CHAPITRE III
AFrAlAB DX OÛHSTAVTniOn.X. -^ BATAILLB D*BTLAU. — LES AVOLAIS DBVAIIT
COVSTAaTiaOPLB. — OVBEBB DB JJl POBTB AflC L*AVOLBTBBAB. PAItB
OB DABTBICaL. BATAILLB BE FàlBDLAVD. PAIX OB TIL8ITT. LB BOI
DB 8AXB, OBAUD-DUC: DB VABSOVIB. jAb^MB , BOI DB WBSTPBALIB.
Le maréchal Mortier était chargé de faire tomber les places de la Poméranie, et le prince Jérôme celles de la Silésie. Déjà une des capitales de cette pro-
vince , Glogftu , avait capitulé ; le 8 janvier , après un âége en règle de vingt-trois jours^ Breslan, l'autre capitale, ouvrit ses portes; la brèdbe venait d'être pratiquée. Dès l'investissement de cette ville, le gouverneur avait brûlé ses trois faubourgs, afin d'en éviter la défense. I^ garnison de Breslau , fmle de dnq mille cinq cents hommes, défila devant le frère de l'Empereur. Il ne restait plus au roi de Prusse d'autre capitale que Kcenigsberg. Non loin de là était le champ de bataille où la lutte prochaine entre la France et la Russie devait décider de l'existence de la couronne de Frédéric*Guillaume, qui , fuyant depuis trois mois avec sa £amille et sa cour devant la victoire française , était allé chercher son dernier asile dans la petite ville deMemel, sur la mer Baltique, à trente lieues au nord de Kœnigsberg. Le prince Jérôme faisait investir les autres places de la Silésie, Brieg , Neisse , Schweidnitz et Cossel.
En Turquie, toute la population se préparait à combattre l'agression des Russes. Le manifeste du grand seigneur, publié le 5 janvier, avait appelé sur eux la vengeance de l'islamisme. Alors gouvernaient le sultan Sélim et son visir Mustapha Barayctar, qu'une fin déplorable a rendus tristement fameux, et qui semblaient destinés à accomplir ensemble la réformation politique et mihtaire de l'empire ottoman. L'alliance, ou plutôt l'amitié de Napoléon, présidait de loin à cette grande révolution, dont vingt ans plus tard Constantinople devait donner le spectacle au monde.
Cependant tes troupes musulmanes étai^it en marche sous les ordres de Barayctar. Quinze mîBe
DE NAPOLIÊON. SqS
hommes se trouvaient déjà sur les frontières de la Yalachie et de la Moldavie; le général d'Olgorouki commandait l'armée russe. Le manifeste du grand se^[neur, écrit dans un esprit de modération très remarquable, eût fait honneur aux cabinets européens; il se terminait ainsi : « Les hostilités de laRussie étant <c notoires, évidentes, chaque musulman est obligé, a par la religion et la loi civile, de tirer vengeance « de ce perfide ennemi..*. La Sublime-Porte n'a dé- « claré la guerre que parce que son ez^me modéra- «( tion n'a servi qu'à augmenter l'audace et la violence « de la Russie.... La cour de Russie demeure respon- « sable du sang qui sera répandu et des malheurs <c qui doivent accaUer l'humanité: et jusqu'à ce que « cette cour respecte les traités et les alliances, Fim- <c possibiUté d'avoir aucune confiance en elle doit « être une vérité reconnue de toutes les puissances « qui sont dirigées par des sentimens de justice et de ce modération. » En e£fet , indépendamment de la violation commise par le général Michekon, qui avait occupé subitement les villes de Choczim et de Bender, M. Reinhart, consul général de France en Moldavie, sommé, airai que toute la mission française, de quitter son poste par le général d'Olgorouki, dont il avait reçu des passeports pour se rendre sur tes frontières d'Autriche, tomba entre les mains des cosaques à une lieue deJassy , sa résidence, et fut ^nmené prisonnier en Russie. La suite de cette histoire présentera plusieurs fois encore la même perfidie de la part des mêmes ennemis.
