CHAPITRE III
(1800-1801.) morruRK ds Ta wiGOciATioa de luvbville. — MACurvB ivvftftirALs. —
AKPmiaS DBS BOSTILITBS SUR LS RHOT KT SX ITAUB. VtkXti DE LU-
fliViLLE.
Depuis Marengo, les royalistes et les révolutionnaires, à qui la joie publique parut un outrage, prirent le caractère et le rôle de deiix sectes proscrites, à jamais irréconciliables, mais ayant le même ennemi, et conspirant séparément pour sa destruction.
L'assassinat menaçait dans l'ombre celui qu'environnait tant d'édlat, et la vengeance l'offrait en sacrifice aux mânèsirritéfi de la monarchie et de la répubUque. La haine 4es partis accueillit avec une sorte d'enthousiasme les mauvaises nouvelles, arrivées à Paris
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le 20 juin, de la première bataille de Marengo, qui avait été perdue jusqu'à cinq heures du soir. On ameuta aussitôt les vieilles inimitiés et les grie& récens. Chénier, Courtois , Sieyes , étaient âubite* ment redevenus des acteurs ou plutôt des conseil* 1ers politiques. Dans certaines réunions , il fut ques^ tion de remplacer par Camot Bonaparte que Ton crut anéanti, et de sacrifier tout à coup à la républiqi^e la royauté consulaire. Moins nombreux et sans aucune influence, le parti royaliste ne prit part au mouvement de l'opinion que dans Tespoir de voir disparaître celui qui avait renversé, disait-il, et même trahi ses espérances; car la pacification de la Vendée avait été due en grande partie à l'assurance donnée secrètement aux chefs des rebelles, que Bonaparte ne voulait qu'imiter la conduite de Monck. Ainsi les royalistes, sans confondre leur but avec celui des républicains, s'étaient réunis à eux de tous leurs vœux , pour faire passer le pouvoir en des mains moins redoutables. Mais les dépêches du 21 juin, expédiées, le soir, du champ de bataille, avaient soudainement détruit les projets des deux partis. La convention d'Alexandrie, provoquée par le général Mêlas noudgré les imposantes ressources dont il disposait encore, frappa d'abord de stupeur les hostilités de la capitale , comme les alliés beUigérans de la maison d'Autriche.
Cependant ces hostiUtés , ces haines civiles de Paris, lurent loin d'être désarmées par les transports de la France et l'étonnement de l'Europe; elles continuèrent dans le sUence à tramer la perte du vainqueur. Plus ardens, plus intéressés, parce qu'ils
étaient plus nouvellement dépossédés et qu'ik avaient le droit de crier à la perfidie, les révolutionnaires ne virent que l'assassinat pour atteindre celui que la guerre s'obstinait à respecter.
Au milieu de ces complots républicains, le premier Consul reçut les deux lettres suivantes du comte de Lille, par l'entremise du troisième consul , Lebrun, à qui l'abbé de Montesquiou les avait remises.
AU CÉSftRAL BONAPAJLTE.
« Quelle que soit leur conduite apparente, des « hommes tels que vous, Monsieur, n'inspirent ja- <c mais d'inquiétudes. Vous avez accepté une place « éminente, et je vous en sais gré. Mieux que per- « sonne vous avez ce qu'il faut de force et de puis- <c sance pour faire le bonheur d'une grande nation. <c Sauvez la France de ses propres fureurs, et vous <( aurez rempli le voeu de mon cœur. Rendez-lui son « roi, et les générations futures béniront votre méce moire. Vous serez trop nécessaire k l'État, pour « que je songe à acquitter par des places impor- « tantes la dette de mon agent et la mienne.
<c Louis. »
« Depuis long-temps général, vous darez savoir ff que mon estime vous est acquise. Si vous doutiez a que je fusse susceptible de reconnaissance , mar- « quez votre place ^ fixez le sort de vos amis. Quant « à mes principes, je suis Français : clément par ca- « ractère, je le serais encore par raison.
DE NAPOLÉOIf. 79
« Non y le vainqueur de Lodi, de Gastiglione et « d'Arcole , le conquérant de l'Italie ne peut pas pré^ « férer à la gloire une vaine célébrité. Cependant vou£^ <r perdez un temps précieux. Nous pouvons assurer V la gloire de la France; je dis nous^ parce que j'au- « rais besoin- de Bonaparte pour cela^ et qu'il ne le « pourrait pas sans moi.
