‹ Histoire de NiceChapitre 2 sur 15 · Chapitre I · texte numérisé non relu

Chapitre I

Guerre des Angevins dans les wgueries de Nice — Trêve de douze ans — Mort efAmédée VII ^ Comte de Savoie — Son successeur reçoit t hommage définitif des habitans de Nice — Révolte du Baron de Bueil — Prudence cTAmédée VIII — /?enouvellement de la trêve avec la Maison d Anjou — Confirmation du Traité de 1:388;, par Ladislas, Roi de Naples — Cession définitive du comté de Nice.

xVu milieu des orages dont la ville de Nice et ses vigueries étaient entourées, une heureuse inspiration changea tout-à-coup leurs destinées 5 cette nouvelle épol|e va nous oAVir un plus grand intérêt y autant par la sage administration des Princes de la Maison de Savoie^ que par

le fidèle dévouement des habilanè^ dans cet écliange de devoirs et d'affections, les premier» s'attachèrent à améliorer le sort de leurs sujets, pour s'en former un rempart contre l'ambition de la Maison d'Anjou ; les seconds répondirent avec reconnaissance à l'appel fait à leurs cœurs y et obtinrent les avantages d'une protection constante contre la jalousie et la haine d'un ennemi redoutable.

Les Rois de Naples , sans cesse occupés d'inl^réts éloignés , presque toujours entraînés dans des guerres ruineuses , ne pouvaient guère donner leurs soins aux vigueries du Comté de Nie©; la Maison de Savoie , au contraire , regarda cette acquisition comme un événement heureux, qui Rêvait consoUder ses possessions en Piémont , et montra un intérêt direct à améliorer l'existence politique des habitans, fonidant ainsi sa puissance sur les bases de leur prospérité.

Ce n'est pas que ce changement se soit opéré sans les faire participer iiux calamités, que les siècles rôident avec eux au milieu des passions humaines : des tableaux affligeans se mêleront souvent au récit des actions les plus héroïques ! mais dans celte alternative de bien el de mal^ •nous trouverons la consolante certitude; que le

bien fut Touvrdge d'un, gouvernement juste et

pateroel y et le mal > le résultat funeste de l'or* gueil et de l'ambition des Princes étrangers^ rivaux de puissance et de gloire, , Aussitôt que le Comte Amédée VII de Savoie eut repassé les Alpes y les Angevins , postés audelà du Var , menacèrent le territoire de Nice d'une seconde invasion. Le courage et Thabileté du brave Chevalier Oddon dé Villars fit échouer toutes leurs tentatives ; mais il ne put empêcher la petite guerre^ infiniment plus ruineuse % dans un tems , où les brouilleries des Princes servaient d'aliment aux passions particulières. Les deux populations excitées par des ressentimens réciproques, se livrèrent aux plus cruelles représailles. C'étaient chaque jour des surprises^, des pillages , des massacres y des incendies de part et d'autre ; les paysans ne pouvaient plu& se livrer à la culture des ic{rres ; le commerce n'osait se hasarder à entreprendre le moindre trafic: rendre avec usure à son ennemi ravages pour ravages, voilà ce qui occupait tous les esprits ! ! Plusieiurs compagnies d'aventuriers , avides de butin, vendirent leurs services aux plus offrans, et deviûrent le fléau des deiyp partis.

' Parmi les chefs de ces bandes Sanguinaires, îious citerons sur-iout Boniface Tranaqua^dlt lé Bâtard ^ Lohert de Berthusat et Jean de Lacorma , trop célèbres par leurs horribles dévastations ; ils désolèrent successivement tous les villages le long du Var et de l'Esteron, mettant les habkans à contribution , leur faisant supporter, sans pitié, des extorsions et des avanies de toute espèce *i.

La Reine Marie de Blois , après plusieurs essais infructueux pour opérer un mouvement en sa faveur dans les vîgiieries de Nice , où les Lascaris j seigneurs de Tende et de Vintîmille, soutenaient ses intérêts, menacée ellemême du feu de la guerre civile , prit le parti d'entrer en négociations avec le Comte de Savoie ; le Pape Clément VII offrit sa médiation , et à cet effet Jean de Grimaldi , Baron de Bueil , se rendit à la Cour d'Avignon pour demander la renonciation définitive des prétentions de la Maison d'Anjou sur la ville et les vigucries de Nice ; mais l'adroit Pontife

*i Griefs du Comte de Provence contre Amédée ^11 de Savoie j Dupuy , traité des droits du Roi de France p MS. délie eose di ISizza.

éluda la question principale y en proposant une trêve de douze années y afin d'avoir lé tems de discuter les droits réciproques des deux concurrens.

Quoique dans l'état des choses Amédée VII eût l'avantage sur le Comte de Provence son rival ^ il accepta néanmoins cet arrangement^ par un motif qui honore sa mémoire. » Je » veux y écrivait-il aux Consuls de la ville de » Nice y que mes bons et féaux sujets puissent » jouir de la tranquillité dont ils ont besoin pour » réparer leurs pertes *i ».

La trêve fiit conclue à Nice le i4 du mois d'octobre 1 889 , signée par Jean de Grimaldi et par Oddon de F^illars au nom du Comte de Savoie , et par Reforciat dAgout , seigneur de Glandêves et de Cuers y an nom de la Reine Marie de Blois et de son fils Louis dAtyoUy ratifiée de part et d'autre le ai du mois de novembre suivant *2.

Cet événement inespéré ouvrit tous les cœurs à la joie;, on respirait enfin après tant de troubles et d'alarmes^ lorsqu'une catastrophe imprévue

♦i Hisl. de Savoie tom. i.*' pag, 437. *2 Papon; hiflt. gëo. de Prov.

lO

replongea les habitant dans la douleur. Amé^ dée VII mourut à. Ripailla le i/"" du mob.de novembre i^i^ à la suite, d'une chute de cheval. Sa perte causa un deuil gënéraL Ce Prince, habile politique et guerrier de haute réputation, était justement regardé par ses peuples , comme la sauvegarde de leur bonheur. Les JNiçards le regrettèrent d'autant plus vivement , qu'ils avaient encore tout à craindre du ressentiment de la Maison d'Anjou , et que le Comte de Savoie ne laissait pour lui succéder qu'un Prince âgé de huit ans. Celui-ci, proclamé Souverain sous le nom à! Amédée VIII , était destiné à surpasser la gloire de son père! Bonne de Bourbon obtint la régence des états, et sut justifier par une sage administration la confiance qu'elle avait inspirée *i ; le Grand Bailli de Savoie , muni des pleins pouvoirs de la Régente, vint expressément à Nice , pour recevoir , aux termes de la convention de i388 , l'hommage définitif des vigueries , attendu que les trois années de réserve stipulées en faveur du Roi Ladislas étaient expirées, sans que ce Prince eût revendiqué ses droits souverains. A cette

^i Monot, annales de Savoie , Vit. Amed. Pacific.

occasion^ Veavoyé de la Comtesse leur con^ firma la plénitude de tous leurs anciens privi'» lèges et franchises ^i. Les Notables , s'étant rëunis dans l'église cathédrale de S.te-Mariç du Château^ le i6 du mois de novembre^iS^i^ rÉvéque Jean de Toutnefort harangua Fas-^ semblée ^ et invita nomiliàliTement les quatre classes des citoyens y représentées par leurs dé^ pûtes j à prêter sur les Saints Evangiles Fhom*mage de fidélité et d'obéissance au Comte Amé'^ dée VIU ^ et à le reconnsdtre définitivement pour seul et légitime Souverain , lui et ses successeurs à perpétuité. Le Notaire Jean Aliprandi, Secrétaire de la ville y en dressa acte public et authentique y et les Consuls en envoyèrent une copie à la Comtesse Bonne de Bourbon , pour être déposée aux archives de Chambéry 2*. Les Députés étaient sur le point de se séparer , lorsque les communes de Luceram , de Levens et d'Utelle, envoyèrent une protestation y por-

♦i Voîcî les noms des Consuls de la ville : £ttdoyic Savignon , Ludovic Tallone , Antoine Bus* chetto^ Rostagno de Berra.

*2 MS. hi«t. alp. marit ; MS. délie cose di Niz* za , bibl. Ardiss. ; Actes et titres de la Maison de Sitvoie , bibl. xoy* de Turin.

tant en substance, qu'ayanl formé une confédé- .ration libre , à la suite de Talfranchissement que la Reine Jeanne d'Anjou leur avait concédé à prix d'argent, elles n'entendaient point participer à rhommage définitif envers le Comte de Savoie , poiur ne pas préjudicier l'indépendance de leur gouvernement municipal. Cette étrange déclaration occasionna une grande rumeur. Le Bailli de Savoie ne put contenir son indignation ; il déclara ces trois communes audacieuses, couplables du crime de rébellion , et ordonna \ Oddon du T^ïllars de marcher à la tête des troupes Savoyardes pour punir leur révolte. Cependant les Confédérés s'étaient mis en mesure de soutenir leurs prétentions les m'mes à la inain ; forts de leurs positions , qu'on regardait «l(Mrs comme inexpugnables, plus encore de leurs courages , ils osèrent résister à toutes les sommations ; peut-être étaient-ils secrètement appuyés par «le Comte de Tende , et par les autres partisans de Louis d Anjou , intéressés à jettçr, cette pomme de discorde ; quoi qu'il en soit, il paraît qu'on ne voulut pas rallimier la guerre dans les vigueries de Nice, pour ne pas donner un prétexte aux Angevins de rompre la trêve ; on préféra d'employer la voie des négo-

t^iiàtions^ à la 8tiite de8({uelles^ les Confëdërés continuèrent encore^ pendant quelques années, à jouir de leur prétendue indépendance. C'est définitivement en- i43o ^ que le Comte Amé^ dée VIU parvint à domter ces montagnards farouches y moyennant la concession de plu-^ sieurs privilèges particuliers^ entre autres ^ la fourniture , du sel à moitié prix de celui fixé pour les. autres communes^ et la faculté dé porter im couteau (£^une palme et demjr d& lame * i , ce qui les fit , long-tems après , surnommer les Couteliers*

La prudence que fit paraître en cette occasion la Comtesse de Savoie, fiit un nouveau Bienfait de ^n gouvernement , car la Provence était en proie au double fléau de la guerre civile et de la peste , et si une rupture avait éclaté entre le deux Maisons > nul doute que le comté de Nice aurait éprouvé les mêmes 'favages.