Cependant quatre-vingt-neuf pièces de canon , enlevées aux Russes depuis l'ouverture de leur campa-
dévdopper leur ligne que sous le Cbu des batteries ennemies. Benings^i, ayant disposé en deux ookw* nés les troupes du centre de sa ligne et celles de sa résenre, engagea Faction par un grand feu d'artillerie dirigé contre Eylau^ qu'il parut vouloir enle* ▼er« Napoléon y toujours au poste du danger, suivant sa coutume dans les graves circonstances où sa pié^ seiîce lui paraissait nécessaire, £nt avancer quarante pièces de canon de sa garde qui répondent à l'ennemi. Cette canonnade, trèsteeurtrière pour les deax partis, est soutenue avec une admirable constance par les Russes et les Français. Le dessein de l'Empereur était d'envdopper Taile gaucbe de l'ennemi , appuyée aux villages de Serpallen et de Sansgarten. De son coté, Beningsen, comptant sur sa formidable artillerie, tenta de manoeuvrer par sa droite et d'emporter la ville d'Eylau; mais l'audace de nos troupes à se déployer sous le feu plongeant de ses batteries, et, bientôt a{mis , l'attaque formée par le général Augereau, le mouvement de la division Saint*Hilaire vers la droite pour seconder la marche du maréchal Davoust sur le Serpallen, dégagèrent notre gauche. En ce moment une neige épaisse , poussée avec violence par le vent du nord, obscurcit tout à coup l'horizon; les Français, qui la reçoivent en face , en sont aveuglés. Pendant cette nuit soudaine, les colonnes du maréchal Augereau perdirent leur point de direction, et se trouvant aux prises avec les troupes de l'aile droite des Russes , commandée par le général Tutschukow , et celles du centre et de la réserve du général Doctorow, elles eurent beaucoup à souffrir. Augereau , grièvement
renverser l'aile gauche de rennemi, et le sort de la bataille est décidé. Beningsen maintient toutefois sa position en face d'Eylau; mais les progrès de l'aile droite des Français rendent cette position périlleuse, et d'ailleurs il avait employé toutes ses réserves, ^tandis que celles de Napoléon étaient intactes et •n'avaient pas tiré un coup de fusil. Les eimerois ne :songeaient plus qu'à assurer leur retraite, lorsque le corps prussien du général Lestocq.,.dont le maréchal Ney avait retardé l'arrivée sur le champ de bataille jusqu'à. quatrç heures du soir, vint se join- .dre à leur droite, et prévenir leur ruine, mais non pas. Jeur défaite.;: ce nouveau combal: ne fit que monti*er l'a^.yal^f.j la constapce des Busses ^ et la supériorité. (}es 'Fra)içais. Vecs les huit heures da ;Soit*, Naipoléon ordonne d'allumer sur toute'la ligne :dejs feux de bivac, q^ui semblent éclairer et constater •sa victoire. Le général beningsen fit un dernier effort ppjir- spute^ir d'abord et ensuite dégager son aile dr<>ite, que débordait le maréchal Ney; mais bien^- .tPtpçtte.aile^ mise en déroute par une charge à la liiajioïmettç, le força lui-même à profiter de l'obscù* irité. pour ^dérpbe^ ^ retraite. Napoléon , resté .m;altre du t^eprible champ de bataille, où dix mille mortGT.et trois à quatre mille.cbevaux tués, la neigé .couverte, .de ssuig, des débiris de boulets , d'c^us, d'arides de toute espèce « et un nombre immense de blessas , parmMèsquels six Qiille Russes., formaient le plus hideux spectacle, adoucit du moins, par des ^oins d'twmanité )(»*odigués aux soldats dès deux partis, l'horreur du : tribut offert en c^ moment an fatal génie de 1^ destructjipn des honmf^; toutefois
ni ses soins, ni sa victoire certaine, quoique chèrement achetée, ue purent affaiblir Firopression profonde de douleur que' produisit sur la France le bulletin de la bataille d'EyIau. D'ailleurs, la relation elle-même avait quelque chose de sauvage, qui semblait faire reculer la civilisation de quelques siècles. Malgré leur retraite , conséquence inévitable des manœuvres de. Napoléon , et des succès de Tarmée française sur tous les points, les Russes osèrent chanter un Te Deum. Napoléon seul en avait le droit; mais quel hommage à la Divinité que des actions de grâces pour des lauriers arrosés de tant de sang ! Le beau talent du peintre Gros s'est résigné à reproduire pour la postérité le tableau de cette grande scène de carnage que les Français ne peuvent célébrer parmi leurs triomphes ; trop de regrets se mêlent aux miracles des intrépides soldats et des habiles lieutenans de Napoléon. Heureusement les noms de Murât, Lannes, Soult, appartiennent à des faits d'armes d'une gloire moins fatale. Le lieutenant-général d'Hautpoult fut blessé à mort à £y*au. Il avait exécuté à la tête de ses cuirassiers cette fameuse charge qui traversa toute V armée russe. Un décret lui décerna une statue; elle devait être placée sur la place des Victoires , et faite avec le brouze des canons pris à Eylan. Napoléon courut volontairement les plus grands dangers à cette effroyable affaire; en vain le prince Berthier voulut l'empêcher de rester constamment sous le feu le plus violent des batteries ennemi<es, il persista à s'exposer, sans donner le plus léger signe d'émotion , au milieu des alarmes que sa position inspirait à tous ses généraux.
