CHAPITRE II
«ATAILLI DB MARlHttO.
L'Autriche s'était laissé entraîner par For et les intrigues de l'Angleterre. Cette. puissance rassem-
bkiît k Mm<H^e> sous les ordres du général Aber-t crombie, qu'Augereau avait chassé de la Hellandeii des troupes nombreuses qu'elle destinait à soutenir les opétations des Autrichiens sur Gènes et peut-être même sur le Yàr. L'Empire, la Bavière, la Suède i le Danemarck , la Porte et la Russie, £siis£dent égaler ment partie de lacoiaMtioa. Mais le premier Consul^ gràee à une démar€he imprévue et pleine de générosité, inspira à l'empereur Pau) une sorte d'admiration fsinatîque pour sa personne , le sépara de nos adversaires et le rendit ennemi de l'Angleterre. Il existait en France une grande quantité de prisonniers rusées, provenaiit de la campagne du général Brune en HoHande et de celle de Masséna ea Suisse. Instruit du caract^ chevaleresque de. l'empereur, Bonaparte fit habiller à neuf, ch^cup ayçç l'unifoqne de son régiment, ce^ nombreux prisonniers, qu'il renvoya en Russie ^ ei) payant tçus le$ frais d^ voyage, et sans aucune proposition d'échange. Bonaparte avait bien jugé Paul P^ Ce prince fut ^i vivement frappé de cette action, qu'il rappela d'AUeifia* gne toutes ses troupes, rompit le pacte britannique et chassa les Anglais de sa capitale. La défection si subite de la Russie, sans préliminaires, jeta sur la cpalitionun grand discrédit, et lui ôtait aussi un auxiiaire important. Le preçoiier Consul ne perdit point de temps pour enlever encore à ses ennemis d'autres aUiés : il envoya Duroc à Berlin, avec la mission de déterminer la cour de Prusse à s'employer pour détacher de la cause anglaise les puissances sur lesquelles son voisinage et sa force pouvaient lui donner de l'influence. Cette négociation réussit; la
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Suède et le Danemarck se décidèrent^ par les instigations de la Pnisse, à se renfermer dans une rigon^ reuse neutralité. Bonsyparte avait tenté, pour obtenir la paix et pour désarmer la guerre, tout ce qu'exigeaient la politique et la gloire de la France, sans blesser toutefois la dignité des cabinets auxquels il. avait ofFert l'amitié de la république; fort de sa con* science et de son droit, du témoignage de sa nationet de la foi des gouvememens neutres, il ne lui restait plus qu'à saisir les armes.
D'après les déclarations parlementaires et les manifestes de l'Angleterre, la nouvelle ligue reprit encore un caractère de croisade contre la révolution. La France, outragée par cette personnalité, accepta lalutte, sous la conduite de Bonaparte, avec ta même joie qu'elle avait accepté l'espérance de la paix. Il y. a toujours eu chez nous, entre les citoyens et leure che6, une intelligence ^ un accord, un sentiment commun d'honneur national , qui éclatent dans tous les âges de notre histoire. On ne cite pas de peuple qui connaisse mieux l'à-propos de combattre ou de traiter. L'armée dltahe était retombée dans la même pénurie où Bonaparte l'avait trouvée quand il en prit le commandement en 1796^ et nous ne possédions plus rien dans la Péninsule. Pour en faire le théâtre d'orne autre guerre ^ il fallait également atta- . quer sur le Rhin ; mais toutes les forces de .la république n'excédaient pas cent cinquante mille hom* mes. La contagion régnait dans les hôpitaux et avait emporté le brave Championnet , qui venait aussi de laisser un beau nom en Italie. Cependant, à la voix 4u premier Consul , toute la France s'émeut ; elle sait
qu'elle va être vengée, et vole au devant des sacri-
On ne se servit ni des lois^ni des autres moyens coacti£s pour cnéer des légions nouvelles* La nation entière 9 qui avait voté la guerre, donna l'armée. Jamais il n'en parut de plus française; jamais chef ne fut plus populaire que Bonaparte après l'insolent refus de ses propositions par l'Angleterre. En faisant un appel à notre gloire, il eut tout à coup pour auxiliaires l'amour des Français, offensés dans leur orgueil; les vqbux de lltalie, ensanglantée par les cruautés de la réaction royale ou par les proscrip^ tîons allemandes; la neutralité du roi de Prusse, de la< Suède, du Banemarck, et la rupture de la Russie avec les coalisés. Il saura se susciter un autre allié non moins puissant: c'est l'incertitude où l'impénétrabilité de ses combinaisons doit jeter la maison d'Axitriohe sur le chan^> de bataille qui le verra se mesurer encore avec elle. Dijon est le point central de la réunion de l'armée dite de. Réserve. 1a posi* tion-du rendez* vous général de nos, forces, à distance égale de Bàle, de Martiguy et de Chambéry, détourne l'attention, depuis long-ftemps. portée sur le * Var par les^ mouvemais d'invasion dont Mêlas , à la tête d'environ quatre-vingt mille hommes victorieux et. bien approvisionnés, menace les vingt-cinq miUe soldats intrépides et pus que commande Mas<i sÀna. Mais Bonaparte a conçu la guerre d'Anaibal contre Rome et celle de Rome contre Garthage ; la cruelle science des armes va donner encore à l'es-^ prit humain l'honneur des plus hautes conceptions du génie.
