouvent en «cette ville sans la permission de S. A. E., « le premier Consul n'a pu voir sans la plus pro- « fonde douleur qu'un prince auquel il lui avait plu a de faire éprouver les effets les plus signalés de son « amitié avec la France, pût donner un asile k ses « ennemis les plus cruels, et leur laissât ourdir trana quillement des conspirations aussi inouïes. A cette a occasion si extraordinaire, le premier Constd a « cru devoir donner à deux petits détachemens c l'ordre de se rendre à Offembourg et à Ettenheim , « pour y saisir les instigateurs d'un crime qui, par « sa nature j met hors du droit des gens tous ceux « qui manifestement jr ont pris part. C'est le général « Caulaincourt qui , à cet égard , est ciiargé des or- « dres du premier Consul : vous ne pouvez douter a qu'en les exécutant, il n'observe tous les égards « que S. A. peut désirer. Il aura l'honneur de re- « mettre à V. E. la lettre que je suis chargé de lui « écrire. Ch.-M. Talleyrawd. »

a34 HISTOIRE

Cette lettre, écrite le 1 1 iQare, remise le ta à Cau- Idincourt, ne parvint au ministre de Bade qu'après Fenlèvement du duc d'Enghien, qui eut lieu dans la nuit du i4 ^u 1 5. Elle n'était pas destinée à prévenir ce ministre de la violation du territoire badois^ puisque Gaulaincourt [avait ordre de ne la lui envoyer qu'après l'accomplissement de sa mission à Offembourg, laquelle devait s'exécuter, et s'exécuta en effet , en même temps que celle d'Ettenheim. Il devenait donc absolument impossible que le duc d'Enghien et la baronne de Reich pussent être avertis par le ministre de Bade , ce qui serait nécessairem^ent anivé si le baron d'Edelsheim eût reçu la lettre de M. de Talleyrand avant l'invasion des bailliages d'Offembourg et d'Ettenheim par les troupes françaises. L« lendemain i6, immédiatement après la réception de cette lettre et la connaissance qu'il dut avoir des évènemens d'Offeinbourg et d'Ettenhein , le gouvernement badois se contenta de publier un décret contre le séjour des émigrés dans ses États. Ce décret renfermait le passage suivant;

« JjQ gouvernement français venant de requérir ce l'arrestation de certains émigrés dénommés , implia qués dans le complot tramé contre la constitution^ « et une patrouille militaire venant de faire Varresa tation des personnes comprises dans cette classe, le iK moment est venu où S. A. E. est obligée de voir « que le séjour des émigrés dans ses États est préju- «( diciable au repos de l'Empire et suspect au gou- « vernement français. Par conséquent, etc., etc. » Jamais un petit État ne donna une preuve pliis> complète de sa faiblesse à un voisin puissant..

DE JETAPOLÉON. a35

I^ut-etre aussi, d'après ce document remar* quable de la chancellerie de Carlsruhe, la violation à main armée du territoire de Bade, pays ami de la France, ne constituait-elle pas un crime aussi grand qu'on le prétendit alors.

Le duc d'Ënghien Ait pris dans son lit le i5, à cinq heures du matin ; le marquis de Thumery, le colonel baron de Gruostein, le lieutenant Scbmidt, l'abbé Wenbom, l'abbé Michel, M. de Saint- Jacques, secrétaire du duc, et trois de ses gens, furent arrêtés. Alors seulement le commandant de gendarmerie reconnut que le général Dumouriez n'était autre que le général Thumery. Le prince lui déclara que jamais Dumouriez ri était venu à Ettenheim , et qu'il nef aurait pas reçu s* ii y était venu. Il dit quit estimait Bonapatte comme un grand homme ; mais qiL étant prince de la maison de Bourbon^ il lui aidait voué une haine implacable. On le transféra à la citadelle de Strasbourg, où il séjourna le 1 6 et le 17. Le 18, dans la nuit, il partit en poste pour le châl;eau de Vîncepnes, où il arriva le s&o à neuf heures du soir. Une commission militaire, composée d'un général de brigade, président, de six colonels, d'un capitaine rapporteur et d'un capitaine greffier ^ se transporta à Yincennes, en vertu de l'ordre du gouverneur de Paris , d'après l'arrêté du gouvernement du 19 ventôse, qui déclarait Je duc d'Ënghien préifenu d^ avoir porté les armes contre la république i d avoir été et d'être encore à la solde de l' jongleterre; de /aire partie de complots tramés par cette dernière puissance contre la sûreté intérieure et ea>térieure de la république. Interrogé à minuit par le