La seconde capitale de ia Prusse, la grande ville de rAilemagne septentrionale, Kœnigsbei^ enfin, manque à la conquête du royaume de Prusse, et la victoire d'Eylau doit être vengée par le vainqueur lui-même. Kœnigsb^ n'échappe à nos soldats que pour un moment; car Beningsen l'avait évacuée après le désastre du 9. Mais l'orgueil des Russes ne pourra croire long'-temps à l'égalité de la fortune militaire entre eux et l'armée française. S'ils ont paru, même à Eylau, avoir oublié Austeriitz, tout le génie de Napoléon et de son armée sera mis en oeuvre pour les frapper par d'autres souvenirs. Napoléon a conservé l'offensive, et les plus hautes combinaisons de la tactique, les plus brillantes conceptions de l'art de la guerre , montreront à l'Europe, sous une face tout-à-fait nouvelle, l'arbitre de ses destinées. Cependant les Français sont entrés dans les cantonnemeiis qu'ils viennent de conquérir; leur repos est un des fruits de leurs succès. Quant à Napoléon , il ne se repose jamais.
Il apprend que les opérations avancent dans la Siléste; les places de Brieg et de Schweidnitz ont capitulé. En Poméranie, le maréchal Mortier a investi Stralsund, dont le gouverneur a brûlé le Êiubourg. Le maréchal Lefebvre s'est emparé de Marienwerder sur la Vistute, et marche vers Dantzick , dont le siège lui est confié. L'ennemi doit être battu avec ses propres armes. En attendant que l'artillerie de siège soit arrivée des places fortes de la Silésie qui se sont rendues au prince Jérôme, le maréchal fait commencer les ouvrages de circonvallation. Le 16, la victoire d'Ostrolenka , long-temps
DE JfAPOLÉOir. 4<^'
disputée, est enfin arrachée au général Essen par le général Savary. Napoléon donna le grand-cordon à ce général, 20,000 fr. de pension sur la Légiond'Honneur, et l'appela auprès de sa personne. Le a6, à Braunsberg, le géiiéral' Dupont attaque dix mille Russes à la baïonnette , les chasse de la viUe , prend deux mille hommes et seize pièces de canon. Par, ces affaires d'avant-postes, Napoléon veut assurer la tranquillité de ses troupes dans leurs cantonnemens. Là, sa sollicitude vraiment paternelle veille sans relâche sur les besoins du soldat, sur les hôpitaux y où les vainqueurs d'Eylau reçoivent les secours delà science et de l'humanité, comme sa prévoyance de général veille sur l'armement et l'équipement, et sur tous les détails de l'administration militaire; car,, si dans la bataille il ménage peu la vie de ses compagnons d'armes, après la bataille il compte leurs blessures. C'est dans ces quartiers-généraux, conquis par la victoire , que Napoléon s occupait d'abord à recruter parmi les soldats les officiers qu'il avait perdus, et à donner en récompense de leur courage des grades et des décorations à tous les braves qui s^étaient distingués. Sa justice prompte et éclairée couvrait ainsi cette inflexible politique de la guerre, qui doit constamment remplir les rangs que la mort a éclaircis. De nombreuses promotions, datées des quartiers-généraux de Berlin, de Posen, de Varsovie, de Pultusk, de Preussich- Eylau, Liebstadt, Osterode, Finkenstein, payèrent les dettes, réparèrent les pertes de tous les combats depuis la journée d'Iéna. De ces résidences guerrières où Napoléon dispensait largement les recon-> II- a6
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naissances de la patrie à nos armées, partaient aussi les décrets qui devaient assurer sa prospérité et sa discîpKne intérieure.
