‹ Histoire de NapoléonChapitre 69 sur 75 · AP1TRE · texte numérisé non relu

AP1TRE

D'après ce que nous avons dit dans l'introduction de cette partie de l'ouvrage , on doit comprendre qu'il ne s'agit point ici de faire l'iiisiorique des guerres de l'Empire ; nous nous bornerons donc à citer d'une manière très-concise les affaires où la Garde impériale a pris une part active , soit en masse, soit partiellement.

1805. — Autriche. — Dans le but de forcer Napoléon à abandonner son projet d'invasion contre elle, l'Angleterre suscita contre nous la Hussie et l'Autricbe, qui se dévouèrent à ses intérêts. Tel fut le prétexte de la première compagne où la Garde impériale commença cette série de victoires qui s'arrêta si fatalement à AVaterloo.

Le 10 octobre 1805, le maréchal Bessières, qui commandait les grenadiers et lés chasseurs à cheval de la Garde, fit son entrée à Augsbourg, en même temps que le colonel Morland culbutait les cuirassiers ennemis et s'emparait d'un parc d'artillerie à la tête de son régiment de chasseurs à pied.

La reddition d'Ulm fut la conséquence de ce premier fait d'armes.

L'année russe ayant tent^ de s'opposer à notre armée aux environs d'Oiiiuitz, elle fut mise en déroute par une charge de quatre escadrons de la Garde.

Quelques jours après, le 2 décembre, avait lieu la bataille d'Austerlit/, , qui fut toujours rappelée par l'Kmpereur quand il voulait exciter la bravoure de l'armée. On ne saurait faire ici une part distincte pour la Garde impériale, car dans cette mémorable journée l'armée entière se couvrit de gloire ; disons seulement que le général Rapp , à la tête des grenadiers à cheval de la Garde, fit prisonnier le conunandant en chef de la garde impériale russe, prince Repnin, et que le colonel ^lorland trouva une mort glorieuse en chargeant avec ses cbasseiu's l'artillerie de la garde impériale russe.

1806. — PnussE. — .\ la bataille d'Iéna, le 14 octobre 1806, la Garde impériale ne prit aucune part aux succès du jour , à cause de la promptitude avec laquelle ri'mpereur avait franchi la distance depuis Paris; mais le 2-J décembre , le passage du Bug fut forcé, et le.s Russes furent mis en pleine déroute par les chasseurs de la Garde, ayant Miu-at à leur tête.

A Kylan, toute la Garde prit une part glorieuse à l'action de cette journée, (|ui peut être considérée comme une des plus meurtrières du temps de l'Kmpire. A P'riediand, la Garde impériale ne donna point.

1808.— EsPAONE. — La Garde impériale, à l'exception des marins, ne pill aucune part à la guerre d'Espagne; elle dut aussi l)ieutôt (piilter le pays pour se rendre en .Allemagne.

Malgré leur service tout spécial, les marins de la Garde prirent une paît on ne peut plus glorieuse aux exploits de l'ainiée de terre : à Austerlilz, à léna, à Dantzick , à Fiiedland, ils soutinrent avec éclat l'honneur de la Garde. En Espagne , leurs succès ne furent pas moins éclatants , et ils eurent le malheur d'être compris dans la <'apitiilation (pie le général Dupont dut signer à lîaylen.

180!». — AiiTHiCHE. — Voici comment un bulletin i codait compte de la condiùtc de la Garde à la mémorable affaire de ^Yagram :

■1 Les chasseurs à cheval de la Ciarde ont chargé trois carrés d'infanterie, qu'ils ont enfoncés. Ils ont pris quatre pièces de canon. Les lanciers polonais ont chargé un régiment de lanciers autrichiens, et ont fait prisonnier le prince d'Anesperg qui les commandait. »

1812. — Russie — A Borodino, tous les régiments de la Garde restèrent l'arme au bras et simples spectateurs de ce drame lugubre qui , commencé à .Moscou devait se terminer au mont Saint-Jean. Dans la campagne de Russie, le premier engagement de la Garde eut lieu dans une circonstance de la retraite oii l'Empereur faillit d'être surpris par des Cosaques, sur le champ de bataille de Malo-.Iaroslawetz.

A moins d'avoir assisté soi-même aux désastres de la retraite de Russie, il est impossible de s'en faire une idée; la vérité serait trop invraisemblable pour qu'on y ajoutât foi. Jamais année, peut-être, n'a présenté une aussi grande démoralisation. Klle était telle que l'Empereur dut s'adresser ainsi à sa Garde , rangée autour de lui : •• Grenadiers de ma .■ garde, vous êtes témoins de la désorganisation de l'armée. La plupart de vos frères, par " une fatalité déplorable , ont jeté leurs armes. Si vous imitiez cf funeste e.\emple , tout « espoir serait perdu; le salut de l'armée vous est confié, vous justifierez la bonne opinion « que j'ai de vous. Il faut, non-seulement que les officiers maintiennent parmi vous une ■' discipline sévère, mais encore que les soldats exercent, entre eux , une rigoureuse sur- « veillance, et punissent eux-mêmes ceux qui tenteraient de s'écarter de leurs rangs. »

Ce ne fut pas en vain que Napoléon tint ce langage : dès ce jour, sa Garde l'accompagna avec un courage héroïque.