a36 HISTOIRE

capitaine rapporteur, le prince déclara çu*U iC avait jamais vu Pichegru; que le général avait désiré le voir; quUlse louait de ne F avoir pas connu j d après les vils moyens dont on dit qi£il a voulu se servir ^ s'ils sont vrais;.... qu'il avait toujours commandé Favant'garde dans V armée de son grandrpère ; qtûU n'avait pour vivre que le tmitement que lui faisiUt l'Jlngleterre , dest-àrdire cent cinquante gainées p€ir mois. Avant de signer le procès -verbal de ce premier interrogatoire, le prince écrivît au bas: Je demande une audience au premier Consul; mon nom , mon rang^ ma Jaçon de penser et t horreur de masitiiationj me font espérer qu'il ne se refusera pas à ma demande. A la commission devant laquelle il comparut deux heures après , il déclara qu'il était prêt à faire la guerre^ et qu'il devait avoir du service dans celle que V Angleterre faisait encore à la France. Averti par le président que les commissions militaires jugeaient sans appel, le duc répondit: Je ne me dissimule pas le danger que je cours; je désire seulement avoir une entrevue wec le premier Consul.

Vers les quatre heures du matin , une explosion se fit entendre dans les fossés du château: le dernier rejeton de la maison de Condé mourait, pour la cause royale , au pied de la forteresse où le grand Condé avait été renfermé comme coupable d'avoir porté les armes contre le roi de France.

Cependant, le ai mars, au milieu de la violente agitation dont le procès de Moreau et de Kchegru enflammait les esprits , on apprend tout à coup (pie le duc d'Enghien a été fusillé à Vincennes. Une

BB NAPOLEON. iBy

morne stupeur s'étend sur la capitale; les prisonniers du Temple sont oubliés pendant cette journée envahie par un deuil inconnu; et ce qui rend cette émotion si sombre , si sinistre , c'est le caractère mystérieux imprimé à l'ef&oi général > comme dans les grandes calamités dont la cause est cachée. En e£fet, on ignore le crime , on ne connaît pas la victime. Plus des deux tiers de la population virile de la capitale ne sait quel est ce prince qui vient de périr à Vincennes; on ne le sait qu'à cette armée qu'ont commandée les prisonniers du Temple , Pichegru et Moreau; à cette armée qui a vu combattre contre elle les trois générations de la Maison de Ck>ndé. Frappée d'un saisissement profond, l'opinion cherche toutefois k pénétrer un secret que la mort peut avoir rendu impénétrable; elle voudrait rat ta* cher ce fait si étrange au complot qui l'occupe , et elle se perd avec une sorte de désespoir dans des conjectures qu'aucun indice^ qu'aucun témoignage ne vient soutenir ou expliquer. Si c'était, disait-on y la même conspiration , on eût mis le nouveau coupable en présence des anciens; il n'en aurait pas été séparé à l'instant par un jugement et une exécution nocturne.

