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leur tête partout où le danger appellerait sa présence.
Napoléon allait faire attaquer le centre de l'armée anglaise par le maréchal Ney, quand il aperçoit un corps de troupes sur les hauteurs de Saint-Lambert : sont-ce les divisions que l'Empereur a envoyé demander à Grouchy pour le seconder dans la bataille contre Wellington? Une lettre interceptée lève bientôt tous les doutes , en nous apprenant que Bulow vient, avec ses trente mille hommes, occuper l'intervalle entre l'armée française et le corps de Grouchy. Mais si ce maréchal n'a pu arrêter Bulow , ou s'est laissé devancer par lui, sans doute il arrive sur ses derrières; il suit l'armée prussienne, qu'il occupera ^ez longtemps pour que Napoléon en finisse avec Wellington. En attendant, par la faute de Grouchy, l'ennemi a quatre-vingt-dix mille hommes à opposer aux soixante-cinq mille de Napoléon, qui est forcé de changer ses dispositions et de se priver d'une partie de sa réserve, afin d'empêcher l'attaque dont un nouvel ennemi le menace.
Domont et Suberwick , avec deux mille cinq cents hommes de cavalerie légère , doivent chercher à conteniD l'avant-garde de Bulow et pousser des partis pour se mettre en communication avec le maréchal Grouchy, qu'un premier courrier a prévenu de l'arrivée de Bulow; en même temps un corps de sept mille hommes aux ordres du comte de Lobau va se ranger derrière la cavalerie du général Domont, pour garantir nos flancs si le mouvement de Bulow n'était pas arrêté par Grouchy. Ces dispositions prises. Napoléon ordonne au maréchal Ney d'enlever la ferme de la Haie-Sainte et le village
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de la Haie. Au bout d'une demi*heure , les batteries ennemies s'éloignent de la ligne , et sont remplacées par d'autres ; les tirailleurs anglais se reploient à leur tour ; Wellington craint pour ses masses que foudroie notre artillerie , et leur cherche un abri derrière les crêtes^ des hauteurs. Nos troupes se portent en ^vaut. Ney aborde la position avec son intrépidité ordinaire, et quatre-vingts pièces d'artillerie le secondent; mais la cavalerie ennemie s'élance sur l'inÊuiterie française , qu'elle parvient à ébranler , et qui recule après avoir perdu deux aigles et plusieurs de nos pièces culbutées dans un chemin creux. Milhaud accourt ^ec une brigade de cuirassiers ; ils couvrent de morts le champ de bataille. De son côté l'Empereur , qui avait vu l'ébranlement de notre infanterie ^ droite 9 s'y était porté au galop , et avait bientôt rétabli l'ordre. La canonnade continue avec fureur ^ et une nouvelle attaque nous rend maîtres de la ferme de la Haie^^Sainte. Le général anglais Kcbn est tombé mort; l'ennemi fait en désordre, sabré par la cavalerie de l'inÊitigable Milhaud; la bataille est gagnée si Grouchy se présente.
C'était alors que Bulow, débouchant de Saint- Lambert, se déployait devant les bois de la Parise. Trente mille Prussiens s'avançaient au secours de Wellington. « Nous avions ce matin quatre-vingt-dix ce chances contre une , dit l'Empereur au duc de Blal- « matie, son maj or-général. L'arrivée de Bulo w nous en i( fait perdre trente: mais nous en avons encoresoixante « contre quarante, si Grouchy répare l'horrible faute c< qu'il a commise hier de s'arrêter à Grembloux y et ce s'il envoie son détadhement avec rapidité. La vie-
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« Unve en serd plus décisive; car lecofps çle Boucher « géra entièrement perdu. » Cependant le comte de Lobau s'efforce d'arrêter le nouvel ennemi qui marr che droit au centre de l'armée française. Mais coinment , avec deu3ç mille cinq cents chevaux et sept mille fantassins , empécl^er d'avancer les trente mille hommes de troupes fraîche que coi|imande Bulo\y? Toutefois , Napoléon espère epcqre enfoncer le centre des Anglais , avant que les Prussiens pviissçnt s'y opr poser. Pendant que le maréchal Ney se soutient à la Haie-Sainte, suivant l'ordre de Nappléon, qui lui avait prescrit de ne faire £^ucuq mouvement jusqu'à ce qu'on connût l'issue de l'attaque des Prusisiens, Durutte essaye d'enlever les fermes de la Haie et de Papelotte. Vers quatre heures et demie, Wellington renouvelle ses tentatives sur la Haie-Sainte : .ses troupes sont ramenées par notre infanterie. Alors le maréchal , pénétré de I4 nécessité d'appuyer le succès et de s'emparer des hauteurs , toujours occupées par l'armée anglo-hollandaise , appelle une brigade de réserve , composée des cuirassiers de M ilhaud ; ils s'ér branlent : bientôt le maréchal couronne le plateau avec ses troupes , dont les charges brillantes font un mal horrible aux ennemis. Cette manœuvre parait décisive; tout le monde chante victoire autour de Napoléon : « C'est trap tôt (l'une heure , dit l'Empe? reur ; cependant il Jaui soutenir ce qui est fait. » Voyant alors cette cavalerie exposée au feu meurtrier de la mitraille , aux nouvelles charges de l'ennemi , dont les lignes ne sont pas encore enfoncées , il ordonne au comte de Valmy de l'appuyer avec deux divisions de cuirassiers ; entraînée par ce mouvement
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et par un excès d*ardeur, la division du général Guyot les suit : c'était la réserve de la garde; et Napoléon essaya en vain de la rappeler! il était cinq heures du soir !
