CHAPITRE IV
ABBZCÂTIOir DB V4POI.EOV. ^ SEAKCB DES CBAXBaBS. «A.POLÉOV A L4 MAL-
MAMOV. lOH DiPART TOVK EOCBSFOaT. 80V ■MBARQUKXKirT êV% U
Buxiaoniov. — soh AEBxyii 4 sâimni-i
Le lendemain ai juin^ Napoléon descend à TÉlysée j à quatre heures du matin ; il revenait rempli de l'idée qu'une grande dictature lui était nécessaire pour sauver la patrie ; il aurait pu s'emparer de l'autorité illimitée 9 mais il jugeait bien plus utile et plus national qu'elle lui fut déférée par les Chambres. Si, encore botté, et tout couvert de la poussière du champ de bataille , Napoléon avait suivi sa résolution d'aller droit aux chambres, de leur parler le langage d'une généreuse confiance et d'un grand homme qui sent ses forces, nul doute que sa demande, malgré la conspiration de Fouché , n'eût obtenu le succès qu'il en attendait; nul doute que, tracé par lui, le tableau rapide et vrai des ressources du pays et de tout ce qu'il avait préparé avec tant d'habileté depuis trois mois , n'eût fait partager à tous les esprits sa profonde conviction de la certitude du salut de la France sous son égide. Malheureusement l'excès de la fatigue avait affaibli ses forces physiques. Constamment à cheval depuis le 1 5 , exposé à une affreuse intempérie , ayant donné trois batailles en trois jours et passé la nuit la plus cruelle après Waterloo, il était
bow d'état cïf i^ç pré?entPr ^t 4^ p^plf ;: | u;i$ gfëîjdç assemblée. Ys^incu par la nécessité , il s^ pçi\p au l^^iiji et se contenta 4e réunir ses ministres autour d(B lui, Là du moins son géi^ie et les hautes pep^ées n^ lui inanquèrent pas. D'abord Je décpur^gpfpenj; parut régner dans les coeurs , et se uiaui£esta paf de§ paroles peu dignes de mimstres français ; mais C^rpoÇ et Lucien proposèrent des mesures hardies ^ pro:? portionnées à rimminience ^u dapger. Ce 4^fpie]: voulait avec raisou qu'on se passât du secpui^ 4^ Chambres, puisqu'on ne pouvait se confier dans leur§ bonnes dispositions. Napplépi) espéra que la pr^epcç de l'ennemi sur le sol natipual rendrait aux députés le sentiment de leur devpir, et comptait d'ailleurs sup l'attachement du peuple et de l'ar^née, éprouvé tjnt de fois et jamais démeuti. Alors, avec une j-arie pré cision, une force d'expression admirable, et uij accent qu'on ne saurait définir , il passa .eu revue tous les moyens de salut qui restaient à la Frapce ^ pt produisit ime révolution telle dans les esprits , que les plus tioiides embrassèrent le parti 4u cpur^g^t J^ç conseil tout entier, même le^ traîtres cachés qu'ij renfermait , se montra upanime dans l'ffdoption 4^? grandes résolutions. Telles étaient les 4i^positipns autour de l'Ejtnpereur. Pendant ce temps , |a Chauil^re des Représentans , réunie sous la présidence de L^ * juinais, entendait sortir de la bouche de JL^a Fayette les paroles suivantes , qui étaient une véritable levée de boucliers contre Napoléon :
te Lorsque, pour la première fois depujs biep 4sfî «c années , j'élèvie uue ypiit; iqu^ ]^ siçnf ^m^ <ie liât ivi 17
' a 58 HISTOIRE
a liberté reconnaîtront encore , je me sens appelé à «c vous parler des dangers de la patrie, que vous <f seuls maintenant avez le pouvoir de sauver... Voici « le moment de nous rallier autour du vieux étendard ce tricolore, celui de 89, celui de la liberté, de l'éga- « lité et de l'ordre public. C'est enfin le seul que nous « avons à défendre contre les prétentions étrangères « et contre les tentatives intérieures. Permettez i ic un vétéran de cette cause sacrée, qui fut toujours a étranger à l'esprit de faction , de vous soumettre « quelques résolutions préalables , dont vous appréic cierez, j'espère, la nécessité.
