II. a
« fices qu'elle a voulu nous imposer. Vile de Malte ^ « à laquelle s'attachait pour ainsi dire l'honneur de « cette guerre, et qui , retenue par l'Angleterre au a mépris des traités, en était la première cause, « nous Fanions cédée. Nous avions consenti à ce qu'à « la possession de Geylan et de l'empire du Mysore «d'Angleterre joignit celle du cap de Bonne-Epé- « rance... »
11 n'est plus permis de douter, après ces deux concessions des deux clauses fondamentales du traité d'Amiens, d'abord que Napoléon n'eût touIu sincèrement la paix, ensuite que cette paix générale n'eut été conclue si Fox avait vécu !
Les grandes situations inspirent les grandes idées. Ce fut encore de Posen que le a décembre. Napoléon décréta que sur l'emplacement de la Madeleine serait élevé un monument dédié à ses braves , avec cette inscription : V Empereur Napoléon aux sol-dais de la Grande Armée. Là devaient être tracés, sur des tables de marbre, les noms de tous les guerriers qui avaient assisté aux batailles dlJlm , d'Austerlïtz et d'iéna, et sur des tables d'or masâf les noms de ceux qui étaient morts sur les champs de bataille , etc., etc. Sous une république, l'inscription eût porté : jiux armées la Pairie reconnaissanie; les noms des braves eussent été gravés sur la pierre, et le monument se serait élevé; mais le décret de la Madeleine fut rendu au milieu de la victoire , dans une capitale de l'ennemi et le jour anniversaire du couronnement et de la bataille d'Austerlitz. U devait offrir l'empreinte du génie qui le publiait à une si mémorable époque , et rencontrer dans la magnîfi-
cence de ses dispositions , bien moins pourtant que dans les immenses embarras d'une lutte à mort entre deux .gouvernemens, des obstacles à son érection.
Le jour même qui vit paraître ce célèbre décret , la forte ville de Glogau ouvrait ses portes au général Yandamme^ après quelques heures de bombar''dément.
Cependant le grand-maréchal Duroc s'était rendu de Posen àOsterode^ pour faire ratifier parle roi . de Prusse la suspension d'armes conclue à Chariottembourg. Mais ce prince lui déclara que^ les Russes occupant le reste de ses États , il se trouvait dans leur entière dépendance, et ne pouvait reconnaître la suspension d'armes , faute de moyens pour en exécuter les conditions.
La guerre ne faisait point négliger les soins de la politique extérieure par le monarque engagé dans une nouvelle lutte , après la campagne d'Iéna ; jamais les liaisons de la France avec la Porte-Ottomane n'avaient été si étroites. Napoléon n'a pu oublier le grand intérêt de faire tourner aussi contre la Russie l'amitié qu'il porte au divan. Dans un rapport du prince, de Bénévent, daté de Berlin, ce
ministre avait dit à l'Empereur : « Votre Majesté
a n'est pas libre de suivre les mouvemens de sa gé- « nérosité. Le penchant qui la porte à désirer la paix (c lui fait une loi de ne se dessaisir d'aucune de ses a conquêtes, que l'indépendance entière et absolue <r de l'empire ottoman, indépendance qui est le « premier intérêt de la France , ne soit reconnue et tf garantie »
Napoléon apprend à Posen, le 7 décembre , que les hostilités ont éclaté entre les Turcs et les Russes ; ceux-ci ont pris dans la MoMayie les villes de Choczim , de Bender et de Jassy. Mais leurs faibles conquêtes y au lieu d'intimider le» Ott<»ians^ n*ont fait qu'exciter leur indignation et déterminer le succès complet de la mission du général Sébastiani auprès du sultan Sélim. Le 3o décembre , le cri de guerre a retenti dans toutes les mosquées de Constanlinople y et l'invasion du général Michelson dans la Moldavie y jointe aux énergiques conseils de Sébastiani, donne à propos un utile auxiliaire aux Français en occupant au loin une partie des troupes de la Russie.
Cependant l'armée que cette puissance a en voyéeen Pologne monte à cent soixante mille hommes ; Napoléon y quine se laisse jamaissurprendre, a jugé la grandeur des préparatifs de la Russie contre lui » et pour pouvoir user s'il le faut de toutes ses forces, il demande de nouveaux sacrifices à la France. En réponse au message impérial, le Sénat a voté la levée de quatre-vingt mille conscrits. Les deux empereurs vont combattre à la tête de masses considérables; d'imposans efforts doivent marquer la lutte qui s'apprête. Ainsi les opérations de la guerre se poursuivent malgré les rigueurs de la saison. Le général Reningsen s'est reporté sur Pultusk , où il a opéré sa jonction avec deux autres corps d'armée, dans l'intention de reprendre l'ofifensive.