Le choc des trois mille cuirassiers de Kellermann et de la grosse cavalerie de la garde fiit terrible; Milhaud , qui avait été obligé de se replier devant les forces supérieures de WeUington , se rallie aux nouveaux corps qui viennent le seconder ; alors toiis se précipitent à la fois sur ce plateau dont l'occupation doit décider du sort de la bataille. L'infanterie anglaise j assaillie avec la plus violente impétuosité , se forme en carrés qui vomissent la mitraille et la mort sur les escadrons français; mais ceux-ci s'élancent successivement contre ces remparts de feu , dont plusieurs sont enfin renversés : au milieu de leurs débris une nouvelle lutte s'engage entre la cavalerie française et celle de l'ennemi, qui vole au secours de son infanterie. Vingt fois les carrés enfoncés , brisés , se reforment; vingt fois aussi les soldats- de Kellermann et de Milhaud s'y jettent avec une fureur toujours croissante. Wellington voit s'éclaircir les rangs de son infanterie; obligé lui-même de s'enfermer à chaque instant dans un carré , il ne doit son salut qu'à l'immobilité de ses soldats , qui meurent à leurs postes. A l'aspect de ce carnage épouvantable, il verse des larmes: « U faut encore, s'écrie-t-il, quelques heures pour tailler en pièces ces braves gens; plût au ciel que la nuit ou les Prussiens arrivassent avant ! » Mais la main de fer de nos cuirassiers continue de décimer ses bataillons ; pendant deux heures ces héroïques soldats affrontent la mort; ni l'artillerie, ni
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la baïonnette, ne peuvent ralentir leurs attaques sans cesse renaiii^ntes 9 et doule mille Anglais sont tombés sous nos coups.
Wellington est battu! déjà la route de Bruxelles est encombrée de fuyards et de bagages; des soldats de toutes armes se jettent à travers la forêt de Soignes; les caissons 9 les voitures renversées, annoncent le désordre d'une déroute, et le général anglais s'apprête à donner lé signal de la retraite : il a même fait rétrograder sur Anvers la batterie de dix-huit qui devait le joindre; la nuit et l'armée prussienne, comme il Fa dit lui-même , paraissent seules pouvoir le sauver. C'est dans ce moment extrême que Bliicher entre en ligne , à la tête de trente mille hommes , ouvrant la communication entre Bulow et Wellington. En même temps deux brigades de cavalerie anglaise, fortes de six mille hommes , placées naguère en réserve sur la route , et rendues disponibles par l'arrivée des troupes prussiennes, viennent se présenter aussi devant nous.