« Général, FEurc^e vous observe^ la gloire at- « tend, et je suis impatient de rendre la paix à mon
pays. «c Louis. »
Il parait que Bonaparte n'avait pas répondu à la première lettre, qui semble plus ancienne; il ré* pondit en ces termes à la seconde, le 7 septembre :
« Paris , le ao fructidor an vxiz.
« J'ai reçu. Monsieur, votre lettre. Je vous re- « mercie des choses honnêtes que vous m'y dites. « Vous ne devez plus souhaiter votre retour en « France : il vous faudrait marcher sur cent mille
< cadavres. Sacrifiez votre intérêt au repos et au bon- « heur de la France; l'histoire vous en tiendra compte.
< Je ne suis pas insensible au malheur «de votre fa-
• mille. Je contribuerai avec plaisir à l'adoucir, et à
• la tranquilUté de votre retraite. « Bonaparte. »
Les mécontens qui d'abord se chargèrent de la combinaison et de l'exécution d'une attaque contre la personne de Bonapsyrte , étaient des démagogues désespérés, de ceux qui appelaient la journée du 5 thermidor un crime national. L'un d'eux voulut se
8o histohue:
déguiser en gendarme et assassiner le premier Consul à la Comédie-Françiise. Un autre , Joubert, ancien aide-dek^amp de Henriot/ devait, avec une vingtaine de complices', aller tuer Bonaparte à la Malmaison. D'autres hommes très-obscurs, nommés Humbert, Chapelle, et le tanneur Megde, qui s'était fiait défenseur officieux des patriotes, oi^anisèrait aussi un complot eontre la vie du tyran. Enfin une cpiatrième conspiration fut formée par le sculpteur Ceracchi et par Diana, tous deux nés Romains, par le peintre 'topino Lebrun, par Demerville, parent et ancien secrétaire de Barrère au comité de salut public, et par Aréna, frère du député qui, le 19 brumaire, à Saint-Cloud , s'était si noblement opposé au général Bonaparte. Ils voulaient poignarder le premier Consul à rOpéra, le 10 octobre, à une représentation des Horaces. Ces attentats, périlleux aft moins pour ceux qui les méditèrent, ne pouvaient atteindre qu'un seul homme. Mais un autre projet, d'une atrocité plus réfléchie et d'une puissance incalculable^ était conçu, pendant cette époque d'une affreuse fermentation, par un ouvrier d'artillerie dans les ateliers de Meudon. Cet ouvrier, connu pour un furieux dén^crate, imagina une machine infernale afin *de faire sauter le premier Consul; il s'appelait Chevalier. Aidé du nommé Yeyser, il construisit un baril incendiaire, qu'ils avaient probablement le dessein de placer dans le palais consulaire. Heureusement il leur vint l'idée d'en £ure l'essai derrière la Salpétrière, et ils furent eux-mêmes si épouvantés du résultat, qu'ils renoncèrent à cette horrible trame. Mais la police, avertie par cette détonation
BE tIAPOtiON. 8l
extraordinaire, se mit sur leurs 'traces , et Ton arrêta Chevalier 9 tandis qu'il s'occupait à fabriquer une petite bombe destinée à étipe lancée dans la voiture do premier Consul. Cette exécrable invention ^'une madiine infernale devait trouver des imitateurs deux mois après, dans une autre faction qui, supérieure en lumières et en position sociale, le £at également en perversité.