La contagion pénétra pourtant dans le Bail-' lage de Glandèves et ravagea plusieurs fiefs du Baron- de Bueil ; mais les sages mesures adoptées par les Magistrats de la ville de Nice,

*i MS. àelle cose di Nizza ; MS. hist. alp. malit. i ancien, archiy. de la commune d'Utelle.

préservèrent le reste de la population du daiip ger qui la menaçait. <

. Au. milieu de ces alarme» , le schisme de l'Église continuait k diviser les. esprits^ à trou* bler la paix des: con&ciences^à;^armer les haines et les passions, particulière» La Cour, de Savoie^ ipioique attachée au parti du Pape ClémerU YII^ voyait néanmoins avec, ume douleur) profonde la lutte funeste qui s'était engagée entre les deux Pontifes y au grand détriment de la Religion et du repos des fidèles. Clément termina sa car^ rière à Avignon , le i4 septembre i^g^, dévoré de remords, et de chagrins. C'était une circonstance heureuse pour opérer la réunion des peu<ples Catholiques à une seule obéissance. Bonne de Bourbon ;a' empressa d'envoyer Louis de Grimaldi auprès des Cardinaux assemblés à Avi* gnon^ les suppliant de reconnaître i'autorité du Pontife Romain. Cette démarche combinée avec Charles VI , Roi de France , devînt infructueuse ; les passions particulières triomphèrent encore de la raison et de la justice; Pierre de Luna^ Aiagonnais de nation^ proclamé Pape sous le nom de Benoit XIII, ralluma de ses propres mains le feu du schisme ^ avec plus de violence que jamais. ^ , .

i5 C'est alors <]ue les deux partis reprirent les armes avec un redoublement de férocité et de haine. L'histoire de Provence nous & conservé les détails des horreurs sans nombre > auxquelles se livrèrent les bandes comdian* dées par le trop fameux Raymond dé Tii^ renne , et par Ajmard de Souvrat , gentilhom'^ me d^ Auvergne *i. Après avoir désolé tôiit ié pays depuis la Durance jusqu'au Var, êe^ der-nier menaça de faire éprouver le même sort aux vigueries de Nice. Heureusement lé Baron de Bueil soudoya sa troupe pour le coàipte âd Louis d Anjou y et le détermina à se rendre dtfns le Royaume de Naples^ en lui offrant ràppaf d'un meilleur butin. Sa marche par lea eàmpa-^ gnes de Nice et par le littoral de la Llguî4è, fut marquée par des dévastations sans nombre;

Dans cette circonstance Jean de GHmaldi rendit un service signalé à sts concitoyens, pour avoî^ détourné la guerre qui menaçait lé pays ; mais en même tems ce puissant Seigneur,* ouvertement brouillé avec Oddon de VUlars^

*i Papon , hîst. gën. de Prov. ; Hîsl. mîlît. du Piëmont par M.' le Comte de Saluées ^ MS. dcUe cose di Nizza , bibl. Ardjss.

i6 Gouverneur militaire du comté de Nice, croyait son orgueil offensé de dépendre , quoique indirectement , d'un gentilhomme étranger qu'il, estimait son inférieur qu naissance^ aussi il saisissait les nioindres circonstances pour humilier le Gout Temeiu* ; il disait ouvertement que jamais il ne reconnaîtrait son autorité ^ et se plaignait qu'on eut mal récompensé ses services. Son frère Louis de Grimaldi , Seigneur de Puget-Théniers , parta-' geait tout son ressentiment ; ils jurèrent Qnsenfi-' ble 1% perte de leur ennemi ; celui-ci se hâta de les dénoncer à la (joxxr de Savoie, coiiimé ayant traité secrètement avec Louis d'Anjou y pour lui livrer le comté de Nice ; /faute de preuves, les Grimaldi se justifièrent de cette imputation qu'ils qualifièrent de calomnie , et en demandèrent raison à la Comtesse Régente.

C'est alors qu'ils publièrent l'énumération de leurs griefs envers le Gouverneur; ils l'accu*' sèrent de s'être livré à des actes, de violence envers leurs vassaux, d'avoir fait essuyer de mauvais traitemens aux domestiques de la Ban ronne à l'occasion qu'ils étaient venus dans ses domaines, situés sur les terres de Nice, d'avoir prononcé des confiscations de sa propre autorité €t sans aucun jugement, d'avoir enilu commis

cl'injustices criantes pour satisfaire sa haine et ses passions^ particulières* A la suite de ces plaintes ils sollicitèrent hautement son rappel €ft la réparation des: dommages soufferts. La Corn* tesse était; elle-même en butte aux tracasseries ccmtinuelles que lui suscitaient les intrigues des courtisans. Le crédit dont jouissait Oddort de f^iUars , l'emporta sur les doléances des Grimaldi; furieux de n'avoir pu culbuter un rival odieux ^ le Baron de Bueil se livra tout entier à un {aveugle ressentiment ; il ouvrit l'oreille aux propositions favorables que lui fit Louis d Anjou , et courut aux armes , moins par l'es*poîr d'agrandir ses domaines^ que pour satis* £dre sa vengeance ^i* Ainsi la trêve étant rom-> pue y plusieurs bandes de partisans Provençaux, attirés par l'espoir du butin , passèrent de nouveau le Var et vinrent se joindre aux troupes du Baron. Ludovic de Grimaldi s'avança à main armée dans les vallées de ce fleuve , força plusieui:s châteaux appartenims aux seigneurs qui n'étaient pas de son pianii^ livra aux flammes les villages. qui luit. opposèrent résistance^ et s'abandonna à toutes les cruautés d'une

*i Papon , hisL géa. de Prer.

a Fol. Il,

i8 haine barbare. Peut-être feut-il moins en accuser ce gentilhomme ^ que ses tro\ipes indisciplinées^ enrôlées parmi les pillards et les vagabonds des pays environnans : ce n'étaient que des brigands dépourvus de tout sentira>ent d'hu^ manité , accoutuméis au sang , mx. rapines^ aux plus infômeft excès *i.

Au premier avis de cette révolte y Oddon de VUlars se mit en campagne avec le peu dte troupes qu'il avait sous sa main ; mais arrêté par les difiicultés des montagnes ^ It ne |)nt ja^ mais atteindre un ennemi habile à éviter tout •engagement.

Dans le même tcms une armée Provençale «'organisait au-delà du Var sous \es ordres du Sénéchal Georges de Marie , et déjà plusieui^ bandes s'étaient jettées dans le^ campagnes de JVice , menaçant d'intercepter les communicatiocfs avec la ville; le Gouverneur jugea prudent 'de s'enfermer dans le château , pour y attendre que la Comtesse^. 'de Savoie Jui éàt ^envoyé des recours. Alors Je : Baron de Bti^il ne 'piimVaâi^ plus se contenir^ ordonna impéri^Bsementsttiif:

*i MS. hist. alp, marit. ^ MS. deîle cose dt Nizza , hibl. Ardîss. 'i

«Consuls de Nice *i' de chàissér Oddon de f^il-^ lors y et de recevoir Ludovic Grimaldi à sa plaee j scms naenace y ea -cas de refus , de les traita en ennemis. B paraît qu'il s'était ménagé quelque intelligence dans la ville et qu'il 5'al>> tendait à une émeute populaire. Il se trompa, car la ferm^ des Magistrats en imposa à ses {^artisans ; personne n'osa se prononcer en sa &- Teur ; les citoyen» courent aux armes , et imi«* •lant le noble exemple des Consuls, renouvellent le, serment d'être fidèles au Souverain ^:i. Ils répondent à la sommation du Baron, que l'autorité du Gouverneur étant légitime ^ ils ne peuvent la méconnaître sans un ordre exprès de la Cour ; que l'honneur leur commande de défendre ses droits , et qu'ils sont prêts à repousser par la force une injuste agression. Cette dét^minatiovL énergique déconcerta les projets de Jean dà Grimaldi, surtout lorsqu'il apprk

"^i Papon , hist. gën. de Prov. ; MS. hist. alp. marît. s MS, dette cose di Nizza,

*2 Voicf les noms de ces* ihustrtes Magistrats , qjà dans cette circonstance mémorable méritëreat la reconnaissance de leurs concitoyens : Georges de Berra , Hugues Gragliero , Antoine Roissan et Jacques Faraudy, — Série chronolog. des consuls de la ville die Nice , bibL pub. -'

^e Jacques Cais et André Baàat ëtaîeilt^ • partis pour Ghambéry , en qualité de députés^ pour aller demander des secours à la Comtesse Régente ; ils y arrivèreni le même jour ^ où <;ette Princesse , trahie par ses propres courtisans ^ fut forcée d'abdiquer le pouvoir et de remettre les réaes du gouvernement au Comte Amédée VIII , quoiqu'il eût à-peine atteint s^ ^ix-septième année. Ce jeune Prince annonçait de bonne heure les qualités les plus brillantes du cc&ur et de resprit y avec ' une fermeté de -caractère bien au-delà de son &ge. Il accueillit ^gracieusement les Députés de 4a ville de Nîce^ lou^ leur fidélité y et leur promit protection et ^sistance *ii . '

Dès qu0 le passage des Alpes devint prati^ tsable^ il fit partir le Maréchal de Savoie j&oniface de ChaUarU y ùveç âes forces suffisàXktjéK pour punir la révolte du Baron de Bueil. Arrivé à Nice au mois de juillet 1899^ il se mit aussitôt en campagne^ baittit les rebelles eii plusieurs rencontres , reprit au3^ Grimaiijfi: l^^ phâteaux «t terre» dont ils s'élaient emparés^ et les forçat à se retirer dans les hautes moiitagiies.

^i MoDot , annal, .de Savoie , vit Amed.. Pacif^

*' Les r%tièurs de Fhiver rempéchèrem de pour-* amvre ses aoec^ ; on se prépara de part eCv d'amie à recomiKieilcer la lutté au retour de labelle saison y et dans rinlervalle la. tUIq de Nice fit tous SCS efforts pour concourir aux frai^r de cette guerre. I^ùuis d'Anjou y intéressé à soutenir la révolte du Baron de Bueil^ écrivit) de Naples à la Reine Marie ^ de faire marcher sur le comté de Nice toutes les troupes dispo- Bibles , et' s'adressa en même tems au Comte de Teiidé, et au Marquis de Dolceacqùa^ les priant de réunir leurs armes à cel]é,s desGr/matdi, pour chasser les troupes Savoyardes^ et; &ire rentrer la ville de Nice dans l'obéissance*-

Le Maréchal de Savoie , ne voulant pas don-' ner aux ennemis le tems de se réunir , proposa d'aller, immédiatement forcer les derniers ; retranchemens du Baron de Bueil, pour mai^ cher ensuite contre Tarmée Provençale , si elleosait passer le Var; mais Amédée VIÏI, conseillé par sa prudence^ préféra d'employer enr' core la voie des négociations au moment même ^ pu les rebelles étaient menacés d'une dernière ruine.