Pendant que Napoléon attendait à Finkenstein le moment de reprendre loi-même la conduite des opérations militaires, de grands ëvènemens s'étaient passés, à Ck>nstantiDople et avaient illustré l'anibas^ sade. du général Sébastiani. La violation du territoire ottoman par le général russe Micfaelson, la surprise des villes de Choczim et de Bender au milieu de la paix, comme nous l'avons dit plus haut, équivalaient à de véritables forfaitures, auxquelles la politique anglaise, que représentait à Constantinople lôrd Arbutnot, était loin d'être étrangère.
La Russie avait demandé au divan le rétalldissement des hospodars de la Vaiachie et de Moldavie , destitués par la Porte. Les menaces de l'Angleterre appuyèrent cette demande, et le sultan Sélim, ayant besoin de la paix pour exécuter le projet qu'il avait conçu, avec Mustapha Barayctar, d'accomplir une révolution dans l'empire turc , rétablit les deux hospodars. Ce fut après cette condescendance de la Porte que le général Michelson entra inopinément sur le territoire ottoman , s'empara de Choczim , de Bender, et força les Turcs propriétaires en Moldavie, de vendre leurs biens et d'évacuer la principauté. L'armée de Michelson, destinée à de plus importantes opérations , allait se renforcer d'autres troupes déjà en marche, quand la prise de Varsovie par les Français, appelant tout à cou|» sur la Yistule ks bataillons russes du Don et du Danube, obligea
DE HAPOUtON. ^oZ
Afiehehon, abandonné à hri-méme, de s'arrêter à Bacbaresty où TaTânt-garde ottomane suffit pour lui fermer le passage. L'ambassadeur d'Angleterre intervint alors, mais sans succès, d'après l'exposé des justes récriminations du divan contre l'invasion moskovite.
La guerre fut déclarée k la Russie avec une grande sotennité : on déploya le drapeau de Mahomet, et le mupfati rendit un fetfa en présence de tout le sstcré collège ottoman. L'ambassadeur Sébastiani profita loyalement de la prépondérance de la France à Constantinople, pour obtenir qu'on respectât le dl^oit des gens à l'égard de l'ambassadeur russe Italinski. Ce diplomate eut la liberté de quitter Constantinople avec plusieurs centaines de personnes qu'il prit sous sa protection. C'était une conduite bien digue de remarque de la part d'un sultan outragé à main armée au milieu de la paix , que de déroger à l'usage adopté, même dans les guerres ordinaires , d'enfermer aux Sept-Tours le représentant de la puissance ennemie. Voilà comment le général Seliastiani se vengea de la longue captivité qu'avait soufiierte, dans cette même prison, le chargé d'af- &ires de France, Ruifin, quand la Russie et l'Angleterre dominaient le divan. Quelques jours après le départ de M. Italinski , lord Arbutnot transmit au divan une déclaration dans laquelle il était dit :
<c lies Mur^de Russie et d'Angleterre ont arrêté
« et arrangé entre elles, que l'une ferait entrer par « terre des troupes sur le territoire musufman , tan- « dis que l'autre enverrait par mer sa flotte à la capia taie de l'empire ottoman. Si la Sublime-Porte pr*^
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M cède sur-le-champ au renouvellemeot de son « alliance avec lesdites cours d'Angleterre et de <i Russie sur Tancien pied, et si elle chasse de la « résidence impériale l'ambassadeur de France Seu bastiani, la guerre cessera à l'instant; mais s'il en « est autrement, la rupture de l'amitié avec TAnglea terre est désormais inévitable..... »
Immédiatement après cette déclaration, lord Arbutnot s'embarqua sur la fir^ate YEndymion^ recommanda au général Sébastiani les Anglais ainsi que leurs propriétés, et alla rejoindre à Ténédos la flotte anglaise commandée par l'amiral Duckworth. Cette fuite est sans exemple dans les annales de la diplomatie. L'ambassadeur de France décida le divan , consterné d'une guerre maritime avec l'Angleterre, à faire tête ii l'orage, et à mettre Constantinople en état de résister aux ennemis. M. de Lascour, son aide-de-camp, fut chargé de là défense de Sestos et d'Àbydos; mais la mollesse du. ministre turc qui présidait aux travaux les rendit inutiles. £n effet, dans le courant de février, l'amiral anglais parut devant les Dardanelles avec sept vaisseaux de ligne, des bombardes , franchit le passage malgré le feu des châteaux , et brûla , à la hauteur de Gallipoli, un vaisseau turc et cinq frégates, pendant que les équipages étaient à la mosquée. (>t incendie, aperçu de Constantinople, porta la terreur dans toutes les classes de la population. Le aa, la flotte, qui se proclamait ennemie, jeta Tancre devant le sérail. Cejour, l'amiral Duckworth devenait maître de Constantinople, s'il eût attaqué; mais le ministre anglais, embarqué sur un esquif; demanda à parl&*
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menter. Le Ktaja bey se rendit à bord de Tamiral , et on osa hii proposer :
i"" De remettre au pouvoir des Anglais les châteaux des Dardanelles; a\de délivrer, pour être conduits à Malte, quinze vaisseaux de guerre chargés des munitions navales qui étaient à Tarsenal ; 3' que la Porte déclarât la guerre à la France, et renvoyât Fambassadeur Sébastian!; 4'' que la Moldavie et la Yalachie fussent données à la Russie , ainsi que la place dlsmaël et celles du Danube. Il fallait accepter ces infâmes propositions, on s'attendre au bombardement.