Cependant le csomte de Saint-Julien, dépéché de Marengo à Vienne par le vainqueur, pour proposer an traité de paix, était revenu avec une lettre de créance^ son sottveifdn et muni de pleins pouvoirs. Mais il déclara en même temps que TAutriche ne pouvait pour ce traité se séparer de la Grande-Bre* tagne, avec laquelle elte avait signé une convention de subsides peu de jours avant la bataille de Marengo. Cette difficulté compliquait tout à coup ^ question, et changeait totalement l'échiquier politi- (pie et militaire tracé à Alexandrie. Toutefois, menacé par le Vainqueur de Marengo, qui ne voulait pas perdre dans la lenteur d'une noble négociation le fruit de son triomphe, le comte de Saint- Julien se décida le a8 juillet à signer les préliminaires basés sur le traité de Campo-Formio. Le général Duroc partit aussitôt pour Vienne avec ce plénipotentiaire , afin de les faire ratifier. Mais dans l'intervalle, lord Mento, ambassadeur d'Angleterre, à Vienne, avait annoncé l'intention de sa cour de prendre part à la négociation. Ce grave incident jeta alors le cabinet Âe Vienne dans un système tout contraire. IjCs généraux Kray et Mêlas furent disgraciés, l'un pour larmlstice de Parsdorf , l'autre pour celuWAlexandrie , II. 6
8a lii&ToiftE
et le négociateur Saint-Julien fiit conduit dans pne forteresse en Transylvanie , pour avoir obéi aux ifi* structioQs de sa cour en sig&ant des préliwiaaires avec laf ranoe. En conséquence^ le premierConsul ordonna à Moœau et à Brune de rompre l'armistice i Tuti en AUemagno, f autre en Italie.
: Imnu^iaitement après Wdéclarationr du comte de Saint-Julien ,^ le premier Consul avait, chargé Ot^o de négocier à Xx>ndre& un atYni&tioe nbval. L'Egypte était encore opcupée par les Français, et Malte n'avait .point succombé . auîx deux, années du bloqua britannique» làforddée de, cette négociatioiiy l'Antriche consentit , dans le cas où l'Aiigleterre accep* terait l'armistice naval, à i^endettre à Maroau Ulm, IngoJstadt et Pbilipfebourg. Cette, nouvelle cQnyen- .tionfut conclue le.ao septen^^re, à Hobenlinden, peur l'armée d'AUemàgmç ^ et ;à Castig^ione pour celle d'Italie. Mais le ravitaillement de Malte et de l'Egypte, qui ^tait le but de U proposition -du premier Consul, fut le motif du refîis du cabinet de I^ndres. £t en effet, la cbute dn Malte, qui tomba le & septembre au pouvoir: du général Pigot, et qui devait faire présager l'évacuation ^e l'Egypte ^ rendit tout rapprochement iinpossiblis. entre Londres et Paris. Le premier Consul avait mis, à profit l'intervalle occupé, p^r la discussion britannique: le ;3o septeoibre, Joseph Bonaparte avait ^igné., ^ Morte* fontaine^ un excellent traité avec les. £tats**Unis;.ety soutenu par les griefs des puissances neutres contre les violations tyranniques que le pavillon anglais exerçait sur elles, Bonaparte déclara qu'il ne traite* rait que séparément avec l'Autriche et l'Angleterre.
DE JVAPOUÉOIV. 83
Cette déclaration suivit celle de l'ADgleterre^ qui rompit la négociation le 9 octobre. Elle arriva à Lunéville, où Joseph Bonaparte s'était rendu le 1 1 pour, traiter avec le comte de Gobenttel, plénipotentiaire autrichien ; le jour même où ce message &tal annonçait la reprise des hostilités, le général Clarke donnait une fête aux membres du congrès , on chantait l'hymne de la paix , et les plénipotentiaires français et autrichiens s'embrassaient. La convention du ao âq)tembre allait expirer. Mais c'était la victoire , et non l'armistice de Hohenlinden, qui devait nous conduire au terme des combats. L'or de l'Angleterre a produit celte soudaine révolution.
Forcée par son dernier traité avec cette puissance de reprendre les armes, l'Autrîohe appelle au dra* peau toute sa population. Elle proclame nationale cette guerre où toutes ses forces , en moins de ttois mois, ont été mises en mouvement, divisées en cinq armées. Sur la rive gauche du Danube, le général Klenau, avec vingt mille hommes, a devant lui le général Sainte-Suzanne. Au corps de Klenau se lient, en Franconie, les levées mayençaises, soldées par l'Angleterre, sous les ordres du baron d'Albini, et sqpt à huit mille Autrichiens sous ceux du général Simbschon. Ils ont vis4rvis d'eux le général Augereau et l'armée gatto-batave. La grande armée autrichienne ^ opposée à celle éa général Moreau sur le Rhin , est conduite par l'archiduc Jean, âgé de dixhuit ans , qui remplace le général Kray , sous la tu. telle du général Lauer. Dans le Tyrol , le marquis de Cbasteier commande vingt mille hommes et les milices guerrières de ce pays contre le général Macdo-
nalcl, qui marche sur la Valteline. Dans le Mantouan et le Ferrarais , à la tête de quatre^vingt mille hommes , le comte de Bellegarde est placé en face du général Brune. Un corps de dix mille hommes d*élite, destiné à former une seconde armée de réserve pour des desseins ultérieurs , se rassemble à Amiens sous les ordres de Murât.