Jacques Càis et André Bâclai^ chargés de sonder les intentions du Barpn, le trouvèren^t

as disposé II traiter un arrangement; Oddon* de Villars rappelé en Piémom ^ en qualité d^ Lieutenant-Général ^ quitta le goûyemement de Nice^ et fut provisoirement remplacé par son Lieutenant Antoine de Chieh

Par convention du 3 juin 1 4oo , Jean de ùrimaldi mit bas les armes et renouvella Thommage de fidélité à Amëdée VIH^ moyennant la confirmation des droits^ honneurs et préro'gativês de sa famille^ et même il obtint b concession de quelques indemnités^ Â la suite de ce traité ^ il accepta Féchange de plusieurs fiefs et châteaux dans les vigueriesde Nice y pour un équivalent en terres et fiefs situés en Piémont^ dont les revenus étaient plus c(»tsidérables. H y gagna du côté de l'intérêt) mai» il perdit une partie de son influence siu* la masse des habitans ^ et tel avait été le but de rhabile négociateur *!•

Le Sénéchal de Provence Georges dé Marte ignorait encore cette convention, lorsque son armée vint prendre position sur les bords du Yar. Informé par ses émissaires , que le

^i MS. hist. alp. marît. I)ibl. de Turin ; antiq. arch. Nie. s MS. dette cose di Nizza , bibl. Ardiss:

de Bueil avait ùàt son acte de soumission^ et que les troupes Savoyardes lui tendaient une embuscade^ il prit le parti de se retirer. . Ixmis (T Anjou y forcé par des revers inattendus à quitter le royaume de Naples y dont il avait trop légèrement rêvé la conquête^ était alors à la Cour de France y sollicitant de nouveaux secours. Le Duc de Bourgogne saisit cetia occasion pour ofirir sa médiation afin de traiter la paix avec le Comte de Savoie ; il s'agissait de discuter leurs prétentions et droits réçipro-* ques sur le comté de Nice y et de fixer au juste la somme que le Comte de Savoie récla-* mait ^ pour avances et fixais de guerre à l'occasion que son ayeul Amédée YI ^ en 1 383 y avait assisté de se.s armes Louis d Anjou \y contre Charles de Duras y lors de son expédition dans le royaume de Naples-

Cette créance que les Ministres de Savoie disaient monter à cent-soixante-quatre mille marca d'or y y compris les intérêts y était incontestable^ puisqu'elle reposait sur un traité solennel; la Maison d'Anjou en éludait le payement sous prétexte que la somme était à liquider y et qu'elle devait rester en dépôt jusqu'à ce qu'une paix définitive eût vuidé toutes les contestations; dans

cette complication d'intérêts et.de réclamations^ le Comte de Provence ^ n'ayant point de troupes pour continuer la guerre , et encore moins d'ar-^ gent pour payer les dettes de son père ^accepta ayec' joie la médiation proposée.

Le Duc de Bourgogne y ainsi autorisé à faire des ouvertures amicales au Comte Amédée VIII^ lui envoya en qualité de Député Messire Artaud y Évéque de Sisteron^ ^ l'effet de l'engager à traiter un arrangement. Ce Prélat arriva à Cham^ l^éry yXe^ànx mois de mai 1 4oo y presque en même tems que les envoyés de la ville de Nice * i ; ils apportaient en Cour une requête des Con** suis qui sollicitaient^ au nom des habitans^ la bonté du Prince à ne consentir aucun démem-brement^ ou cession ayec Louis d^ Anjou y contraire à l'intégrité du pays et aux conditions^ stipulées dans le traité de 1 388.

Amédée y. tout en montrant les dispositions les plus pacifiques , rassura les inquiétudes de ses fidèles sujets. L'histoire cite avec éloge 4me lettre que le Comte de Savoie consigna à

*i Giraud de Roccamaura et Pierre Marquesan , ambassadeurs de la ville de Nice près la Cour de Savoie , pendant Tannée 1400 ( MS. délie cose di Nizza ). .

l'Évéque de Sisteron ^ au moment 4e son dér: part pour Paris ^ écrite de sa propre main *i^ dans kcpielle il traça avec beaucoup de sa-r gesse ^ non-seulement le plan de la paix et les^. bases qu'il fallait lui donner pour la rendre, durable , mais encore toutes les précautions de prudence y soit pour assurer la tranquillité entre la Provence et le comté de Nice , soi%. ponr contenir les petites ambitions des Sei^. gneurs divisés d'intérêt et de parti ^ soit enfia pour régler tout ce qui était relatif au corn-* merce , au trafic territorial ^ et à la foumitur^i du sel par les gabelles *a.

Peu de tems après il nomma pour sqs prô^ cureurs spéciaux auprès du Duc de Bourgogne. Guignes de Ravaux y Seigneur de M oucy , le Chevalier Jean de Conflans , et Géronime Bail^ lard , docteur ès-lois ; ils se rendirent à Paris avec ses instructions secrètes de consentir^ s'il 1q

*i Monot, annal, de Savoie, vie d'Amëdée YIH; Papon , hist. gën. de Prov.

♦a On voit par le dernier article de cette lettre que le commerce du sel continuait à être très-im-> portant à Nice , malgré les di£Scultës des circonstances ; que cette ville fournissait non-seulement aux besoins des Vigueries du Comté , mais encore i ceux des habitans de la Provence el de la Ugurie*

fallait^ à qiielques sacrifices quant au rembbur-'' sèment de la somme due par la Maison d'Anjou y mais de ne jamais signer la moindre cession au préjudice de rintégrîté territoriale du comte de Nice. 1

JCouis, d Anjou y à la même époque , envoya» le Chevalier Raymond Bernard Flamens , docteur ès-lois^ et Maître AvnoiUd de la CkxiUe^ Prévôt de la ville d'Aix, en qualité d(S ses Plénipotentiaires^ pour se réunir à rÉvéque de Sisteron ^ mais avec des instructions toutes différentes j csu: ils avaient ordre d'insister pour obtenir la récupération du comté de ISfice ^ moyennant une îndeiinnité pécuniaire. Le Duc de Bourgogne ne tarda pas à s^apercevoir qu'il lui était impossible de concilier des prétentions et des intérêts si opposés^ en conséquence il bm^na ses soins à renouveller la trêve. Après plusieurs conférences \ les parties se mirent d'accord et signèrent , le 12 juillet i4oo , imé nouvelle convention , ratifiée par les deux Souverains le 28 août de la même année, portant en substance que toute hostilité ces* serait , de part et d'autre pour l'espace de douze années consécutives ; que l'on s'occuperait dans l'intervalle à vérifier les droits ré*

cipi-oqnes; que les relaupns . amicaW entre les deux pays seraient retaMies ^eomme auparavaulr^ sus que* sous aucun prétexte' on put &ire mapr^' cher des troupes^ bâtK^ des nouvelles fortifia»' cations y ou molester les habitans pour avoir pri»; part pour Fun on Tautre Prince ^i. EInfin que les Maisons de Tende ^ de Vintimille et de' Dolceacqua seraient formellement comprises dans le traite. La prudence,>et la modération qu'^^me* dée Vm fit paraître pendant la durée des négociations y lui captivèrent Festimè et la confiance particulière du Duc de Bo<ux^ogne ; sans doute ce Prince aurait réussi de terminer à l'amidsle les contestations relatives à la possession da comté de Nice, si Louis d' Anjou s'était montré de bonne foi ; mais ce Prince ne pouvait so^

*i Nous croyons faire plaisir à nos Lecteurs en transcrivant, à la fin de ce chapitre, la copie textuellç de ceUe convention , telle que nous Tavons trou^^ vée , traduite du latin , dans le traite (}e Dupuy sur les droits du Roi de France , d'autant plus que cette pièce importante, qui jette un grand jour sur la situation de la ville de Nice au commenceineni du i5.^ siècle, n'a été produite par aucun historien de Provence , pas même par Tahbé Papon, quoique très-entpressé à donner de Fétendue aux preuves de l'histoire^ — Voyez (A) à la fin du chapitré.

coiisoleFi de.' voir son lebinpetitèur maiine d'iiâ pays autrefois, réum aiik «états, de* PioveQoe^ peut-être craignait-il; qu'il ne. portât ses vues plus» lein ;. aussi tout en protestaotit.de'Ses intentions^ pacifiques, il ne cherchait qu'à éloigner un arrangement, définitif^ pour Attendre tout ^u tems et des circonstances.

Ces menées n'<ëchappèrent pas à la pénétratiofiL du Comte de Savoie ; quoiqu'en principe de' droit: il n'eût pas besoin d'obtenir une nouvelle aanetion de l'acte du i38d, conclu par son père avec Ladislas Roi de Naples, il crut néanmoins qu'une renonciation définitive de la part de ce Souvei^ain ppurrait non-seulement consolider son acquisiticm , sous le rapport poli-^ tique, mais encore rassurer les habitans de Nic0 sur l'issue des négociations futures ; il lui envoya à cet effet , en qualité d'Ambassadeurs , Antoine de Chalans , ChanceUier de Savoie , et Pierrç Colombier y Archevêque de Tarantaise; ils ex*, posèrent au Roi Ladislas , que le délai fixé' pour le rachat de la ville et comté de Nice était expiré depuis plusieurs années, et qu'il était juste, pour ôter à l'avenir tout prétexte de guerre, de ratifier le traité de 1 388 par un' actQ public et solenneL

^9 • ' Ce Mcfnarque né s^nj^ait aloirs cpi'à se maib-

^Denir en possession* 'daïloyâmnie de Naples; il n'avait pas les moyens d'acquitter au Duc de Savoie les firais d'ocêupatibn et. de défense de la ville de Nice; .il ne lur oonvbnait pas non plus de se brouiller avec le Comte de Savoie^ ^u moment où. -la Cour i de France^ d'âcéoi^d avec Louis iT Anjou j méditisât une nouvelle expédition en Italie: ces molifs le déterminèrent à sanctionner V son premier leng^ement dans-les formes les plus amples pour lui et ses succesr seurs , déclarant renoncer à tous droits et prétentjiçins quelconques . de . souv^eraineté sur , la s^Sr dite ville et TÎgoeries de Nice > met/tant en 3fm lieu et place le Comte de Savbie et ses héritiers^ et ce, moyennant qu'il y aurait K perpétuité entre les deux Maisons paix, amitié et bonne alliance *i. . -

Cet acte important conclu à Viterbo lé ^a du mois de janvier iJ^02 , fut , re^iu par les Notaires Marc Possellj , Jérôme Franco et

*i Monot , annal, de Sav. , vie d'Amëdée VIII ; MS. alp. marit. , archiv. roy. de Turin ; MS. délie cose di Nizza , bibl. Ardiss. ; Hon. Pastorellus in monast. S. Clarae; archiv. Eccl. Cath.; Papon, hist. gén. de Prov.