« Art. 1®^. La Chambre des Représentans déclare « que r indépendance de la patrie est menacée,
ce Art. 2. La Chambre se déclare en permanence. a Toute tentatii^e pour la dissoudre est un crime de « haute trahison : quiconque se rendrait coupable de « cette tentative , sera traître a la patrie et sur-le-
« CHAMP jugé comme TEL.
c( L'armée de ligne et la garde nationale , qui ont « combattu et combattent encore pour défendre la « liberté , l'indépendance et le territoire de la France, « ont bien mérité de la patrie.
« Les ministres de la guerre, des relations exté- « rieures et de l'intérieur , sont invités à se rendre tf sur-le-champ au sein de l'assemblée, etc.
ce J'appuie la proposition de M. de La Fayette, dit (c un membre; car, dans quelques instans la Cham^ c( bre pourrait être dissoute, »
Les dispositions de l'assemblée , les manœuvres ténébreuses de Fouché qui avait séduit et trompé un assez grand nombre de députés , la crainte illusoire
DE NAPOLioX. 3l59
d'une dissolution prochaine à laquelle Napoléon ne pensait aucunement ^ firent triompher cette proposition dans la Chambre des Représentans ; et , bientôt après 9 dans la Chambre des Pairs, Boissy-d'Ânglas aussi se laissa entraîner par la même erreur que La Fayette. Les deux grands pouvoirs de la France ne comprirent pas qu'il était de leur devoir d'organiser contre l'Europe un i8 brumaire , dont Napoléon était le chef indispensable : au lieu de cette dictature , premier besoin de toute patrie en danger , il s'entend menacer tle la peine des traîtres par ces mêmes Chambres qui, le i^"^ de ce mois, lui ont solennellement décerné l'autorité suprême au champ de Mai ! c( J'avais bien pensé, dit-il, que j'aurais dû congé- « dier ces gens-là avant mon départ. C'en est fait^ ils « vont perdre la France I » Il sentit surtout qu'au lieu de l'abandonner avec si peu de prudence et tant d'indignité, les Représentans, soit par peur, soit par conviction , se rallieraient autour de lui , s'il était encore à la tête des soldats , qui meurent et ne proscrivent jamais. Il se repentit vivement de n'avoir pas suivi son impulsion particulière à Laon. Pourtant tout ne lui paraît pas encore désespéré; et d'un autre côté , se rappelant ce que Regnault lui avait déclaré sur les mauvaises dispositions de la Chambre, il dit en levant le conseil : « J'abdiquerai s'il le a faut... » Il aurait bien voulu retenir cette imprudente parole; mais elle avait été prononcée devant Fouché qui ne la laissa pas tomber. Cependant, par ses ordres , les ministres , assistés du prince Lucien , se rendent à la Chambre des Repésentans , pour leur communiquer les résultats de la bataille de Waterloo,
ft6o RtSTOIâC
et leur demander de s'unir avec le chef de l'État , dans le noble but de concourir aux mesures de salut public nécessitées par le danger. Mais les esprits se trouvaient trop échauffés pour écouter les conseils de la raison , et Lucien avait en vain démontré que chercher à isoler la nation de l'Empereur, c'était aller au devant des vœux les plus ardens de l'ennemi; néanmoins des explications données par le duc de Vicence et par le prince d'Eckmul, et les efforts des amis de Napoléon , avaient réussi à lui rallier la majorité. La Fayette , mal inspiré par de généreux sentimens , eut encore le fatal honneur de ranimer la discorde; M. Dupin ne soutint que trop vivement cette nouvelle hostilité, secondé par Manuel, qui, arrivé récemment à Paris, marchait à tâtons et sans expérience sur un théâtre semé d'embûches. La Chambre des Pairs avait montré plus de calme et de jugement; mais elle ne pouvait pas beaucoup influer sur les grandes décisions du moment, et toute la prépondérance publique appartenait à la Chambre élective, qui voulait évidemment l'abdication de Napoléon. Il fallait ou dissoudre les Représèntans ou se démettre de la couronnp, comme La Fayette le demandait , aux applaudissemens de ses collègues : le premier parti, malgré sa rigueur, était indispensable. Jamais il n'y eut de coup d'État prescrit par une nécessité plus impérieuse; la pi'euve en était dans l'adoption des propositions du général La Fayette, dirigées et contre Napoléon , et aussi contre la popitlation , qui ne douta plus que la dissolution de la Chambre des Représentans ne fut l'objet principal du retour de l'Empereur, Napoléon sent bien