Si là cour de Vienne a profité de l'armistice de Hohenlinden et du congrès pour se mettre tout en* tièreen armes à la disposition des vengeances britanniques , le premier Consul a profité aussi de ce repos pour méditer la ruine de son ennemi. Moreau, cette fois 9 poussera jusqu'à Vienne. MacdonaM sera Tin* strument d'une haute combinaison stratégique qui doit lier les cinq armées françaises et leur imprimer à la fois un terrible concert contre les adversaires de la France. Bonaparte regarde à la fois Vienne et Mantoue.
L'armée gallo-batave, commandée par Augereau, dont le quartier-général était à OfFenbach , dénonça l'armistice 9 le 9 novembre, au corps du baron d'Albini ; les hostilités éclatèrent le !i4- Le général mayençais, au lieu d'abandonner AschafFenboui^, cju'il ne pouvait garder , attaqua avec impétuosité. Il fut repoussé par les Hollandais; le lendemain le général Augereau entra dans Aschaffenbourg , et porta ses forces sur Vûrtzbourg et Schwefnfurt. On ne revit plus Albini ni ses levées électorales. Une affaire importante 9 le i3 novembre, à Bourg^Eberach, rendit l'armée gallo-batave maîtresse du cours de la Bednitz. Au moment où Moreau gagnait, à Hohenlinden, la grande bataille de la campagne, la forte
position de Bourg-Eberach fut évacuée par le général Simbschon , qui se retira sur le Haut-Palatinat^ où il alla fermer sur le Pegnitz le débouché des gorges de Hersbruck. Le général Duhesme occupa Bainberg. Nos partis couraient sur Neremberg. yûrtzbourg était bloqué. Augereau , marchant aussi victorieusement sur la frontière de la Bohême et du Danube ^ couvrait Taile gauche de Moreau , et lui promettait de se concentrer dans la Bavière.
Les opérations du général Moreau commencèrent le aS novembre ; les avant-postes des deux armées se trouvaient entre llun et Tlser. C'était donc Tlnn qu'il fallait franchir pour atteindre l'archiduc. Ce prince y à la tête de cent vingt mille hommes y pressé par les ordres de Vienne , forma le projet d'envelopper l'armée française , bien inférieure en force à la sienne, et marcha sur Hohenlinden, avec l'intention de livrer bataille dans la vaste plaine d'Anzing. Ce dessein fut bientôt pénétré par son habile adversaire, dont les manœuvres, véritable chef-d'œuvre de stratégie , brisèrent tout à coup le plan du conseil aulique , et obligèrent l'archiduc à combattre sur un terrain moins vaste, intermédiaire entre les deux rivières 9 et en l'isolant de toute coopération avec l'armée du Tyrol. Plusieurs jours furent donnés à cette merveilleuse combinaison, dont le succès eut |)our théâtre le village et la foret de Hohenlinden et les défilés. IjC général Moreau confia au général Richepanse le soin glorieux de décider sa victoire. Ce général, encore à près de deux lieues du centre , reçut l'ordre de se mettre en route le 3 décembre , avec sa division , et d^issaillir les derrières de lar-
un corps de neuf mille combattant, presque inaperçu au milieu des forces imposantes d'Allemagne et dltalie, qui, resserré dans les défilés impraticables des Hautes-Alpes, devait porter le coup Êital à la maison d'Autriche. Maodonald allait répéter le rôle que BcHiaparte avait rempli lui-même huit mois auparavant lorsqu'il surprit Mêlas en Italie par le passage miraculeux des Alpes. Le premier Consul connaît les Autrichiens; il sait par une ancienne expérience qu'il peut avec succès reprendre contre eux les mêmes moyens , et il s'attendait aux conséquences qui amenèrent la victoire de Marengo. Maodonald avait obéi; mais .quand il cherchait, pendant l'armistice, à découvrir un accès vers lltalie, il rencontrait partout des retranchemens ennemis , défendus par ceux de la nature, et l'hiver y avait ajouté chaque jour de nouveaux périls. Tant d'obstacles, qui hérissaient la chaîne des Alpes