1813. — SiXE. — Le 2 mai , nos troupes , surprises aux environs de Lutzen , furent protégées par la Garde impériale, qui mit en fuite l'armée ennemie. Le maréchal Mortier, à la tête de seize bataillons de la jeune Garde, poursuivit les Russes jusqu'à Klein-Gorschen.

Le résultat de cette affaire eut pour effet d'exalter le courage des soldats de la jeune Garde, qui commençaient ainsi leur apprentissage militaire. Le 26 août , les armées alliées étaient sur le point de s'emparer du faubourg de Pyrua, à Dresde, quand la jeune Garde, s'élançant avec une impétuosité sans égale, culbuta tout ce qui s'opposait à sou passage et reprit la redoute qu'on nous avait enlevée.

Le 18 octobre à Leipsick, l'armée ennemie, forte de 330,000 hommes, fut contenue par nos troupes, dont le nombre ne dépassait pas 123,000 combattants. Au moment où les Saxons, par une infâme trahison, tournaient leurs canons contre nous, l'Empereur flt avancer sa Garde pour soutenir le corps du général Régnier, mais son intervention fut jugée inutile.

Les défections , les trahisons des troupes alliées, changeaient à tout moment les dispositions de rEnq)ereur. C'est ainsi qu'à Hanau, le général Bavarois, comte Wrede, qui avait été comblé de ses bienfaits , s'opposa à notre passage à la tête de 50,000 hommes. Mais la Garde impériale, par des efforts inouïs de courage, força le passage et sauva peut-être l'armée en culbutant l'ennemi,

1814. — France. — Aux yoo,000 hommes qui avaient passé le Rhin, la France n'eu opposait que 120,000: un contre cinq ! Dans cette fatale campagne , la Garde impériale s'est en quelque sorte surpassée , tant par le nombre des affaires où elle prit part que par ses succès.

La première rencontre eut lieu ;i Bar-sur-Aube. L'attaque avait été vive de la part de l'ennemi; notre avant-garde lléchissait déjà, quand 8,000 hommes de la vieille Garde mirent les .Autrichiens en déroute.

Au village de Fontaine, 150 hommes du 2^' de chasseurs à pied de la vieille Garde soutinrent l'attaque de 5,000 Autrichiens.

A Brienne, au village de la Rothière, la Garde se montra digne de sa brillante renommée; à Montmirail, elle se surpassa par la témérité de ses attaques, ainsi qu'à Château - Thierry, à Champ- Aubert, à Vauchamps et surtout à l'abbaye de Vaucler, le 7 mars 1814, où eut lieu le combat le plus acharné ; le 9 mars , au village de Clacy, près Laon, la jeune Garde reprit sept fois ce village, que le nombre des ennemis la t'orrait d'évacuer; le 20 mars à Torcy, la lutte ressemblait à un carnage, et toute la Garde lutta avec un courage héroïque; enfin, le 2ô mars eut lieu le condwt de Saint-Dizier, le dernier de cette campagne où la Garde impériale prit une part active.

Depuis lors, et dénuée de tout, la Garde opéra des marches et des contre-marches, jusqu'à Fontainebleau , où elle reçut les adieux que l'Empereur lui adressa dans les termes suivants, au milieu des grenadiers :

" Officiers et soldats de ma Garde, je vous fais mes adieux ! Pendant vingt ans je vous >• ai conduits sur le chemin de la victoire ; pendant vingt ans pous m'avez servi avec hon- <i neur et fidélité : recevez mes remerciments.

" Mon but a toujours été le bonheur et la gloire de la France; aujourd'hui les circon- « stances ont changé... Lorsque l'F.urope entière est année contre moi; quand tous les « princes, toutes les puissances sont liguées; lorsqu'une grande portion démon empire est n livrée, envahie; lorsqu'une partie de la France... » — Après ces mots, Napoléon s'arrêta un instant, mais bientôt il reprit d'une voix altérée : — .> Lorsqu'un autre ordre de <i choses est établi, j'ai dû céder.

« Avec vous et les braves qui me sont restés dévoués , j'eusse pu résister encore à tous « les efforts de mes emiemis; mais j'eusse allumé la guerre civile dans notre belle France, " au sein de notre chère patrie...

■< N'abandonnez pas votre pays malheureux; soyez soumis à vos chefs, et continuez de « marcher dans le chemin de l'honneur où vous m'avez toujours rencontré.

« Ne soyez pas inquiets sur mou sort; de grands souvenirs me restent : je saurai occun per encore noblement mes instants : j'écrirai mon histoire et la vôtre.