3o Jean Lotnbardo .y eik pr^fiCiS de plusieurs lï^rioces et Seî^eurs Itatieua.^ qui le «gnèrent vGomme témoins* : • .:..yis . i .

C'est ainsi- que ./^mi^é^ iV{II/aiit tromper les ^espérances àe Louis -tP AnJQiê v^ . ei^ ajouter à Tamour àes hahîtaos du comté de Nice* ^n.véillant à leur défense^ et en remplissant .les obligations qu'il ayait contractées /^r.

* >i Par lettr€S**|>dtèntes dalées de Chambëry, lé â janvier j4oo , Amédëe YIII évoqua à son autorité souveraine la con.naissànce des contestations qui s'ëtaient élevées entre les consuls et Tévéque , au sujet de leur jnrisdîction réciproque ^ et pronotiça 'en faveur de ce dernier j par.dipI6me du: i5 mars de la même année jl nomma, un commissaire délégué en la personne du Podestat de la vfUe , pou^ faire droit aux plaintes des vaséaux du èomté de Drap, qui accusaièM: le tribunal Ecclésiastique de concussions et de violence;». . <7est mnsi q^e. c^ Prince réformait de part et, d'autre les abus.de justice , avec la plus grande impartialité , pour assurer le bonheur de ses nouveaux sujetirf.' *

(Â) Copie tiacl^te par Dupuy ^ traité des Dr^Ati

du Aoi de France.

. Traité et Tréf^ entre Amé Comte de Sas^oièi Duc de ChaUais et dAoste , Marquis et JKicaire Général de t Empire en Italie ^ et noble et puiS" santé Princesse , Madame la Bqjrne de Jérusa* lem et de Sicile , Comtesse de Provence et de Fortcalquier et de VintinUlle , et le Rojr Loys son fils , conclue à Paris le in. du mois de juillet de Vannée 1400 , par la médiation et assistance de Monseigneur le Duc de Bourgogne,

Sur tous les débats et questions qui ont pu être pour le tems passé jusqu*À présent , entre Madame la Royne de Jérusalem et de Sicile , Comtesse de Prorehce, et le Aoy iJoys son fils d'une part , et noble puissant Prince le Comté de Savoie d'une autre part: tant pour raison de certaine demande de deniers que fait , et a fait ledit Comte A madite Dame la Royne et à son fils, à cause du voyagé que fit le père dudit Comte àe Savoie au royaume de Sicile, comme pour cause de la demande cfne madite Damé la Royne et le Roy dessus dits font ot ont fait audit Comte , pour les terres qU^iceluï Comte tient en pays de Provence , telles que la ville de Nice et ses vigueries, et aussi pour quel** conques autres causes et occasions quelles soient.

Révérend père en Dieu Messire Artaud Evesquè de Cisteron , et Messire Raymond Bernard Flamens f Chevalier Docteur ès-Loys , et Maistre Amoulfdè la Caille Prévost d'Aix , .espéciauls Messagers et

Procureurs àceeonstituez, ordonnez et établis pour la partie de madite Dame la Royne et le Roy son fils;

Et semblablement Messire Guigues Ravaux sire de Moucy , Messire Jean de Conflans Chevalier , et Messire Geronime .Baillard Docteur ës-Loys , pour la partie du Comte.

Pour honneur et révérence de notre Saînt-Pére , et de son bon moyen , ont traicté et accordé que toutes lesdites questions et débats quels qu'ils soyent, demeurent en estât jusques à douze ans entiers et comptez depuis le jour que ce présent traicté sera fermé et accordé ; sans ce que durant ledit temps , une partie ne puisse faire demande à l'autre en jugement , ne dehors par voye de guerre , ne autrement , et aussi sans que Tune partie sur Tautre puisse aucune, chose acquerre de nouvel au dessus dit pays de Provence.i de Fourcalquier et de Vin-timille, lesquels .sont à présente» l'obéissance dcê dites parties.

Toutes fois il est accordé entre lesdites parties^, 4iue durant le tems dessus* dit , madite Dame là Royne et le Roy soo' Aïs puissent .prendre et mettre en leur obéissance, les lieux difiérends , et qui de présent ne sont obéissants à l'une partie » ne à Vaut;re , estans es «Comtéz et terres 4essus dites ^ et sào^s ce que ledit Comte , ne autre pour luy di<* rectement ne indirectement en puissent 'nuls des dits lieux prendre en quelconque manière , ne «acr querre ledit tems durapt; et est accordé entre les 4ites parties , que durant ce tems toutes manières ides gens du pays- et lieux qui sont en obéissance et ;subjectioii desdites parties » soit en Provence

jt ■

^Vn vigueries de Nice , on autre part ^ puissent 4 leur pleine volonté aller , venir , passer , reposer, converser ensemble, séjourner, marchaRder^ porter et faire porter , amener et administrer vivres les uns aux autres , par mer et par terre , et par espéçial de sel des gabelles de Nice, pour leur vivre tant seulement.

Toutes fois en sont exceptez les bannis et forsjssus d*une part et d'autre , lesquels demourent en Testât en quoj ils sont à présent. £t afin qu'entre les parties dessus dites cet accort soit plus ferme «t plus sour , est dit et accordé , que durant ledit tems y «it bonne et loyaVe souffrance de toute guerre , de laquelle du consentement des parties dessus dites sont ordonnez Conservateurs *: c*est â «avoir : Anthoine de f^illenoye pour la part de Madame la Rojne et le Roy son ûls , et pour la part dudit Comte celui qui est ou sera désigné , et auxquels s'aura recours si aucune débats advenaient, €t tout ce que par eux Conservateurs de la triève sera ordonna et jugé sur lesdits débats , aura pleine fermeté , et sera tenu et gardé par lesdites parties officiers et sujets , et sur la peine de mil marcs 4tor f toujours demeurant ce présent traîcté en son premier estât , et en cas qu*iceux Conservateurs ne seraient d'accort, qu'il soit en puissance de notre dit Sainct Père d'en ordonner pleinement.

Item : S'il advenait qu'en pays de Provence on en terres des vigueries de Nice pour jçause d'ini* micitiéz et destructions particulières , qui sont ou seraient entre aucuns, estait fait quelconques excèz par les uns contre les autres , par cette présente âQuffrance et soutenance de guerres dessus dites t

3 Fol. II.

ne fieront réputées en aucune ttiaiiière enfreintes ne rompues , mais sera faite bonne justice et briève par le Seigneur de la partie offendant et in)uriaht^) à la partie offendue et injuriée.

Item : Ledit Comte sera tenu de faire vidier victe ses gens du pays de Provence et ordonner par manière que dedans quinze jours depuis le tems dé ce présent traicté ^era accompli, que par ses gens, ne par quelconques estans au service dudit Comte*, ne soit fait ou porté dommages au pays de Provence et de Yintlmille , et aux alliés et amis de madite Dame la Roy ne et le Roy son fils , tels que Comtes de Tende et Marquis de Dolcaigo.

Et sembiablement sera tenue Madame et le Roj son fils d« faire de ses gens, par rapport aux terres des vigueries de Nice , tatit par icelle que par les dessus dites Alliés , et par «spécial de ceux de la garde. Et s'aucunes gens de Tune partie ou de l'autre prenaient de la S. '-Michel venant en çà aïK cunes forteresses en quelconques manières que ce soit , et par eschellement , ou aussi aucun prison* nier , que dedans quinze jours après la prise dessus dite , icelles ^e\\^ soient tenues de la rendre et restituer avec touts les biens , sans contradiction aucune , sur la peine dessus dite.

Item: Se aucunes doutes ou questions sur ce présent traicté survenaient entre lesdites parties , notre dit Saint-Père , du consentement d'icelies , aura plein pouvoir d'éclairer, interpeller et déter* miner tout à son plaisir.

Item: Des choses dessus dites soient faites bonnes lettres , et que la Royne et le Roy son fils dessus dits d'une part , et ledit Comte d'uue autre , eA

leurs propres personnes les ratifient dédions un mois et -en facent bonnes lettres.

Fait à Paris en Thâtel dé Monseigneur le Duc de Bourgogne , le douzième du mois de juillet de Tanaée mil*^uatre-cent. Suivent les signatures , etc.

Ratification du Traité de Trêve par le Comte de Savoie Atnédée VllL

Nous Âmé , Comte de Savoie , Duc de Chablais et d'Aouste , et en Italie Marquis , Vicaire Général de l'Empire , faisons savoir à tous ceux que ces présentes lettres verront:

Que Nous , vues , considérées et avisées par bons et sages avis et conseils , les choses , pacts et conventions arrêtés entre nos envoyés et ceux de noble et puissante Dame la Royne de Jérusalem et de Sicile , Comtesse cje Provence et le Sire Roy son liJs , en la présence de notre très-cher Seigneur et Père, Monseigneur le Duc de Bourgogne , à Paris le douzième jour de juillet Tan présent mil-quatrecent 9 par la teneur de nos présentes lettres et de notre certaine science et libre volonté , Nous ratifions , louons 9 confirmons et approuvons entièrement Talonguement de la triève pour douze ans 'à commencer de la date du susdit traîcté , et promettons de notre bonne foy et sur toutes obligations de nos biens, lesdites choses et triève, et chacune d*icelles avoir , tenir et observer fermes et agréables , et non al encontre faire ne venir en aucune manière , par nous ne par d'autres , et renonçons i tous droits » privilèges et actions et exceptions au présent contraires , et en plus fort , et en pleine exécution , observation et étendue desdiCes choses et triève , par Nous ratifiées et octroyées , Nous dît Comte de Savoie , par la teneur des nôtres pré-^ sentes , voulons , mandons et commettons exj^resse» ment à tous nos barons, banneretz, gentilshommes

et féaux hommes , conseillers et subjets de notre pays et vigueries de Nice en Provence présents et avenir , et aussi à^ tous nos gouverneurs , capitaines , baillis , juges , vicaires, prestes , chasteL* lains , procureurs commissaires , sergents et espéciaux à tous nos autres officiers présents et avenir de notre dit pajs et vigueries de Nice en Provence , que chacun d'eulx au contenu des présentes lettres ne viennent alencontre en aucune manière , mais Scelles publient et notifient pour notoires à tous ceulx auxquels peutz où pourrait appartenir au temps avenir, nommant et instituant pour espécial conservateur de la triève dans les vigueries de Nice et terres de Provence , pour faire valoir nos droite et raisons, devers les parties de Madame la Royne et son fils le Roy , Comte de Provence, notre chier et féal Chevalier et Conseiller Messire Anthoine de Chiel 4 Lieutenant-Gouverneur de la ville , forte* resse et terres des vigueries en Provence , voulant que les choses qui seront faictes et accordées par le susdit Conservateur de la triève , soyent regar* dées et considérées comm^ faictes et accordées par Nous Comte et Seigneur du dessus dit pays. £t comme telles en tous lieux gardées et observées ^ telle estant notre volonté souveraine*

Faites les présentes lettres et octroyées en notre Chastel de Chambéry , le jour vingt*cinquième du mois d'aoust l'an mil<>quatre-cent. .