ce qu'il pourrait encore avec le peuple; mais tout ej5t tiède ou froid autour de lui > il lit sur les fronts le décx)uragement des âmes ; aucun de ses ministre^ n'élève une voix généreuse. Dans les Chambres ses ennemis vont la tête levée, et redoublent d'audace à mesure que ses conseils et ses amis laissent voir leur manque de résolution ou l'absence du dévouement : on menace même d'exiger de l'Empereur ce qu'on venait de lui demander comme un sacrifice à la France. iM'apprend. A cette nouvelle ; il s'indigne de la violence qu'on veut lui faire; peut-être va»t-il prendre une détermination conforme à la puissance de son caractère, et en appeler des Représentans , qui s'égarent , à la nation , que la raison , l'attachement, et surtout les périls de la patrie, rallieront à lui. Il résiste aux lâchetés si contagieuses en de pareilles circonstances, et brave l'orage, non pas dans son intérêt, qui le touche peu, mais pour le pays, dont la situation l'afflige, et qu'il voudrait délivrer des alliés : a II ne s'agit pas de moi , disait-il à « M. Constant; il s'agit de la France. On veut que
c< j'abdique C'est autour de moi, autour de mon
<c nom que se groupe l'armée : si j'abdique aujoura d'hui , vous n'aurez plus d'armée dans deux jours,,»». a Me repousser quand je débarquai à Cannes, je
9c l'aurais conçu Si on m'eût renversé il y a quinze
<c jours, c'eût été du courage Mais je fais partie
«c actuellement de ce que l'étranger attaque. Je fais a donc partie de ce que la France doit défendre..,.. » Ce n'est pas la liberté qui me dépose , c'est Water-
« lop, c'est la peur » Comme il parlait, une foule
tumultueuse affluait tout à coup dans l'avenue de
a6a HISTOIRE
Marigny; et criait avec enthousiasme : vice V Empereur! Les trames et la police de Fouché ne pouvaient empêcher ces témoignages; elles n'auraient pas pu davantage arrêter la marche de Napoléon, s'il eut voulu se rendre au camp avec tout ce peuple, et reprendre le commandement de l'armée. « Que me doi- « vent ceux-ci? reprit Napoléon. Je les ai trouvés, je ce les ai laissés pauvres. L'instinct de la nécessité les <c éclaire. La voix du pays parle par leur bouche ; et «c si je le veux, si je le permets, la Chambre rebelle ,
ce dans une heure, n'existera plus Mais la vie d'un
« homme ne vaut pas ce prix : je ne suis pas revenu tf de l'île d'Elbe pour que Paris fut inondé de sang. » Napoléon se trompait : il n'y aurait point eu de sang répandu dans Paris ; la garde nationale y eût continué son noble service , et les fédérés, dont la voix le provoquait à se faire le dictateur de la patrie en péril, auraient grossi les rangs de son armée de cinquante mille citoyens aguerris aux tumultes de la politique et aux dangers de la guerre.
Joseph et Lucien même, qui avaient jusqu'alors montré tant de fermeté, n'ont cessé d'insister pour déterminer leur frère à résigner la couronne , et sont parvenus à vaincre enfin sa résistance obstinée : il les appelle au conseil avec tons ses ministres, auxquels il expose froidement la nécessité de son abdication.^ Elle a déjà été rédigée par Lucien. Le duc de Bassano arrive, et annonce qu'il doit parler contre l'abdication ; Napoléon l'interrompt , et lui dit qu'il n'est plus question que de la forme. On la trouvait vicieuse en ce qu'elle réservait aux frères de Napoléon une part dans le gouvernement; et ils durent entendre