<> Officiers et soldats! je suis content de vous! .fe ne puis vous embrasser tous, mais « j'embrasserai votre général, .\dieu, mes enfants; adieu, mes amis; conservez-moi votre « souvenir ! Je serai heureux lorsque je saurai que vous l'êtes vous-mêmes. >> — Et s'adressaut au général Petit : •' Venez, général, ajouta-t-il. " — Et il l'embrassa avec effusion. — n Qu'on m'apporte l'aigle , ajouta-t-il. — Et il l'embrassa trois fois avec une émotion qu'il n'était pas en son pouvoir de maîtriser. — « Ah ! chère aigle! dit-il , que les baisers <■ queje te donne retentissent dans la postérité... « — Et après quelques instants de silence : " Adieu, mes enfants; adieu, mes braves : entourez-moi encore une fois. •>

Cette scène, qui a été reproduite par le burin avec un rare bonheur, terminait, de la manière la plus digne , cette vie de triomphes qui avait fait un héros de chaque soldat.

Le 8 avril 18 N, le bataillon qui avait été accordé à l'Empereur quittait Fontainebleau, musique en tête, et accompagné de tous les officiers. Toute la troupe conserva la cocarde tricolore.

Le 4 mai, l'Empereur arrivait à l'Ile d'Elbe.

La Garde n'y débarqua que le i'8. Elle se composait de six cent quarante-huit hommes : vingt-cinq officiers , quatre-vingt-dix-huit sous-officiers et caporaux , cinq cent vingt-cinq soldats; elle prit alorsja cocarde de l'île : elle était rouge et surmontée de trois abeilles d'or.

Le V mars 1815, l'Empereur débarquait au golfe ,Iuan, entre Cannes et Antibes.

Le 20 mars, il rentrait dans Paris.

Le 21, la Garde de lile d'Elbe se trouvait déjà réunie dans la cour du Carrousel.

562 NOTICE IIISTORIQI C

Après avoir passé en revue toutes les troupes formant la garnison de Paris, l'Empereur prononça l'allocution suivante :

n Voilà les ofDciers du bataillon qui m'a accompagné dans mon malheur; ils sont tous mes amis, ils étaient cbers à mon cœur ! Chaque fois que je les voyais, ils me représentaient les différents régiments de l'armée ; car, dans ces six cents hraves , il y a des hommes de tous les régiments. Tous me rappelaient ces grandes journées dont le souvenir est si cher ; car tous sont couverts d'honorables cicatrices reçues à ces batailles mémorables. Kn les aimant, c'est vous tous, soldats de l'armée française, que j'aimais. Ils vous rapportent ces aigles : qu'elles vous servent de ralliement 1 En les donnant à la Garde, je les donne à toute l'armée. La trahison et des circonstances malheureuses les avaient couvertes d'un voile funèbre; mais, grâce au peuple et a vous, elles reparaissent resplendissantes de leur gloire passée. Jurez-moi qu'elles se trouveront toujours partout où l'intérêt de la patrie les appellera ; alors ceux qui voudraient envahir notre territoire n'en pourront soutenir le regard ! »

Le l'' juin, l'effectif de l'armée était de quatre cent mille hommes, dont cent vingt mille seulement pouvaient entrer en campagne , le surplus étant employé au service des places de l'intérieur.

Le 12, Napoléon quittait Paris.

Le 15, l'armée passait la frontière et s'enqiarait de Charlerni.

Le 16, ou rencontrait l'armée de Rliicher, forte de cent mille combattants , entre .Saint- Aniand et Sombref, près de Fleurus.

Les désastres de Waterloo sont trop connus pour être répétés ici; d'ailleurs , le récit de cet événement sortirait du cadre que nous avons dû nous tracer. Dans cette courte , mais déplorable campagne, toute l'armée fut admirable de courage et d'abnégation; elle lutta tant qu'elle put conserver l'espoir du succès , ou plutôt , tant qu'elle put résister à la supériorité du nombre qui l'accablait; la Garde impériale ne put résister non plus à ces forces quintuples qui nous haicelaient, et c'est alors qu'elle fit entendre, par la bouche du général Michel, ces paroles sublimes, qui résumaient si bien toute sa pensée, toute sa vie militaire :

" La Gaude meukt et ne se kexd p.^s! »

Cependant les généraux IMorand et Colbert étaient parvenus à rallier quelques débris de la Garde à Beaumont, d'oii ils s'étaient dirigés sur Paris. Une affaire eut encore lieu au village des Vertus , le 30 juin, où environ cent hommes de la jeune Garde, counnaudés par le colonel Dorser et l'adjudant commandant Martin Laforcst , se firent un passage à travers 3,000 Prussiens.

C'est le dernier trait d'héroïsme de la Garde impériale. Elle voulail mourir; elle reçut la consécration de son immortalité !

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