Le grand-écuyer du sultan vint déclarer à l'ambassadeur de France que son maître se voyait dans la nécessité de souscrire à ces conditions. « Dites à «votre puissant monarque, répliqua SébastiÉni, «e qu'il ne voudra pas descendre du haut rang où «l'ont placé ses glorieux ancêtres, en livrant à « quelques vaisseaux anglais une ville de neuf cent « mille habitans qui ont des armes, des vivres et des « munitions. »
Le a5 , lord Arbutnot demanda qu'il lui fiit assigné un lieu où il put débarquer, afin de conférer avec les ministres de la Porte. On lui répondit qu'au sein du Sërail, toute l'autorité du sultan lui-même ne suffirait pas pour défendre un Anglais de la fureur des Musulmans. Les Anglais consentirent alors à se relâcher d\ine partie de leurs prétentions; mais Sélim résolut de ne point traiter tant que la flotte ennemie serait en-deçà des Dardanelles.
Le a6f l'amiral adressa une nouvelle note dans " laquelle il n'était plus question de livrer les cbé^
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teaux , ni les vais3eapxy et quî portait que te traité public ne renfermerait paa le renvoi de Tarabassadeur de France, en réservant toutefois cet objet pour un article secret. Ainsi le général Sébastiani , grâce à la vigueur du parti qu'il avait &it prendre au sultan , était justement considéré par les Anglais comme une puis3ance dont Tétimination formait la condition nécessaire du traité. Le sultan resta inébranlable; et le S mars, il dit à Sébastiani : « Les « Anglais veulent que je chasse Tambassadear de tf France, et que je fasse la guerre à mon meilleur a ami. Écris à l'Empereur qu*hier encore j'ai reçu « une lettre de lui , qu'il peut compter sur mot « comme je compt^ sur lui. »
Le Sérail, les cotes d'Europe et d'Asie, ainsi que les Dardanelles, se hérissèrent de batteries formidables, au nombre de vingt •neuf, armées de cent neuf mortiers et de cinq cent vingt pièces de canon; dix vaisseaux de guerre suivirent jusqu'aux Dardanelles la flotte anglaise qui battit en retraite.
Les Anglais n'eurent pas plus à se louer de la fortune eu Egypte, le 3o mars. Ils débarquèrent pour en &ire la conquête, attaquèrent Rosette, se virent repousses avec perte par les Osmanlis, et durent se retirer en désordre sur Alexandrie qu'ils occupaient. Dans le courant d'avril, ils renouvelèrent la même attaque, et furent battus par les Mameluks. Voilà ^ dans l'espace d'un mois, le résultat des provocations outrageantes de l'Angleterre et de ses tentatives contre la Porte^ttomane. L'agression russe, sans être justifiée, trouva du moins une ex-
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plication dans la conduite de lord Arbutnot après le départ du géoéral lulinski.