La campagne avait pour but de conquérif' les deux bassins du I>anube et du Pô; il fallait y descendre^ Le Directoire, en étendafnt le ehainp de* ses opéra^^ tiens depuis la Hollande jusqu'à ^embouchure du Yar, cherchait iiÉutilement à ^envelopper de ses lignes éloignées IVmnemi qu'elles laissaient maître du centre. La difficulté consistait à mtoœuvrer simié^ tanémeiit sur des baseâ de cent lieues , et- à livrer des batailles de vitigt lieues de développement. <îii croyait agrandir l'échelle des combinais<ms ; on n'avait fait que TaSaiblir en la privant de l'influence directe du jfipmmandement immédiat. Le même sys<*> tème avait <3ausé la rdine des Autrichiens en Italie, sous Bonaparte; il s'en souvient, et rempiao^ ce sys* tème par celui de concentration , qui , offrant faction de Tunité , répondait à sa politique et à son caractère. Le détroit de la Sutôse ^ ^ntre le Rhin, et le Rbôné, renferme tout le mystère de ses calculs; en occupant ca 4étroit , il sépare les armées autrichiennes d'AUémagtieêt d'Italie.
'Mof^au^est àila tête de cent^ mille hoipmes composés de nos vieilles bandes , que Bonaparte lui a remises entr» les madns; Augereau commande en Hollsuidé f < Masséna , - de Gènes au Var ; Berthier à Dijon , éDnt la position regarde la Suisse; Carnot a vemuflsicé Berthier au ministère déiia guerre. L'ai lo droite de l'armée du Bhin, qui obéit à Lecourbe, sous le nom d'armée d'Helvétie , occupe ce pays ; on d<Ht penser qu'die forme la réaerve de iftoreau, que de là nous menaçons toute l'Allemagne, et que Ih guerre d'It||[e est ajournée. Les mouvemens que le premier Consul ordonne k Moreau par le Rhînthal 9,
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sur tes derrières du général Kray , isoleal tout à coup ce ^néral du général Mêlas par l'envabissement subit des défilés de la Foret-Noire. Lecourbe a passé le Rhin à SchafFouse, et opéré sa jonction à Engen avec Moreau. Kray y fut battu par ces deux généraux, et perdit l'importante position deStokach. Moreau poursuivit ses succès. Pendant que ces opérations s'exécutent, Bonaparte jouit dans son palais des Tuileries du plaisir de tromper pgr cette habile combinaison rAutriche, TEurope et ses capitalises eux-mêmes. Il envoie le ministre Clamot à l'arç^ée^ du Rhin, avec Tordre d'en détacher vii^gt ip3le. hommes sur. le Tésin par le Saiat-Gothard. Moreau s'aperr çoit avec déplaisir que même à son armée il n a p^ seul la confiance. du premier Clonsul. Il e^t vrai qu'il avait déclaré ne pas vouloir la commander sous ses ordres. Ce général se voit donc tout à coup réduit à un rôle secondaire, quoique propre à mgmenter beaucoup sa renommée : toutefiois, il suit par de savantes et constantes manoeuvres le plan de l'inaction qu'il est chargé d'imprimer à l'armée supérieure du général Kray, et prélude ainsi en grand tacticien aux triomphes de Hohenlinden , qui plus tard illustreront sa campagne ofifensive. Enfin , l'armée de Dijon est en marche sur Genève. Les victoires d'Engen, de Stokadi, de Moeskirch, de Biberach et Memmingen, gagnées par Moreau, donnent à Bonaparte le signal du départ.
