‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 12 sur 33 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

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Le 3 1 mars à midi , Alexandre et FrédérioGuillanme , ainsi que le généralissime Schwartzemberg , firent leur entrée dans Paris. Après vingt-deux années de guerre, ils occupent à leur tour en triomphateurs la capitale de leur ennemi. Les Parisiens cherchent vainement à la tête de ce cortège le père de llmpératrice, l'aïeul du roi de Rome. François II avait été retenu en Bourgogne par la marche de Napoléon sur Fontainebleau. Le hasard servit heureusement d'abord Fempereur d'Autriche , en le tenant éloigné des événemens qui livraient à ses alliés la capitale de son gendre. Cette sorte de bonne fortune fut partagée aussi de plein gré par lord Castlereagh. M. de Mettemich , afin de profiter , sans en être responsable , du mal que l'on ferait à la France , prolongea l'absence de son maître et la sienne le temps qui lui parut nécessaire au premier établissement de la conquête ; car la coalition voulait imprimer le caractère de conquête à son entrée à Paris, et cependant elle n'avait osé aborder la pensée de ce triomphe, iiialgré une armée de cinq cent mille soldats , avant l'arrivée de M. de VitroUes au quartier-général

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d'Alexandre. Blùcher seid l'avait tenté deux fois, et deux fois il avait été battu par Napoléon.

Si les alliés ne se trouvèrent pas sans surprise les armes à la main dans la capitale du grand empire, celle-ci se sentit frappée à leur aspect d'une morne stupeur; ce moment détruisit tout à coup le juste orgueil de vingt-cinq années de gloire. Les Parisiens forent, et ils devaient l'être, plus étonnés, plus à plaindre que les habitans de Vienne , de Berlin , de Moskou, qui n'avaient pas eu de pareils souvenirs à abdiquer devant le même malheur; aussi les alliés parurent-ils inquiets du silence qui régna sur letir passage. Ce silence ne fot interrompu qu'au boolevart Italien par des cris rares et violens en faveur de la Maison de Bourbon. Le bracelet blanc, que Schyrartzemberg avait ordonné à l'armée alliée de s'attacher autour du bras , parut un signal impérieux que donnait le vainqueur de se rallier à la famille royale. La population , élevée dans la haine de ces couleura , ne vit en elles que la loi de l'étranger , et demeura muette à l'apparition de cette nouvelle servitude de la guerre. Les royalistes, au contraire, encouragés par ce qu'ils regardèrent comme un appel à leur opinion , sortirent tout à coup de l'obsuurité dont leur conspiration s'enveloppait depuis six mois, et lancèrent dans les groupes des oisifs du boulevart des Italiens quelques femmes hardies qui attachèrent des cocardes blanches aux chapeaux des hommes ; ils pavoisèrent aussi quelques fenêtres avec des naouchoirs, et firent entendre des balcons de plusieurs maisons les cris de vivent les Bourbons ! vweni nos 0hérateurs ! Ce mot de libérateurs devint à Finsfant le

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sobriquet des alliés ^ et l'on chantait bientôt : IVo^ amis les ennemis. D'autres royalistes plus audacieux f environ au nombre de vingt personnes armées y vinrent^ sur le boulevart de la Madeleine, au-devant des souverains en habits bourgeois y portant des coeardes blanches et le drapeau des fleurs de lis. Les vieux habitans se rappelèrent les commencemens de la ré* voluti(m;en effet , c'en était une que Fcm essayait. Des dames se précipitèrent , au péril de leur vie , au milieti des chevaux , pour approcher l'empereur Aleii^ndre; dles lui demandèrent à grands cris le ré« établissement de la famille royale. Plusieurs d'entre elles étaient dames du palais de Marie-Louise, et ne s'en distinguèrent pas moins par la vivacité de leurs instances ; mais Alexandre j encore plus frappé du calme et de l'aspect de la ville depuis la barrière de B(mdy jusqu'à ce boulevart , était resté impassible à la vue de cette scène bizarre , et avait froidement continué sa route jusqu'aux Champs-Elysées. Il y fit défiJer pendant trois heures les armées de la coali* tion, et se rendit ensuite , à pied, vers cinq heures ^ chez le prince de Bénevent , où il avait établi son quartier*général. Par un sentiment délicat de ménagement pour l'empereur Napoléon, ce prince avait formellement refusé d'occuper soit le palais des Tuileries, soit celui de l'Elysée, dans lequel il ne s'installa qu'après le traité du 1 1 avril.