La mort du duc dUEnshien ri est pas un crime , dit alors un homme d'Etat; c'est bien pis ^ elle est une faute. Napoléon a pris pour lui seul cette jaute tout entière dans son testament, où U s'exprime ainsi :

«( J'ai £ait arrêter et juger le duc d'Enghien, parce a que cela était nécessaire à la sûreté, à l'intérêt et

a38 HISTOIRE

Qt à l'honneur du peuple français... Dans une sem-* « blable circonstance, j'agirais de même. »

Dans ses Mémoires {t. II, p. aa8), Napoléon dit encore :

«c Le duc d'Engbien périt parce qu'il était un des «c auteurs principaux de la conspiration de Georges , tf Pichegru et Moreau... Le duc d'Engbien figurait « déjà, depuis 1796, dans les intrigues des agens de « l'Angleterre, comme le prouvent les papiers saisis « dans les caissons de Klinglin et les lettres de Morean « au Directoire , du 17 fructidor 1797. »

On a dit et répété que Bonaparte avait beaucoup d'intérêt à voir, à questionner lui-même le duc d'En-» ghien, après son jugement; je le dis aussi, et il est certain que le conseiller d'État Real attendait cbez lui, le ai mars au matin, l'ordre d'aller interroger le duc, quand Harel, commandant du cbàteau de Vincennes, vint lui apprendre que l'exécution avait eu lieu. Real fut si étonné, qu'il crut que Harel lui parlait de l'évasion du prisonnier. Au reste, tout bomme qui a connu Bonaparte ne peut douter que , s'il eût admis le duc d'Engbien en sa présence , le descendant du grand Ck)ndé aurait vécu, pour servir d'otage peut-être; et de sanglans stigmates ne marqueraient point la fin de ses beaux jours consulaires. Quant au jugement du malbeureux prince, il porte : « Le président ordonne que le présent jugement sera exécuté de suite. » '

Napoléon s'explique ainsi à lui-même la mort du duc d'Engbien ( t. II , p. 34o-34 1 de ses Mémoires) :

i< La commission militaire a dû le condamner si

DE nf/LPOLioTf. aSg

« elle l'a trcmvé coupable. Innocent ou coupable , a Caulàincourt et Ordener ont dû obéir : coupable, a la commission militaire a dû le condamner; inno* « cent, elle eût dû l'acquitter; car aucun ordre ne ff peut justifier la conscience d'un juge... La mort du a duc d'Enghien doit être attribuée aux personnes « qui dirigeaient et commandaient de Londres l'as- ' ff sassinat du premier Consul, et qui destinaient le « duc de Berri à entrer en France par la falaise de (c Béville, et le duc d'Enghien par Strasbourg. Elle « doit être attribuée aussi à ceux qui s'efiforcèrent, ic par des rapports et des conjectures, à le présenter CI comme chef de la conspiration. Elle doit être éter«* « nellement reprochée enfin à ceu^ qui, entraînés ^ par un zèle criminel^ n^ attendirent point les ordres « de leur soxmuxiix pour exécuter le jugement de Ut « commission militaire. Le duc d'Enghien périt vicie time des intrigues d'alors; sa mort, si injustement « reprochée à NapoléoA, lui nuisit et ne lui fut d'auc cune utilité politique. Si Napoléon avait été capable « d'ordonner un crime , Louis XVUI et Ferdinand « ne régneraient point aujourd'hui : leur mort lui a « été proposée , conseillée même à plusieurs re- « prises. )»

On n'a cessé de répéter jusqu'à satiété que c était le parti révolutionnaire qui avait exigé de Bonapdrte la mort du duc d'Enghien. Qui pourrait le croire parmi les contemporains si nombreux de cette époque, quand on se rappelle avec quelle facilité ce parti, sauf quelques rares exceptions, avait abjuré aux pieds du nouveau César sa religion politique , et aussi quand on remarque l'obscurité de tous les con-