Tandis que l'Europe croit le premier Consul livré à Paris aux soins du gouvernement, il arrive à Genève et prend le commandement de l'aritaée; c'est là que, féduit à porter la guerre sur le Po , entre Mi-^
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laii 9 Gènes et Turin , il choisit là base de ses opérations sur les revers du Simplon et du Saint-Gbthard: libire de toute crainte sérieuse du côté dii général Kray, contenu par Moreau, Bonaparte veut surprendre les défilés des Alpes, pour attaquer les derrières de Mêlas, dont les forces disséminées sur Gé^ nés, sur le Yar, doivent garder les débouchés des Alpes et de «la Lombardie, occupée mais nonsou-< misSé. Siir4e<;hamp , rival audacieux d'Annibal et de César, il décide le passage de Tarmée et le transport de sa formidable artillerie par la crête des montagnes, à plus de doqze cents toises au-dessus du niveau de la mer. Le général Marescot, chargé de la reconnaissance du Saint-Bernard, avait eu beaucoup de peine à le gravir jusqu'à l'hospice où stationnait , depuis deux rnois^ un petit poste détaché dû corps du général Mainôni. a Peut-on passer ? » fiit la seule question de Bonaparte. <t-^Oui, » dit Marescot, « cela est possible. ^-^ Eh bien ! partons, j» L'armée passera, le premier Consul le veut; mais l'artillerie , comment pourrart^lle passer ? Cette difficulté était prévue. Les cartouches et les munitions renferihées dans de petites caisses, les afiuts démontés, seront portés à dos de mulets. On a préparé des troncs d'arbres creusés de manière à pouvoir contenir nos pièces de canon; cent soldats s'attellent à chacune d'elles. Lannes commande l'avant-garde. Le 17 mai, trente-cinq mille Français^ conduits par Bonaparte , abordent le Saint-Bernard^ Moncey marche vers le Saint-Gothard avec quinze mille hommes, pour descendre à Bellinzona. Béthencourt a sa direction sur le Simplon , tandis que
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Turreau a la sienne sur le Mont-Cenis. Cette det^ nière démonstration doit empêcher Mêlas d'aban* donner la rivière de Gènes. Au ^ein des rochers les plus escarpés 9 au travers de glaces étemelles^ au miUeu des neiges qui. effacent toutes les traces et n'ofitenti; phia qu'un, immense désert, let par des cheminsi'Oii le pij^ de Thovime n'a jamais: été emr preint, les Français montrent un indicible courage : gravissant. péniUement, n'osant prendre le temps de respirer^ paroe que la colonne en eût été jarrétée; près de succomber sous le poids de leurs armes, ils s^ezôtent ks unsJes autr^ par des chants guerriers. Smrvient-il un péril presque insurmontable,?. . alp.rs ils font battre la charge , et^ comme un ennemi , le péril disparait devant eux. Sous les regards de.Bo* naparte, tous lés obstacles de la nature deviennent das conqoÀtes.Xjn&nterie, lacavalerie, les bagages» les canons, ont atteint i les. Crommitésdqs Alpes, où nosdiOérens corps reçoivent tour à tour, des reli^ gieux de. Thofipiçe, tous, les secours de la plus gé« néreuse charité; mais après une halte de quelques heures, chaque division se préci{Hte avec ^ une nouvelle ardeur , quoique avec bien plus de dangers , sur les pentes rapides du Piémont. Bonaparte luimême opère la.desscente à la ramasse, sur un glacier presque perpendiculaire.