Napoléon, malgré les chances que le brillant commencement de la guerre, sa position dans le pays ennemi et l'ardeur particulière de son armée lui donnaient pour de nouveaux succès , ne négligeait aucim moyen de paraître avec plus d'avantage devant les Russes , et d'assurer la protection des cotes de la patrie. En ccmséquence, au mois d'avril , u^ sénatus-consulle appela aux armes la conscription de 1808, qui, formée en cinq légions , commandée chacune par un sénateur, fut destinée à la défense du territoire. Un autre décret déclara les places de Brest et d'Anvers ei| état de siège. Ce dernier port reçut dans son bassin deux vaisseaux de 74 ^ sorli^is de ses chantiers, le Charlemagne et le Comnkêrcede-Lyon. La réunion de ces deux noms compose la devise de Napoléon , dont l'Bmpire ne peut s'établir que par la force des armes, celle des institutions , et la tonte-puissance de l'industrie.
Cependant l'empereur de Russie, le grand«duc Constantin et le roi de Prusse, sont arrivés à Bartenstein. Il s'agit de sauver Dantzick; on décide de secourir la ville par mer. Napoléon a deviné le projet des deux souverains; il charge le maréchal Lannes, placé à la tête de la réserve de la grande armée, d'aller avec la division Oudinot renforcer à Marienbourg, ancien chef-lieu de l'Ordre Teqtonique, l'armée de siège du maréchal Lefebvre. En effet, une armée russe et prussienne débarque le 1,4 mai sous le fort de Weichselmunde , d'où elle débouche le i5 pour marcher vers la ville. Mais l'espace qui la se-
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pare du fort est occupé par nos troupes , et les alliés sont repoussés sur les paliâbades de Weicbselmunde. Le ao, après cinquante-un jours de tranchée ouverte, le général Ralkreuth , dont le vieux courage a si bien défendu ce qui reste de la Prusse guerrière de Frédéric, capitule, et livre au maréchal Lefebvre le grand port militaire de la Baltique. Huit cents pièces de canon , cinq cent mille quintaux de grains, sont les fruits de cette conquête, qui couvre la gauche de notre armée , comme Thom en couvre le centre et Praga la droite. Lefebvre est £sàt duc de Dantzick.
Plusieurs affaires, telles que celles de Spanden, de Lomitten, d'Altklrehen, de Wolfesdorff, de Deppen, le combat deGuttstadt, la journée meurtrière d'Heilsberg , dans lesquelles Tarmée des alliés perd une trentaine de^mille hommes et de fortes positions retranchées , forment les glorieux préludes de l'immortelle bataille qui, le t 4 juin, rappelant à Napoléon l'anniversaire de Marengo, reçut de l'illustre capitaine le nom de Friedland. La grande action ne commença qu'à cinq heures du soir. Le maréchal Ney commandait la droite, le maréchal Lannes le centre, le maréchal Mortier la gauche. Les généraux Grouchy, Latour-Maubourg , Lahoussaye, commandaien t la cavalerie de ces trois corps , et contribuèrent activement au gain de la bataille. Dans cette jouméot Napoléon se complut à déployer toute la puissance de son géuie militaire : tranquille au milieu de vingt mille hommes de sa garde, qu'il condamne, ainsi que deux divisions de la réserve du premier corps, à être témoins immobiles de son succès, il fit dé-
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truire la valeureuse garde, la grande armée de l'eni* perenr Alexandre et les derniers débris dé l'armée ilû vol de Prusse , par les bataillons de la ligne j sou* tenus de la cavalerie française et saxonne , sous les yeux des deux souverains, dont l'un comptait se venger d' Austerlitz , l'autre dléna. Cinquante à soixante mille hommes tués , blessés ou pris , parmi lesquels vingt-cinq généraux, quatre-vingts pièces de . canon , soixante-dix drapeaux , sont le résultat de la défaite des coalisés. Le lendemain ce n'est plus la bataille, c'est la déroute qui continue. L'ennemi. fuit sur la Russie par les deux directions de Rœnigsberg et 4e Tilsltt. L'armée victorieuse suitsa route, cpi'elle voit jalonnée de canons, de caînons, d'équipages. Le maréchal Soult entre le 16. à Kœnigsberg; il n'y trouve plus que vingt mille blessés russes et prussiens, et d'immenses richesses en tous genres, tdttes que soixante mille fusils anglais encore embarqués. Napoléon poursuit les souverains par Druckheim et Sheisgirren, et le 19 il arrive seul à Tilsitt, où il a été précédé le matin par les troupes légères. Elles avaient paru tandis que le pont , qui vient de mettre les princes alliés et le reste de leurs forces en sûreté sur la rive droite du Niémen , brûlait encore. Quelques cavaliers de l'escorte de Napoléon n'ont pu le suivre au-delà d'une petite chapelle qui domine Tilsitt. Il s'aventure seul, emporté par la confiance de sa gloire , dans les plaines qui entourent la dernière ville prussienne que l'ennemi a traversée le jour même. De l'autre coté, commence la Russie. Napoléon a vu le Niémen, et s'est arrêté.