a4o HISTOIRE

spirateurs patriotes, hormis radjudant-général Arénat qui payèrent de leurs têtes les attentats entrepris contre Eionaparte? L'aristocratie de ce parti avait laissé les périls à ses prolétaires, se promettant sans doute d'en recueillir le fruit , si le succès les couronnait. Mais comme toutes ces exécrables machinations furent punies , cette aristocratie se trouva tout d'abord former l'aristocratie consulaire, et elle se résigna avec la même facilité à devenir l'aristocratie impériale. Peu de temps, en effet, après le 1 8 brumaire , tous les hommes que l'on appelait encore Jacobins étaient séduilis ou dispersés; ils n'avaient point, ils ne pouvaient avoir auprès du premier Consul de représentant assez important, assez énergique , pour lui imposer comme gage de sa fidélité à la révolution le sacrifice du duc d'Ënghien. Quant à ceux qui jouissaient de quelque crédit auprès de lui, ils ne s'intéressaient déjà plus à la cause de la liberté, abandonnée par eux; ils ne gardaient déjà plus eux.mêmes de fidélité à la révolution; car il est bien vrai de dire que Bonaparte ne dut pas à beaucoup près à lui seul, ni aux soldats , les journées du 1 8 et du 1 9 brumaire, qui changèrent le gouvernement. De même il trouva autant d'aides pour soutenir ce changement, qu'il en avait eu pour l'opérer. Indépendamment de cette foule qui accourt sans cesse au secours du vainqueur, les hommes politiques se mirent tous à consolider l'œuvre de Saint-Cloud, les uns dans l'intérêt de la révolution de 89, les autres dans celui de l'ambition; d'autres, moins clairvoyans, dans l'intérêt de la république; ceux-ci étaient en plus grand nombre qu'on ne le croit aujourd'hui :

.DE VA9ÙLÉOV. a4l

ils n'avaient vu que le triomphe de leurs principes dans la chute du Directoire et dans Télévation de Bonaparte. C'étaient les mêmes qui, à l'époque que je retrace, soutenaient, malgré les lumières répandues par l'instruction du procès, que Moreau n'avait pas conspiré avec Georges et Pichegru : parmi les honnêtes gens, les moins éclairés ont du penchant à attribuer aux hommes qu'ils aiment les sentimens que leur conscience leur inspire. Ainsi, tels défenseurs de Bonaparte contre les Jacobins défendaient Moreau contre le premier' Consul.

Cette digression trouvera grâce, je l'espère, auprès des lecteurs équitables qui n'ont accordé les bon* neurs divins ni à là Convention ni à Bonaparte ; elle pourrait paraître au moins oiseuse à ces quelques privilégiés de tous les goùvernemens , qui, saturés d'impunités, de richesses, d'honneurs, ingrats du passé, désintéressés de l'avenir, se reposent dans le sein d'une sorte d'apathie glorieuse, et indifférente désormais à ce que leur pays a éprouvé, à ce qu'ils ont été eux-mêmes. Je reviejis à mon fait.

Il ne manquait plus , depuis les voyages du capitaine Rosey à Munich, à Stuttgard, et la saisie des papiers de la baronne de Reich, aucun renseignement sur les madiinations ourdies dans l'Allemagne électorale contre la république et le premier Consul. Bonaparte résolut, en conséquence, de décider la conviction publique , en mettant sous les yeux de l'Europe , par la voie dn Moniteur^ les pièces de correspondance de Drake et de Méhée, et postérieurement celles qui concernaient la mission du capitaine Rosey. Deux rapports du grand-juge accompagnè- II. i6

a/^ik HisroiiE

rent Ja puUicatîoii de ces étranges doouiKus. Le 24 mars , M. de I^Hejrrand -adresn cette ctrciik4re à tous les meittfones du corps diplomatique, résidant k Paris :

« MzssiBirRs,

<c Le preoiier Consul m'adasBé Tordre d'adrôser « à V. £. un «teraplaire du rapport ^ fan a été <r présenté parle grand^jogesar nne obnspîration in- « cidente tramée en France par M. Drake , ministre « de S. M. B* prèslaconrdeMunicà^etqpii, parson « objet comme par sa date, se rattachait à finfêaie « complot que dans oe moment les tribonaux s'oo- « cupent de juger... Une tette prostiMtion de la pins « honorable fonction ^qui puisse étne confiée 4 des « hommes, était sans exemple dans Thistoire des na- « ti<m& civilisées. Elle étonnera, elle aflKgiera TEn* « rope, comaae le scandale d'un crime înoaa, et que « jusqu'à ce moment les gouTemeMens les [dus per* « vers n'avaient osé méditer. Le premier Ccmsidctm* « naît trop les^ntimens <6t Jes quaUliés qui dtslin- « guent le corps diplomatique accrédité auprès de « lui , pour n-étre pas convauxca qu'il verra avec une « profionde douleur lapErofimation dncaractère sacré «r d'ambassadeur, indignenient travée en nûistre « des complots d'eroheucfaa^ et de corruption.