Les Autrichiens avaient toujours regardé la fbrmatioadel'armée de réserve à Dijon comme une fable inventée pour. leur donner le change, et les pousser à abandonner le blocus de Gènes. Bonaparte s'était appliqué à entretenir cette erreur par une foule de précautions .et de ruses; elles avaient réussi au point
que ni Paris , ni Dijon , ni la cour de Vieime, ni ses généraux dltalie, ne croyaient à cette armée, qui après avcHr marché à son but par diverses routes i^ en corps isolés, sans aucun rapport entre eux, s'était réunie au pied du Saint-B^nard, et venait de le franchir. M^as, profondémaat convaincu ^pie^ noub n avionsque sept à huit mille cofloscnts-oii; iuvidide» à Dijon, iaî^mt presser le siège de Genei par quarante mille homnaes et combattait en personne sur le -*¥âr avec le reste doses forces contre Suchet, séparé de Masséna , avec huit mille hommes seulement, depuis le 6 avril, quand, d'un côté, les divisions^ française», placées sons le commandement imiAédiat dupremiiÉr Consul, et de l'autre les quinze mille hommes détachés dé l'armée du Rhin et conduits par le général Moncey, et decpc autres colonnes, descendaient les revers du Saint-Bernard, duSaint<<]k)tfaard, du Mont- Cenis et du Simplon. Une combinaison supérieure présidait au destin de cette mémorable campagneu Bonaparte se dirige sur l'Italie , entre l'armée vîcto* rieuse de Moreau,<iui retenait devant Uhn les troupes du général Kray, réduites à la tdéfei^ve, et entre la petite afrmée des Alpes-Maritimes, qui, attalquée à la fois par terre et par mer, défend Gréiie^, le cMrs du Var, les portes de la'Provencti et lés défilés âU Piémont* Lé grand caractère de Masséilà imprime à cette d^ense un héroïsme 'qui vivra éterridlèment dans l'histoire. Il a pour lieutenans MioRis, Oazan > Soult et Suchet. Il sait que Bonaparte compte sur son in£aitigable résistance, et il trouve dans les généraux sotis ses ordres des hommes dignes de par* tager sa gloire et ses dangers. La reprise dés forts de
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Gènes 9 foudroyés par la flotte anglaisé , eàt un de plus beaux &its d'armes connus. Jamais les forces humaines ne se sont déployées, multipliées, avec tant d'énergie et de constance que dans cette immortdle campagne. Epuisés par tous bs fléaux de la guerre, les soldats de Masséna ont d'autres ennemis qu'ils ne peuvent combattre, la £simiiç et la contagion. Gènes voit mourir dans ses rues sa généreuse population^ confondue avec l'intrépide armée qui ne peut plus la protéger. Le drapeau noir flotte sur les hôpitaux. Mais Masséna sent profondément qu'il occupe à lui tout seul une forte armée autrichienne avec douze mille hommes, et Suchet, qui n'a que huit à neuf mille braves devant Mêlas, a fait aussi son serment aux triomphes de l'armée àe réserve; Masséna et Su« chet réppndront à la confiance du premier Gonsill. ' Après le succès de notre passage, les armées des deux nations embrassaient par leurs masses principales une demi-circonférence presque régulière, dont le centre était à peu près vers Alexandrie. Là tout devait se décider, et l'avantage appartenait à celui qui aurait franchi le P6 le premier. Une circonstance favorisait l'armée française, c'était le rap-> prochemênt d'Alexandrie et du Pô avec les Apennins et la mer. En un mot, Mêlas se trouvait tourné, tandis que le premier Consul ne pouvait l'être, soit par la propre nature du terrain qu'il occupait, soit par les mouvemens ordonnés à l'armée du Rhin ; car il n'avait point oublié la funeste inaction de cette armée pendant sa première * campagne d'Italie. Le jour même du grand passage, la ville d'Aost fut emportée par l'avant-garde après une vive résistance y
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et les Croates, repoussés sur le fort de Bard , château inexpugnable qui fermait l'unique chemin ouvert aux Français. Il était de la plus grande importance de surmonter cet obstacle avant que Mêlas eût connaissance de la marche de Bonaparte , et afin de s'emparer des débouchés des vallées; mais le fort ne pouvait être enlevé , et seul il arrêtait toute l'armée. Berthier et Marescot eurent l'heureuse idée de taiUer dans les rochers d'Abaredo un escalier qu'à force de travail on rendit praticable pour les hommes et pour les chevaux. Les divisions françaises défilèrent succe^ivement par ce sentier périlleux, avec bien plus de difficulté qu'on n'en avait rencontré au trajet du Saint-Bernard. Notre artillerie demeurait en arrière, sans qu'aucun moyen humain pût lui faire passer cette barrière fatale. Bonaparte arrive, ordonne l'escalade et l'assaut du fort. L'audace, la valeur, n'obtiennent point de succès; il faut se contenter de poursuivre le siège avec vigueur. Cependant l'avantgarde de Lannes, parvenue à Yvrée, manque d'artillerie et peut être attaquée avec avantage. Alors une de ces inspirations du génie de la guerre , si fréquentes dans les soldats et les généraux finançais, mit un terme à l'impatience et à l'anxiété de Bonaparte , incapable de consentir à se voir retardé par ime conquête inutile : on jonche la route de matdas et de fumier; les roues sont garnies de paille; les pièces, enveloppées de feuillages et traînées à la prolonge, chacune par cinquante braves, traversent avec leurs caissons la ville entière, à demi-portée de fîisil, sous le feu de l'ennemi, qui, ne se doutant de rien , ne cesse toutefois de faire des décharges meurtrières , II. 5
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sans ébranler toutefois nos intrépides soldats. Une batterie , que l'on parvint avec des peines extrêmes à monter surTÂlbaredo^ reste avec un corps de troupes pour réduire le fort de Bard , qui tombe au bout de dix jours.