des Grisons, ayant paru insurmontables au général Macdonald, il chargea son chef d'état^major d'aller rendre compte au premier Consul de la situation déplorable où il se trouverait à la .dénonciation de l'armistice, lui et ses quelques mille soldats renfermés au fond d'une vallée, bloqués par les glaces, privés de toutes communications avec les armées du Rhin et de TltaUe, et observés par de nombreux ennemis, qui domineraient et arrétersâeat tous ses mouvemens dans les escarpemens inexpugnables des montagnes , dont ilsoccupaient toutes les sommités et tous les sentiers. Mais le premier Consul , après avoir entendu et interrogé le chef d'état-miyor , lui dit : « Nous enlèverons sans combattre cette ioi-
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« meiise forteresse du T^rol. Il &ut manœuvrer sur c les flancs des Autrichiens, menacer leur dernier « point de retraite : ils évacueront sur-le-champ c toutes les hautes vallées. Je ne changerai rien à c mes dispositions. Retournez proptement. Je vais « rompre l'armistice. Ditesà Macdonald quune armée m passe toujours et en toute saison partout où deux c hommes peuvent poser le pied. Il faut que, quinze «jours après la reprise des hostilités, l'armée des c Grisons se trouve aux sources de TAdda, de TOglio c et de TAdige; qu'elle ait tiré des coups de fusil c sur le mont Tonal, qui les sépare, et qu'arrivant « sur Trente, elle forme la gauche de l'armée dltalie «f et manœuvre de concert avec elle sur les derrières c de celle de M. de Bellegarde. Je saurai porter à c temps des renforts où ils seront nécessaires : ce « n'est pas sur la force numérique d'une armée, c mais bien sur le but, sur l'importance de l'opéra- « tion , que je mesure celle du commandement. » Tdle fiit la réponse du premier Ck>nsul. Elle ne pouvait avoir d'autres commentaires que l'exécution de ses desseins, et lui'^méme il en avait donné le signal en £adsant dénoncer^ le 8 novembre, l'armistice aux avant-postes autrichiens.
Dans le moment où Macdonald recevait cet ulti^ nuUum de Bonaparte, la seconde armée de réserve, sous les ordres de Murât , avançait sur les Alpes du Piémont, et , par son mouvement intermédiaire, elle tenait en suspens les espérances de l'armée des Grisons et de celle dltalie , qui désy^ient également sa réunion à leurs drapeaux. Mais le mystère de sa destination n'était connu que du premier Consul; et
cette armée, après avoir traversé lentement leïHémonty qui venait de voir le général Soult, par sa prudence et par sa fermeté , comprimer l'insurrection, s'était dirigée vers le Milanais, où elle prit ses cantonnemens.
Cependant Macdonatd s'était mis en marche, et après avoir habilement trompé l'ennemi par une fausse démonstration sur le Tjrrol allemand , il engagea son armée dans les défilée impraticables du Splûgen. La neige avait déjà recouvert et fermé toutes communications entre les lieux habités : il fallut faire sonder et ouvrir les routes. L'armée eut à lutter encore contre ces tourmentes terribles qui transportent violemment des montagnes de neige dans les vallées, et qui précipitent des avalanches de glace du sommet des Alpes. La • o4* demi-brigade, après le passage des Alpes , dispersée par une de ces tempêtes dans une plaine qui présentait un chemin facile, ne put se rallier qu'au bout de deux jouh». On entrait dans le mois de décembre, et toutes les rigueurs de l'hiver se déployaient avec la violence des convulsions qu'agite sans cesse, dans cette hor« rible saison, le chaos effrayant des Hautes-Alpes. Bonaparte était représenté à cette guerre de frimas par la 3® demi-brigade d'Orient. Les vainqueurs d'Aboukir et dlléliopolis, anciens compagnons d'armes de Bonaparte en Italie , allaient bientôt se reconnaître sur le théâtre de leurs premiers exploits.
