‹ Histoire de NapoléonChapitre 59 sur 75 · V2 TRANSLATION DES RESTES MORTELS · texte numérisé non relu

V2 TRANSLATION DES RESTES MORTELS

Ce fut une séance mémorable que celle du 12 mai 1840 à la chambre des Députés, alors que M. Rémusat, ministre de Tintérieur, vint lui donner lecture du projet de loi portant la demande d'un crédit destiné à pourvoir aux dépenses qu'exigerait la translation des restes mortels de Napoléon, de Sainte-Hélène à Paris. Le million demandé fut voté par acclamation.

C'est qu'en effet les représentants de la France ne pouvaient apprendre, sans en être profondément émus, qu'une juste mais tardive réparation allait être faite à celui qui s'était rendu le maître des destinées de l'Lurope entière, et dout la longue agonie avait été, pour ainsi dire, l'auréole de son immortalité.

Voici dans quels termes 1\L Rémusat s'exprima devant la chambre des Députés :

« Messieurs,

« Le roi a ordonné à S. A. R. Monseigneur le prince de .Toinville de se rendre avec sa frégate à l'île Sainte-Hélène , pour y recueillir les restes mortels de l'Empereur Napoléon.

« La frégate chargée des restes mortels de Napoléon se présentera , au retour , à l'embouchure de la Seine; un autre bâtiment les rapportera jusqu'à Paris : ils seront déposés aux Invalides. Une cérémonie solennelle, une grande pompe religieuse et militaire inaugurera le tombeau qui doit les garder à jamais.

« 11 importe, en effet, Jlessieurs, à la majesté d'un tel souvenir, que cette sépulture auguste ne demeure pas exposée sur une place publique , qu'elle soit placée dans un lieu silencieux et sacré, où puissent la visiter avec recueillement tous ceux qui respectent la gloire et le génie , la grandeur et l'infortune.

« 11 fut Empereur et Roi ; il fut le souverain légitime de notre pays. A ce titre , il pourrait être inhumé à Saint-Denis; mais il ne faut pas à Napokon la sépulture ordinaire des rois ; il faut qu'il lègne et commande encore dans l'enceinte où vont se reposer les soldats de la patrie, et où iront toujours s'inspirer ceux qui seront appelés à la défendre. Son épée sera déposée sur sa tombe.

« L'art élèvera sous le diîme , au milieu du temple consacré par la religion au Dieu des armées, un tombeau digne, s'il se peut, du nom qui doit y être gravé. Ce monument doit avoir une beauté simple , des formes grandes , et cet aspect de solidité inébranlable qui semble braver l'action du temps. Il faut à Napoléon un monument durable comme sa mémoire.

« Le crédit que nous venons demander aux Chambres a pour objet la translation aux Invalides, la cérémonie funéraire, la construction du tombeau.

«Nous ne doutons pas, Messieurs, que la Chambre ne s'associe avec une émotion patriotique à la pensée royale que uous venons exprimer devant elle. Désormais la France, et la France seule , possédera tout ce qui reste de Napoléon : sou tombeau , comme sa renommée , n'appartiendra à personne qu'à son pays.

« La monarchie de 1830 est, en effet, l'unique et légitime héritière de tous les souvenirs dont la France s'enorgueillit. Il lui appartenait, sans doute , à cette monarchie qui la première a rallié toutes les forces et concilié tous les vœux de la révolution française, d'élever et d'honorer sans crainte la statue et la tombe d'un héros populaire; car il y a une chose, une seule, qui ne redoute pas la comparaison avec la gloire, c'est la liberté. >

Conformément aux intentions du roi , le commandement de cette expédition nationale fut coulié à M. le prince de Joinville. Le 7 juillet 1840, à sept heures et demie du soir, la frégate la Belle-Poule et la corvette la Farorite, quittaient la rade de Toulon pour aller remplir leur pieuse mission. Le prince était accompagné de MM. Hernoux , capitaine de vaisseau , son aide de camp ; Touchard , enseigne , son officier d'ordonnance ; Charner ,

capitaine de vaisseau, commandant eu second la frégate, et Guillard, cliirurgien-major , chargé de présidera rexhumatiou.