L'orgueil du nom moskovite anéanti par nos armes,
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SOUS les yeux d'Alexandre et des grandsnluGS , malgré la présence des plus babiles généraux russes » a porté, le i4 juin 1807, la gloire de Napoléon et la puissance française au plus haut degré d'élévation politiqi^e et militaire où jamais peuples et conquerans soient parvenus. Alors et sur le champ de bataille de Friedland, où notre victoire a ouvert au maréchal Soult les portes de Kœnigsberg , et a été suivie immédiatement de la conquête de toute la Silésie; alors et alors seulement Napoléon , selon $on expression si vainement reproduite depuis, pouvait partager le monde en deux. C'est à Tilsitt , dont le traité n'est devenu pouiifcii qu'un procès qu'il ira perdre ^Moskou; c'est à Tilsitt que le vainqueur d'Austerlitz , d'Iéna et de Friedknd , pouvait proclamer la division de TEurope et peut-être celle de la terre en deux empires. lit il pouvait , et ce fut aussi plus que sa pensée, renouveler avec Alexandre le . traité qu'avait conclu Paul I^' pour la destruction de l'empire européen du Croissant et la conquête de l'empire asiatique de l'Angleterre : là il pouvait réparer la faute du traité de Presbourg, et, réalisant une grande idée européenne, former de la Pologne tout entière et de vastes démembremens de la Prusse, une immense monarchie qui eàt à jamais isolé la Russie des frontières germaniques de la France, et reléguer ainsi au-delà du Caucase les populatioins belliqueuses de la Scythie d'Europe qui obéissent aux czars et aux sultans : là il fondait un empire grec ami de la France; le crime d'État le plus odieux dont l'histoire fasse mention, l'abandon de la Grèce chrétienne , expirant sous le cimeterre des Turcs d'Eu-
DE MAPOtioN. 4^'
rope, d'Asie et d'Afrique , n*eùt poiQt Mtfâlé la pcH litiqoe de tous les cabinote chrétiens, el depuis dix^* neuf ans la langue grecque, la mère de 4oute civili* sation, eût repris sa place parmi les idiomes législa* teurs du monde.
Le Niémen va attaclier son. nom à une grande scène; le 25, un radeau a reçu l'Empereur TÎctorieuz et l'Empereur vaincu; ils se donnent la main. La moitié de Titsitt est neutralisée; Alexandre y entre le lendemain. Derrière Alexandre est un roi sup* pliant, à qui Tilsitt appartenait la veille, à qui Memel seule, sur la frontière russe, appartient encore : il n'a plus d'autre royaume, et c'est avec cette faible couronne qu'il marche à la suite des deux empereurs : il voudrait se confondre, sans jamais y parvenir, dans la foule des généraux de Napoléon qui ont su le vaincre et qui savent le respecter. Cependant, fidèle à l'alliance que le malheur a transformée en une courageuse amitié, Alexandre ne perd pas de vue le prince dont il est la sauvegarde, et il a pu faire admettre son allié devant le souverain que celui-ci a si injustement provoqué. Six ans après^surles bords du même fleuve et au sein de l'infortune de celui qui va pardonner à la Prusse, la trahison d'un général prussien punira Napoléon de sa générosité. Mais Napoléon est en dehors de tout sentiment d'une adver« sfté possible; il est également au-dessus de toute reconnaissance et de toute crainte. Il aime à accorder à Alexandre l'amnistie de Frédéric-Guillaume, et le traité de Tilsitt est conclu . Doté de la moi^é de ses États, le roi de Prusse reprend une place parmi les monarques. Cette magnanimité manque de*pru-
4^4 table:
Ghâp. ti. — Paix d'Amiens. — Amnistie des émigrés. — Réélection du premier consol pour dix années. — Lé* gion-d'Honneor. — Consulat à ne i44
(1801.1804.) Cbap. m. — Expédition de Saint-Domingue iSa