Le 6 décembre , le quartier-général de Macdonald atteignit Chiavenna. Là commença la guerre conti^ les hommes ; elle continua toujours contre les élénïens. Mais le 3 , Moreau avait gagné la bataille de
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Hobealindèn, et la noùtelle de cette grande victoire, annoncée à FAngleterre par les batteries de Calais et de Boulogne, retentit aussi dans les glaciers de la Yalteline et de TEngaddin. Dix miHe Autrichiens occupaient la vallée de Nos, qu'il fallait franchir pour communiquer entre celles de l'Oglio et de FAdige. L'attaque du mont Tonal , qui dominait cette val* lée, fut décidée par Macdonald< Il venait d'être placé sous les ordres du général en chef Brune, et ue pouvait plus agir d'une manière indépendante : toutefois, ayant formé le hardi projet de tourner entièrement la droite de l'armée autrichiaine et de la rejeter au-delà de l'Adige, il fit demandera Brune deux divisions de son aile gauche, afin de marcher, avec ce renfort, à la jtéte de vingt-trois mille hommes par yicence,sur lés derrières des Autrichiens. Brune refusa, et Macdonald persista dans sa résolution, malgré la faiblesse de son armée, réduite à sept mille hommes par la perte de huit compagnies que surprit à Scampf et à Zutz le général Bachmann, dans la nuit du 8 au 9 décembre, et par la mort d'un certain nombre de soldats ensevelis sous les neiges. Le général Brune se décida à lui envoyer deux mille hommes de la légion italique. A la tête de ces troupes réunies. Macdonald parvint à franchir toutes les sommités. Mais tant qu'il n'aura pas opéré sa jonction avec l'armée d'Italie, l'opération dont le premier Consul a conçu la pei^ée et semble conduire tous les mouvemens de son cabinet des Tuileries, ne sera qu'une entreprise audacieuse, sans résultat comme sans motif. Il n'en arrivera pas ainsi. Les précipices, les glaciers , les escàrpemens des Alpes , sont deve*^
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nus des routes militaires pour les bataillons, français.
Cependant Moreau avait reçu Tordre d'aHer die* ter la paix à Vienne. Il doit vaincre les cent mille hommes de l'archiduc Jean. Ce prince a concentré ses troupes sur Saltzbourg, dont il couvre les approches avec des masses imposantes. Mais le i4 ^ le général Decaen a surpris à Laufen le passage de la Saltaa, qui est rapidement traversée par le centre et la gauche de l'armée. Le 1 5 , après le combat de Yaal^qui coûta la vie à près de deux mille Françaisy le général Decaen entra à Saltzbourg par la rive droite , et le général Lecourbe par la rive gauche. La prise de cette viljie j ou plutôt son évacuation par les Autrichiens, ouvre aux Français la route des États héréditaires que n'a pu défendre une armée nationale de cent mille soldats , commandée par un prince impérial j dans les fortes positions et dans les places de guerre qui bordent les rives de l'Inn et de la Saltza. Moreau veut encore illustrer sa campagne par une grande bataille , et prescrit à ses lieutenans de poursuivre les Autrichiens avec autant de vigueur que de célérité. Le général Richepanse, qui conduit l'avantgarde, part de Saltzbourg, franchit avec promptitude les douze lieues qui le séparent de l'arrière-garde autrichienne , l'attaque le lendemain de grand matin , la culbute : et , après deux autres journées de combat,, il atteint encore l'ennemi, qui s'est retranché à Schwanstadt. La déroute des Autrichiens es>t complète ; elle marque leur dernière résistance. Les affaires de Lambach, de la Traûn, continuent ,1a marche brillante du général Richepansc. Cette ri-
DE NAPOtiON. 93
vière est passée du 10 au 20 sur quatre points différens par l'armée francise. Cette campagne de Tingt jours a enlevé à Tannée de l'archiduc vingts cinq mille hommes et cent vingt pièces de canon. Enfin Lintz, la porte de Vienne, tombe en notre pouvoir.