Nous sfvons franchi le terrible défilé. Yvrée et sa citadelle se rendent après une courte résistance^ et dix mille hommes de l'armée de Mêlas ^ aux ordres des généraux Kaim et Haddig, sont culbutés sur les bords de la Chiusella. Bonaparte s'ouvre ainsi l'accès des plaines du Piémont , pendant que les colonnes de flanc descendent sur Bellinzona et Avigliano. Le a4 >Tiai, les soixante mille hommes que Bonaparte a dirigés sur la Lombardie par les différens passages des Alpes , ont simultanément rempli ses intentions. Trompé par la vigoureuse attaque de Turreau au pas de Suze^ Mêlas n'a réservé que dix-huit mille hommes pour défendre les défilés de la Haute-Italie ; il a laissé Ott devant Gênes avec vingt-cinq mille hommes , et EllnitZf sur lé Yar, en a dix-sept mille. Mais, que ce soit Masséna ou Mêlas qui occupe Gènes, le point stratégique de l'opération que médite Bonaparte est 9ur le Pô, enti*e l'embouchure du Tésin et le double confluent du Tanaro et de la Bormida. Il fallait donc jeter un pont sur le grand fleuve, et empêcher la jonction des troupes de Mêlas avec celles du Milanais et du Mantouan.
Bonaparte, qui marche à Milan, doit traverser cette ville pour aller combattre Mêlas. Après avoir poursuivi Kaim et Haddig, sur Chivasso, il pousse son avant-garde vers Pavie, où elle trouve deux cents pièces de canon, ainsi que des munitions en tous
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genres; il dirige le corps de Murât sur Verceil et Milan ^ force le 3i le passage de la Sésia et du Tésin , défendu par Laudon, et le a juin il entre en libéra* teur à MUan^ où Ton venait seulement d'apprendre Finvasion d'une armée française en Piémont. Son premier soin est de proclamer et d'organiser de nouveau la république cisalpine^ aux acclamations de toute l'Italie. Cette mesure politique a pour but de procurer aux troupes toutes les ressources d'un pays dévoué à nos armes. Toujours habitué à suivre ses succès comme César , il ne donne pas un moment de relâche à la fortune^ Par ses ordres y l'armée se ré*pand entre le Pô et l'Adda, franchit cette dernière rivière, s'empare de Bergame, de Créma^de Crémone» et repousse Laudon jusqu'à Brescia. Mêlas n'a ni de-' viné ni compris les opérations de Bonaparte , et c'est par ses généraux, battus dq>uis l'attaque de Bard, qu'il apprend que soixante mille Français entrent en Lombardie. Ellnitz a reçu l'ordre d'abandonner la ligne du Yar et de se retirer sur la vallée du Tanaro : Ott, devant Gènes, a les mêmes instructions : Mélaâ a besoin de quarante mille hommes qu'ils commandent pour faire^ce à cette armée inconnue , que Bonaparte conduit à Milan« Mais la retraite d'Ellnitz et de ses dix-sept mille hommes a été inquiétée par Suchet» qui, renforcé de quatre mille hommes, l'at^» taque avec douze mille au col de Tende, lui en fait perdre huit miUe» et poursuit sa course victorieuse sur Savone, pour venir au secours de Masséna, en^ fermé dans Gênes. U ignorait que cette ville avait du enfin capituler, après soixante jours de blocus,
assiégée au dedans par la peste et parla femine, et au dehors par le général Ott, à la tête de trente-cinq mille hommes. Ott, s'attachant à un vain trophée, avait commis la faute de ne quitter Gênes qu'après la glorieuse capitulation de Masséna, qui conserve au drapeau les huit mille braves qui lui restaient , et dont six mille allèrent grossir à Savone le corps de Suchet. Bonaparte profite audacieusement, selon son usage, de l'inaction et de l'imprévoyance autrichienne, et Vient lui-même montrer aux ennemis, en l'occupant, le point qu'ils auraient dû couvrir: c'était vers Stradella et le Pô. Il rabat ses colonnes sur ce fleuve , dont il rend la. défense impossible. Loison le traverse à Crémone ; Murât enlève de vive force la tête de pont et la ville de Plaisance; Lannes parvient à passer devant Belgiojoso et San-Cipriano, malgré la résistance du général Ott, dont l'armée s'est affaiblie de la forte garnison qu'il a jetée dans Gênes. Là s'établit le pont de l'acmée française : c'était le véritable passage et le point capital, en raison de la proximité du confluent du Tésin et du défilé de la Stradella, et des communications avec Milan. Le même jour, le premier Consul transfère son quartier-général à Pavie. Mêlas, renfermé entre le pied des Apennins et la rive droite du Pô, n'a plus que la ressource des combats. En se portant devant l'ennemi, Bonaparte apprend la reddition de Gênes et la jonction des troupes de blocus à celles de Mêlas. Mais, quoique une partie seulement de son armée ait franchi le Pô, il livre au général Ott la bataille de Montebello, dont le général Lannes
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doit ùàre à jamais l'illustralion. Cinq mille prisonniers autrichiens 9 trois mille morts , forment les trophées de cette première victoire.