Mais pendant qu'Alexandre goûtait les premiers fruits de la victoire devant ses soldats , un secret entretien avait lieu entre M. de Nesselrode et le prince de Bénevent; ils y préparaient l'objet que l'on allait discQter le soir dsms le conseil des souverains, c'est-

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à-dire la question du gouvernement à établir en France. De son coté, le prince de Schwartzemberg n'avait pas tenu la conduite d'un [ennemi généreux; oubliant son titre de dernier ambassadeur d'Autriche auprès de Napoléon , auquel il devait son grade de feld-maréchal , il s'était souvenu seulement des engagemens qu'au mépris du serment militaire et de la foi des traité^ j il avait contractés avec la Russie , à Minsk y en i8ia. En sa qualité de généralissime, qui, pendant l'absence de son maître, le rendait l'égal des deux autres souverains , il s'était hâté de déclarer que l'existence de Napoléon en France était inconv' patible a/^ec le repos de V Europe ^ et que j Napoléon vwanty on devait se fixer au retour de V ancienne dynastie. Cette manifestation inattendue des intentions de l'Autriche précéda l'ouverture du qpnseil. On ne remarquait pas dans Alexandre le même empressement à détrôner Napoléon que dans le représentant de François II ; il dit qu'il y avait trois partis à adopter : /a/re la paix ai^ec Napoléon, en prenant contre lui toutes ses sûretés; établir la régence; rap* peler la Maison de Bourbon. » M. de Talleyrand vota hautement en faveur du dernier parti, ajoutant «qu'/Z se portait fort pour le Sénat, lequel entraînerait Paris, qui entraînerait la France.» Cependant Alexandre ne paraissait pas persuadé , et alors on proposa d'admettre à la délibération deux membres du comité que M. de Talleyrand avait formé autour de lui. Le conseil se trouva ainsi composé des deux souverains , du généralissime , du prince de Bénévent , du duc de Dalberg , de l'archevêque de Malines et du baron Iiouis. Alexandre proclama que ses alliés et lui

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lie connaissaient que deux ennemis', l'empereur Napoléon , et tout ennemi de la liberté des Français. Il demanda ensuite les opinions des nouveaux venus ; l'un d'eux affirma que toute la France était royaliste, et que d'ailleurs l'exemple de Paris deviendrait décisif. L'empereur Alexandre prit alors l'avis du roi de Prusse et du généralissime ; et , d'accord avec eux , ce prince déclara qu'// ne traiterait plus avec V empereur Napoléon ni ai^ec aucun membre de sa famille. Les votans français obtinrent facilement la permission de publier cette déclaration , dont les imprimeurs Michaud, présens, par hasard ou à dessein, dans une salle voisine , couvrirent deux heures après les murailles de Paris, allj a, écrivit en 18 16 un publiciste devenu célèbre, et qui était de ce conseil, il y a un point décisif dans les affaires , et il était là... On ne peut trop le dire, la restauration est sortie de ce conseil. » Voilà comme la nation fut consultée , représentée et interprêtée.

Il fallait assurer le dénouement de cette comédie politique, que ses propres auteurs ont nommée depuisr la journée des dupes. « A la fin du conseil, dit rhistorien de la restauration , nous mîmes tous nos soins à empêcher Vejfet des représentations que les négociateurs, au nom de Napoléon, pourraient chercher à produire. Si nous ne pûmes les empêcher d^ arriver, on parvint du moins à abréger leur séjour et à en atténuer V effet. Dès que nous fumes sortis du conseil, nous travaillâmes à nous assurer d'un des généraux les plus influens. » Mais quand même ces précautions n'eussent pas eu le succès qu'elles ont obtenu, les trois personna|[es qui conduisaient l'affaire de la

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