Mais pendant que Moreau volait de succès en succès y l'armée vaincue , sur la demande même de l'archiduc Jean, a changé de général. L'empereur, occupé à passer, à Odenbourg, la revue de* l'insur^ rection hongroise, Ta fait avancer sur Vienne^ et a déclaré qu'il se chai^eait lui-même de défendre sa capitale. L'archiduc Charles, disgracié depuis la paix de Campo-Formio, appelé tout à coup par l'inquiétude et la confiance publiques, séjournait alors à Prague, où il formait les mihces de la Bohême. • C'était toujours à ce prince que la cour de Vienne recourait dans ses grandes calamités. Aussi bon citoyen qu'habile capitaine, il eut la générosité d'accepter le titre de généralissime. Il dut k la peur et à la nécessité le retour de toutes les distinctions dont l'orgueil et la haine de l'Impératrice l'avaient fait dépouiller. Moins sensible toutefois à cette faveur poHtique qu'à l'amour et à l'estime de sa nation, il se rendit, pendant le mois de mars, à l'armée; mais il arriva à Wels, où se trouvait le quartier-général ^ la veille de la déroute de Schwanstadt, quand nous avions forcé la ligue de la Traûn. Il prévit dès-lors le sort de la campagne; cependant il chercha à rallier ses forces , et à leur faire prendre position sur la ligne de l'Eus, la TIemière qui restât à défendre. Moreau pénétra le dessein de l'archiduc, et ne vou«
lut pas lui laisser le temps d attendre la jonction des levées hongroises et bohémiennes , alors en mouvement, et avec lesqudles ce prince pouvait nous contraindre k accepter une bataille désespérée sous )es murs de Vienne. En conséquence, Richepanse reçut ordre de poursuivre et de se porter à Kremsmunster, par où Fennemi se retirait pour passer l'Ens k Steyer. A cette époque, il y avait émulation entre les généraux. L'infatigable Lecourbe, après avoir franchises montagnes en quittant Saltzbourg, avait atteint à Kremsmunster l'arrière-garde autrichienne; il occupait la ville basse quand Richepanse y entra.
lie ao décembre, Tarmée française était en ligne au*4elà de la Traun. Le m , le comte de Meerfeldt, le négociateur de Léoben , arriva en parlementaire à Kremsmunster, au moment où Richepanse allait marcher sur Steyer. 11 demanda une suspension d'armes; mais Moreau, à qui il avait été prescrit de refioser tout armistice, à moins que TAu triche ne se décidât à rompre avec la Grande-Bretagne , ne trouvant pas suflBsans les pouvoirs du comte de Meerfeldt, qui n'était point autorisé à traiter sur cette base, n'accorda l'armistice que pour quarante-huit heures, c'est-à-dire pour le temps matériellement nécessaire à la demande et à la réception de nouveaux pouvoirs. Moreau lui déclara que, passé ce terme si rapproché, où l'Empereur devait s'engagera traiter isolément et à évacuer le Tyrol, il continuerait sa marche victorieuse vers la capitale.
D'après les plans de l'archiduc Charles, les généraux Klenau et Simbschon avaient cctncerté leurs opérations contre l'armée gallo-batave, et, le i8 décembre,
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Augereau vit ses deux ailes engagées séparément avec les Autrichiens , dans les environs de Nuremberg, qui donna son nom à la bataille. Augereau, à la téta de douze mille hommes contre trente millè^ avait eu l'habileté de tenir la campagne, de garder la Rednitz, Wurtzbourg, Nuremberg, et enfin de garantir l'armée de Moreau de la diversion dont l'ar*^ chidiic la menaçait par l'action combinée des gêné* raux KlepaU) Simbschon et du général bavarois prince de BirkenfBld. I^e général Sainte^uzanne avait aussi fait des progrès sur l'extrême droite de MoredMi , et il était maître de Ratisbonne. Ce succès enlevait aux généraux ennemis la marche offensive reprise par eux, et les rappelait à leurs premières positions. Moreau fit continuellement preuve du plus beau géuie miUtaire; mais il dut beaucoup à l'accord unanime des généraux les plus, .éloignés dé lui pour le seconder de tous leurs moyens, oomme s'ils eussent agi sous l'influence journalière, et directe de son commandement. L'honneur, national était dignement représenté par les arçiés.