'Sous avions battu l'une des deux armées ennemies : il feUait courir à l'autre etdéfaire aussi Mêlas, qui concentrait toutes ses forces sur Alexandrie , entre le Pô et le Tanaro; il avait rappelé de San-Giuliano le général Ott, qui. n'avait laissé qu'une arrièregarde à Marengo, petit village qui va devenir si célèbre. Le ist juin, l'armée française, composée des corps de Lannes, Desaix et Victor, borde la Scrivia. La division Lapoyipe avaitordre de rejoindre le général Desaix, qui , après avoir conquis la Haute- Egypte, de retour en France par la capitulation d'El Aricfa, entraîné par la fatalité de la'gloife, était venu retrouver les drâpêanx de son ami, de son général, en chef de l'armée d'Egypte. Le r^stede nos, forcies disséminées d^s la Lombaniie bloquait ou contenait les différehs corps autrichiens. Le quaiv ' tier-général était à Voghéra. Le premier Consiil s'attendait à rencontrer l'armée autrichienne dans les plaines de San-Ciuliano. Le i3,tilrles traverse sans résistance, et fait chasser de Marengo cinq mille hommes par le général Gardanne, qui les poursuit jusqu'à la Bormida et ne peut enlever la tête de pont. Nous prîmes position entre cette rivière et Marengo, à la Pedrabona. Il fut naturel de croire que Mêlas ne voulait pas se battre, puisqu'il abandonnait le débouché de Marengo , si facile à défendre , et qu'il allait manœuvrer par le flanc , soit sur Gênes où il aurait été si aisément approvisionné par les Anglais, soit sur le Haut-Tésin , 011 il eiit rétabli ses
communications avec rAliemagne, sodt enfin sur les deux rives du Pô, où il pouvait facikment sur» prendre un passage et une marche. Mais Bonaparte, qui a le don de saisir tontes les chances du premier coup d'oeil y envoie les deux divisions Desaix à Cas*r tel-No vo di Scrivia et à Rivalta» pour observer les ailes de Farmée ennemie, et concentre les corps de Lannes et de Victor entre San-Giulianoet Marengo , par échelons, li^ gauche en avant, se pnêparant ainsi pour tous les mouvemens qu'il aurait à faire, et chaque division d'aile pouvant devenir tête de colonne dans la direction. La division Boudet , placée à Ri val ta, sous les ordres de Desaix, devait communiquer avec le corps de Masséna et de Suchet, qui s'étaient dirigés sur Acqui.
I^ lendemain i4tl^ premier Consul fîit étonné de voir, à quatre heures du matin, l'armée, autrichienne déboucher au travers du long défilé du pont de là Bormida, de sa tête et des marais qui les couvraient. Cinq heures après seulement, elle put se porter. eh avant sur trois colonnes. Elle avait quarante mille hommes au commencement de l'action. L'armée française ne comptait que vingt mille bonunes, qui étaient des conscrits pour la plupart ; celle de Mêlas se composait toute d'anciens soldats. Le corps de Victor vigoureusement actaqué et poussé, celui de Lannes entra en ligne à droite^ et, après quelques succès, fut entraîné par la r^raite de la gauche; mais c'était une chose capitale pour Bonaparte de tenir sa droite, et pour Mêlas de la forcer. Le premier Consul, qui vit le nœud de l'affaire dans la communication que sa droite assurait avec le reste de
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larinée » fit avancer tout à coup au milieu de là plaine huit cents grenadiers de cette vieille garde ^ long* temps la terreur de l'Europe , mais qui , jeune alors ^ date si heureusement sa gloire de la journée de Ma* rengo. La postérité lui conservera ce beau surnom de redoute de granit qu elle reçut du vainqueur. Les assauts les plus terribles de Tennemi se brisèrent contœ son immobilité ; sa résistance héroïque donça le temps à la division Monnier d'arriver : celle^^i jeta une brigade dans Castel-Ceriolo , et l'armée f ran* çaise se trouva dans un ordre presque inverse à ce» hii de la matinée 9 par échelons , l'aile droite en avant, tenant toujours le point essentiel de la première ligne de bataille y couvrant sa communication la plus importante 9 occupant par son aile gauche la route de Tortone.