Que faisait alors Grouchy? Parti à deux heures seulement deGembloux, au lieu d'avoir quitté cette position à deux heures du matin, afin de se montrer à Wavre assez tôt pour arrêter Bliicher, il était vers midi à moitié chemin de ce village. En vain la canonnade de Waterloo l'appelle sur le terrain où Napoléon l'attend avec tant d'impatience; en vain Excelmans et Gérard le pressent de voler à son secours : il continue à marcher sur Wavre , où se trouvait seul le corps de Thielmann ; Blûcher en était parti le matin à sept heures. Napoléon abandonné à lui-même, privé de son aile droite, en présence de cent cin-
cpianle mUle hommes qui jont fondre sar «^ £iible année, épuiaée déjà par hqit heures d^ ^mbat , juge de sang-froid sa position. Il lui £aut faire face aux deux armées , et il ordonne uq graiid changement de front. Les bataillons de la garde se forment ^ de^x colonnes sous les yeux de l'Empereur. Cqiendant trois bataillons d'infanterie de la seconde ligne viennent en bon ordre se mettre en retraite auprès de la garde; Napoléon court au-dey^t d'eux et les renvoie à leur poste. Mais leur mouvement rétrograde et la vue du corps de Blûcher gvaient fait reculer plusi^irs régimens aux prises aveo l'ennemi sur le plateau* A cet aspect. Napoléon sent la nécessité de 3outenir s^ cavalerie indécise; il se porte avec le^ quatre jH-emiers bataillons de la moyenne garde ^ 1^ gapche de la Haie«Sainte> et prescrit au général Reille de réu* nir tout son corps sur son extrême gjiuche , et 4^ le disposer en colonne d'attaque. A la Haie-Saipte y NTa-poléon rencontre une partie des troupes du mare* chai Ney en retraite j et les fait ranimer par la nouvelle de l'approche de Grouchy : en même temps il remet au maréchal Ney les quatre bataillons dont on vient de parler : et lui donne l'ordre de se porter en avant pour conserver le plateau. T^ut s'arrête et ressaisit la position. Un quart d'heure après » les huit autres bataillons arrivent au bord du ravin qui séparait les deux armées ^ et^^ sous les yeux de Napoléon, se formait un bataillon en bataille , et flanqué sur ses flancs par deux autres en colonne serrée* De son coté y le général Reille , ayant réuni tout son porp$ vers Hougoumouty traverse le ravin, et aborde la position ennemie.
Cependant: les quatre bataillons de la n^oyenne garde sont aux prises : l^ey à pied, Tépée à la n^ain; Priant, Cambronne j repoussent tout ce qui se trouve devant eux, et bravent le feu d'une ligne immense. L'ennemi cède à l'impétuosité de notre attaque; mais Wellington entièrement rassuré par l'arrivée des Prussiens, fait avancer les bataillons dont il peut maintenant disposer , et le combat se rallume : la victoire va encore couronner les efforts des soldats français, lorsque Blûcher, culbutant la faible division qui lui est opposée , parvient au village de la Haie. Wellington profite du trouble et de l'hésitation qu'il remarque dans le mouvement de notre armée, par suite de la marche de Blûcher, et lance toute sa cava* lerie , qui , n'osant pas essayer de les enfoncer , tourne les huit carrés de la garde pour atteindre l'extrême droite , et pénètre entre la Haie-Sainte et le corps du général Reille. Plus de ralliement possible : la division de cavalerie de réserve aurait pu le favoriser; mais , par un malheur qui tenait à la fatalité de cette journée, la division de réserve de la garde ^ composée de deux mille grenadiers à cheval et dragons, tous gens d'élite, s'était engagée sur le plateau sans l'ordre de l'Empereur. U n'a plus de disponibles que les quatre escadrons de service autour de sa personne : il les fait charger , et ^ bientôt accablés par des masses énormes , ces braves sont culbutés , malgré des prodiges de valeur. En même temps , les quatre bataillons de la moyenne garde et les corps de cavalerie de la garde , qui tiennent tête depuis plusieurs heures à presque toute l'armée anglaise , ayant épuisé tous leurs efforts et brûlé toutes leiirs munitions 9 voyant
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le feu de nos carrés derrière eux, reculent aussi, et la journée est perdue pour nous. Msutresse du plateau , toute l'armée anglo-batave marche en avant et occupe cette position qui devait nous assurer la victoire. Alors le cri fatal de sauife qui peut! poussé par quelques traîtres ^ et répété par des soldats en désordre, se fait entendre; les lignes se rompent, les I rangs se mêlent , la déroute de l'armée française commence. Enfin, les huits bataillons de la garde qui étaient au centre , où les soutenaient le ma£[nanime Cambronne et le maréchal Ney, qui avait eu cinq chevaux tués sous lui, sont désorganisésàleur tourpar la masse des fuyards, et tombent écrasés sous le nombre en se défendant jusqu'au dernier soupir. La cavalerie ennemie, multipliant ses charges contre les bataillons rompus et dispersés, redouble la confusion qu'augmente encore l'obscurité de la nuit; l'artiUerie anglaise et prussienne balaie le champ de bataille, où quelques carrés de la vieille garde sont encore debout.