« TAIXEltHAND. »

Le ministre reçut successivement des r^Kmses , dans le sens de cette note, du cardinal -Gaprara, lé-

DE TSÀPGLiOTf. 3^3

gat à latere éa Saint^^Siége, du ccmite de Cobentzeiy ambassadeur d'Autriche , du marquis de Lucchesini ^ ministre de Prusse , de M. Schimmelpenninck , ambassadeur batave, du baron de Dreyer, ministre de Danemarcky du marquis de Gallo, ambassadeur de Naplesi de M. Cetto^ ministre de Bavière , du comte de BunaUy ministre de Saxe, du comte de Beust, ministre du prince Primat , du baron de Pappen» hein, eavojè de Darmstadt, du baiUi de Ferrette, ministre de Malte, de M. Abd, résident des villes libres de l'Empire, de M. Ferrari, envoyé de Oéncs, de M. BeUuoiA, envoyé de Lucques, de M. de Mailliardot, ministre helvétique, de M. de Souza, envoyé de Portugal, de M. d'Oubril, chargé d'ai&ires de Russie, de M. Liivington, ministre des États-Unis, du baron de Staiib, envoyé de Wurtemberg, du ba* ron de Dalberg, ministre de Bade, de M. d'Hervaz , chargé d'affaires d'Espagne et d'Étrurie , de M. Marescalchi, envoyé de la république cisalpine, et de M. de Malsbourg, envoyé de Hesse^Cassel. La diplomatie britannicpie fut condamnée par les représentans de toutes les puissances de l'Europe, dont une partie se ralliait secrètement à la Grande-Bretagne par des intérêts analogues aux projets qui venaient d'être dévoilés.

Le 3i mars, M. de Mongelas, principal ministre de l'électeur de Bavière, en adressant à M. Drake la copie imprimée de sa correspondance avec le citoyen Méhée, l'informait par une note : « Que Télec- « teur devait à sa dignité , à son honneur , à l'intérêt « de son peuj^e, de lui déclarer que, dès ce moment, « il lui était impossible d'avoir aucune communica-

a44 ÙI8TOIBK

(c don avec lui et de le recevoir désormais à sa (c cour. »

L'électeur de Wurtemberg suivit l'exemple de la Bavière 9 et le ministre anglais Spencer Smith s'enfuit honteusement de Stuttgard. Jamais l'opinion de l'Europe ne fut aussi éclairée sur aucune manœuvre politique, que sur celle qui déshonora si. justement alors le cabinet de Saint-James.

Le second rapport du ministre de la justice au premier Consul se terminait ainsi : a Je demande « donc avec instance , et tous mes devoirs envers «vous y citoyen premier Consul , m'efa imposent ia « loi , que le cabinet prenne des mesures afin que les « Wickam, les Drake, les Spencer Smith , ne soient «( reçus chez aucune puissance amie de la France , à tt quel titre et sous quelque caractère que ce puisse « être. Les hommes qui prêchent l'assassinat et qui « fomentent les troubles civils y les agens de la corce ruption , les missionnaires de la révolte contre les « gouvememens établis , sont les ennemis de tous tt les États, de tous les gouvememens. I^ droit des « gens n'existe pas pour eux. »

Lord Hawkesbury, chef du cabinet britannique, répondit à ce sujet et osa déclarer :

« Que tout gowernement sage se doit à lui-même tf et au monde en général ^ de profiter de tout métf contentement qui existe dans le pays at^ec lequel « il peut se trouver en guerre ^ et par conséquent de <c prêter aide et assistance aux projets des mécon^ « tens. »

Ainsi le ministère anglais ne craignit pas de sanctionner par un de ses actes publics tout ce que le

DE NAPOLliON. û45

grand-juge de France avait avancé dans ses deux rapports. La doctrine de lord Hawkesbury , qui n'était autre chose que l'école de l'assassinat , donna lieu à une réplique foudroyante de la part de M. de Talleyrand, qui couvrit de honte le. cabinet de Saint- James ^ sans toutefois le forcer au silence.