Signées 9 Amé^

Et plus bas :

Le Chancellîer de Savoie

Hugues de Lusinges.

Le même jour et an que dessus, la Reine Marii» de Blois et son fils le Roi Louis d'Anjou, Comte de Provence , ont ratifié à Aix la trêve conclue à Pst^ ris , et en ont fait expédier les lettres-patentes-^ publiées dans tous leurs ét^ts, pour que chacun eùl^ ft s'y conformer, ^

Çtf AprrtiE n.

Négociations entre les Cours de Rome et d^ Avignon pour terminer le schisme — »• Le Pape Benoît XIII vient à Nice — ^ Concile de Pise — La ville de Nice se déclare pour le Pontife Romain — Nou^ velle expédition dans le Royaume de Naples

— Mort de Ladislas et de Louis cT Anjou

— Concile de Constance — Amédëe Vm reçoit le titre de Duc — La Maison

. d Anjou renonce à toutes ses prétentions

sur la ville et le comté de Nice.

Le schisme continuait à désoler l'Église ; envain Charles VI , Roi de France , de con* cert avec la Cour de Savoie , employa ses soin» auprès du successeur de Clément VII pour l'engager, au nom de la Religion et de la paix des peuples, à faire cesser cette lutte scanda* leuse ; Benoit XO , nourri dans le silence et Taustérite d'un cloître , y avait fortifié son opiniâtreté de caractère ; les prières et les menaces étant inutiles, on essaya . d'employer la force; le Pontife assiégé dans Avignon par une armée Française sous les ordres du Maréchal De Bour

cicault y se montra eiïfin disposé à soumettre la validité de son élection à la décision d'ua Concile; mais tandis que les' Princes Catholiques s'occupaient à le réunir, Benoit prit la fiiite déguisé en pèlerin , et courut de ville en ville i;^chauffer en Provence le zèle de ses partisans *i. Telle était alors la force de l'opinion , que personne n'osa l'arrêter, quoique son auk>rité comme ch«f légitime de l'Église fut généralement contestée ; les Cours de France , d'Aragon , de Savoie , de Provence et de Naples , eurent de nouveau recoufs aux négociations; elles proposèrent aux deux Papes de quitter l'un et Tautre la thiare et de se soumettre à la décision d'un Concile général. Grégoire XII , moins opiniâtre que son concurrent, accepta, le premier, cette voie de conciliation *3; Benoit y consentit à son tour , mais de part et d'autre on employa tant de subtilités , de prétextes et de stratagèmes, qu'on ne put jamais venir à but d'obtenir ce pénible sacrifice ; pour mieux gagner du tems, ils proposèrent une entrevue dans la ville de Savone afin de traiter, disaient-ils, un arrangement de gré à gré.

' *i Murât. , annal. îtaL * *2 Idem.

Benoit y au mois de décembre 1 4o4 y vint ' s'embarquer à Marseille sur les galères Catalanes ^ devaient le conduire au rendes- vous. Peudant la traversée^ soit qu'il eàt regret d'avoir consenti à ce rapprochement^ soit qu'il voulût auparavant s'assurer de la bonne foi de Gré^ goire y il décida de s'arrêter à Nice , parce que la majorité des babitans lui était dévouée. Ceux qui n'étaient pas de son parti, l'accusèrent ensuite d'avoir provoqué sur la ville la colère du Ciel, car durant son séjour, d'environ une année, elle lîit affligée par la peste et par toutes les calamités que ce terrible fhéau traîne à sa suite ^i. • Les galères d'Aragon entrèrent au pojt de Villefranche le 5 janvier , veille de l'Épiphaiiie , et y débarquèrent le Pape avec sa suite nombreuse, composée d'une foule de Cardinaux, de Ptélats et

*i Benedictus XIII anno i4o5 pro Summo Pontifice se gerentis , qui ob schisma ^ quod Ecclesiam divexabat , Avenione discedens Nicœam venit , acceptusque est a Francisco £piscopo, ac Consulibus Civitatis , pro cujus partibus ad extremum u^ue Niciea stetit; ex ipio forsitan iratum Decmiy multis incommodis publiée , privatimqiie afBicta , experta est ( Giofir. Nie. Civit. de Ëpisc. part. 2 p. 190 ). Et ecce pestis sœvissima iavadit Nicaeam ( Bened* Gooonus in. vit. Patr. Occid. lik 6> MS. délie co$e di Nizza ),

de Religieux , parmi lesqtiels le célèbre P^incerU Ferrer o , de Tordre des Dominicains , que l'Église a mis au rang des Saints^ en rëcom-' pense de ses vertus et de '^s prédications Apostoliques. Ce même jour le ciel se chargea de nuages sinistres^ et au milieu des éclaira parut tout-à-coup un météore enflammé qui porta l'épouvante dans toutes les familles *i ^ C'était^ disait-on, le présage de malheurs publics^ où plutôt un avis du Ciel^ dont \es habitans devaient profiter! L'Évêque François y Référendaire de Benoît XIII, s'empressa d'aller à Villefranche recevoir le Pontife à la tête de son clergé. Les Consuls , suivis du corps de la No- })lesse et d'une foide immense de peuple, vinrent aus3i,.lui présenter leurs hommages.* Benoit^ revêtu de ses habits pontificaux, entouré d^un brillant cortège , monté sur une superbe mule blanche , fut reçu à Nice au bruit de l'artillerie

*i Voici comment Ludovic Revelli dans son Calendrier rapporte cet événement: » i4o5. Die quinta 1» jiinuarii vigilia Ëpîphaniae , dum ibî adesset Be^ » nedictùs XIII ^ apparaît Nicaea, pluribus Yidentû> » bus, globus ad modum lunœ clarus et resplenden» 3» valde , discurrens , ad modum certi hominis, per ^ aerem , piano modo inferiuA versus aquilonem t protendens ».

du château et aux sons de tbutes les cloches i il se rendit processionnellement à l'Église Ga-« thédrale^ marchant sous le dais que portaient TÉvéque^ le Gouverneur, et les premiers Magistrats ; il y fit son entrée , précédé de toutes les Confrairies et des différentes corporations Religieuses qui chantaient des hynmes pieux , entouré de cinquante jeunes gentilshommes ea habits de gala, avec des flambeaux allumés ^i^ escorté enfin par une troupe de cavaliers, coin- ^mandée par Antoine de ChîeL

Le Pape alla loger au couvent des Franciscains^ situé sur les bords du Pagiion, derrière les remparts de la ville. C'était alors uni édifice remarquable par son étendue, par la commodité du site , et par le vaste enclos dont il était entouré; les Moines de S.t-François avaient jadis obtenu ce terrain de la libéralité de la Maisoa Badat : ils y dépensèrent des sommes énormes pour en faire un monastère somptueux , et il devait être réellement très-considérable, puisque Tannées auparavant, à l'occasion du Chapitre général de l'ordre > on y avait reçu environ douze-cent moines , venus de la Ligurie , du

*i MS. délie cose di Nizza | bibh Ardiss,

yiémpnt^ de la Provence et du Languedoc^ pour assister à cette réunion *i ; son pieux compagnon t^incent Ferrer o , s'établit au couvent des Dominicains; là il ouvrit une mission^ dont la durée se prolongea jusqu'au départ de Pierre de Luna *2.

*i On a prétendu que S. '-François passant à iNFîce pour aller combattre les erreurs à^& Vaudois , fdt lui-même le fondateur de Fancîen monastère des Mineurs Conventuels , jadis situé au quartier de Limpia, sous le titre de S. '-Récupéré, vulgairement appelle S.t'Recoubre, Cette conjecture n'est pas appuyée sur des notions assez positives, pour la donner comme, un fait historique Ce qu'il y a de

certain , c'est que le couvent de Su^Recoubre étant tombé de vétusté, Augier Badat, riche gentilhomme de Nice, par acte du 17 novembre i25o, reçu par le notaire royal Pierre cTArexano , fit donation à ces religieux du local, dont nous avons parlé ^ dans rintérieur de la ville , pour y transporter leur habitation. Ce monastère à la suite des désastres successifs ayant été considérablement dégradé , fut de nouveau restauré , en 1410 , par la pieuse générosité de plusieurs riches gentilshommes , parmi lesquels nous citerons Pierre Martini , Ludovic Badat et Hugues Caïs, L'ancienne voûte de l'église 3'étant écroulée en 1485 , les principaux citoyen» fournirent de suite aux frais de 6a reconstruction ( MS. délie cose di Nizza ).

*2 Nous avons déjà cité la libéralité de Jourdan Richieri^ noble citoyen. de Nice, qui en 1245 céda

C'est au fond d'une cellule que l'adroit Pontife^ assisté de ses Cardinaux, employa toute sorte de manèges' et d'intrigues pour triompher de son rival , tantôt l'amusant par des proi^sses^^ tantôt l'accusant de mauvaise foi, ou le pressant de venir au rendez-vous , puis Ëdsant naître des difficultés pour ne pas s'y rendre hii-méme ; au moyen de ses entraves et de ses n^ociations auprès des principaux Souverains , il espérait de pouvoir conserver la thiare ; il regardait même le château de Nice comme un rempart assuré contre les entreprises de ses ennemis , dans le cas où ils auraiait tenté d'employer la ibrce pour vaincre sa résistance.

aux religieux de l'ordre de S.^-Domin^pe un terrain lui appartenant , situé au quartier dit de Selejra , non loin de Fancien hôpital des lépreux ; là fut bâti le couvent où les Dominicains vinrent s'établir onze ans après.

Le Cardinal Simon de Boissan , Archevêque de Milan et littérateur distingué, célébré dans les poésies de Pétrarque , mourut à Nice le 27 août i38i , lors de son passage pour se rendre à la Cour d'Avignon , et fut enterré dans le chœur de Téglise de S/-Dominiqu«. En 1482 Christophe G^ofFredo , fils de Cosme , consacra des sommes considérables à l'agrandissement de la nef et à rembellissement du sanctuaire ( MS. délie cose di Nizza ).