Napoléon , qui a tout fait pour prévenir et arrêter ce désordre, se jette au milieu des fuyards, et s'efforce de les rallier derrière un régiment de la garde en réserve à la gauche de Planchenoit avec deux batteries : malheureusement les ténèbres ; qui empêchent de le voir , détruisent tout l'effet accoutumé de sa présence sur les troupes; en même temps qu'un tumulte effroyable s'oppose à ce qu'on entende sa voix. Ce fut alors que le prince Jérôme s'écria : Ici doit mourir tout ce qui s 'appelle Bonaparte !
Entraîné dans la déroute , entouré d'ennemis , Napoléon se place, l'épée à la main , au milieu d'un
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carréy et veut périr avec les braves qui combattent encore ; son dernier champ de bataille sera son tombeau!. Mais les généraux qui sont auprès de Napoléon l'arrachent à la mort qu'il demande et qu'il affronte comme un soldat. « Za mort ne veut pus de vous y lui disent ses grenadiers , retirez^vous ! » Enfin , il se décide à s'éloigner de ce théâtre de destruction sans combat , où sa perte ne serait qu'un malheur de plus pour la France et pour l'armée. Le feu des alliés se fait encore entendre déjà bien au-delà de l'espace que nos troupes doivent parcourir pour commencer la retraite. Plusieurs officiers et soldats , ne pouvant se servir de leurs armes contre les ennemis ; les tournèrent contre eux. On dit même que quelques-uns s'aidèrent à accomplir ce dernier sacrifice d'un héroïque désespoir. L'intrépide général Duhesme^ blessé, tomba dans les mains des Prusssiens qui regorgèrent ! Les Belges couvrirent de leur courageuse amitié ceux de nos braves qui respiraient encore ; ils veillèrent toute la nuit sur le terrain où venait de s'éteindre la gloire des cinquante batailles rangées que les Français avaient gagnées avec Napoléon.
Arrivé à Genappe avec son état-major , l'Empereur essaie d'y réunir quelques troupes pour former l'arrière-garde et mettre un terme aux poursuites de l'ennemi : la nuit, la confusion d'une déroute générale , l'encombrement des hommes et des chevaux , tout s'oppose à la résolution de l'Empereur. Il quitte Genappe, s'arrête quelques heures à Philippeville, et entre, le 20, àLaon, où les gardes nationales d'un côté , les paysans de l'autre , pourvus de toutes sortes d'armes, l'accueillent aux cris de vii^e r Empereur! et
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lui proposent le secours dé leur généreux déVoûmeUt. Satisfait du courage de ces braves gens , Napoléon les remercie y et charge le maréchal Soult de rallier les Corps de Tarmée, diminuée de vingt^cinq mille hommes , dont huit mille prisonniers et dix-sept mille tués ou blessés ; la perte de Tennemi avait été égale à celle des Français. Jérôme ramène vingt-cinq mille hommes, avec cinquante pièces de canon; la garde impériale , sous les ordres de Morand et de Colbert , se réunit à eux sous les murs d'Avesnes. D'un autre côté , Rapp a reçu Tordre de venir les rejoindre avec vingt-cinq mille hommes d'élite, et Grouchy, dont le corps d'armée, de trente mille hommes, est intact, opère sa retraite, après avoir battu Thielmann , à Wavre, et menacé Bruxelles. Sous peu de jours, Napoléon pourra couvrir Paris avec cent vingt mille hommes de vieilles troupes et trois cent cinquante bouches à feu.
Il veut rester à Laon et y défendre les approches de la capitale. Le conseil de ses généraux combat ce projet, et le détermine à quitter l'armée pour se rendre à Paris ; mais il pressent le sort qui l'y attend : a Je Vais à Paris , dit-il , mais je suis persuadé que vous (c me faites faire une sottise; ma vraie place est ici; « je pourrais y diriger ce qui se passera dans la capî- « taie , et mes frères feraient le reste. » Après avoir pris cette ftmeste résolution , Napoléon met la dernière main au Bulletin de Waterloo. « Mon intention, « dit-il, est de ne rien dissimuler; il faut, comme <c après Moskou, révéler^ la France la vérité tout « entière. J'aurais pu rejeter sur d* autres une partie « des malheurs de cette journée; mais le mal est fait ;
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d il ne fettt pltis en parier, i> Napoléon fat bien gé^ néreux. Il partit précédé du Bulletin fanèbre dans le dessein de donner à Paris quarante-buît heures aux préparatifs de sa défense ^ de rassembler tous les hommes des dépôts et des places , et de revenir à Laon couvrir la capitale avec tout ce qui resté de la vieille et de la nouvelle armée.
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