Le 1 1 décembre, se conclut à Posen un traité de paix et d'alliance entre Napoléon et l'électeur de Saxe. Par ce traité , ce prince reçoit le tilre de roi ,
DE NAPOLÉON. 38g
et entre dans la Confédération du Rhin. Son contingent est de vingt mille hommes. Quelques jours après 9 les cinq branches de la maison de Saxe sont admises aussi , en vertu d'un traité , à faire partie de la Confédération , avantage immense pour la campagne de Silésie: l'excellente cavalerie saxonne sera nommée par Napoléon brave et loyale , jusqu'à la journée de Leipsick, et la richesse des provinces saxonnes offrira de puissantes ressources à ses armées dans les temps difficiles. Napoléon a mis avec plaisir une couronne sur la tête du patriarche des souverains allemands. L'effet moral et politique de cette élévation est d'attirer à son auteur une part du respect dès long-temps attaché aux vertus de ce digne prince. Le système de la Confédération rhénane s'étend aussi à un système de Confédération germanique qui rappelle Charlemagne.
Des mouvemens de guerre^ plutôt que de véritables o^rationsy ont lieu entre les Français et les Russes. La fortune s'y déclare constamment pour les premiers : notre armée et la réserve ont passé la Yistule. Les Russes sont placés sur le Bug. Napoléon , parti de Varsovie à une heure du matin , va reconnaître l'Urka et les retranchemens de l'ennemi. Il fait jeter un pont au confluent de cette rivière avec la Narew; mais au lieu d'une grande bataille, à laquelle s'attend Napoléon y l'ennemi se disperse dans quelques combats où il se trouve sans cesse repoussé ou défait. A Biezun, il est culbuté par Bessières; à CzarnowOy Morand attaque de nuit et chasse de leurs batteries quinze mille Russes. A Nasielsk , aux passages de l'Urka et de la Sonna , les Russes sont
3gO HISTOIRE
encore battus par Augereau et Murât ; à Soldan , le même sort attend les Prussiens; Ney s'empare de cette ville, défendue par huit mille hommes. A Mlawa j le général Marchand obtient un brillant succès. A Pultusk, Lannes se présente au défi de Beningsen, à qui le maréchal Ramenskoî , dé&it à Na* sielsk , a remis le commandement générai. L'action est vive; les Russes perdent la place, six mille hommes, trois mille blessés, qu'ils abandonnent dans leur fuite, et se retirent sur Ostrolenk. A Goli* min j Augereau atteint Buxhowden , qui se voit enlever son artillerie, ses bagages, et va rejoindre Beningsen. Ces deux affaires terminent la campagne de 1806, une des plus merveilleuses qui honorent l'histoire d'aucune nation.
Cette année ne peut trouver de comparaison que dans les temps anciens. Alors le roi de Macédoine, à la tête des phalanges grecques, anéantissait la puissance colossale de Darius; alors une armée fomaine allait conquérir de vastes royaumes en Asie; mais alors aussi toute la science militaire était du côté des vainqueurs : une légion grecque ou romaine suffisait pour dissiper presque au premier choc les troupes des despotes efféminés du Gange et de l'Euphrate. Jadis les Grecs et les Romains seuls avaient de l'infanterie de ligue disciplinée , manœuvrant et bien armée; c'était avec cette infanterie qu'ils triomphaient de l'innombrable cavalerie de leurs ennemis, comme nous l'avons fait dans la campagne d'Egypte. Napoléon, au contraire, avait trouvé toute la Prusse levée sur sa frontière , non en attitude de défense, mais en attitude d'invasion. Les forces de
DE HAPOLjÊOir. 391
cette puissance y dont l'infanterie, la cavalerie et fartillerie passaient alors pour les meilleures de l'Europe continentale, s'élevaient à deux cent cinquante mille hommes; cependant elle fut détruite en un jour sur son premier champ de bataille, où combattait son souverain entouré des princes de sa maison et des vieux compagnons du grand Frédéric.
L'année i8o5 s'appellera long-temps encore dans notre histoire l'année d'Austerlitz , et l'année 1806, l'année d'Iéna: Arcole, les Pyramides et Marengo, avaient déjà consacré trois années républicaines. Il reste encore à l'Empire quatre mémorables époques, dont la dernière, celle de sa chute, n'est pas la moins glorieuse pour les armes de Napoléon.