‹ Histoire de NapoléonChapitre 60 sur 75 · TRANSLATION DES RESTES MORTELS · texte numérisé non relu

TRANSLATION DES RESTES MORTELS

On se dirigea sur-le-ehamp vers Longwood. La niarclie était grave et solennelle comme l'acte qui allait s'accomplir. A une distance encore éloignée du tombeau, JL le prince de Joinville mit pied à terre ; aussitôt chacun l'imila, et tous , la lête découverte et dans le silence du recueillement, poursuivirent ainsi leur i)èlerinage jusqu'au monument funèbre.

Une grille en fer, une pierre sans inscription, deux saules pleureurs, voilà ce qui distinguait le dernier asile de tant de grandeur ! L'aspect de ces deu.\ saules (dont l'un était couché par terre, mort de vieillesse) sous lesquels l'empereur s'était reposé plusieurs fois, et celui de la fontaine où il était venu se désaltérer, ne contril)uèrent pas peu à attrister les assistants , qui , presque tous , par un mouvement spontané, mirent le genou à terre. Quelques personnes étaient restées debout autour de la grille, mais immobiles et dans une muette contemplation. Deux petits saules entouraient les saules contemporains de l'empereur. Ils avaient été plantés, depuis sa mort, par une dame anglaise, épouse du précédent gouverneur de l'ile : Charles Dallas. Autour de la grille, on remarquait eh et là quelques (leurs appelées ne ?«'oM6//e:. pfl.s. Le prince de .loinville en cueillit plusieurs, et notamment (le celles qui avaient poussé au-dessus de la tète de l'empereur; il fit couper aussi quelques boutures du saule. M. Arthur Bertrand rompit quelques tiges des géraniums qui avaient été plantés par madame la comtesse sa mère.

Une scène non moins louchante attendait les Français à Longwood.

On arriva à une espèce de ferme à laquelle attenaient quelques bâtiments de service. Les murs étaient lézardés ou criblés de fissures ; les vitres manquaient aux fenêtres! Dans une pièce qui , du temps de l'empereur, avait servi de salle de billard, puis de salle de réception , se trouvait ouvert , sur une petite table de sapin noircie d'encre, le registre sur lequel s'uiscrivaient les personnes qui venaient à Longwood. Des noms inscrits au couteau, à la plume, à la craie, couvraient les murs délabrés de cette pièce ainsi que d,' celles qui avaient servi de bibliothèque et de salle à manger à celui qui avait régué sur le plus beau trône du monde! Le meunier de Longwood avait établi un moulin dans le salon où était mort l'empereur! Le cabinet de travail et la chambre à coucher avaient fait placée ime écurie! Les visites à Longwood, les pèlerinages du tombeau , se conliiuièrent jusqu'au mercredi, 14. La nuit du 1-1 au 15 fut remplie par les préparatifs de l'cxlunnation. A dix heures et demie du soir, on partit par une pluie line et glacée. A minuit on était à l'œuvre.

Le caveau ayant été ouvert, on trouva au pied le cercueil de l'emperem- qui reposait sur une large dalle , assise elle-même sur des montants eu pierre. Les planches en acajou qui le formaient avaient encore leur couleur et leur dureté, excepté celles du fond, qui, garnies de velours, présentaieut un peu d'altération dans les couches les plus superficielles. On ne voyait alentour aucun corps solide ni liquide. Quant aux parois du caveau, elles n'offraient pas la plus légère dégradation, mais seulement çà et là quelques traces d'humidité

Dès que le cercueil parut, i\L l'abbé Coquereau répandit l'eau bénite, et récita !e De prnfundis. IM. le docteur Guillard procéda à l'opération qui lui était confiée, après avoir pris les mesures sanitaires convenables.

Voici dans quel état se trouvaient les cercueils :

I,a caisse extérieure était fermée par de longues vis; il a fallu les couper pour enlever le couvercle; dessous était une caisse en plond), close de toutes parts, qui enveloppait une caisse en acajou parfaitement intacte; venait enfin une quatrième caisse en fer-blanc, dont le couvercle était soudé sur les parois qui se repliaient en dedans. La soudure ayant été coupée, ou distingua un tissu blanchâtre qui cachait fintérieur du cercueil et empêchait de voir le corps- c'était du satin ouaté, formant une garniture dans l'intérieur de cette caisse. Le docteur Guillard l'ayant soulevé , lecorps de Napoléon fut bientôt à découvert. Sa position était cellequ'on lui avait donnée en le plaçant dans lecercueil; les membres supérieurs étaient

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