Les menil)res de la mission étaient MM. le comte de Rohan-Chabot, commissaire du roi, le général comte Bertrand, le général Gourgaud , Emmanuel de Las-Cases, député. Marchand, l'un des exécuteurs testamentaires, Arthur Bertrand, Tabbé Félix Coquereau , et quatre anciens serviteurs de Napoléon : Saint-Denis, Noverraz , Pierron et Archami)auld. Deux enfants de chœur, nommés Dufour et Lérigé, accompagnaient l'abhé Coquereaii. Un plombier, M. Leroux, avait été adjoint à l'expédition. Tous prirent passage sur la Bellf-Poule , à l'exception de "SX. Marchand , monté à bord de la Faroritc , que M. Guyot commandait et qui devait naviguer de concert avec la frégate.

L'état-major se composait, en otitre, de INHL Léguillou-Pessaurot , Penboat, de Fabre- Lamorel , lieutenants de vaisseau; Bazin et Boude, enseignes; Cliedeville, secrétaire du conseil d'administration; de Ronjoux , de Bovis et Godleap, élèves de première classe; Gervais, Jouan, d'Kspagne de Venevelles, Cls du général: .lauge, Suremain , Perthuis, Bourdel, Thibaut, Lolia, Beral de Sedaiges, Narbonnez, de Trogoff-Coattalgo , .lacques , dit Lapierre, Gilbert Pierre, Arlaud, Guittabert, chirurgien; Meynard, Favre et Fages.

On avait disposé , dans l'entre-pont de la Belle-Poiilc une chapelle ardente tendue en velours noir brodé d'argent, destinée à recevoir le cénotaphe. Ce cénotaphe, peint en grisaille, était orné de bas-reliefs alii'goriques, d'aigles aux quatre angles. Une couronne impériale surmontait le fronton.

On emportait deux cercueils : l'un d'ébène massif, l'antre de plomb , et un poêle impérial.

Le premier, d'une forme simple et sévère, rappelait les sarcophages antiques. Sur la face supéiieure, on lisait un seul mot écrit en lettres d'or : rs.\roLEON. Chacune des faces latérales était ornée, au centre , d'une .V de bronze doré , gravée en relief et incrustée dans un médaillon. Six anneaux de bronze aidaient à le transporter. Les angles inférieurs étaient garnis d'ornements du même niétal. La serrure, placée à la partie antérieure, était masquée par une étoile d'or qu'on enlevait en la tournant. Le bas de la clef était de fer, le haut de bronze doré. L'anneau représentait une ^V couronnée.

Ce sarcophage contenait un autre cercueil en plomb , sur lequel se trouvait , au centre d'un encadrement d'arabesques et de branches de lauriers gravées en creux , cette inscription : SapoUon, Empereur et Roi, mort à Sainte-Hélène te T mai MDCCCXXI.

Le poêle était de velours violet, semé d'abeilles d'or, croisé de brocart d'argent, terjniné aux quatre angles par des glands d'or. Sa triple bordure d'hernn'nes, d'arabesques et de palmettes d'or, était de la plus grande ricliessc. Le chiffre de Napoléon s'y trouvait répété huit fois.

Le 17 juillet, la frégate mouillait à Cadix, qu'elle quittait le 21. Les 24 et 25, elle resta devant Madère. Le séjour à Ténériffe se prolongea du 27 juillet au !■•'■ aoilt. Le 20 on passa la ligne, et le 28 on mouilla à Bahia, où l'on resta jusqu'au 15 septembre. Le 8 octobre, à trois heures et demie, l'expédition était en rade de Sainte-Hélène , où se trouvait le brick VOreste, arrivé de la veille seulement et qui amenait un pilote de la Manche pour la Belle-Poule. Le 9, le débarquement eut lieu. Le prince de Joiuville fut officiellement reçu à Plantation-House, par lord Middiemore, gouverneur général de l'Ile.

Le prince, le connuissaire du roi et le gouverneur s'étaient retirés dans un appartement, afin de convenir des moyens les plus convenables pour exécuter la remise des dépruilles. La conversation se prolongeait, et les membres de la commission, appréciant à sa valeur la fidélité de la politique anglaise, craignaient quelque brusque changement ; mais toute incertitude cessa lors(|ue le gouverneur rentra dans le salon en disant ces paroles:

n Jlessieurs . jeudi 15, les restes mortels de l'empereur Napoléon seront reuiis entre vos mains. «

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