Jmédée VIII était trop bon politique petit» se prononcer . dans celte grande question ; un Concile général des Pères de FÉglise devait la décider : il fallait donc attendre qu'elle fut résolue , et dans cette incertitude -son intérêt et sa conscience lui commandaient de respecter l'autorité d'un Pape^ auquel ses sujets accordaient vénération et obéissance. Voulant néanmoins e.mpecher le choc des opinions^ qui, en matière Religieuse , produit presque toujom's des funestes conséquences , par lettres datées de Chambéry le i/' juillet, il défendit, sous les peines les plus sévères, aux Consuls, Juges et OfEciers civils et militaires de la ville et vigueries de ^Wice , de se mêler en' aucune manière , directement, ou indirectement, d'affaires ecclésiastiques-, les exhortant d'attendre avec calme et résignation la décision du Concile.

Cependant le Pontife Aragonais , habile à faire mouvoir les ressorts de sa politique, se liyrait en public à tous les actes d'une dévotion exemplaire ; paraissait indifférent aux résultats des négociations , et ne se montrait occupé que des besoins du Clergé. Il employa ses premiers soins à terminer les anciennes contestations, en fait de jurisdiction^ entre FEvêque et l'Abbé de

Saint -Polis ^i^ à k grande satisfaction àé^ habitant de Nice y presque toujours entraînés! dans ces querelles.

n yisita en détail Fintérieur de chaque Mo^^ nastère , donnant son attention ' au rétablissiié-^ ment d'une exacte discipline et à- l'observance des instituts^ {H*ovoquant enfin par lui-mémé toutes les améliorations qui lui étaient indiquée9 par les circonstances et par les besoins parti-» culiers de chaque communauté.

Le couvent des Augustins nouvellement établi dans r enceinte de la ville inférieure fixa particulièrement ses regards *2 ; il intervint per-

*i L'abbajre de S.'-Pons était alors gouvernëe par Robert de Rupecula , d'une famille distinguée de Provence ( Chronol. Abat. S. Pontii ).

*2 On croit que très-anciennement l'église de S.'-Estienne de Cortîne , située au voisinage du port de Villefranche , où s'établirent ensuite les religieuses de Tordre de Citeaux , était desservie par àes moines de l'ordre de S.'-Augustin. £n ii54 Ouillaume Bouza leur fit donation de plusieurs terres qu'il possédait au quartier de Montgros, et Ray« mond Ausan , gentilhomme renommé , dont on re^ trouve le nom dans plusieurs anciennes chartes , les enrichit par de nouveaux dons. Cela résuit* d'une inscription qui existait en i i6i dans l'ancienne chapelle de S.^-£stienne de Cortine près Villefranchoé

Les Augustins ;se transportèrent plus tard au fau-

sonnellement à un arrangement contclii eatr^ rÉveqUe et le Prieur Pierre Gautier^ xelativement à l'administration de TËglise paroissiale de S.t*Mairtin^ située au quarti^* àe Camas , €px fut confiée aux soins apostoliques . de * ces moines. U s'intéressa auprès des Consuls en faveur des Carmélitains pour leur obtenir ua emplacement dans l'enceinte de la ville ^ du côté de la porte Marine, à l'effet d'y bâtir un nouveau Monastère , attendu que l'ancien , situé au-delà du Paglion , non loin de l'hôpital des lépreux 3 tombait en ruine *i. Enfin il reçut

bourg de Sincaire ou soit de Riquieri , hors la porte pnirolière ; la Commuoauté s'y fixa non loin du Paglion, dan»4^ëndroit même où s* élève aajourd'hw la façade de la place Victor du côté du chemin de Yillefrançhe^j mais les guerres des Angevins ^t les ravages continuels du torrent ayant détruit cet édifice , FEvéque François , référendaire de Benoit XIII, du consentement du Chapitre, céda à ces religieux •l'église paroissiale de S. ^-Martin ^positam ad Cavnr pum Martium , nune Camas , en échange du cou-^ vent et des jardins attenants qui passèrent en propriété à TEvêque; cela résulte d'ua acte en date du 28 mars i4o5, reçu par le notaire Boccamaura. Cest là que les Augustins bâtirent leur nouveau monastère , en détruisant plusieurs vieilles masures attenantes à TégUse ( MS. délie cose di Nizza ). *j[ NoD loin de Thôpital des lépreux nommé S,*-

ia visite de la Bienheureuse Colette ^ venue

tout-exprès à Nice pour solliciter la reforme de

l'institut de Tordre de S.te-Claire, et fit assigner

à ces religieuses un local entre le château et

la ville supérieure, pour s'y établir en cas de

guerre, les autorisant à conserver le couvent

de Richiés et à l'habiter en tems àe paix ,

lorsqu'elles n'avaient aucun danger à courir *r.

Lazare , situé au*delà du Paglion , sur la route du Var , où il existe encore une petite chapelle de ce nom , dans Tendroit vulgairement appelle le Para" dii 9 parce que plus tard ce site fut planté en jar*dins d* orangers , les Carméli tains possédaient un monastère sous Tinvocation de S,te-Maire de Mont Carmel f ou soit lo Carme F'ielL Les mêmes motifs qui vivaient déterminé la translation des Augu- Stins , engagèrent Benoit XIII à solliciter les Con- «uls , afin d* accorder aux Carmélitains un emplacement dans rintérieur de la ville pour leur nouvelle habitation $ ils obtinrent en conséquence la cession d*ua terrain, que Giofiredi désigne sous le nom de Podium de Costa ex parte urbis inferiori^ où ils firent construire un nouveau couvent ( Gioffred. de £pisc. pag. 190; MS. délie case di Nizza ).

*i Le couvent des religieuses de Tordre de Ci»teaux existait trés-ancîennement aux environs du Afont^Olive , au-delà du golfe de Villefranche , «ous le titre de S.t-Etienne de Certifie : ayant été ruiné par les Sarrasins , leur nouveau monastère fut bâti non loin des remparts de Nice au moulin dit

Sur ces entrefaites la ville de Florence lui

envoya des Députés, afin de l'engager à effectuer ses promesses ; Grégoire XII venait de débarquer au port de Gênes , annonçant les meilleures dispositions pour un * arrangement définitif. Les galères de la RépubHque arri^^ vèrent nu port de Villefranche le 7 du moi» de septembre i4o6.

Richiés, dans la propriété de la famille 'F'arletto , très-^distinguée parmi les gentilshommes du pays , et ces religieuses s'y transportèrent vers le milieu du douzième siècle. Ce fait historique résulte de plusieurs chartes , et notamment d'un acte du 16 octobre 14^2, reçu par le notaire Ludovic Massif lia , où Ton voit figurer Antoine de Caïs , chevalier de S.^-Jean de Jérusalem, qui vend à Jean-Baptiste Varletto , capitaine d'armes de la ville de Nice , un petit jardin , attigu au moulin de Rickiés, pour èïre annexé au couvent des religieuses de Citeaux, avec promesse de faire ratifier l'acte de vente par VAhbé de Toronet , qui tenait ce monastère sous sa jurisdiction immédiate.

Les religieuses de Richiés obtinrent à cette ot* casion un nouveau local situé entre la ville supé^ rieure et le château , appelle dans la suite lé Monastié 9 pour s'y réfugier en tems de guerre ; là bulle définitive d'autorisation est en date du 26 juillet 1407 (Arch. Eccl. Cath. ; Hon. Pastorellu» in Monast. S. Clara hist. ; Gioffred. de Episc. \ MS» dclle cose di Nizza y bibh Ardiss. ).

La peste qui à cette époque exerçait a Nice ses liineStes ravages , délermina le Pape'? peut-être plus que les instances des Florentins , à se mettre en route pour Savone. On ne prenait alors aucune pré<^aution similaire ; les habitans se confiant exclusivement à la Providence , continuaient à se livrer , comme à r ordinaire^ aux affaires publiques^ et malgré les nomlu^euses victimes de ce fléau destructeur, les cœurs endurcis par Thabitude du malheur, ne redisaient pas de se donner aux plaisirs, toutes les fois qu^ils en trouvaient Toccasion. Ainsi aii mois de septembre de celte même année , à l'occasion du mariage de JPierre Louis GrimaMi y fils aîné du Baron de Bueil, avec Catherine Gattiluzzo , illustre demoiselle de Gênes, on fit à Nice de grandes rejouissances poiu: célébrer cet liyménée * i . Le Baron profita de la circonstance pour soUiclier les bontés du Comte de Savoie, à V effet de terminer quelques différends qui existaient encore relativement aux

♦i Catherine apporta en dot cinq- mille florins d'or, somme très-considériible- au commcncemetit du i5.* siècle. Les noces se firent au palais Gri-

maldi avec beaucoup de magnilicenco ( ÎVIS. hist. alp. marit.; MS. délie cose di Nizza , Libl. Ardiss. ).

4 roi. IL

'fiefs de Torrettes-Revcst et de Maria : Amédée VIII consenlit à lui en donner Finveslilnre *i, moyennant la réserve du haut hommage , avec renouvellement de l'induit pour tous les griefs passés ^ sous la condition que le Baron prêterait de nouveau le serment de fidélité.

A cette même époque la ville de Nice envoya à Ghambéry , en qualité de ses Députes, Hugues GragUeri et Barihélemj de Souliers^ pour «e plaindre du Chancelier de Savoie, qui, au préjudice des anciens privilèges, avait noouné des étrangers aux emplois judiciaires. Leur réclamation fut favorablement accueillie par le Souverain ; mais , comme il était alors engagé dans la guerre du Moniferrat , il saisit cette circonstance poiu* demander à ses sujets du comté de Nice quelques secours pécuniaires pour hâter le succès de ses armes. Les Députés , au nom des vigueries de Nice , offrirent un don de six-mille francs d'or, et obtinrent en cor-

*i Pai^ diplôme définitif du 21 juin 1^08, le 19 du mois d'avril précédent, Pierre Lasçaris. Comte de Vintimille et de Tende , renouvella Tacte de trêve et d'alliance avec le Comte de Savoie, s'oblî- ^eant à lui prêter hommage dans les trois mois successifs , et de Tassisler de ses armes dans la guerre du Montferrat ( MS. hist, alp. marîtim. )^

-5i i«speclif'3e cette somme la confirmation plein» et entière du privilège dont il s'agit *i. Si nous devons en juger par cet acte , où figurent quatre gentilshommes avec la qualité d'Ambassadeurs de Nice , nous devons croire que le Comte de Savoie jugeait prudent de tenir- à la Cour de Chambéiy, ceux parmi les principaux habitans qui, par leurs richesses, leur naissance et leur crédit, pouvaient lui offrir des garanties de fidcUté , dans un tenis sur-tout , où la continuation du schisme , les prétenticMis de la Maison d'Anjou et l'esprit de vertige qui agitait fes familles puissantes , pouvaient encore lui inspirer jde l'inquiétude^

Les galères de Florence étant heiureusement arrivées à Savone , on se flatta que l'entrevue des deux Papes rendrait enfin la paix à l'Église. Vain espoir ! Tout- à-coup le bruit se répand que Benoît , multipliant les prétextes et les difficultés, a de nouveau rompu

*i Cet arrangement fut conclu au château de Chambéry , en prësenre du Chevalier Ludovic de Grimaldi , Jean de Roccamaura , Ludovic Marque* San et Pierre Malletii ^ licencié en droit, tous les quatre désignés dans Tacte Ambassadeurs de la ville et vigueries de Nice ( M. hist. alp. maritim. ; MS. dellô cose di Nizza ).

les négociations. Le Roi de France , fatigué de ces nouvelles entraves, donne ordre au Maréchal de Boucicault , commandant les galères de Gènes, de s'assurer de la personne de l'opiniâtre Pontife ; celui-ci , en ayant été informé par ses émissaires, prend la fuite, se sauve au port de Livourne , s'y embarque sur un navire Catalan et se met à courir la mer. >

Le voilà donc pour la seconde fois errant, fugitif et poursuivi , mais toujours plus entêté à ne pas se dessaisir de la ihiare. Les vents contraires l'obligèrent de relâcher au port de Villefranche ; la crainte d'y être arrête l&*fit repartir pres(fue aussitôt ; arrivé à Marseille , toujours tourmenté par les mêmes inquiétudes, il ne s'y trouva pas plus en sûreté, et alla bientôt s'enfermer dans les murs de Perpignan, place de premier ordre, que le Roi d'Aragon consentit à lui céder pour sa résidence.