Les quarant^e-huit Jheures de trêve s'étant écoulées sans nouvelles de Vienne, Moreau, dont les avant* postes n'étaient plus qu'à deux journées de cette capitale 9 s'avançait sur Steyer, quand le général Griinne se présenta muni de pleins pouvoirs. Le ii3 décembre, la convention fut signée à Steyer, pour l'archiduc, par le général Grânne; et pour Moreau, par le général Lahorie, qui trouva depuis une fin si déplorable. Par cet armistice le Tyrol était évacué et placé sous la discipline française; l'aile droite de Tarmée d'Allemagne pouvait opérer sa réunion avec
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l'armée dltalie , à laquelle rarmistice de Steyer n'était point applicable. L*armée française avait à sa disposition toutes les ressources de la Haute-Autriche ^ de là Bavière et de la Souabe, et en trois mardies elle arrivait sous les murs de Vienne. En vingt-cinq jours, Moreau a conquis quatre-vingt-dix lieues, coupées et défendues par les quatre lignes formidables de l'Inn, de la Saltza, de la Traûn et de l^Ens^ et le grand objet politique de la France ^ l'exchision de TAngleterre pour l'œuvre de la paix, a été rempK*
Cependant les victoires qui désarmaient la maison d'Autriche aux portes de Vienne , loin de comprimer dans Paris les ennemis du premier Ck>nsul, armaient contre lui de nouveaux assassins. Le ^4 décembre ( 3 nivôse) avait été choisi, par des hommes de la bande de Georges Cadoudal, pour atteindre, par l'explosion d'une machine infernale, Bonaparte sur la route de l'Opéra, où la représentation du fameux oratorio de Haydn, ta \ Création du Monde y devait réunir le premier Consul, sa iPamiUe, toute la cour, et l'élite de la société de la capitale. Les auteurs de ce plan exécrable se nommaient Saint-Régent, ancien officier de marine, Carbon, Limoëlan , Joyaut, dit d'Assas, et Lahaie Saint-Hilaire. Ces monstres avaient, dit*on, délibéré si la machine ne serait pas placée sous la salle de l'Opéra. Vers les sept heures du soir une charrette chargée d'un baril de poudre et de balles fut traînée et portée dans une^des rues alors les plus populeuses de Paris, dans la rue Saint- Nicaise; Saint-Régent et Carbon, dit le petit François, étaient char^ de l'exécution. Bonaparte reçut
DE NAPOLtopT. 9"^
quelques avis: à Texemple de César, il les méprisa 9 et il ne dut la vie qu'à son cocher, qui, s étant enivré, partit à toutes brides, et trompa de deux secondes seulement Fespérance des conspirateurs. Ils avaient froidement calculé le moment de l'explosion , siir le train ordinaire de la voiture du premier Consul ; le nombre des victimes n'était pas entré dans leurs combinaisons. Cinquante-six personnes furent blessées et vingtrdeux tuées. La foule immense qui remplissait l'Opéra était* si tumultueusement occupée de l'arrivée du premier Consul, que le bruit de cette effroyable détonation n'y avait point pénétré. Tout à coup quelques groupes se formèrent dans les corridors, et quelques loges devinrent silencieuses: déjà la nouvelle de l'événement circulait. Bonaparte parut, et au même instant la salle retentit des plus vifs applaudîssemens ; mais quand le péril qu'il venait de courir fut connu dans le parterre et dans toutes les loges, l'exaltation publique monta à son comble. Une sorte d'ivresse enleva l'assemblée. Tous les regards, tous les gestes, toutes les voix^ se portèrent simultanément sur la loge du premier Consul. Ce jour vit éclater sans doute son plus beau triomphe ; il sut quel prix l'éUte de la capitale attachait à sa conservation. Son salut, disait-on, avait quelque chose de merveilleux. Il était bien l'homme des miracles* Aussi l'attentat du 3 niv6se affermit son pouvoir plus qu'aucune de ses victoires, parce que son existence fîit proclamée soudainement un bienfait public. Échappé à ce danger presque inévitable, Bonaparte redevint , pour beaucoup d'esprits religieux, II. 7