Tel fut 9 dans son ensemble et dan^ tous sesdétails, Fépisode terrible qui détourna l'attention publique des conspirateurs du Temple. Toutefois , malgré le saisissement dont la mort du duc [d'Enghien avait frappé toutes les âmes , cette mort ne laissa point de trace. Nulle démission ne signala le mécontentement d'un fonctionnaire, soit civil, soit militaire, soit ecclésiastique, ni d'aucun de ceux qui ont cherché depuis, par leurs écritsou par leur silence, à se jus* tifier d'avoir pris part à cette catastrophe.

Cependant l'empereur de Russie, en sa qualité- de méditatetir et de garant de la paix continentale, pro* testa contre l'invasion du pays de Bade, et notifia, le 7 mai, sa protestation aux États de TEmpire. Il était puissamment sécOïidé dan$ cette haute démak-chepar le roi de Suède, gendre de l'électeur de Bade, et même pdr le cabinet de Londres , qui osa aussi intervenir dans cette réclamation , quoique souillé encore des ^ crimes de ses agens diplomatiques. Lorsque le iresj>ect dek morale universelle peut favoriser ses intérêts, aucune puissance ne montre autant de conscience que FAngleterre. I^a cour de Pétersbourg aviait pris le deuil pour la mort du duc d'Eoghien; une troisième coalition a'annonoait< Les «ri^nstres évètiemen» auxquels la France servait de théâtre, et ks nouveaux périls où une guerre continentale

allait entraîner FEurope, étaient tous sortis, je ne crains pas de raf&rmer, du refus de FAn^eterre d'obéir au traité d'Amiens, le plus grand att^itat poli* tique, par ses circonstances et ses résultats, qui ait jamais eu lieu chez un peuple civiUsé. L'histoire a le droit de déclarer que Fexécution du traité d'Amiens par la Grandes-Bretagne aurait prévenu le procès de Moreau et le jugement du duc d'Snghien; elle doit dire aussi que l'aJOfaire d'Ettenheîn, rendue au moins inutile par la découverte des complots de Drake , entacha cette belle période consulaire, où Bonaparte avait recueilU si justement les vœux et les hconmages de la France et de l'Europe.

Mais l'annulation du traité d'Amiens présageait d'autres calamités. Bonaparte fut comme frappé de la foudre par la rupture de la paix. sentk que cette paix, 8Î chèrement achetée, si difficilement engagée , ne pourrait faire place qu'à des combats perpétuels; il sonda Favenir d'un coup d'œil irrité, il le vit à jamais implacable : dès-lors, ne se crojant plus en sûreté , ni la France , ni lu\, sous Fégide de la dictature républicaine, il appela à son secours la dictature impériale.

La violation du traité d'Amiens et Favénement de Napoléon à l'empire s'élevèrent tout à coup Fiui contre Fautre, comme deux forces inconnues, dont Fordre social serait la proie. Ces deux causes recelaient dans leurs principes les plus redoutables élément qui eussent encore soulevé les intérêts et les paasions des hommes ^depuis les guerres de religion. Le génie de Napoléon devait le porter k monter tou* jours^ et celui de la Grande-Bretagne à creuser tou-

DE IfAPOLEOir. a47

jours un abime sous les pas de son ennemi pour l'engloutir. Ces deux grandes figures, s'entreckoquant sans cesse dans ratmosphère européenne , jusqu'à la destruction nécessaire de l'une d'elles , semblent appartenir aux créations gigantesques du Dante et du Camoëns. Le monde sera brisé par leur lutte* La France et l'Angleterre ne se bornent plus à l'ancienne rivalité qui les éloignait l'une de l'autre ; elles se sont. rapprochées pour se livrer une gueyq à mort. Voilà les auspices de l'empire.

JFIN DU LIVKE SEI^TIÈUE.

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