.Le Maréchal de Boucicault arriva devant le port de Villefranche quelques heures après le départ du Pape. Il se disposait à continuer sa poursuite , lorsqu'il fut lui-même attaqué par une flottille de corsaires Barbaresques , dont l'audace ne respectait alors aucun pavillon.

Lô coîpbat s'engagea dans la maliaéc du 5d

53 ' septembre i4o8, eh face du château de Nice,' et en présence de toute la population accourue en armes sur le rivage.

Quoique le Maréchal n'eût avec lui que deux galères, il attaqua les pirates avec tant de courage et de résolution , . que ceux-ci , après une lutte de quelques heures, se retirèrent en désordre vers les cotes d'Afrique *i.

Tout-à-coup les Pères de l'Église , assembléa au Concile de Pise, ayant perdu l'espoir d'opérer une réconciliation , prirent le parti vigoureux de déposer les deux Papes. Le 17 juin i4og ils donnèrent la thiare au Cardinal Pierre de. Candie , surnommé Philarge , recommandable par sa piété et par sa haute sagesse , proclamé; sous le nom à! Alexandre V ^*2.

Cet acte de fermeté ne fit qu'augmenter \qs plaies de la Rchgion ; au lieu de deux Papes

il y en eut trois! Le Roi de France, les

Comtes de Provence et de Savoie , la République de Gènes , et presque tous les Princes

*i MS. hîst. alp. marit.jMS. délie cose di Nizza.

*2 Les fonctîous de notaire , secrétaire apostolique au Concile de Pise furent remplies par Ray'» mond Garneri de Nice , Chanoine de la Cathédrale ( MS. alp. marit. ).

Italiens et Allemands , se déclarèrent pour le nouveau Pontife *i. Grégoire se rétira dans le royaume de Naples ^ où il continua à exercer une ombre d'autorité. Benoît , enferme dans les remparts de Perpignan, con-: serva sous son obéissance la Sicile et la péninsule Espagnole. Alexandre , reçu dans Rome comme le seul successeur légitime, de Pierre y était digne de son élévation , mais il n'en jouit pas long-tems, car il mourut à Bologne le aft du mois d'avril i4io. Les Cardinaux Romains lui donnèrent pour successeur Balthasar Cassa , * connu sous le nom de Jean XXIBE, Ce nouveau Pape , entièrement dévoué aux intérêis de la Maison d'Anjou , sollicita vivement le Roi de France de tenter la conquête du royaume de Naples. Il espérait ainsi de pouvoir triompher de l'opiniâtreté de Grégoire XII et de forcer ensuite Benoît XIII à la soumission ; l'exécution de ce plan exigeait le concours de tous les "Princes qui reconnaissaient

*i Quoique Françoîii Evêque de Nice fut une créa» ture du Pape Benoît XITI, il se soumit le premier à la décision du Concile ^ ainsi les senttmens de son devoir remportèrent sur ceux de TafFection ot de la reconnaissance ( Arch. de FEgl. Cath. j MS. deUe cose di Nizza ).

soa autorité ; le Comte de Savoie , sollicité i <lc prendre part à cette guerre , allégua ses e2igagemeas avec le Roi Ladislas'^ il avait sagement adopté le système de ne jamais se çiéler des affaires d'autrui^ lorsqu'elles ne compromettaient pas ses intérêts particuliers ; il me-, rita ainsi le nom de pacifique y titre bien plus glorieux que celui de conquérant^ puisque l'un est fondé sur les vertus qui assurent la félicité des peuples^ Fautre sui* l'ambition qui cause leurs calamités et souvent leur ruine !

La République de Gènes continuai|; h vivre sous la protection directe du Roi de France , mais la conduite despotique du maréchal ] de Boucicault ayant irrité les esprits de la populace, elle se révolta, et la majeure partie de la garnison française fut pour la troisième fois presqu'entièrement massacrée. Le Comte de Savoie ne put alors lui refuser ses secours pour la récupération de la ville de Gènes j ea compensation des frais de guerre , Charles VI s'obligea de mettre ^u pouvoir èiAmédée la ville et le château de VintinoûUe , pour en jouir lui et ^s successeurs en toute souver raicieté ^i. Cette convention lut signée le 4

*i MS. hisL alp. inarit.

du mois d'octobre i4^9 ^^ château de Moncallier.

Nous ne nous arrêterons pas aux détails d'une guerre qui n'eut aucun résultat heureux pour le Monarque Français : il «uffît de dire en raccourci , pour l'intérêt particulier 'de l'histoire que nous écrivons, que la place de Vintimille, défendue par une garnison Française , fut assiégée par les Génois ; Dominique et Barthélemjr Doria la cernèrent du côté de terre, tandis qnOtûobon Giustiniani l'attaqua du côté delà mer avec les galères de Naples. La ville fut prise d'assaut le ig juiit 14^^; le. vainqueur, selon la coutume barbare de ce tems-là ^ ne fit aucun quartier aux vaincus; le château capitula ^ huit jours après, et aussitôt les Doria y mirent une forte garnison pour le Marquis deMontferrat.

L'année suivante un corps de partisans français, auxquels se réunirent quatre-cent bannis de la République de Gênes, surprit h son tour celte ville infortunée , et la livra de nouveau à un horrible pillage; Jean de la Chambre^ alors Gouverneur de Nice , donna la main à cette expédition , malgré la peste qui continuait ses ravages; les galères de Gênes, sous la conduite de Bracço de Franchi , un des plus braves

capitaines de la République^ ne tardèrent ps» à paraître devant Vintiniille , et les Français capitulèrent pour la secondé fois. Ainsi le traité de Moncallier n'eut pour le Comte de Savoie aucun résultat avantageux^ car les Génois s'étani mis. sous la protection de F^isconti , Duc de' Milan ^ redoutable par sa puissance et par son ambition^ il faUut renoncer à Tespoir de poisséder le château de VintimiUe * i . ' '

Les armemens considérables que l'on faisail en Provence pour l'expédition de Naplfes , obligèrent Amédée VIII à prendre des précaution» pour la défense de ses propres étals; ilfitren^ forcer la garnison de Nice, leva des nouvelles troupes et prit une attitude imposante pour attendre l'issue des grands événemens qui se préparaient. L'orage alla fondre sur le Royaume de Naples. D'abord la fortune ftit favorable à LoiUs d'Anjou; mais n'ayant pas su profiter de ses premiers succès , il se vit bientôt obligé de retourner en Provence avec les débris de son armée, ruiiïéc par la désertion, les fatigues et la débauche. La mort de Ladislas suivit de près son triomphe ; il laissa le trône à sa sœur

''^i Gîustin. , annal, di Genova 9 MS. hist. lalp. marit.

Jeanne II, veuve de Guillaume d Autriche. Presque dans le même tems Louis (T Anjou pa^^a son tribut à la nature ; Lotus III, son fils^ à-peine âgé de quatorze ans, lui succéda sous la régçnc^ de la Reine Yolande.

L'Empeireur Sigismond mit à profit ces évéliemens pour s'occuper de la paix, de FEglise, toujours divisée entre trois Papes. Il sollicita la réunion d'un Concile général à Constance ^ pour essayer d« terminée cette déplorable lutte. Jean XXIII s'y laissa entraîner dans l'espoir d'être conservé comme seul et légitime Pontife,

mais il ne tarda pas à s'en repentir I

La majorité des Pères de TÉglise n'était pas

disposée en sa faveur Le Comte de

-Savoie envoya Ludosfic de Grimaldi , frère du Baron de Bueil , pour assister aux délibérations du ConciJe, en qualité de son Ambassadeur *i. de seigneur jouissait d'une grande réputation d'habileté dans les négociations ; il s'in^nua si i>ien dans l'esprit des Cardinaux et des Prélats influens , que pendant toute la durée de cett^ réunion il était préférablement . consulté et employé à concilier tous les intérêts.

"^i Annal. Eccl. Concil. , pag. 588; MS. alp* marit.

Inquiet sur le résultat des délibérations du

Concile^ le Pape Jean prit une déterminatioa fiitale. Dans la nuit du 20 mars 1406 y il s'évada de Constance déguisé en paysan , et se retira à Schafibuse^ dans les états Ae Frédéric ^ Duc d'Autriche^ où il fit une rétractation de son adhésion au Concile , ordonnant aux Pères assemblés de se séparer sur-le-champ ^ sous peine d'excommunication.