L'action se maintint dans cette position jusqu'à l'arrivée de la division Desaix. Mêlas , au contraire, avait af£adbli sa gauche pour augmenter sa droite qu'il étendait inutilement sur Tortone. Ce mouve* ment n'échappa point au général qui savait le mieux juger son adversaire sur le terrain. U était cinq heures : la division Lapoype ne se montrait pas, mais Desaix parut sur le champ de bataille, à la tête de la seule division Boudet. Dans les mains de Bonaparte, ce renfort va devenir l'instrument de la vic^ toire, et l'armée devine la pensée de son chef. Fati* guée d'une longue et sanglante retraite^ elle voit^ avec l'instinct d'une attente que son héros n'a jamais trom* pée,la troupe de Desaix couvrir sa gauche; et elle ré* pète avec joie le cri de l'attaque générale ordonnée sur toute la ligne. Le général Zach, qui dépasse celle
des Autrichiens y s'avance sur la grande route avec une colonne de cinq .nfille grenadiers blanchis dans les combats. Desaix ^ le brave Desaix, court à sa rencontre avec quinze pièces de canon , et tombe frappé d'une balle qui l'enlève à l'espoir de la France et à l'amour des soldats. Bir un rapport de fatalité bien étrange, au même moment l'ôlustre Rléber, sQn ami, périssait au Caire, sous le poignard d'un assassin. Désormais, il ne reste plus de renommées militaires indépendantes de Bonaparte, que celles de Moreau et de Masséna. Desaix, même après son trépas , est encore redoutable : sa division se jette avec fureur sur le corps ennemi, où chacun cherche le meurtrier de son général. Cependant Zach résiste, bien qu'il soit isolé au milieu de cette vaste plaine; mais le jeune Kellermann porte tout à coup sa cava* lerie sûr le flanc gauche dé la colonne invincible, la brise, la disperse \ et les cinq mille grenadiers qui la composent sofit prisonniers. Dès cet instant qui venge Desaix et qui suspend le deuil de sa perte , notre ligne se précipite en avant et a reconquis en moins d'une heure le terrain disputé depuis l'aurore. L'armée ennemie est prise à revers et recule à la hâte; Mêlas essaie en vain de tenir à Marengo : son inutile défense contribue à donner le nom de ce village, tout à coup emporté par Bonaparte, à la fameuse bataille qui va changer le sort de lltalie, ce* lui de la France et de l'Europe. Les Français poursuivent les Autrichiens jusqu'à dix heures du soir, et ne s'arrêtent qu'à la Bormida : cinq mille morts, huit mille blessés, sept mille prisonniers, trente canons et douze drapeaux sont les trophées de Ma-
PESAKS;.
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rengo. Le lendemain , à la pointe du jour, Bonaparte tait attaquer la tête du pont de la Bormida, mais, contre toute probabilité , l'ennemi demande à traiter! Quelques heures plus tard, les généraux Berthier et Mêlas ont conclu la Êimeuse convention d'Alexandrie, qui remet en notre pouvoir tout ce que nous avions perdu en Italie depuis quinze mois , à l'exception de Mantoue. Mais ce n'était qu'une convention militaire. Jaloux d'être encore en Italie, après une victoire décisive, le provocateur de la paix, le général Bonaparte dépécha à Vienne, du champ de bataille de Marengo, le général Saint-Julien , qui était du nombre des prisonniers , et le chargea de porter à sa cour des paroles de paix.