Cet événement inattendu Tint ajouter au scandale de l'Église, Tous les Princes Chrétiens

en furent indignés Ils se réimirent à TEmpe-*

reuT Sigismond y pour forcer Frédéric d'Autriche à consigner le Pontife. Le Duc^ menacé de la perte de ses états ^ consentit à le livrer pri-

sonnier. Alors intervint une sentence du Concile en date du 39 mai de la même année y qui déclara les trois Papes également déchus de toute autorité Ecclésiastique^ et les somma de faire leur abdication dans un délai péremptoire^ sous peine d'être traités selon la rigueur des lois contre les hérétiques^

Jean fit le premier son acte de soumission; Grégoire envoya son abdication formelle par déclaration du 4 juillet suivant ; mais Pierre de Luna y confiant dans l'appui de Ferdinand y

Roi d'Aragon et de CastîUe^ demeura inéhrânkble dans sa première résolution ; il prétendait qu'étant Pape légitime il obéissait a la voht du Ciel y qu'aucune puissance sur la terre ne pouvait le dépouiller de son autorité ; il demanda même une entrevue à l'Empereur Sigismond,. voulant , disait-il ^ lui faire connaître que ses refus étaient indépendans de sa volonté. Ludos^ic de Grimaldi y chargé de négocier celte conférence entre l'Empereur et le Roi d'Aragon , fit désigner la ville de Nice pour le lieu du rendez-vous *i. Amédée VIII y consentit volontiers ; il passa les Alpes pour s'y rendre personnellement dans le même tems que le^oi d'Aragon et l'Empereur se mirent en route dans cette bonne intention. Sigismond débarqua au port de Villefi*anche avec huit-cent gentilshommes et mille chevaux , espérant d'y voir, arriver l'opiniâtre Pontife. Il avait amené avec lui nombre de Cardinaux et de Docteurs pour soutenir les droits des Pères du Concile *3 ; mais Benoît ne tint pas sa parole : chassé de Per-

^i Murât., annal. îtal. ; MS. hist. alp. marit.

*2 Alberti , ist. di Sospello , part, i , cap. 21 , pag. i52 ; Abrc^gé de Thist. de la Maison de Savoie , tom. 2 , pag. 28.

6ï plgnan , assiégé dans le fort de CoUieure ,v il prit la fuite pour la troisième fois et. alla s'enfermer dans le château de Tortosa , forteresse inexpugnable^ dont ses partisans s'étaient rendus maîtres.

Cette étonnante obstination décida le Concile de Constance à ne plus garder aucun menaclément ; il nomma pour gouverner l'Eglise Othon y Cardinal diacre de S.t-Georges , qui prit le nom de Martin V.

Tous les Princes Chrétiens , fatigués du schisme y se mirent immédiatement sous son obéissance ; le Roi d'Aragon annonça lui-même à PieiTC de Lima qu'il, fallait se soumettre , s'il voulait éviter une dernière catastrophe, ce qui le détermina finalement à abjurer ses erreurs *i. '

C'est au retour du voyage de Perpignan, que l'Empereur ayant visité le Comte de Savoie dans

♦i L'acte d'abdication de Pierre de Luna est en dnle du i5 mai i4'9> il obtint un pardon générai et la con.Mcrvation du Chapeau de Cardinal ; mais ii jouit peu de cette faveur inespérée , car le 22 du mois de décembre de la même année il fut appelle à rendre compte devant le Tribunal de Dieu des malheurs qu'il avait causés par son funeste cntctenicnt ( Murât. , annal, ital. ).

sa résidence de Chambéry^ lui confirma la haute dignité de Vicaire général de TËmpire en Italie; et par diplôme du i4 février iJ^iô érigea en Duché la souveraineté de Savoie, voulant ainsi récompenser le zèle qu'il avait fait paraître pour le bien de la Rehgion '^x. Il faut dire amsi que sa reconnaissance était d'accord avec sa politique y car il songeait alors à créer une puis^ sance intermédiaire entre la France et Tltalie, pour s'en servir de barrière contre l'ambition des Princes de la Maison de Bourbon.

Avant de terminer ce chapitre nous devons entrer dans quelques, détails au sujet des négociations qui suivirent le renouvellement de la trêve avec le Comte de Provence en i4oo, et qui se terminèrent par le traité de Chambéry de 1 4 ^ 9 > ^ '^ ^^^^ duquel la Maison d'Anjou renonça définitivement à toutes ses prétentions sur la ville et comté de Nice ; nous sommes forcés de retourner sur nos pas pour ne laisser rien à désirer, à nos lecteurs, relativement à cet acte important qui ramena la paix y et fit cesser toutes les inquiétudes.

^i Samuel Guîchenon , hist. de la Maisoii de Sa* voie i MS. hist. alp. marit.

Par un article secret de la trêve de douze ans, le Duc de Bourgogne s'était réservé d'employer ses bons oflTiees poiu* obtenir la conclu-^ sion de la paix, tro^ années avant la reprise des hostilités. En 1409 les parties signèrent un compromis, d'après lequel elles soumettaient réciproquement leurs contestations à l'arbitrage des Ducs de Berry et de Bourgogne. Le pre* mier était beau-père du Comte de Savoie et oncle de Louis d'Anjou, le second leur beaufrère et cousin ; ce devait être plutôt un arrangement de famille , qu'une négociation de Souverain à Souverain. Louis , qui continuait à prendre le titre de 'Roi de Naples , de Sicile et de Jérusalem , donna pouvoir à Messires Robert Lathomus , Jean Dupujr et Guillaume du Saignet , ses Conseillers , de comparaître devant les seigneurs Arbitres, aux fins de discuter sqs droits et prétentions sur la ville et comté de Nice , avec les envoyés diAmé^ dée VIII *i , et* de traiter d'un arrangement à

*i Le compromis fut signe à Toulon le 3 du mois d'avril 1409, reçu par le notaire Poncet de Ro»- «etto , secrétaire royal. On y voit fi^irer comme témoins Jean de Sadoc docteur et Pons Caîs licencié en droit, tous les deux nobles citoyens 4e Nice^

Taviiable. Ils avaient reçu T Instruction de per-. sister à demander la réunion de la ville de Nice et de ses vigueries au comté de Provence^ comme partie de l'héritage de la Reine Jearmey échu à la Maison d'Anjou , et quant aux sam-. mes réclamées par le Duc de Savoie, pour les avances faites par son ayeul Amédée VI, à l'occasion de l'expéditipn . de Naples , d'offrir jusqu'à la concurrence de cent-vingt-mille francs Q^pital et intérêts, payables à termes convenus*!.. Les Ducs de Berry et de Bourgogne entraient parfaitement dans . ses vues. Ils écrivirent à Jmédde VIII de choisir un endroit qui lui serait agréable pour s'y réunir en conférence,

et conseillers de Louis d* Anjou (Dupuy, traité des droits du Roi de France ). — Pons Caïs , cadet de l'illustre famille de ce nom, dont nous avons parlé dans la première partie de cet ouvrage , avait suivi le parti de la Maison d'Anjou. Jurisconsulte renommé , négociateur habile , homme de mœurs et de probité , il parvint ensuite aux premières charges de la magistrature. La Ueine Yolande le nomma , en 1548, juge-mage de Provence. Dans ses lettrespatentes, datées du château d'Angers le 25 du mois d'août, il est. qualifié : » Egregius , nobilis , et saï> piçntissimus vir Pondus Caïs consiliarius noster j> dilectissimus ac fidelissimus etc. i> (^Papon, hist. . gén. de Prov, 5 MS. hist. alp. marit. ).

^l'Dupuy , traité des droits du lloi de France. ,

à l'effet <Fy traiter la paix. Ce Prince répondit à ces propositions amicales^ que pour la moitié du mois d'août de l'année courante il se ren-. drait à Lyon^ désignant pour .soli logement l'hôtel du Chapeau Rouge y et noron^ant en son lieu et place y en cas d'empêchement ou de maladie^ le Chancellier de Savoie Henry de Colombier , . et ses deux conseillers Pon-, chan de Bergart et Gérard du Faur ; il terminait son message, en invoquant la justice des illustres négociateurs y relativement à ses droits y titres et raisons sur la ville et vigueries de Nice *i. Malgré ses bomies dispositions, le Duc de Savoie , informé secrètement que led Princes arbitres , gagnes par le Roi de France., avaient promis de prononcer en faveur.de la Maison d'Anjou, ne jugea pas à propos de se rendre aux conférences de Lyon , ni d'y envoyer ses G)mmissaires , ce qui rompit toute négociation. P^r lettre du i.^' du mois d'août, le Duc de Bourgogne in&rma de ce désappointement Louis d* Anjou , qui se trouvait pncore dans, le royaume de Naples, et par une autre lettre du.aS du même mois , dont le sire de Laval

*i Samuel Guîchenon , hist. de la Maison de âjtvoie; Dupuy ^ traité des droits du Roi de Fiance.

5 Fol. IL

fut le porteur , il lui exprima son regret de B9 pouvoir plus s'occuper d'une affaire qui devàic ce terminer autrement que par un arbitrage *i.

Telle fut l'issue de cette négociation infime*^ tueuse : cependant la trêve allait expirer à la jfin de i4i3 ! ! Pour éviter une rupture qui eût ramené tous les malheurs de la guerre , Franr ^ois de Gourié y Archevêque de Narbonne; offrit au nom de Louis d'Anjou une prolon^ gation de l'armistice pour l'espace de deux ans, et Amédée y consentit à la sollicitation des habitans de Nice, qui craignaient d'essuyer les nouveaux brigandages des partisans Provençaux. D'ailleurs il espérait qu'à force de bops procédés la Maison d'Anjou renoncerait enfin à d'injustes prétentions î

Cet espoir se réalisa à la mort de Louis II. La Régente Yolande d'Aragon , de mœurs douces et pacifiques , donna pleins pouvoirs, à Pons de Caïs , son Conseiller , de renouer les négociations avec la Maison de Savoie. C'était déjà un grand pas fait vers la paix, cap cet homme vertueux, quoique dévoué aux intéi'étsi 4^e la Reine, n'en était pas moins bon Niçard3^

. *i Dupuj, traité des droite du IVqI de Fraiice«w>

et comme tel , porté h se rendre utile à ses concitoyens. D'abord il obtint que la trêve serait encore prolongée jusqu'au 21 juillet i4id. Les deux Cours tombèrent enfin d'accord ; par traité «igné à C%ambéry le 5 octobre 14199 la Reine Régente renonça/ au nom de Louis (t Anjou \i\y son fils mineur ^ pour lui et ses héritiers , à tous droits et prétentions quelconques siu^ la ville , les vigueries de Nice , ses dépendances et appartenances y dont elle fit cession^ transport et abandon à perpétuité au Duc de Savoie Amédée VIII et à ses héritiers^ moyennant quittance de sa part de la somme de 164000 francs d'or, en extinction de la créance du Comte AmédéeW sur Louis d Anjou I> pour avances et frais de guerre dans l'expédition de Naples. La couvention fut ratifiée à Aix le 36 du même mois, et à Chambéry le 10 novembre suivant *i; Ainsi furent heureusement rétablies entre la Pro*vence et le Comté de Nice ^ les relations de bonne amitié et de commerce y au grand avan*^ iage des deux populations ! 1

^i Samuel Guichenon » hist. de la Maison de Savoie ; Dupuy , traité des droits du Roi de France; Augustin Della-Chiesa, Corona Reale; Bouche, hlst. ée Provence • MS% hiit. alp. marit.

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