Ainsi une seule bataille , gagnée après douze heures ' d'une retraite o£fensive, mais périlleuse, a replacé sous l'influence de la France la Lombardie, le Piémont , la Ligurie et les douze places fortes qui les défendent. On fixa la ligne de neutralité des deux années entre la Chièse et le Mincio. La victoire et la fortune se disputèrent dans la journée de Marengo le triomphe de Bonaparte; car Mêlas acceptait les conditions les plus rigoureuses, quoiqu'il eût des forces aussi nombreuses que les nôtres, et que le Piémont lui ouvrit la carrière d'une longue campagne de sièges et de positions. Ce général pouvait reprendre ses communications avec l'Allemagne, avec le pays de Modène, celui de Mantoue, et, maître de Gênes, ayant la mer et les montagnes pour ressource et pour appui, soutenir encore une belle guerre, et peut-être forcer la France à une paix honorable pour l'Autriche; mais, après s'être vu
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enlever le succès ^ il perdit aussi le courage de sup*
porter la défaite.
Bonaparte s'occupa d'abord d'achever l'organisation de la république cisalpine et du Piémont, et de rendre à la France y non des contrées vaincues , mais des nations amies et auxiliaires. Il sentait alors que l'amitié des peuples était un plus sur rempart que leur asservissement , contre les eiknemis de la patrie. U venait de l'éprouver au désavantage de Mêlas dans la Lombardie j dont tous les voeux étaient pour la république. Bonaparte, pressé de revenir à Paris, où le rappelaient l'ivresse des Français et les intérêts qu'il a conquis à Marengo, donna à Mas-^ séna le commandement de l'armée d'Italie, et à Suchet celui de la ville de Gênes : digne récompense des importans services de ces deux génènaa. Murât ' eut l'armée de la Marche d'Ancôue, avec la mission d'aller replacer le pape sur le trône pontifical. Cette mission frappa les esprits. Bonaparte se rendit ensuite à Milan, où un Te Deum en actions de grâces fut chanté solennellement. Le vainqiieur y assista; c'était la première fête religieuse à laqudle il présidait depuis celle de l'anniversaire de la naissance de Mahomet,. qu'il avait célébré en Egypte. A Vienne, pour cette fois, on s'abstint d'an Te Deum y mais on se prépara de nouveau à la hitte, et la famille impériale eut à souffrir puhUquement, soit du mé« contentem^it que la promulgation de la guerre fit édater dans la capitale, soit aussi de l'enthousiasme presque séditieux que le héros de Marengo inspirait aux habitaAfii.
La maison d'Autriche n'était pas plus heureuse
DE NÀPOLÉOIf. j5
sur le Danube que sur le Pô. Moreau ^ après avoir pendant un mois tenu en échec le général Kray dans son camp retranché , devant Utm, avait forcé le passage du Lech, s'était emparé d'Augsbourg, et trois jours s'étaient à peine écoulés depuis la coai» vention. d'Alexandrie, que, le 19 juin, il répondait à la victoire de Marengo par celle d'Hochstedt, qui rétablissait, après un sièc^, la gloire de nos armes f le combat de Neubourg achevait d'ouvrir aux en^ seignes françaises le cœur de l'Allemagne. Dans la terrible mêlée qui rendit cette action si funeste à l'armée du général Kray, ces enseignes triomphantes se baissèrent avec respect et douleur sur le corps de la Tour-d'Auvergne, de celui que, deux mois auparavant, Bonaparte avait proclamé le premier grenadier de France; t^tre aussi neuf, aussi noble que l'apothéose. Jusqu'en i8i4> La Tour-d'Auvergne fut nommé chaque jour à l'appel de son régiment , et une voix répondait : Mort au champ dhonneurl La prise de Feldkirch compléta la belle campagne de Moreau, et, en assurant ses communications avec l'armée d'Italie, contraignit le général Rray à suivre à Parsdorf l'exemple de Mêlas. Les deux armistices préparèrent la fameuse paix de Tainéville; mais il allait encore l'acheter par de brillans combats en Allemagne, et par d'importàna avantages en Italie.
Avant d'arriver à Paris , le premier Consul s'ar-. réte à Lyon , dwit il ordonne de répaner les rtii<ie$ et de relever les monumens. De retonr dan^ )a ca^ pitale, le 3 juillet, il y trouve une exaltation qui doit lui donner l'idée de tout ce qu'un grand génie
fkvorisé par la gloire pouvait attendre d'un peuple aussi passionné. A la première nouvelle de la victoire de Marengo^ Paris avait été subitement illuminé; un tel succès, aussi imprévu qu'immense, avait con«fondu dans une espèce de culte toutes les classes de la société et semblait devoir produire la fusion de tous les partis; mais aussi, dès ce jour, tout le gouvernement et malheureusement toute la patrie furent dans un seul homme.